Wereldgezondheidsorganisatie wil suiker in voedsel beperken
Wereldgezondheidsorganisatie wil suiker in voedsel beperken
Wereldgezondheidsorganisatie wil suiker in voedsel beperken De Wereldgezondheidsorganisatie (WHO) wil de consumptie van toegevoegde suikers drastisch beperken. Die suikers zitten in allerlei bereide voedingswaren, van frisdranken tot zelfs diepvriespizza’s. Doordat we alsmaar meer van die suikers binnen krijgen, hebben steeds meer mensen last van suikerziekte, overgewicht en tandbederf. “In…
Initiative humaine : dans le cadre de la Journée de la Liberté de la Presse, qui s’est déroulée le 3 mai 2012, certains journalistes belges francophones et néerlandophones ont chacun écrit une lettre avec leur propre sang. Leurs lettres constituent des hommages à leurs collègues-journalistes qui ont donné leur vie pour nous fournir de l’information. Selon le site web de l’organisation « Reporters Sans Frontières » (RSF) l’année dernière 21 journalistes ont été tués et 161 ont été emprisonnés. Ce sont les journalistes belges Jean-Pierre Martin, Christophe Lamfalussy, Rudi Vranckx, Jens Franssen, Tim Verheyden et Daniel Demoustier qui témoignent leur respect à leurs collègues décédés. Ces six journalistes belges sont des correspondants à l’étranger et ils sont également membre des RSF.
Jean-Pierre Martin est un journaliste télé francophone qui travaille au sein de la RTL-TVI. Christophe Lamfalussy, un journaliste francophone, écrit des articles pour « La Libre Belgique » (LLB). Rudi Vranckx est un reporter de guerre néerlandophone, qui travaille pour la « Vlaamse Radio- en Televisieomroep » (VRT) et qui a lui-même déjà échappé plusieurs fois à la mort. En ce moment-ci il tourne des reportages dans le monde arabe. Jens Franssen est un journaliste radio néerlandophone, qui travaille également au sein de la VRT. Ensemble avec M. Vranckx, il a échappé en janvier dernier à une attaque lors de leur reportage qu’ils tournaient en Syrie. Cette attaque a couté la vie à Gilles Jacquier, le journaliste français qui travaillait pour France 2. Tim Verheyden est un journaliste télé néerlandophone qui travaillait d’abord pour la « Vlaamse Televisie Maatschappij » (VTM) et qui fait depuis le mois d’avril des reportages pour la VRT. M. Verheyden était en Egypte l’année dernière pendant les manifestations sur la place Tahrir. Sa caméra saisie par les autorités égyptiennes, il a continué à filmer en utilisant son iPhone. Dans sa lettre, Tim Verheyden s’adressse à Tim Hetherington, le journaliste britannique qui a été tué en Libye en 2011. Daniel Demoustier travaille comme caméraman indépendant pour plusieurs sources médiatiques. Il a déjà vu mourir certains de ses collègues devant ses propres yeux, parmi lesquels Tim Hetherington.
Ci-dessous sont publiées les lettres écrites en sang par les six journalistes. Comme mon blog s’adresse en premier lieu aux lecteurs francophones, j’ai ajouté la traduction en français des lettres des quatre journalistes belges néerlandophones. Je n’ai pas fait les traductions moi-même, ce sont des traductions de la part de la RTL.
La lettre de Jean-Pierre Martin: « Disparus mais pas oubliés »
"Marie Colvin, Rémi Ochlik, Gilles Jacquier sont les derniers noms gravés en noir dans l’histoire de ce métier pas comme les autres. Le grand-reporter saisit l’instantané pour en faire une part d’éternité. Il transmet au reste du monde ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il sent : des cicatrices, des convulsions, des SOS et plus rarement des moments de bonheurs qui nous aident à comprendre et qui ouvrent grande la fenêtre de notre conscience.
Parfois, le journaliste frôle l’abîme quand il côtoie la mort ou le désespoir. La distance professionnelle qu’il s’impose, telle une carapace, tombe et libère des larmes salutaires.
