LES AFFAMÉS (2017)
Pause-déjeuner québécoise avec ce film de zombies du réalisateur Robin Aubert, bien reçu par un Festival de Gérardmer -prix du jury- enthousiaste envers cette œuvre interdite au moins de 18 ans -du moins en SVoD-: après le cradingue -mais décevant- GRAVE (2017), tient-on ici la nouvelle tendance du film d’horreur? Débarquant directement sur Netflix pour un meilleur confort d’accessibilité, c’est évidemment en V.O. qu’on lance ce long-métrage canadien récompensé meilleur film de Toronto édition 2017: on savoure l’immersion campagnarde, qui distille une ambiance toute particulière grâce à cette alliance maîtrisée de dialogues à l’accent typique et d’une atmosphère lourde, presque cathartique. L’innovation, avec LES AFFAMÉS, est non pas de proposer un renouveau total des codes du genre, mais bel et bien de mettre en scène différemment le style du film de zombie: on assiste à un parcours très classique propre à tout survival désolé certes, c’est pourtant la science du travelling et de l’angle de vue qui passe avant la trame de l’histoire. Robin Aubert fait le choix d’approfondir ses personnages, au profil social “normal”: pas de visage connu passé au bistouri à l’écran, bien au contraire. LES AFFAMÉS gagne en consistance, favorisant l’immersion du spectateur grâce à ces protagonistes “monsieur/madame tout-le-monde-”, loin d’un traitement hollywoodien favorisant une icônisation de ses figures héroïques: ancrant son récit dans ce village rural -et ses alentours- aux vertes prairies, le tour de magie fonctionne, rendant l’ensemble très cohérent, presque tangible. Une des originaltités du long-métrage vient de sa principale menace, les fameux Affamés: ces “zombies” dénués de parole ont des caractéristiques spécifiques intéressantes, à commencer par leur comportement: au lieu de l’habituel grognement du mort-vivant qui traîne du pied, l’Affamé hurle comme un humain enragé, communique avec les siens, construit en groupe des édifices composés d’objets alternatifs, chasse en solo ou en meute, et peut courir. Toute une panoplie de curiosités auxquelles nous n’aurons pas de réelles réponses, la galerie de personnages principaux se préoccupant en priorité de sa propre survie plutôt que de contempler ces étranges phénomènes: impossible de ne pas mentionner le roman CELLULAIRE (2006) de Stephen King, auquel on se réfère immédiatement de par ses similarités de “réunions de zombies” presques rituelles, et de leur moyens de communication vocaux spécifiques. Un beau travail sur cette menace horrifique qui rôde presque partout, et qui contamine à la moindre morsure: dans une autre approche, on peut aussi citer le mauvais LAND OF THE DEAD (2005) qui avait le mérite de faire du zombie un être pouvant évoluer, tout comme DAY OF THE DEAD (1985) amenait sa part de psychologie de de sensibilité à la créature. Redisons-le, LES AFFAMÉS est très ambiant, de discrètes et longues nappes musicales synthétiques entretiennent cette atmosphère de désolation où les survivants son rares et les mauvaises surprises trop régulières: on cherche encore la raison d’une classification -18, le peu d’explosions sanglantes que comporte le film s’avérant bien moins choquantes que la scène seule du sacrifice final de MOTHER! (2017), ce dernier arborant un -16 ans incompréhensible. Migrer, se nourrir, se cacher, courir et tuer seront les principales activités du groupe de rescapés que l’on va suivre, chaque individu ayant un passif lié à cette catastrophe apocalyptique: par chance, on ne sombre jamais dans un cliché total, Aubert soignant ses twists et autres révélations les concernant, tout comme leurs actes de bravoure et de sacrifice. Très immersif, LES AFFAMÉS montre les choses, plus que de les expliquer: c’est à nous qu’il appartient de déduire, de deviner, de mettre en place des hypothèses qui se verront soit confirmées avec talent par le scénario, soit feront preuve d’audace stylistique plus qu’appréciable. Un constate un peu d’humour justement très en rapport avec le contexte de survie, donnant du sens à la thématique générale de l’Affamé, avec ce soldat errant paumé assez comique, qui a tendance à surprendre les gens en leur hurlant dessus: un comique de répétition qui cessera brutalement, le luron abattu à l’arme à fau par une survivante l’ayant identifié comme une menace directe. Quel couillon, çui-là. Très amusant, cet instant transite sur une séquence forte, où le groupe tente de dissiper le malaise en se répétant à voix haute que l’homme était déjà contaminé, son sort déjà scellé: gênant, ce sentiment d’impuissance envers la situation est palpable, apportant une réelle identité à LES AFFAMÉS, intéressant conte zombie pas comme les autres. Délocalisation géographique, ambiance solide, on remercie Robin Aubert pour son talent, qui est de donner vie à un style apprécié, en innovant avec parcimonie et sans travestir le cultissime zombie pour autant. On regrette quand même un gore trop rare, mais bon, c’est le parti pris qui veut ça: en attendant, on gagne avec LES AFFAMÉS un autre film d’horreur digne, alternative “intelligente” du genre. Une jolie acquisition de Netflix après le surpuissant THE RITUAL (2018), qu’on vous recommande forcément.
ZOMBIE DE CRISSE /20