Lorsque Julien Barbagallo, Julien Gasc et Benjamin Glibert unissent leurs forces, cela donne une tournée, sobrement baptisée « Troubatour », et 3 répertoires sous label Aquagascallo. Il faut dire que ces Mousquetaires d’Occitanie forment depuis 2005 l’ossature historique d’Aquaserge, la plus belle formation française actuelle. Quatre albums au compteur, sans omettre des échappées en solitaire, des collaborations prestigieuses (Tame Impala, Stereolab, Forever Pavot, Melody’s Echo Chamber, Dorian Pimpernel, April March, Damo Suzuki, Bertrand Burgalat…) et le soutien actif de la profession (de La Souterraine à The Drone,). Soit un parcours exemplaire, dénué du moindre calcul ou du moindre compromis avec l’industrie du divertissement. Ces trentenaires, qui ont bâti dans une ferme du Lauragais l’Electric Mami Studio, incarnent superbement une certaine idée du rock d’ici, refusant l’idiome anglois tout en étant pétris de belles lettres anglo-saxonnes. Bonheur sans nom, le trio fait halte à Bordeaux, rive droite, pour une soirée que l’on devine aisément inoubliable.
À l’origine, Hyperclean vous a réunis il y a une dizaine d’années, mais êtiez-vous proches avant ?
Julien Barbagallo : J’ai vraiment connu Benji à partir d’Hyperclean, même si je l’avais déjà vu jouer avec son groupe Ueh. Julien et moi, on s’est connu au lycée à Albi.
Benjamin Glibert : Sans doute que dans des vies antérieures nous étions déjà ensemble dans une nuée d’oiseaux ou quelque bande de Macaques.
Quelle était votre intention avec Aquaserge : vous affranchir des canons à la mode ou bien mettre en commun vos passions ?
J.B. : Il n’y avait pas d’intention consciente au début, juste l’envie d’aller au bout de certaines idées. Et puis on s’est rendu compte qu’Aquaserge était une espèce de pot commun dans lequel chacun mettait en effet ses influences, ses obsessions et ses passions.
B.G. : Ce qui nous a réunis, d’emblée, c’est la puissance du jeu : s’amuser ensemble, projeter le son, créer un rythme commun ; c’était une évidence.
Julien Gasc : On a pris la liberté de produire deux disques en 2005 pour se donner un peu d’air, pour tenter de nouveaux paris.
On devine comme rarement une espèce de lien dépassant le simple cadre musical entre vous, un peu à l’image du studio que vous avez bâti.
J.B. : C’est vrai que nos parcours musicaux et amicaux sont étroitement liés. C’est une force évidemment et, pour ma part, je trouve que c’est un privilège rare.
B.G. : Notre dernier disque se nomme À l’amitié.
Vous considérez-vous comme le noyau dur d’Aquaserge ?
J.B. : Aquaserge peut revêtir plein de formes différentes, mais, quand il est réduit à sa formule la plus simple, le trio, c’est toujours Benji, Julien et moi, ça doit vouloir dire quelque chose.
J.G. : Nous sommes les cadres de l’équipe qui revêt actuellement trois formes et trois répertoires, c’est parfois déconcertant pour l’audience de savoir ce qu’est vraiment Aquaserge, le public nous demande de jouer TVCQJVD ou Tout Arrive qui n’apparaissent pas dans deux des formules live.
Vous avez jadis collaboré avec Laetitia Sadier, Laure Briard et partagé un album avec April March, des hasards heureux ou des rencontres provoquées ?
J.B. : C’est souvent des hasards heureux ou bien des alignements de planètes.
B.G. : Nous allons travailler avec Aksak Maboul cet été, nous avons joué avec Forever Pavot en juin dernier pour un ciné-concert. Nous réagissons beaucoup aux impulsions, aux énergies venues d’ailleurs et nous disons toujours « oui ».
J.G. : Les collaborations sont toujours un peu provoquées, il faut discuter, se reconnaître dans l’autre, il faut que la personne, le groupe nous amène ailleurs. Ensuite, il faut rendre la pareille.
D’où vient cette idée d’une tournée en trio ?
J.B. : L’idée, je crois, est venu de Benjamin Caschera1. Il a toujours des idées comme ça, des dizaines à la minute. Et il est très convaincant. Faut faire le tri quand même, hein...
Le trio, pour vous, c’est plus Nat King Cole ou Cream ?
J.B. : Pour moi, c’est plutôt Supergrass.
B.G. : The Jimi Hendrix Experience.