Jamais, je ne pourrai oublier ces miliciens interhamwe, aux yeux rougis par le chanvre et la haine qui ont devant mes yeux éventré une future maman tutsie. Jamais, je ne pourrai oublier l’odeur de mort qui imprégnait les collines du Rwanda en ce printemps 1994. Jamais, je n’oublierai cette église de Nyamata où gisaient les corps de centaines d’enfants et de femmes, les yeux encore ouverts et figés dans l’effroi. Ce sont les survivants qui au terme de leur voyage au bout de la nuit nous ont donné la force de croire en l’humanité.
Cette année-là encore, Sarajevo était assiégée, déjà depuis deux ans. « Morituri te salutant, ceux qui vont mourir te saluent ». Comme les gladiateurs qui entraient dans l’arène en présence de César, Paul Marchand, un grand-reporter , décédé il y a trois ans, avait peint cette devise sur sa vieille guimbarde que tous les journalistes ont emprunté pour traverser sniper avenue. Ironie du désespoir et sentiment d’impuissance.
Au cours des deux dernières décennies, l’histoire s’est emballée dans le tumulte des guerres, des attentats, des révolutions, des famines.
De Baba Amr aux vallées afghanes, de l’hôtel Palestine de Bagdad aux bidonvilles de Kinshasa, le grand-reporter ne triche pas car la réalité qu’il explore ne s’embarrasse pas d’artifices. Il ne ment pas parce qu’il se met en danger. S’il ne cède pas au désenchantement, c’est parce qu’il partage avec ses lecteurs, ses téléspectateurs ou ses auditeurs la part d’ombre et de soleil de la vie. C’est une chance de pouvoir exercer ce métier.
Moins connus que Gilles, Marie ou Rémi, des centaines d’autres journalistes, privés du soutien d’une rédaction, défendent au prix de leur vie la liberté de la presse dans des pays qui n’en ont cure. C’est pour eux que nous saignons."
La lettre de Christophe Lamfalussy : « L’amour d’un métier, passion dangereuse »
"Souvent, on me demande pourquoi aller là-bas? Je réponds que c'est notre métier. Les guerres sont terribles pour les civils. Elles sèment la terreur et la faim. Les ignorer, c'est ignorer la face la plus sombre de l'humanité, les dangers qui nous guettent, le nationalisme et le fanatisme. Chaque fois que je reviens en Belgique, je m'émerveille de vivre dans un tel pays, si calme et si prospère. Je remercie ma femme de m'avoir fait confiance.
Au fil des années, des collègues ont disparu de mon répertoire téléphonique. C'est dur d'effacer leur nom de nos portables, c'est comme si on les tuait une seconde fois. Je pense à Kurt Schork, ce reporter si modeste. Il avait écrit une admirable dépêche sur les amants de Sarajevo en 1993. Il est mort dans une embuscade au Sierra Leone. Je pense à ceux qui se sont donnés la mort, brûlés intérieurement par les sujets qu'ils avaient couverts. Christophe de Ponfilly en fut un. Il n'avait pas supporté la mort du Commandant Massoud. Je pense enfin à ceux qui ont été assassinés, comme Slavko Curujiva. Ce journaliste serbe a été assassiné en 1999. On n’a jamais retrouvé les auteurs. Peu avant sa mort, je l'avais interviewé à Belgrade et alors qu'il me parlait, un député nationaliste l'invectivait à la télévision, l'accusant d'être un traître à la patrie.
De temps à autre, le souvenir de mes collègues disparus remonte à la surface et se mêle aux moments de fraternité, d'émotion et de soulagement que nous vivons aussi comme reporters de guerre."
Christophe Lamfalussy, journaliste à La Libre Belgique
La lettre de Rudi Vranckx: « Le visage de la guerre »
"Aujourd'hui, j'ai vu un bébé mourir. Horrible. Un éclat d'obus s'est fiché dans la poitrine de cet enfant de deux ans. Le médecin a dit qu'il n'y avait rien à faire. Son ventre a continué de se gonfler et se dégonfler en rythme. Et puis il est mort. Ceci arrive sans cesse. Je ne comprends pas pourquoi le monde reste inactif". Ces mots sont tirés du dernier reportage de Marie Colvin à Homs. Elle aussi y est morte peu après. Tuée à cause de ce qu'elle a écrit, montré, raconté. Tuée à cause de ce qu'elle était : une correspondante (de guerre). Sur la grenade, il y avait le nom du lanceur : Assad.
