Les Marées de l'Aube Rouge
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Chapitre 19 : Jouer avec le feu
Chapitre 18 - Chapitre 20
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Porter la lame la plus légendaire du monde n'est pas anodin. Révéler qu'on en est la Protectrice l'est encore moins. Lorsque Yoru répond à sa voix et que son poids disparaît dans ses mains, les regards changent. Respect. Curiosité. Fascination. Même Shanks comprend soudain : Béatrice n'est pas qu'une simple alliée. Elle porte un héritage que peu peuvent revendiquer.
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« Le véritable pouvoir est celui que l'on choisit de ne pas utiliser. » Voltaire.
— Bien, nous avons pu arriver jusqu’à l’entrée de l’unité d’information, souffla Shanks en scrutant attentivement autour d’eux.
Comme prévu, la maisonnette était vide. Les informations d’Ambre frôlaient l’indécence tant elles étaient exactes : le salon pouvait accueillir tout le monde, et les uniformes qu’elle avait subtilisés correspondaient parfaitement à leurs tailles. Une précision qui suffit à leur donner un petit frisson.
En première intention, ce serait Holy qui partirait en renfort si un imprévu apparaissait : son visage moins connu que celui des autres et sa facilité déconcertante à embobiner les gens étaient de véritables atouts.
Tout était prêt : Building Snake avec l'aide de Roux avaient posé leur matériel de communication afin de rester à leur écoute en cas de pépin, ainsi que des tenues supplémentaires. Ambre analysa chacune de ses clés et son carnet de notes. Bien qu'elle ait quitté la Marine, lors de sa carrière, elle avait fait les doubles des clés et demandé des cartes d'accès en plus, car elle avait « perdu » les autres. L'idée qu'un jour elle puisse quitter la Marine avait toujours été une certitude plutôt qu'un mythe, et elle avait toujours su que ce serait aux côtés de sa meilleure amie.
Cette dernière se fit entendre à l’étage, elle venait d’atterrir sur le balcon en haut et enjamba la mezzanine pour arriver près de la cuisine ouverte.
En relevant ses yeux, Béatrice tomba immédiatement sur son père et son frère, préoccupés. Elle pouvait comprendre que pour eux, en l'espace de quelques minutes, ils l'avaient vue partir avec Œil de Faucon, qui n'était pas réellement un allié des équipages pirates présents. Maintenant, ils regardaient attentivement un élément dans son dos.
L’arme faisait plus de deux mètres pour sa petite stature : un contraste qui fit glousser Ambre. Elle avait vu la brune passer des mois à apprendre à porter Yoru sans défoncer chaque mur ou encadrement de porte sur son passage.
Vraiment, tout le long de ces années, la blonde avait pu se régaler du spectacle, contrairement au propriétaire de la lame.
— Dis-moi que ce n'est pas Kokuto Yoru dans ton dos, Béa ? demanda sans y croire son petit frère.
— Tu veux que ce soit quoi d'autre, Aaron ? répondit Béatrice, légèrement blasée par le ton qu'employait le pirate.
— La question, c’est comment tu peux la porter, elle est super lourde, intervint Holy en s’approchant des Shine.
— C'est sûr qu'elle est plus lourde que moi, répondit-elle brièvement, même si elle savait qu'en présence d'autres épéistes, la réponse serait vite trouvée.
Et Shanks ne tarda pas.
— T'es la Protectrice de Yoru.
Béatrice ne saurait, en posant ses iris sur lui, quelle émotion le traversait. Elle était consciente que les deux épéistes avaient une relation complexe, allant de la plus grande rivalité connue dans le monde entier à celle d’amis. Mihawk n'attribuait jamais de mot à ses relations, même sur la leur, bien qu'elle fût certaine de leur attachement réciproque et tout à fait platonique.
— Ouais…
Elle ne savait jamais trop comment se tenir face aux grands épéistes. Griffon, par exemple… Certains murmuraient qu’il faisait partie des Douze, mais rien n’était confirmé, et elle n’avait jamais demandé à Mihawk.
— Bon, c'est à votre tour de sauter, déclara-t-elle, essayant de changer de sujet. Après tout, le temps les pressait. Mihawk est parti à la réunion en retard, ce qui veut dire...
Heureusement, la mission sembla leur revenir en mémoire et surtout, en priorité. Ambre se redressa, d'attaque et motivée.
— Qu’elle a commencé ! finit-elle.
