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Union Libre (poem by André Breton embossed in Braille on a photograph taken by Leon Ferrari.
Leon Ferrari: Union Libre (2004) A Poem by André Breton embossed in Braille on a Photograph
Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d’éclairs de chaleur
À la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles
de dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
À la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
À la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint Jean
De Troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d’initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma Femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
À la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre et de feu
Union libre – André Breton – 1931
Andre Breton - Union Libre (a poem by Andre Breton embossed in Braille on a photograph) - Image via wikiart.org
believe in the future resolution of these two states, dream and reality, which are seemingly so contradictory, into a kind of absolute reality, a surreality. André Breton said those words, presenting us with an immortal statement that vocalized the concept of Surrealism, proving that a simple sentence can shape one of the most crucial chapters in the history of art and change the European culture forever. Although far less talented or even interested in visual arts as his surrealistic companions, Breton is undoubtedly the most important representative of the original Surrealism as he wrote the movement’s manifesto and contributed greatly to advances in the modern scene through publications and theories on how artists should think and create.
He was interested in how a human mind functions and how it is able to break down under trauma, as well as how resilient it was in cases of proper treatment.
The Downward Spiral
Elle continue de flirter assidûment avec Jeune Chevelu sur Messenger. Je la surprend à lui envoyer des selfies d’elle nue ou en portant sa nouvelle lingerie (et qu’elle me montre en disant l’avoir achetée “pour moi”). Mais au détour d’une conversation, elle m’assure devant tous les dieux qu’elle n’oserait jamais faire un truc pareil, qu’envoyer des photos ce n’est vraiment pas son truc. Mouais, permettez-moi d’en douter.
De mon côté, je suis soûlé par de trop nombreuses disputes... En effet Elle pense que je ne joue pas franc-jeu. Persuadée que j’ai une amante mais que je suis trop couard pour lui dire, elle fait tout pour me faire avouer, et pique même des crises de jalousie... Normal.
Et pour pimenter encore un peu plus l’ambiance, je lui propose d’encadrer un minimum cette future union-libre. Protection, lieux, pratiques, etc. L’habitude du libertinage me fait dire que plus on fixe de règles, moins on a de mauvaises surprises. Ayant une langue bien pendue, et peu avare de détails sur sa vie sexuelle, Elle veut que je joue la transparence totale à mon tour... Sauf que non, je n’en ai pas envie. Elle n’a pas à connaître le visage de mes partenaires, ni leur numéro de téléphone, ou leur prénom. Je veux garder une part de secret.
Pour elle, tout ceci est inacceptable. Je piétine dix ans de relation ce faisant.
S’en suivent alors plusieurs jours de palabres interminables, ponctués d’éclats de voix, de menaces, et où j’ai l’impression d’être un négociateur du RAID face à un dépressif tenant une grenade dégoupillée. Heureusement, je peux compter sur le soutien de mes camarades des Internets, qui m’aident à traverser les crises successives.
On finit par trouver un compromis : on prévient l’autre de nos absences, on donne un prénom, une ville, et basta. Rien d’autre.
Cela dit, plus ça va, et plus tout ce cirque me fatigue... J’ai tous les inconvénients, et elle, tous les avantages.
Vers l’infini, et surtout l’inconnu...
Alors voilà, c’est entériné : vu que Jeune Chevelu lui plaît, et qu’elle a envie de voir ailleurs, nous passons à l’union-libre.
Enfin “nous”... C’est beaucoup dire. Pour ma part, je ne ressens pas le besoin viscéral d’aller voir ailleurs. Car par-dessus tout, il y a une question d’ordre moral : on s’était toujours interdit de flirter / coucher avec nos ami-e-s, et présentement, cette barrière est clairement en train de tomber... Et ça me pose un problème. Je n’ai pas du tout envie de suivre son exemple, parce qu’il n’y a pas plus efficace pour ruiner une belle amitié.
Et puis soyons honnête, je n’ai pas d’amies célibataires autour de moi. De facto, l’affaire est pliée ; merci mesdames et messieurs, et bonne nuit.
Donc me voilà dans un rapport totalement asymétrique, où je suis à la traîne malgré la relative liberté qui m’est offerte. Elle a déjà quelqu’un en vue, et moi pas. Il y a une forme de jalousie, à bien y réfléchir... J’en suis presque à penser qu’au final elle a imposé son diktat, sans que je ne puisse réellement y faire grand chose car la situation m’échappe.
Et quand je parle de ce ressenti, j’ai droit à une fin de non-recevoir, sous la forme de :
“C’est pas de ma faute, si tu n’as personne avec qui coucher... Si tu ne fais pas d’efforts, rien n’arrivera !”
Sauf que pour les raisons précitées, je n’ai pas autant de latitude qu’elle. Mais allez lui faire comprendre ! Elle est sur un nuage : un mec “viril” (si tant est qu’une définition existe) de douze ans son cadet s’intéresse à elle et lui promet des nuits endiablées...
D’ailleurs, c’est aussi sur ce point que ça coince : elle est absorbée par Facebook Messenger jour et nuit. Elle qui fut une télévore jusqu’ici, a totalement délaissé la lucarne magique. Il règne dans l’appartement un silence religieux, rythmé par les vibrations de son téléphone recevant des messages en continu. Et puis son comportement change : elle devient secrète, achète de la lingerie tous les deux jours, reste sur le canapé jusqu’à l’aube. Nous devenons de plus en plus distants.
Ma femme aux hanches de nacelle Aux hanches de lustre et de pennes de flèche Et de tiges de plumes de paon blanc De balance insensible Ma femme aux fesses de grès et d'amiante Ma femme aux fesses de dos de cygne Ma femme aux fesses de printemps Au sexe de glaïeul Ma femme aux sexe de placer et d'ornithorynque Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens Ma femme au sexe de miroir
André Breton, “L’Union Libre”, 1931, Clair de Terre