A peine un mois plus tôt, je me trouvais moi aussi à Homs. La mort y est soudain tombée du ciel. Les grenades éclataient sans cesse plus proche. Tout se passe au ralenti. Je n'ai pas entendu la dernière explosion. Je me suis retourné et j'ai vu un filet de sang rouge vif couler sur mon épaule gauche. Puis j'ai vu la fille. Elle portait un jeans et un pull rouge. Elle vit toujours. Ensuite, j'ai vu une masse sombre derrière la porte, couchée dans le porche. Gilles ? Le collègue français est mort. Il est sorti quelques secondes plus tôt au moment où, moi, je rentrais dans ce porche. Le destin ?
On ne sait pas qui a lancé cette grenade. Dans une guerre, il y a des victimes et il y a des mensonges, beaucoup de mensonges. Notre boulot, c'est de démêler le faux du vrai. Parfois, c'est plus facile que d'autres. Il y aussi de la misère, beaucoup de misère. Il faut la montrer. Je l'ai fait. Je suis un marchand de misère et j'en suis fier. Mais je ne suis pas un marchand de guerres ni un mercenaire. Je demande simplement le droit de vivre et de faire mon travail.
En Roumanie, il y a presque un quart de siècle, j'ai vu pour la première fois un homme se faire descendre. Immédiatement après, les premiers mensonges concernant le charnier de Timisoara ont commencé. Lorsque les Kurdes ont fui, j'ai essayé de contenir la folie en comptant. Dans cette interminable colonne de réfugiés, un homme est mort de faim et de froid… tous les 5 mètres. Dans la chaleur du Rwanda, j'ai appris à sentir. C'est ainsi qu'on trouve les corps. Mais les survivants vous touchent plus que les morts, car leur âme les a quittés. Au Congo, parler avec les femmes violées du Kivu vous brise le cœur.
Un quart de siècle que cela dure. L'année passée, j'ai cru que cela allait s'arrêter. Sur la place Tahrir, en Egypte, j'ai assisté à la mort de la peur quand une nouvelle génération de jeunes arabes a bravé la violence. Mais en Syrie, règne à nouveau la crainte de la mort. Les vieilles dictatures meurent lentement. La guerre et l'injustice ne cesseront donc jamais. J'ai perdu cette illusion. Dommage. Il ne me reste plus qu'un soupçon de naïveté. Car un jour, les responsables seront jugés. Entretemps, nous devons faire notre travail.
Oubliez le mythe de l'aventurier en survie. Ma vie est le plus souvent faite de préparatifs, de documentation, d'attentes interminables, d'intimidation des services d'ordres, de peur. En un quart de siècles de guerres, je me suis fait beaucoup d'amis. J'en ai perdu beaucoup aussi. Quand on est plongé dans une zone de conflit pour en relater les faits, on vit en état second, et c'est aussi un danger. On ne peut pas avoir l'impression de vivre une aventure au prix de la misère des autres. Une de mes sources d'inspiration est Martha Gelhorn, une journaliste du siècle dernier, qui a voulu décrire "le visage de la mort". Ses mots résument tout : " La guerre est une maladie maligne, une idiotie, une prison et la douleur qu'elle cause est indescriptible. C'est difficilement concevable, mais la guerre est aussi notre vie et notre histoire. L'endroit où il nous faut vivre". Ce sont des mots que je relis souvent. Et qui m'éclairent à chaque fois. Être correspondant de guerre est un métier, une profession dont on ne peut se passer. Tuer un journaliste, c'est tuer l'histoire. Et tuer l'histoire, c'est aussi tuer l'homme… en silence."
Rudi Vranckx, reporter VRT télé
La lettre du journaliste Jens Franssen : « 23 minutes à Homs »
"Quatrième déflagration. Bordel! Elle est tombée tout près! Des vitres explosent. Des éclats de verre volent dans tous les sens. Un max de poussière. Un nuage. Ca ne sent pas bon. Des hurlements.
