FCIAT 2016 : TUKTUQ de Robin Aubert
C’est assurément une coïncidence, mais Tuktuq s’ouvre avec un plan saisissant qui pourrait être interprété comme une réponse à Ceux qui font les révolutions à moitiés n’ont fait que se creuser un tombeau. Alors que ce film partait du Printemps Érable pour en explorer les répercussions (réelles ou fictives) les plus sombres, violentes et troublantes, Tuktuq s’ouvre avec un plan à hauteur du sol de ce qui fut peut-être le plus inspirant élément dudit Printemps Érable, soit les manifestations de casseroles où des gens de tous âges et de tous milieux se réunissaient soir après soir pour exprimer leur mécontentement envers le gouvernement libéral de façon pacifique et festive.
Le récit de ce nouveau long métrage de Robin Aubert, qui a été présenté en première mondiale au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue hier soir, se déroule principalement au Nunavik, où un caméraman (Aubert) est envoyé par un sous-ministre afin de tourner des images d’archives. Cette prémisse confère une fascinante double identité au film : toutes ces superbes images du Grand Nord québécois et des Inuits qui l’habitent représentent-elles le travail d’Aubert-le-cinéaste ou celui de son personnage?
Mi-fiction, mi-documentaire, Tuktuq est le second volet d’un cycle de cinq films tournés sur cinq continents, faisant suite au précédent À quelle heure le train pour nulle part, qui se déroulait en Inde. Comme ce film paru en 2009, Tuktuq a un aspect surréaliste, Aubert insufflant une étrangeté au réel qu’il filme, notamment par l’entremise du montage et de la conception sonore.
Tuktuq, c’est autant du cinéma direct qu’une certaine forme de cinéma de genre (il y a au moins une séquence qui tient carrément de l’horreur). Un film pré-apocalyptique, pourrait-on dire, avec également une veine satirique à la Robert Morin (les conversations téléphoniques avec le sous-ministre).
Tuktuq est finalement un film foncièrement engagé, un plaidoyer pour la survie du territoire et de la culture des Inuits, menacés par les politiciens et les compagnies qui veulent exploiter leur “sous-sol”, quitte à les déporter...