J.G. : C’est marrant je pensais aussi a Supergrass. Yo La Tengo sont mes prefs.
De quoi est composé le répertoire proposé durant cette tournée ?
J.B. : De morceaux d’Aquaserge, de morceaux de Julien et de morceaux à moi.
J.G. : Nous jouons aussi quelques nouveaux morceaux de Julien (Oubliez-moi) et de moi (Léger, Léger et La Fin de la guerre)
Ce « Troubatour » constitue-t-il une forme de retour aux sources, entre intimité et mise en danger ?
J.B. : L’intimité, je sais pas, mais oui il y a le frisson du live, des morceaux d’Aquaserge jamais joués sur scène, l’adaptation des chansons au trio, ça demande un peu de lâcher prise, d’aventure, c’est grisant.
B.G. : Je crois qu’il y a quelque chose de beau là-dedans que je ne saurais nommer, nous sommes un triangle de chair et d’os… Un corps indéformable où le sang circule.
J.G. : C’est un nouveau départ, on se raccroche parfois aux branches, mais c’est la règle du jeu du trio.
Les deux Julien se sont aventurés en solitaire, qu’attend donc Benjamin ?
B.G. : J’attends la destitution de toute la classe politique et l’abolition de l’économie. Je suis également un peu timide et j’essaie d’apprendre la musique. J’ai des envies de plus en plus claires, monter un groupe jazz, improvisation, sons en spirales, électricité. Je n’envisage la musique qu’en groupe. Cela ne sera donc pas un projet solo.
Julien (Barbagallo) a été « débauché » par Tame Impala, mais que pensent les Australiens d’Aquaserge ?
J.B. : Ils aiment bien. Ils imitent parfois Aquaserge pour rigoler, aux balances, en jouant des riffs où ils rajoutent des demi-temps, des accords bizarres. Pour eux c’est la quintessence du rock intellectuel français.
Rihanna a repris Tame Impala, mais qu’attend-t-elle pour rependre Aquaserge ?
J.B. : Des mélodies chantables?
J.G. : On pourrait proposer à Kevin Parker2 de faire un remix. Un morceau revisité, non ?
Julien (Barbagallo) regrette-t-il ne pas avoir participé à l’Aquaserge Orchestra ?
J.B. : J’y ai brièvement participé et c’était génial. Évidemment, j’aurais aimé y participer plus, mais c’était difficile côté agendas. Je les ai récemment vus jouer à Toulouse, c’était magique, intense. J’étais vraiment dans la peau du spectateur, c’était une grosse claque.
Le « Troubatour » connaîtra-t-il une suite discographique ?
J.B. : Benji, Julien et moi, on se retrouve toujours à faire des disques ensemble, d’une manière ou d’une autre. Ce sera peut-être relié au « Troubatour », mais il y aura forcément quelque chose. On a récemment évoqué l’idée d’un « Pet Sounds Occitan ».
J.G. : On va sûrement enregistrer quelques shows pendant la tournée, mais de la à ce que ça fasse un album live, nous n’en savons rien.
Parmi vos fans de longue date, il y a Bertrand Burgalat et on connaît l’affection que vous portent aussi bien Forever Pavot que Dorian Pimpernel. Avez-vous le sentiment de constituer non une scène, mais plutôt une sorte de famille ?
J.B. : Je vois plutôt ça comme une équipe de foot.
J.G. : Le côté famille nous va bien aussi ; la liste des filiations est longue.
Sinon, un nouvel album d’Aquaserge se profile-t-il ?
J.B. : Toujours!
B.G. : Nous avons beaucoup de matériel dans la cave. L’année à venir va être chargée.
J.G. : En effet, il devrait y avoir quelques sorties entre 2016 et 2017, dont un EP 4 titres pour commencer.
1. Fondateur des labels Almost Musique et La Souterraine.
2. Chanteur de Tame Impala.
Get Wet Party#2 : Julien Barbagallo + Julien Gasc + Benjamin Glibert + MOSTLA Soundsystem DJ set + Cliché DJ Set + Get Wet Dj Set, mercredi 4 mai, 19 h, Halles Darwin.
www.night-cool.com
As promised we have put the remaining #troubaTour #tees back on the shelves in our #merchCave on #BandCamp ! We've had many a folk asking if they will remain only $10 for our online friends. The answer is HELLS YEAH! *** PiscesRising.Bandcamp.com/Merch ***
#troubatour is celebration, interaction, a caravan of musical expression combining with the ears and hearts of all those willing to listen. #threeOfCups