Le Conseil national kurde (KNC) annonce un plan pour la création de la Région du Kurdistan syrien, traduit de @vvanwilgenburg
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ARA News QAMISHLI – The Kurdish National Council in Syria (KNC), backed by the President of Iraqi Kurdistan Masoud Barzani, has developed a new proposal to establish a ‘Syrian Kurdistan Region’, attempting to convince the Syrian opposition about the project. The proposal seems to be inspired by the Kurdistan Region of Iraq, led by Barzani, that has …
ARTICLE IN ENGLISH BY Wladimir van Wilgenburg : Kurdish National Council announces plan for setting up ‘Syrian Kurdistan Region’
Le Phénix kurde's insight:
TRADUCTION DE L'ARTICLE DE ARANEWS : TO READ IT IN ENGLISH, CLICK THE TITLE ABOVE
Le Conseil national kurde de Syrie (KNC), soutenu par le président du Kurdistan irakien Massoud Barzani, a mis au point une nouvelle proposition visant à créer une «région du Kurdistan syrien". Son but : tenter de convaincre l'opposition syrienne avec ce projet.
La proposition semble être inspirée par la région du Kurdistan irakien, dirigée par Massoud Barzani, région qui est autonome depuis les années 1990. Barzani est le chef du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et soutient fortement le KNC.
Deux visions différentes du fédéralisme
Le projet est très différent du système fédéral annoncé par le Parti de l'union démocratique (PYD) et ses alliés en mars 2016, projet qui, lui, est basé sur l'idéologie d'Abdullah Ocalan, le leader emprisonné du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Du 5 au 8 juillet 2016, le Bureau de Genève du Conseil national kurde de Syrie a organisé un atelier de réflexion sur le thème: «Visions pour un avenir en Syrie - Fédéralisme et région kurde». Il a dans la foulée adopté un nouveau document proposant un système fédéral décentralisé avec des structures locales.
"En outre, le KNC a préparé, en collaboration avec le Professeur Dr. Eva Maria Belser et le Dr Soeren Keil, un projet de constitution pour une future région fédérale du Kurdistan syrien", a annoncé le KNC dans un communiqué.
La KNC dit que la constitution sera la base des discussions avec les factions arabes de l'opposition syrienne et les autres groupes kurdes.
"Le KNC n'a pas l'intention de mettre en œuvre unilatéralement sa constitution en Syrie - mais il veut discuter de son projet avec d'autres factions politiques, ainsi qu'avec la population du Kurdistan syrien», a déclaré le KNC.
Le Parti de l'Union démocratique (PYD) et ses alliés ont également fait leurs préparatifs en vue de la mise en place d'un système fédéral dans le nord de la Syrie et au Kurdistan syrien en mars. Cependant, contrairement au KNC, le PYD est l'autorité de fait sur le terrain, et il n'a pas discuté de son projet avec l'opposition arabe (NDLR de la traductrice: lire les commentaires).
Le PYD et les combattants du YPG contrôlent une grande partie du nord de la Syrie. Ils ont mis en place trois administrations cantonales qui, à l'avenir, seront réunies en une seule, après la tenue d'élections.
Le nationalisme exclu du projet concurrent, celui du PYD et du TEV-DEM. Dans ce cas, le nom de Kurdistan pourrait disparaître
Diyar Qamislo, un membre du PYD lié au Mouvement pour une société démocratique (TEV-DEM), s'est confié à AraNews. Il a déclaré que l'idée du PYD et de ses alliés est différente (NDLR: sous entendu, de celle du KNC). «À l'avenir, nous allons même peut-être supprimer le nom de Kurdistan syrien, et juste garder le nord de la Syrie. Notre projet ne repose pas sur la pensée nationaliste », dit-il.
«Notre région a de nombreux groupes ethniques tels que les Kurdes, les Arabes, les Assyriens et les autres. Les langues officielles de la région sont l'arabe, le syriaque et le kurde," a-t-il dit. "Nous considérons qu'un système fédéral kurde seulement pour les Kurdes serait mal car loin de la réalité du Kurdistan syrien."
Des annonces prématurées selon le PKK, y compris sur le projet du PYD/TEV-DEM
Récemment, Riza Altun, le chef des relations extérieures du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a critiqué l'annonce du fédéralisme en mars avant de terminer le travail de terrain.
"Nous les avons critiqués pour l'avoir annoncé avant la fin des opérations de terrain, ce qui a donné l'impression que c'était imposé comme un fait accompli, et qui est nuisible", a déclaré Riza Altun au journal as-Safir.
«Nous préférons l'utilisation de "Fédération du Nord Syrien" et appelons à la suppression du nom de Kurdistan syrien parce qu'il mettrait en avant l'identité kurde. La Syrie du Nord est le foyer de tous ses constituants, et la liberté des Kurdes est tributaire du degré de liberté dont jouissent les autres habitants de la région ", a-t-il ajouté.
A ce jour, le gouvernement syrien et l'opposition ont rejeté tous les deux toute forme de fédéralisme dans le nord de la Syrie, considérant qu'il s'agirait d'une «partition». Ils veulent tous deux une autorité centrale pour gouverner toute la Syrie, et pas de décentralisation.