Je me trouve dans une cage d’escaliers trop étroite d’un immeuble. Je dois vite m’enfuir d’ici. Ce que je ne sais pas encore, c’est qu’à ce moment précis, Gilles Jacquier journaliste à France 2, vient d’être tué à quelques mètres. A ce moment, la seule chose que j’entends, ce sont les pleurs hystériques. Des gens qui hurlent. C’est bien plus tard seulement que je découvre que tout s’est passé sous les yeux de sa petite amie. Nouvelle déflagration.
La cinquième déjà. Putain de merde, je dois absolument m’extirper d’ici.
Nous visitons Homs. Le soleil brille. Les enfants courent dans la rue. Je fais quelques interviews ci et là.
Soudain une grenade venue de nulle part explose à quelques centaines de mètres de nous. Et voilà qu’on redécouvre notre instinct de reporters. On court vers notre proie. Ce que j’aurais aimé remarquer à ce moment là c’est que notre escorte du régime ne bouge plus. On s’encourt. Eux pas. L’adrénaline s’invite sans crier gare dans nos veines. Je hurle à mon preneur de son qu’il doit rester près de moi. Courir, s’engouffrer dans un immeuble à appartements d’où sort le nuage de fumée. Courir jusqu’au toit. Une deuxième détonation retentit à son tour de l’autre côté. Les jeunes qui nous entourent sont hystériques. Très vite une troisième détonation retentit. Tout près. Trop près. Elles se succèdent trop rapidement. Seulement maintenant je sens instinctivement que je ne suis pas couvert. Trop haut. Ce n’est pas un bon endroit. Je redescends en courant dans un escalier trop étroit. Nouvel impact. Si près que je déguste. Le temps se contracte. Le chaos assomme mes globules rouges.
Garder son sang-froid. Respirer. Respirer. Et puis parler de temps à autre dans le micro. Les secondes paraissent des minutes. Cris et hurlements presque animaux. Putain de merde, je suis mal barré dans ce hall.
Par la fenêtre, une grenade peut exploser à tout moment. Où est Kris, mon preneur de son? Reprendre calmement sa respiration. Je surgis dans un appartement ouvert, tout sombre. Il y a des ombres et des voix. Kris s’empresse de me demander si tout est OK. Mon jean est couvert de sang. Je ne sens rien. Une douleur suite à un choc vous engourdit au point que pendant quelques minutes vous ne ressentez rien.
Même pas une plaie béante. Je suis où? Nous devons maintenant nous échapper définitivement d’ici. Retour dans la cage d’escalier. Partout des débris. En bas sous l’escalier, Gilles est allongé par terre. Mort. Je le reconnais à peine. Je vois sa bouche ouverte et ses yeux complètement écarquillés. Seulement maintenant, je comprends que les cris entendus tout à l’heure étaient les siens."
Jens Franssen, reporter VRT radio
La lettre de Tim Verheyden : « Lettre à Tim Hetherington »
"Des femmes; combatives, avec le vieux drapeau libyen dans leurs mains. Le corps d'un homme mort, à moitié nu, dans une chambre froide de fortune. Et puis : un casque de soldat, percé d’un trou parfaitement rond, par une balle, dans le sable moisi.
Soudain, plus rien. Ce fut ta dernière photo.
Cher Tim,
Je suis dans le Bronx Documentary Center à New York, au vernissage de ta première exposition photos après ta mort.
Ta mère parmi les gens. Elle rit par moments. Puis, le sourire s’efface. Ce fossé entre fierté et tristesse.
Ta dernière photo, celle du casque transpercé m’aspire vers le désert libyen.
Louvoyant, plongeant, esquivant, se perdant dans ce dernier coup de feu.
Ton appareil photo est toujours prêt.
Parce que le monde doit savoir putain de merde.
1 balle.
Et puis, plus rien.
Misrata, 20 avril 2011.
Mon anniversaire
ta dernière expédition au front.
Avec ta mort, une partie de la vérité a de nouveau été assassinée,
tout comme avec Chris, Marie, Remi, Ali, Ahmad, Gilles et tous les autres.
Les histoires qui n’auraient jamais été entendues ont reçu un visage et une voix à travers vous.
Pour que nous ne les oublions pas,
tout comme vous."