Les pirates déguisés ajustèrent les derniers détails, Shanks supervisa ces derniers, récapitulant les possibles aléas qu’ils pouvaient rencontrer.
Du coin de l'œil, Béatrice ne put ignorer Vista lorgner Yoru dans son dos. Elle ne pouvait, certes, pas comprendre l'étendue de ce que cela représentait pour un épéiste de confier à autrui sa lame.Toutefois, Béatrice saurait apprécier, oui elle parlait d’une lame, mais surtout de l’âme qui l’habitait. De ce fait, elle aurait presque eu l’impression de voir un semblant d’envie dans les yeux du double sabreur. Était-ce un but d'avoir une des douze lames ? Sûrement. Ou le fait d'avoir quelqu'un de confiance à qui pouvoir donner son trésor le plus cher quand il ne pouvait pas le porter ? Peut-être. Elle n'était pas épéiste, après tout.
Cependant, un coup d’œil vers le groupe de Shanks, notamment son père, lui souffla qu'elle n'en avait pas fini avec les questions...
Dommage qu’elle ne fasse pas partie du groupe de Marco.
Ces derniers partirent, fin prêts. Holy en profita pour se rapprocher de la femme qui s'était installée sur le canapé de la maisonnette et avait posé Yoru sur le côté. Ils devaient désormais rester aux aguets et observer les alentours. Ceux qui maîtrisaient l’Observation balayèrent régulièrement les environs, à la recherche du moindre changement suspect.
Très vite, les deux femmes se retrouvèrent seules : la plupart des hommes, maîtres de l’Observation, surveillaient depuis l’étage. Roux et William, eux, avaient surtout développé l’Armement. Quant à Shanks et Beckman… leur niveau parlait de lui-même.
La femme aux cheveux ébènes s’assit à côté d’elle et entama la conversation, encore étonnée de ce qu’elle venait d’apprendre.
— Ça fait quoi, concrètement, d’être la Protectrice de lame d’une arme ? En l’occurrence de Yoru ?
La femme de Beck plaça ses coudes sur ses cuisses et prit le temps d'observer minutieusement l'arme du plus grand épéiste, n'ayant jamais eu l'occasion de la voir de si près.
— Yoru fait à peu près soixante kilos, mais quand elle est dans ma main, elle s'adapte à ma force physique. Pour moi, elle ne pèse quasiment rien.
Les yeux étincelant de curiosité et d'admiration pour l'épée, Béatrice comprit que la femme allait bientôt lui poser une question en particulier.
— Yoru ?
— Oui, p’tite Reine ? répondit immédiatement la lame d’un ton chantant.
— Cette femme est mon amie. Accepterais-tu qu’elle essaie de te soulever ? Pour lui montrer que je suis bien ta Protectrice ?
Béatrice avait toujours à cœur de demander l'autorisation de n'importe qui avant d'entreprendre un contact physique, que ce soit une lame ou une personne physique. Tant que la personne avait une conscience, tous les opinions et consentements étaient à prendre.
— Si cela te fait plaisir, alors oui. Elle ne fera que constater le poids de mes victoires et ma force !
— Est-ce que tu étais en train de parler avec l’âme de Yoru ? questionna Holy en observant l’expression de Béatrice évoluer alors qu’elle examinait le sabre.
— Oui, je lui demandais quelque chose.
Shanks descendit les escaliers pour surveiller si tout allait bien pour elles. En haut, chacun était posté et surveillait les environs. Devant elles, l'escargophone de l'équipe de Marco et celui que Béatrice avait ramené de la base Marine, qui devait sonner dès qu'il y avait un danger ou des intrus détectés, dormaient paisiblement.
— Est-ce que je peux essayer de la soulever ? demanda timidement Holy, son regard émeraude toujours aussi fasciné par l’arme.
— Vas-y.
Son capitaine observa furtivement la scène, après s'être servi à boire, de l'eau pour une fois, lui aussi intrigué. Il avait déjà soulevé le sabre une fois et avait entendu l’écho de l’âme en la levant, et effectivement, elle était lourde.
Holy attrapa avec hésitation le manche de l'arme, sentant rien que par son apparence les multiples batailles qu'elle avait menées. Béatrice put même voir les lèvres de Holy bouger pour remercier la lame de la laisser la toucher.