Une petite précision sur cet article par ailleurs très équilibré du journaliste Wladimir van Wilgenburg. Il est faux de dire que le projet de confédéralisme démocratique du PYD comme du TEV-DEM, avance sans discussion. Il y en a dans toutes les communes libérées par le YPG et ses alliés arabes. Les citoyens arabes, kurdes, turkmènes ou assyriens sont invités dans de grandes assemblées où le projet est exposé et commenté. Les gens peuvent poser des questions.
Là où le bât blesse, c'est que, comme le laisse entendre le chef des relations extérieures du PKK (qui défend ce même projet), des habitants du nord syrien aient pu avoir le sentiment d'être mis devant le fait accompli, et ce en dépit de l'organisation de ces grandes réunions plébiscitant la démocratie directe.
Si ces grandes réunions consistent à discuter des modalités d'application de ce seul projet, ce n'est pas un débat. Un débat ne peut avoir lieu que projet contre projet. Et, ce qui est valable pour celui du TEV-DEM l'est aussi pour celui du KNC.
Les civils ne peuvent se faire leur propre opinion qu'en écoutant les défenseurs des deux projets exposer leurs arguments au cours d'une même réunion. Ou alors, ils faut que, qu'elle que soit leur origine ethnique, les uns et les autres aient suffisamment de conscience politique pour aller assister aux deux meetings s'ils ont lieu séparément.
Points communs et différences
Quoi qu'il en soit, les deux projets ont un point commun: le fédéralisme, et suscitent donc la même hostilité de Damas, comme de l'opposition au régime de Bachar el Assad.
En revanche, ils ont une différence majeure: le nationalisme. Là où le KNC privilégie l'identité kurde y compris à travers la création d'une région autonome du Kurdistan dans laquelle les minorités auraient un statut privilégié avec les mêmes droits que les Kurdes, le TEV-DEM entend gommer les différences ethniques au profit d'une même vision idéologique de la société, une société auto-gérée dans laquelle aucun parti ne pourrait prétendre exercer le pouvoir.
Les deux systèmes se veulent donc démocratiques, mais avec une démocratie exercée par délégation dans le premier cas, par le biais de la participation directe des citoyens dans le deuxième cas. Dans les deux cas, bien sûr, il y a des avantages et des inconvénients, la perfection n'étant pas de ce monde, même si on peut considérer que les civils y trouveront plus leur compte que dans les régimes autoritaires qu'ils ont précédemment subis.
Mais dans les deux cas aussi, les risques de dérives autoritaires existent.
La dictature du prolétariat n'a pas laissé que des bons souvenirs en Russie, ou plutôt dans l'ex Union Soviétique. L'objectif du TEV-DEM n'est pas celui-là puisqu'il a semble-t-il tenu compte des erreurs historiques, mais sait-on jamais...
Quant aux régimes parlementaires, ils connaissent le fléau de la corruption au même titre que les pays du Moyen-Orient, d'Afrique et d'ailleurs. De ce point de vue, les pays occidentaux et/ou capitalistes n'ont pas de leçon de morale à donner.
En tout état de cause, même si KNC d'un côté et TEV-DEM de l'autre sont persuadés de détenir la vérité, c'est au peuple de trancher une fois qu'il connaîtra les arguments des uns et des autres. Faut-il que ça passe par la présence d'observateurs étrangers et neutres? J'ai la faiblesse de penser que la neutralité n'existe pas, même sous couvert de l'ONU.
Peut-on imaginer un mix des deux systèmes avec une représentation équitable des représentants du peuple et des partis politiques dans les instances de décisions? Je n'en ai pas la moindre idée. De nouveaux schémas de décision pourraient bien voir le jour à l'usage. C'est en se trompant qu'on avance.
Ce qui est sûr en revanche c'est que, si les Kurdes apparaissent divisés aux yeux du monde, ni la communauté internationale, ni Damas, ni les rebelles ne feront le moindre effort pour leur accorder le système fédéral auquel ils aspirent.
Certes, il y a toujours la solution d'une guerre perpétuelle pour défendre de micro-territoires des "imbéciles" incapables de comprendre. Mais pas besoin d'être grand clerc pour deviner que les civils finiront par s'en lasser et se rebeller contre leurs prétendus défenseurs. Le sang et les larmes, ça n'a qu'un temps.
Comment faire régner alors paix et équité dans un Moyen-Orient enfin apaisé? Le choix de la laïcité est une des solutions. Elle n'est pas évidente à mettre en place dans cette région du monde, mais il se trouve qu'elle est en phase avec la mentalité kurde, que ce soit en Irak, en Syrie, en Turquie et en Iran où des siècles de génocides à leur encontre les ont poussés à prendre en compte les minorités. Exclure le religieux du champ politique est une bonne façon de garantir les droits de tous les citoyens, tout en préservant la liberté de conscience des uns et des autres mais aussi l'égalité hommes-femmes. Civils délégués dans les instances représentatives ou hommes et femmes politiques élus n'auront plus dès lors les intérêts partisans comme priorité mais l'intérêt général. Une bonne façon d'en finir avec le clientélisme qui freine la marche en avant de la démocratie kurde.
Mais ce n'est qu'une analyse personnelle; à porter au débat avec toutes les autres. Dernière chose: méfiez-vous de ceux qui prétendent détenir LA Vérité, et n'oubliez jamais d'exercer votre esprit critique.