Un Bouffar au Drive : pièce tragi-comique en deux actes.
La surprise. Le dégoût. La colère. La tristesse. La peur. La joie. L'envie de fast-food.
Toutes ces émotions primaires débutent avec une raison valable, mais nous n'en sommes pas tout à fait sûrs pour cette dernière. C'est encore méconnu des scientifiques. Serait-ce l'ingestion de bières qui fermentent dans l'estomac ? Ou encore la simplicité ? Le goût ? L'hypoglycémie qui nous empêche de circuler normalement comme un bon citoyen ? Ce ne sont que des hypothèses.
Quoi qu'il en soit, une fois cette alternative du fast-food prise en considération par le cerveau, la dopamine est secrétée. L'extase de la faim et du futur gras. Les glandes salivaires tournent à plein régime pour créer un vortex de bave dans la bouche de ce bouffar. Pavlov passe nonchalamment derrière moi en faisant tinter une putain de clochette.
Malgré l'heure tardive - il est trois heures du matin - la grande chaîne au clown flippant pédophile reste ouverte. 24 heures sur 24. 7 jours sur 7. Ils savent comment nous piéger les salauds ! Nous les ogres-oiseaux de nuit. Que dis-je des salauds ! Ce sont des sauveurs providentiels ! Des bons amis de la graisse et de la sustentation !
La voiture démarre en trombe telle le taxi de Oui-Oui dans l'épisode 45 (ndrc : quelle saison, putain ?). La bave et l'envie emplissent notre bouche comme les chutes de Niagara. On réfléchit à toute allure. Quel burger prendre, quel menu, quelles sauces. Quelle(s) connerie(s) on va regarder en engloutissant tout ça. Puis on arrive, on commande. On le fait le sourire aux lèvres, sourire béat du drogué à qui la méthadone à été administré (en trop grosses quantités).
Puis c'est la douche froide, pourtant il ne pleut pas. L'attente au drive. La débandade. On ne veut pas en arriver là. On tente de se masturber frénétiquement le cortex préfrontal pour éviter le pire. Qui finit par arriver. On se sent comme une merde infâme et puante. On pense au fric que l'on va donner à une multinationale gigantesque qui n'a que peu de scrupules pour environ 99,999999...999% des problèmes de notre société actuelle et qui en profite sur le dos des pauvres concitoyens bouffars. Désastre écologique, rien que pour le fait d'y traîner notre carcasse métallique à quatre roues. Révolution ! Alors que j'aurai pu rentrer et me faire un sandwich au fromage. Révolution!
Quoique, je suis déjà sur place. Le mal est fait de ce coté là. Plus question de reculer. Pas après tout ça. Ce serait une énième occasion de créer une absurde frustration gustativo-corticale. Mais on pense aux enfants mal-nourris des pays en développement, et aux merdes que l'on va ingérer lorsque les smicards dépressifs auront terminé notre commande. On commence à imaginer le nom que l'on va attribuer à notre cancer généralisé mais un employé nous sort de notre torpeur : "votre commande monsieur, merci, bonne soirée".
Merci de payer mon salaire de misère sans doute. On remarquera qu'ils ne disent jamais bon appétit. Cela paraîtrait sans doute trop louche et quelqu'un finirait par remarquer les crachats, entre le steak et le cornichon. Dernier coup dur : son regard semble nous dire "pauvre merde, va mourir". Ce n'est sans doute que mon imagination. La prochaine fois, j'irai cagoulé pour qu'on ne me reconnaisse pas. Non, mauvaise idée.
On démarre. L'odeur de la bouffe parvient presque à nous faire oublier notre pamphlet de calimérobobo 2.0. Tant mieux, car après tout on va quand même devoir digérer et chier ce truc.
L'arrivée à la maison est sans histoire, mais c'est toujours mieux qu'une histoire sans maison. On s'installe, on lance une vidéo de [insérer ici divertissement abrutissant] puis on commence à manger. Enfin plutôt à engloutir. On accélère sans vraiment en apprécier ce goût que l'on connaît de toute façon par cœur. L'estomac qui n'avait pas véritablement faim ploie à l'arrivée de cette masse graisseuse. Il est 18h, c'est l'heure de pointe et les embouteillages sur le périphérique artériel. On n'a plus faim mais on se dit que c'est une bonne idée de terminer la moitié de burger restant. Grand mal nous en fait.
La sainte digestion tant attendue en devient horrible. On tente de noyer le poisson avec une boisson tellement sucrée qu'elle pourrait nourrir trois fourmilières pendant des années. Sans succès. Plus le choix, on lâche tout ce qu'on pourrait éventuellement tenir et on se masse le giron, bidon, bidon, gros bidon. Tout en lâchant quelques râles de douleur et de contentement.
Le dégoût du fast-food. La tristesse du fast-food. La colère du fast-food. La peur du fast-food. La surprise du fast-food. La joie du fast-food. Car oui malgré tout, c'est bon toute cette merde, et la honte me submerge autant que la sauce secrète dans mon estomac.
PS : Si quelqu'un a été vérifier pour l'épisode 45 de Oui-Oui, me contacter sur l'adresse mail de Bouffar 3000.
Rédigé par Vibescu