— Elle est douce, celle-ci, fit soudainement Yoru dans son esprit, la faisant imperceptiblement sursauter. Elle est toute impressionnée. C'est une personne qui reconnait la valeur des choses sans en douter !
Après une dizaine de secondes, Holy se tourna vers les deux autres, un peu déçue.
— J’arrive pas à la soulever.
Une moue désolée naquit sur les lèvres de Béatrice.
— Avec ce gabarit, le poids est assez important. Pas étonnant que pour certaines attaques, Œil de Faucon utilise deux mains, la rassura Shanks, une expression similaire sur son visage.
Béatrice se leva et s'approcha du sabre, passant délicatement ses doigts gantés sur la lame noire. Elle sentit son âme se frotter à celle de Yoru : une sorte de symbiose entre elles, comme deux tournesols tournés vers le soleil, partageant la même ambition et la même chaleur.
— Et là, tu ressens l’âme de Yoru ? interrogea Holy, brisant la connexion qui s’était brièvement approfondie.
— C'est compliqué à expliquer, fit-elle dans un presque murmure. C'est une connexion entre deux âmes, tout en ressentant la connexion avec son propriétaire. Je ne suis pas une épéiste et je ne connais pas tous les codes qui entourent cette discipline, mais cela ne m'empêche pas de ressentir certaines choses et de les comprendre.
Comme pour l'illustrer, Béatrice attrapa le manche et souleva de l'extrémité de celui-ci le sabre. Sans utiliser la moindre force, Yoru se dressa parfaitement à l'horizontal. Elle pouvait ressentir la constante présence de l'âme près d'elle, prête à s'énerver pour elle.
—En même temps, je suis presque obligée de paraître faite de papier parce que tu as une force frôlant le négatif, p’tite Reine.
— Merci, c’est agréable à entendre, répondit-elle en souriant.
— As-tu eu besoin de l’utiliser ? questionna Shanks.
Il savait qu’un Protecteur pouvait, en théorie, reproduire les techniques de l’épéiste. Mais cela coûtait cher : c’était l’âme de la lame qui frappait, et l’énergie vitale du Protecteur qui payait la facture.
— Rarement. Mihawk est... d'un niveau trop élevé pour que je puisse l'utiliser trop de fois dans un court laps de temps.
En le voyant acquiescer, elle se demanda si c'était parce qu'il avait un Protecteur pour Griffon ou s'il était d'accord avec le fait que l'épéiste était très puissant.
Profitant que les deux parlaient, Holy rejoignit son mari à l'étage.
Cela permit aux deux adultes de se poser et de discuter plus calmement, notamment d'un point qu'ils voulaient mettre au clair, sans en trop dévoiler sur Mihawk.
— Ce collier, c'est Mihawk qui te l'a fait ? demanda-t-il en désignant la croix religieuse.
— Tout à fait.
Le sang de Béatrice se glaça : elle devait faire attention : mentir, Shanks le verrait immédiatement. Et si elle évitait le sujet, il insisterait.
Ils savaient tous les deux des choses sur Mihawk : sans vouloir trahir l’ami absent. En attendant, elle devait dévier son attention de l’allumette.
— Tu sais quelque chose sur Mihawk, je me trompe ?
— Peut-être, tout dépend de ce qu’il t’a dit à toi.
Elle avait vraiment l'impression de jouer à ni oui ni non. À tous les coups, ils savaient tous les deux, mais ils ne voulaient pas trahir l'identité secrète de leur ami.
— Tu crois que si je suis la Protectrice de Yoru, il m’aurait omis ce détail de son identité ?
Cette fois, Béatrice recula dans le canapé, le mettant au défi de continuer à faire l'autruche.
— Après, je le connais depuis plus longtemps que toi et nous avons vécu de nombreuses batailles, répondit presque hautainement Shanks.
— On n’a jamais été ennemis ou rivaux, nous au moins. Ce n’était pas parce qu’il était épéiste qu’on s’est rapprochés.
Elle croisa les bras sous sa poitrine, l'observant de loin. Intérieurement, cela lui rappela leurs premières altercations : une pointe de rivalité entre eux.
— La concurrence entraîne la confiance et les secrets qu’on se partage.
Avec une grande déception envers elle-même, Béatrice craqua la première. Dans un râle blasé, elle leva le drapeau blanc, étudiant le rictus qui naquit sur les lèvres du rouquin qui la dévisagea avec malice.
— Bon, à trois on le dit.
