Ceci est un texte que j'ai écrit sur un forum, et j'aimerais l'archiver, et le partager. Car je pense que c'est important pour moi de dire véritablement ce que je ressens...
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Pour ma part, je vais t'expliquer pourquoi cet incident me touche autant. Je n'ai pas mis le logo "Je suis Charlie" sur facebook, car ça ne représentait pas à quel point ça me touchait.
Je dessine.
Je me considère comme une dessinatrice. Certes pas une grande dessinatrice, mais une dessinatrice quand même. J'appréciais énormément le travail de Cabu. Par extension, j'étais passivement touchée par le travail de Charb, de Wolinski, de Honoré, de Tignous. Car ils étaient et sont les héritiers de Hara Kiri, puis plus tard sont devenus les veines de Charlie Hebdo. Je n'ai pas suivi assidûment leur travail alors que mon dessin, ce que j'aime faire, se rapproche énormément de leur travail.
Leurs morts, tout d'abord, m'a égoïstement mis en face de mon propre "travail". Et outre la technique, le fossé qui se dresse entre mes petits dessins sans grandes prétentions et les leurs ne sont pas si grands. Bref, pour moi, c'était d'abord un questionnement à moi-même.
Ces morts me touchent car c'est des gens que j'appréciais pour leurs travail et leurs idées. Car tout cela me touchait et leur provocation n'était qu'un message que beaucoup de gens n'ont pas compris. Et qu'ils sont morts parce que les gens n'ont pas d'humour. Alors ouais, Yumil*, Desproges l'a dit lui-même, on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui. Oui, je sais ce qu'est l'être humain, je sais qu'il y a des cons. Les gens sont cons. Et il y a beaucoup de gens que je croise qui sont de pauvres abrutis intolérants et sans cervelle. Mais malgré cette lourde masse d'idiots, je suis comme ces gens tués. Je suis humaniste, et certes un peu naïve. Je crois que l'homme est bon. Et je continuerais à être choquée lorsque des gens mourront pour avoir essayé de s'exprimer.
Quand tu connais les gens qui se font tuer, certes comme des images fantasmés, ça te fait plus mal, surtout dans la façon où ils ont été tués. En plein milieu de Paris. Alors ouais, c'est triste, mais tout le monde marche comme ça.
Ca va paraître obsessionnel, mais je vais vous dire une vérité. Ca fait trois jours qu'avant de me coucher j'imagine la scène dans la bureau de Charlie Hebdo. De l'équipe qui voit arrivée les deux mecs cagoulés et armés. "Charb ?" Pouf. Je vois les visages livides et choqués des gens qui garderont ces traits là jusqu'à avoir une balle dans la tête, dans le poumon... D'une femme qui est épargnée car elle est une femme mais qu'elle devra lire le Coran. Et puis l'autre femme, la psychanalyste qui se fait tuer malgré ça et qui gît dans le sang des autres...
Et parce que je suis un peu masochiste, que je peux pas empêcher mon esprit curieux de continuer à essayer de situer les événements, je me mets à regarder la fameuse vidéo du policier abattu froidement d'une balle. Et c'est horrible.
Mais j'en redemande, je vais aller voir la peine sur le visage de ceux que le hasard à éloigner des bureaux de Charlie Hebdo. Patrick Pelloux qui pleure sur le plateau d'itélé, qui n'en revient pas. De Mathieu Madénian qui apprend sur Canal que Charb fait parti des victimes.
Alors ouais, je suis choquée. Complètement choquée. Et alors ? C'est grave ? J'ai l'impression qu'il faut pas y penser, que le monde il est pas beau, que je devrais le savoir.
Yumil*, on est pas obligé d'être blasé.
Jonrod**, on est pas non plus obligé d'être plus touché que ça.
Mais cessons donc de s'enfoncer les uns et les autres en affirmant que la vie est moche. On le sait, mais on aimerait bien croire que dans ce monde il existe une lueur de bonne humeur, une lueur de beauté qui persiste malgré les horreurs. Il y a des rêveurs naïfs comme il y a des pessimistes, mais ne les critiquez pas pour ça.
Les gens qui sont morts étaient certes bêtes et méchants mais ils luttaient et aimaient. Et nous faisait rire malgré tout. Alors oui, mercredi, j'en suis sortie très mal.
(*) (**) noms des membres