Tim Verheyden, reporter VRT
La lettre du journaliste Daniel Demoustier: « Abattu par l’histoire »
"Inquiet, le capitaine du « Ionan Spirit » regarde dans ses jumelles. Est-ce que tout sécurisé ? Il y a quelques heures à peine, le port de Misrata était bombardé par des tirs de roquette Grad. Sur le quai, des milliers de migrants africains attendent sans doute depuis des semaines déjà d’échapper à cette guerre. Misrata est complètement coupée du monde extérieur. Pendant des mois, la ville a été pilonnée par des missiles, et c’est un combat sans merci que se livrent les rebelles et les tireurs d’élite de Kadhafi.
Finalement, le ferry grec peut amarrer en toute sécurité et nous décidons de rejoindre au plus vite la ville.
Notre chauffeur Mofta roule à toute allure pour éviter les balles.
Je désire d’abord me rendre à l’hôpital. Parce que c’est là qu’un centre de presse de fortune s’est constitué. J’espère aussi rencontrer sur place les collègues déjà arrivés une semaine avant nous.
Misrata est tout sauf une petite ville, et certaines de ses parties paraissent plus ou moins calmes. Mais plus nous nous rapprochons de notre destination, plus il parait clair que les gens vivent ici un enfer. Parfois, c’est comme si un tremblement venait de se produire. Les bâtiments sont complètement en ruine et partout des épaves de voitures brûlées jonchent les rues.
Une fumée noire s’élève d’un bâtiment situé tout près de la Tripoli Street, la ligne de front entre les rebelles et les troupes de Kadhafi. Depuis quelques jours, la situation s’est fortement dégradée confesse Mofta. Il n’y a plus de ligne de front. Il y a maintenant partout des tireurs d’élite, et des grenades qui frappent des quartiers dans lesquels on se sentait auparavant en sécurité.
Arrivé à l’hôpital, on est tout de suite confronté à la réalité de cette guerre inhumaine. Partout dans les couloirs des blessés sont allongés. Des médecins tentent désespérément de maintenir en vie un jeune homme, mais en vain. Puis, nous tombons sur Muhammad, un garçon de neuf ans, blessé par un obus qui lui a traversé la tête. Il est dans le coma, mais son état est stable. Il est l’une des victimes que nous comptons embarquer à bord du bateau. Le médecin nous informe qu’il y a de fortes chances pour qu’il reste aveugle le restant de ses jours.
Soudain, nous entendons des cris. Deux voitures arrivent sirène hurlante, avec à son bord deux blessés. Très vite, je constate que ce ne sont pas des Libyens, et subitement mon cœur s’arrête de battre. Je reconnais mon confrère Tim Heltherington.
Pendant des semaines, nous avons travaillé ensemble à l’Est sur la ligne de front, et maintenant je le vois saigner de tout son sang dans cet hôpital. Chris Hondros et deux autres journalistes suivent aussi. Béatrice, une journaliste espagnole s’effondre en larmes dans mes bras. « Nous étions tous ensemble, à proximité de la Tripoli Street, dans un bâtiment que nous pensions vide » dit-elle en sanglotant. « Quand nous nous sommes rendus compte que des soldats de Kadhafi s’y trouvaient, une bataille féroce s’enclencha et tout le monde prit la fuite dans tous les sens. » Il n’est pas tout à fait clair qu’elle est la réelle cause de cette issue fatale.
Il devient vite évident que Tim ne survivra pas et que Chris est déclaré mort une heure après les opérations. La colère est grande. La plupart des journalistes travaillent ensemble ici depuis le début du conflit, formant ainsi quasiment une famille. Souvent, ils nous arrivaient de dormir sur les planchers des maisons de Brega et Ras Lanuf et nous partagions le peu de nourriture que nous trouvions. Maintenant, ils gisent là mort, abattus par l’histoire qu’ils voulaient transmettre avec passion au monde extérieur.
Nous organisons le transport vers le port pour le rapatriement des corps à Benghazi.
De retour au bateau, nous apercevons sur le quai des centaines de noirs africains qui disciplinés forment une file prête à monter à bord.
Et puis surgit ce moment chargé de tristesse quand les petites voitures réfrigérées arrivent avec les corps de Tim et de Chris. Le port s’éloigne. Retour vers Benghazi. Les journalistes écrivent leurs articles sur le pont bondé de réfugiés. Mais seule une chose occupe nos esprits : nos deux confrères situés quelques étages ci-dessous…"