Ce n'était pas réellement ce à quoi il aurait aimé arriver, mais au fond de lui, c'était une petite victoire. Shanks possédait donc une plus grande patience qu'elle...
— Prends pas la confiance, toi et ton petit air hautain, trancha-t-elle subitement, lisant dans ses pensées.
Ils se toisèrent droit dans les yeux et comptèrent à voix haute jusqu’à trois.
— C’est l’Oracle.
Acquiesçant pour elle-même, Béatrice vida ses poumons : un soulagement balaya le poids sur ses épaules.
— Tout de même, j’aurais dû juste lui demander hier soir… pensa-t-elle à voix haute.
Shanks tilta sur ce détail.
— Attends, il est là depuis quand ?
— Depuis… Deux jours, je crois…
Entre sa crise et la mission d’aujourd’hui, elle doutait même du jour qu’il était.
— Mais les Grands Corsaires ne devaient pas arriver seulement aujourd’hui ?
Oups.
— Mihawk est un peu l’exception à la règle puisqu’il connaît tous mes secrets, donc il a un sort de laisser-passer attribué par Sengoku lui-même !
Heureusement, c’était la vérité et n'avait dit, techniquement, rien de louche. Mihawk savait qu'elle était une Shine. Les hauts gradés de la Marine comme Sengoku et Kong le savaient aussi. Alors elle pouvait bien demander à ce que son Gardien vienne en même temps qu'elle.
— Et cela fait cinq ans qu’il est mon Gardien, ce qui est un record pour un pirate, finit-elle.
Béatrice espérait que sa légère précipitation ne la trahirait pas, même si elle mentait. Elle ne savait pas réellement cacher les choses, surtout à lui. Même si sa présence ne créait plus de palpitation comme au début, Shanks restait quelqu'un d'intelligent.
Même si ce n'était pas la première qualité qui lui venait à l'esprit.
— Je comprends. C’est un allié de ta famille ?
Elle aurait normalement refusé de répondre : dans sa famille, les alliés ne se mêlaient pas des liens des autres. Trop dangereux, trop de susceptibilités en jeu. Mais avec Shanks… c’était différent.
Shanks savait, par exemple, que l'équipage de Týr et les Shine étaient alliés, car ils partageaient le même lien tous les trois ; bien que ce soit plus qu'une alliance entre Béatrice et Týr.
C'était pour cette même raison que Béatrice fit une entorse aux règles : elle considérait petit à petit Shanks comme un… ami. Elle gardait des réserves, se rappelant en tête que c'était un Empereur, mais l'idée ne l'effrayait pas pour autant.
— Non, c'est vraiment une relation entre lui et moi. Reste à savoir quel rôle il souhaitera avoir une fois que je reprendrais les rênes.
Leur façon de se parler avait tendance à faire oublier au rouquin que la femme devant lui allait devenir la Matriarche de la famille Shine. Béatrice avait cette manière de discuter, de se mêler aux autres comme une personne normale. Le fait que la majorité de ses futurs subordonnés soient de sa famille y était pour beaucoup.
Toutefois, il n'était pas dupe. Shanks savait qu'elle les tenait, actuellement, loin du cœur de la famille. Béatrice faisait bien attention à ce qu'ils ne franchissent jamais les limites de leur alliance. L'Empereur n'avait pas la modestie de penser qu'ils l'intégreraient dans leurs soucis ou des problèmes qui touchaient la famille, comme il en avait pourtant l'habitude avec ses autres protégés. Il espérait simplement que les Shine et son équipage se rapprochent suffisamment pour aller au-delà de se restreindre à lorsque ça touchait Teach.
Soudain, l'escargophone de Béatrice sonna. Son cœur s'emballa immédiatement : tout pouvait se produire, ça pouvait concerner n'importe quoi. En décrochant, elle croisa le regard du pirate en face d'elle. Son attitude était devenue radicalement tendue, s'attendant lui aussi au pire.
— … Grand Corsaire Doflamingo et Crocodile, accompagnés des sections sept et huit en approche du salon de repos quatre. Réunion suspendue jusqu'au retour des deux capitaines pirates.
La particularité de cet escargophone était qu'un grand nombre de personnes pouvaient « rejoindre » l'appel sans forcément y participer. Sa fonction première était de faire circuler efficacement les informations.
Une chose interpella Béatrice. Que faisait Sir Crocodile à New Marineford alors qu'il avait été démis de ses fonctions quelques mois plus tôt ?
