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1942
marée basse ©chloé bordils
Barque à Camaret sur Mer Ce doit-être la barque de l'hôtel du Styvel
Port de la Meule - Île d'Yeu
Ciel couvert sur Kalaw
Nous sommes le 9 avril au soir. Dans quatre jours, la fête de l’eau débutera. La fête de l’eau, c’est la plus grande fête de l’année en Birmanie, et surtout, l’un des seuls rassemblements autorisés sans peine de répression. Tous les Birmans sont surexcités à l’approche de cet événement, d’autant qu’il permet aux familles de se rassembler. La plupart migre vers les deux plus grandes villes du pays pour le fêter, Mandalay et Rangoon. Mes plans se voient donc transformés car mon itinéraire ne peut aboutir : tous les bus sont surbookés. Je souhaitais me rendre à Loikaw, village Padaug, afin d’y rencontrer cette ethnie et découvrir la vie des « femmes girafes ». – « Impossible », me dit-on à l’accueil de ma guesthouse, puisqu’aucun bus ne pourra m’y mener. Je me décide donc à faire un détour par Kalaw (que j’avais deux jours plus tôt annulé), puis de relier Taungo, sur la route de Rangoon, où l’on y trouve, paraît-il, des éléphants. Le réceptionniste me conseille donc de prendre le train, qui, selon lui, est le seul moyen de transport encore accessible pour voyager à travers le pays. N’ayant plus vraiment le choix, et plutôt contente de reprendre le train, je bloque cet itinéraire avant de retourner à Rangoon pour y fêter le Water Festival.
10 avril, 6h30 du matin. Réveil difficile et bref casse-croûte avec mes deux acolytes qui prendront le train, eux aussi, vers d’autres aventures. Le petit-déjeuner passe mal ; et pour cause, je suis malade. Malade, en vocabulaire de backpakers, c’est avoir la « tourista ». C’est affaiblie et bourrée d’antidiarrhéique que je grimpe dans le taxi nous menant à la gare. La journée commence mal. Trois heures de train sont nécessaires pour joindre Kalaw, et chaque minute me paraît être une torture. C’est fiévreuse que je dis au revoir à mes amis et descends du train.
En gare de Kalaw, minuscule et déserte, je me demande déjà ce que je fais là. Mon objectif premier est de me munir en priorité de mon billet de train pour le lendemain, direction Taungo. Un homme corpulent somnole derrière le comptoir, vêtu d’une veste proche de celles que portent les gradés militaires. Je lui demande donc ce que je recherche, et, armé de la plus mauvaise volonté du monde, l’homme me fait un signe négatif de la tête, sans pour autant me parler. Je ne comprends pas directement la situation et le harcèle de questions. Une femme présente dans la pièce me répond qu’il n’y a plus de place, ni pour Taungo, ni pour Rangoon, et que tous les trains sont complets. Désemparée, désespérée, épuisée et malade, je tente de négocier une place coûte que coûte dans n’importe quel train pour Rangoon, même si je dois m’asseoir à terre. L’homme de ne cesse de remuer la tête de gauche à droite, toujours muet. Je quitte la gare, effondrée et éclate en sanglot. La fête de l’eau dure une semaine et je me rends compte que la situation peut-être dramatique si je ne trouve pas de quoi rejoindre Rangoon, car mon avion repart le 15, en pleines festivités.
Je tente de me calmer malgré la fièvre qui monte encore, et aperçoit sur le parking désert un homme en calèche. Il me fait signe de monter et me mène vers un petit hôtel miteux. L’homme est un vieux birman dont les yeux, d’un bleu perçant, dévorés par la cataracte, lui donnent l’aspect d’un sage. Un petit bonnet de laine est posé au sommet de son crâne et sa peau cuivrée est recouverte de rides. Lui et sa carriole paraissent irréels dans ce pays ultra motorisé. L’hôtel est, lui aussi, désert. Je peine à trouver la réceptionniste. Les chambres ne coûtent rien, mais l’accueil est des plus désagréables. Je tente ma chance ici pour réserver un bus, mais la patronne, antipathique, m’affirme qu’il n’y en a plus, mais d’aller tenter ma chance en ville. Je pars, sans indication, ni plan, trouver un moyen de me sortir de cet enfer. La plupart des agences sont fermées. Mon inquiétude s’accroît…
Kalaw est une petite ville grisâtre et sans trop d’intérêt. Les habitants me semblent froids et distants. Le temps, lui aussi maussade, n’arrange rien. Tout est gris. Mon moral est au plus bas. Je tente de manger un peu pour reprendre des forces mais n’arrive rien à avaler. Je finis tout de même par trouver une agence ouverte qui me propose une place dans un bus le soir-même en direction de Rangoon. Malgré le prix exorbitant, je n’hésite pas une seconde. Mon humeur se dégrade encore lorsque le vendeur de ticket rit ouvertement de mon accent anglais. Contrariée et à bout de force, je rentre à l’hôtel me reposer.
Je m’effondre sur le lit poussiéreux et somnole sans vraiment dormir. Je comprends que j’ai fait une insolation la veille sur le lac. Une araignée surgit de sous le coussin en faisant des petits bonds sur le lit. Je l’observe avant de tomber dans un sommeil profond. En début de soirée, je quitte l’hôtel, toujours patraque, mais néanmoins rassurée et heureuse de quitter cet endroit. Je me trouve à être la seule touriste du bus, et tous les Birmans dorment déjà profondément. Le véhicule est hallucinant. Kitsch, il est décoré de froufrous roses et argentés et des idoles bouddhistes le décorent. Clou du spectacle, une petite télé grésille en crachant de la musique en karaoké. Le bus démarre. Je m’installe et, malgré le mauvais son diffusé à fond, je dors d’un sommeil profond durant les douze heures de routes me menant à Rangoon…
Éphémère soleil...
Amazing images by Canadian photographer Matt Molloy. Enjoy them athttp://www.culturainquieta.com/en/fotografia/item/2346-matt-molloy.html
Le soleil est passé.
Tantôt.
Inondant le plancher
de ses flaques dorées.
Notre teckel, déprimée
depuis des jours,
ne se possède plus de joie!
Quand tout à coup:
rideau!
La chienne geint d'incompréhension,
grimpe sur nous,
nous implore du regard.
Non... Désolée!
Je ne peux pas rallumer le soleil pour toi...