Prières dans le box des prévenus
15 mars 2015. Derrière la vitre, il s’agite. Dans le box des prévenus de la XXIII ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris, Marc Telba attend le délibéré. Du haut de ses 35 piges, il a sorti l’ensemble jogging bleu, entre le ciel et l’électrique, un Adidas estampillé Chelsea. Il s’impatiente et gesticule. D’un geste brusque et imprévisible, Marc Telba se signe d’une croix. Puis, se calme. Il baille à gorge déployée, se frotte l’œil gauche de toute la paume droite. Son sourire est à l’envers, Marc fait la carpe.
Au dessus du box, l’horloge en bois indique 16h35. Plus d’une heure déjà que M.Telba a été jugé. Il est accusé de « violences commises en état « d’ivresse manifeste ». Le 12 mars, ce qui semblait être une querelle de voisinage a laissé de sales traces sur les murs des couloirs de l’immeuble du XXème arrondissement de Paris, où vivent les familles Telba et Zakmeihron, avec leurs enfants. Une grosse bagarre de palier. Dans l’ascenseur, les deux couples, trois enfants, trois trottinettes. Ça commence avec des insultes et en vient vite aux mains.
Un accent au carrefour d’origines libériennes et d’une adolescence aux États-Unis résonne dans la défense de M. Telba : « Je ne me souviens plus… Je ne me souviens plus avoir donné un coup de tête, ni un coup de poing. Les deux femmes nous tiraient dans tous les sens. Ui, je reconnais, je lui ai dis si t’es un homme t’as qu’à descendre ». En face, sur le banc des victimes, M.Zakmeihron , policier, porte encore autour des yeux les marques bleues des échauffourées. Il raconte à son tour : « Il a dit ‘dégage, j’vais t’baiser, j’vais t’enculer sale pute. J’ai pas peur de toi, appelle tes collègues, sale flic !’ Je suis resté droit comme un I parce que je savais pertinemment que Monsieur Telba me cherchait. » Le prévenu hausse les sourcils. Il bout. Marié et trois fois papa, M. Telba est connu pour être un bon picoleur. « Il cache ses canettes au quatrième, derrière le compteur électrique », a balancé une voisine dans son témoignage. Comme pris d’une pulsion, Marc Telba refait un signe de croix.
17h45, Marc Telba prend 10 mois d’emprisonnement avec sursis. Dont cinq mois dans un centre de semi-liberté et l’obligation d’indemniser les victimes, de travailler et de se soigner. Les larmes roulent sur ses joues. Il esquisse un dernier signe de croix avant que le garde lui remette les menottes.
*Les prénoms ont été changés.