La deuxième chose qui l'inquiéta fut la sécurité d'Ambre. Comme elle avait occupé le poste de Directrice de l'unité des informations de la Marine, elle pouvait être la cible de ces grands pirates. Une seconde pensée vint la rassurer : aucun ennemi ne savait qu'elle était présente.
Alors pourquoi son cœur ne cessait d'agresser ses tympans ? Il était inutile de s'inquiéter. Mihawk était présent à la réunion, même s'il se fichait de beaucoup de choses dans ce monde. Béatrice nourrissait l'espoir qu'il la prévienne s'il arrivait quelque chose à sa sœur de cœur.
Elle reporta ses iris sur Shanks. Ils savaient que tout était entre les mains d'Ambre et des pirates de Marco.
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Pendant ce temps, quelques rues plus loin, Ambre inspira profondément. Tout se passait comme prévu pour l'heure. Déguisés en soldats de la Marine, les quatre pirates traversaient les couloirs de l'unité d'information avec une aisance inquiétante.
Ambre sentait l'adrénaline couler dans ses veines et ne put s'empêcher de sourire en repensant à la folle ironie de la situation. Qui aurait cru que revenir ici, dans son ancien lieu de travail, serait aussi... amusant ?
Le bâtiment était anormalement calme. Trop calme. Même pour un lieu sensible.
Elle jeta un coup d'œil à ses compagnons. Vista marchait à ses côtés, attentif scrutant chaque recoin sombre, sa main reposant sur une de ses épées, tandis qu'Aaron semblait déjà impatient de passer à l'action. Izou gardait son air stoïque habituel, prêt à sortir ses pistolets à tout moment, alors que Marco, avec son air nonchalant, avançait comme s'il s'agissait d'une promenade de santé.
Ils arrivèrent enfin devant la première porte blindée. Ambre n’eut pas besoin de fouiller longtemps dans sa poche ; elle avait tout prévu. La clé, un simple morceau de métal froid glissa parfaitement dans la serrure.
« Merci, moi du passé, t'es une putain de génie. » pensa-t-elle.
Le cliquetis du mécanisme résonna dans le silence.
— Tu as vraiment bien fait d'être prévoyante, yoi.
Marco lui adressa un air satisfait.
— Je savais qu'un jour, ces petites précautions me serviraient.
Elle haussa les épaules sans pour autant cacher son propre sourire fier.
Ils franchirent la première porte sans encombre et continuèrent leur progression. Ambre menait la marche, se fiant à sa mémoire pour les guider à travers le dédale de couloirs. Puis, soudain, un bruit de pas. Marco la prit par le bras et la poussa avec délicatesse vers Aaron pour la protéger. Deux soldats approchaient, leurs voix résonnant faiblement dans le couloir adjacent. Sans perdre de temps, Vista et Izou se positionnèrent de chaque côté du mur, prêts à neutraliser les intrus.
Dès qu'ils tournèrent l'angle, tout se passa en une fraction de seconde. À l'aide de leur Haki de l'Observation, les hommes passèrent à l'attaque. Un coup précis, une poigne ferme autour de la gorge des soldats, et en un instant, les deux hommes s'effondrèrent, inconscients. Ambre soupira de soulagement. Ils ne pouvaient pas se permettre d'éveiller les soupçons, pas maintenant.
Marco s'agenouilla près des corps et posa ses mains enflammées sur les tempes des soldats. Les ecchymoses et les marques laissées par les coups disparurent comme par magie. Ambre sentit un coin de ses lèvres se relever.
— T'es quand même bien pratique, tu sais ?
— Faut bien que je serve à quelque chose, yoi.
Il haussa les épaules, un sourire malicieux au coin des lèvres, calquant l’attitude de la blonde plus tôt.
Aaron, quant à lui, avait déjà sorti une bouteille d'alcool de son sac. Il l'ouvrit avant de la placer stratégiquement à côté des deux soldats endormis, pensant également à en mettre sur leurs vêtements et dans leur bouche.
— Allez, un petit coup de trop pour nos amis de la Marine. On dira qu'ils ont un peu trop bu.
Il eut un rire bref. Ambre se retint de l'imiter, mais l'ambiance de tension était irrésistiblement allégée par l'ironie de la situation. Une fois les soldats bien « disposés », ils continuèrent leur mission.
En ouvrant la porte suivante, elle pensa brièvement à Shanks et Béatrice, postés dehors. Leur présence suffisait à la rassurer : avec eux en soutien, impossible de perdre pied.
Elle ne pouvait pas échouer avec une telle équipe. Leur mission était risquée, mais tout semblait s'aligner parfaitement : la planification minutieuse, l'absence d'employés et même la chance de ne croiser que quelques soldats, rapidement neutralisés.
La porte finale se dressait devant eux, imposante, blindée, avec un panneau de contrôle lumineux pour le code.
— Ça, c'est la partie amusante.
Ambre sortit un petit carnet de sa poche, où tous les codes étaient soigneusement notés. Elle tapota les chiffres rapidement, une expression satisfaite sur les lèvres lorsque la porte émit un bip sonore et s'ouvrit lentement.
Ils entrèrent dans la salle des dossiers, un véritable coffre-fort d'informations sensibles. Les étagères étaient remplies de classeurs, tous soigneusement étiquetés. Ambre se dirigea directement vers la section qu'elle savait être la bonne.
— On cherche Teach, donc ça devrait être ici.
Elle marmonna ces mots, son doigt parcourant les noms gravés sur les dossiers. Elle finit par repérer celui qu'ils cherchaient.
— C’est celui-là, dit-elle, en le retirant délicatement de son emplacement.
Alors qu'elle le feuilletait rapidement, les informations défilaient sous ses yeux. Mais soudain, un bruit métallique résonna derrière eux. Un autre soldat, visiblement un peu plus réveillé que les autres, venait d'apparaître à l'entrée. Ses yeux se posèrent sur le groupe et son visage se figea d'incrédulité.
— Qu’est-ce que…
Sans lui laisser le temps de réagir, Aaron l'assomma avec un coup rapide, avant de le placer immédiatement dans un coin avec une bouteille.
— Sérieux, c'est une journée portes ouvertes ou quoi ? rouspéta Ambre en regardant le phoenix soigner le soldat.
« Heureusement que Marco est là », pensa-t-elle avec amusement.
Le dossier en main, ils sortirent aussi discrètement qu'ils étaient entrés. Mission accomplie. Mais alors qu'ils se fondaient dans l'ombre des ruelles pour s'éloigner du bâtiment, Ambre ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire.
— Franchement, déguisés en Marine et tout... Si j'avais su que ce serait aussi simple, j'aurais volé plus de dossiers quand j'étais encore en poste !
Vista eut un rire doux à côté d'elle.
— On devrait peut-être y penser pour nos futures missions. Tu pourrais nous déguiser en Marine à chaque fois !
Franchissant les grilles de l'unité d'information, Marco sentit l'arrivée imminente de deux personnes grandement dangereuses. Un coup d'œil vers Izou lui confirma qu'il avait senti la même chose. Ils avaient peu de temps pour réagir.
— Ambre, deux pirates arrivent vers nous, deux puissants, yoi.
Marco observa les alentours, la tension montant d'un cran. La blonde se retourna, la première émotion qui lui vint fut de la crainte. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le luxe de se permettre d'avoir peur ou de fuir. Elle devait s'adapter, réagir et se montrer forte. Pour cela, elle devait se rapprocher de Béatrice, afin qu'elle puisse l'aider. Seule, elle ne possédait pas assez de ressources.
Une douce douleur s'insinua dans sa poitrine : elle ne pouvait plus compter sur la Marine. Quand l'avait-elle fait ? Ambre se retourna vers l'équipage de Marco, déterminée et imperturbable.
— Partez.
Elle glissa le dossier dans les mains du blond.
— Je vais me diriger vers la maison, le plus rapidement possible. Il ne faut pas qu'ils vous découvrent, il y a des chances que ce soit deux Grands Corsaires.
— C'est notre rôle de maintenir ta sécurité, répliqua Vista, absolument contre l’idée.
— Alors, allez vite tenir au courant Béatrice. Pour l’heure, c'est elle qui possède le plus de pouvoir. Plus on fait vite, plus elle aura une marge de manœuvre.
À la mention de la blanche, les pirates comprirent également que c'était aussi protéger Béatrice en n'intervenant pas. Après un dernier regard en arrière, Marco rejoignit aussi vite que possible la planque, faisant attention à esquiver les patrouilles qui étaient revenues depuis.
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Source de l'image : shi camellia8 sur Pixiv https://www.zerochan.net/2822550












