Man, 22, hands himself in after one person shot in Wormhout, near Dunkirk, and four more at Loon-Plage camp
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Man, 22, hands himself in after one person shot in Wormhout, near Dunkirk, and four more at Loon-Plage camp
Wormhout (Nord), résidence du clocher.
aujourd’hui :https://www.google.fr/maps/@50.8814223,2.4711827,3a,75y,227.58h,96t/data=!3m6!1e1!3m4!1sy8bTeJvoUZ0pt7tbd2-OiQ!2e0!7i13312!8i6656
Souvenirs Pieux
La mort du pape François m’a fait revenir à l’esprit d’anciens souvenirs de pratiques religieuses remontant sans doute aux années soixante.
Je me souviens que lorsque mes parents ont eu une nouvelle voiture, en l’occurrence une 404, ils l’ont faite bénir par le curé. Ils avaient eu auparavant une 4 CV (prononcer 4 chevaux) de couleur beige dont je me souviens encore de l’immatriculation : 22 AJ 62. Sachant que les voitures portant les lettres AA ont commencé à être immatriculées au début de l’année 1951, dans le Pas de Calais, et celles portant les lettres EB en juillet 1954, j’ai estimé que mes parents avaient acheté leur 4 CV à la fin de l’année 1951.
La 4CV de mes parents devait ressembler à celle-ci. Source : https://www.renault4cv.fr/
Une plaque métallique à l’effigie de Saint Christophe et portant le nom de mon père était vissée sur le tableau de bord. Je la possède encore. Saint Christophe protégeait des accidents de la route. Et pourtant le jour où je suis née la voiture a glissé dans le fossé, sans réel dommage. C’était un premier janvier, il y avait de la neige et de la glace sur les routes mais mon père avait voulu prévenir de ma naissance, ses parents qui habitaient à Bavinchove à soixante kilomètres de Coulogne.
plaque fixée sur le tableau de bord de la 4CV de mon père.
Je crois même qu’il est arrivé que le curé bénisse la maison et les étables avant ou après un bon repas, peut-être plutôt avant. Lors de chaque repas, mon père ne manquait jamais de faire une croix sur le pain à l’aide du couteau à pain avant de couper les tranches de pain.
Après la bénédiction du buis, mes parents remplaçaient les rameaux de l’année précédente sur les crucifix mais ils plaçaient aussi des petites branches de buis dans les étables pour protéger les animaux des maladies. Certains mettaient même du buis aux quatre coins de leurs champs mais je ne l’ai jamais vu faire chez mes parents.
J’ai aussi le souvenir du « panier du curé » qui revenait à peu près une fois par mois ou un peu moins. Ce panier était à remplir de nourriture qui était offerte au curé. Ma mère y mettait du beurre, du sucre, du café, un poulet et d’autres choses encore et allait le porter au presbytère.
Je me souviens également de beaux défilés dans la rue des Hauts-Champs et la rue Basse où les façades des maisons étaient décorées de fleurs, où le curé prenait la tête de la procession portant un ostensoir et placé sous un dais et où des enfants jetaient des pétales de fleurs sur le sol. C’était à l’occasion de la Fête-Dieu.
Toutes ces pratiques ont maintenant disparu.
Ma grand-mère maternelle invoquait assez facilement et couramment le Seigneur ou les Saints. Lorsqu’elle ne retrouvait pas un objet ou ne savait plus où elle l’avait mis, elle disait « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ». Lorsqu’il y avait de l’orage, elle racontait aux jeunes enfants que nous étions que le petit Jésus faisait son grand nettoyage dans le ciel, d’où l’eau abondante et le bruit fracassant.
Quand le tonnerre était encore plus fort et menaçait de s’abattre sur la maison, elle brûlait une chandelle bénie pour se protéger de la foudre. Elle avait toujours une bouteille d’eau bénite sous la main pour se prémunir de tous les maux de la terre.
Lors de la semaine sainte, lorsque nous étions en vacances à Wormhout, ma grand-mère maternelle nous emmenait à tous les offices religieux : le jeudi soir avec le lavement des pieds, le vendredi après-midi avec le chemin de croix puis les cloches qui partaient à Rome et ne sonnaient plus et enfin le grand renouveau avec la fête de Pâques. Je me souviens que c’était l’occasion, surtout pour les dames, d’arborer ses nouveaux vêtements de la saison printemps-été, même si le temps ne s’y prêtait pas vraiment. Ne dit-on pas : « En avril, ne te découvre pas d’un fil »
Ces souvenirs, vus avec mes yeux d’enfants, je les observais avec beaucoup d’intérêt et de curiosité.
#wormhout #nord #nordpasdecalais #dunkerque #suisse #suivezmoi #suivremaconstruction #suiveznous #suivremaconstruction2020 #suivez #suivre (à Wormhout) https://www.instagram.com/p/CHIAldCDFb1/?igshid=zaf8u9dtcfux
L’agenda de Paul Dequidt
En regardant dans une boîte aux livres, près de chez moi, à Châtillon, dans les Hauts de Seine, j’ai été surprise et amusée d’y trouver un livre-agenda de Paul DEQUIDT, le torréfacteur de café dont on voit des publicités dans certains magazines.
photo extraite de l’agenda 2019 où Paul Dequidt fait une dégustation de cafés au Brésil.
Suite aux quatre ouvrages que j’ai réalisés sur les familles DEQUIDT, DEHAENE, VANBREMEERSCH et DENAES, je suis régulièrement contactée par des membres de ma famille, et très majoritairement du côté DEQUIDT, je dois le dire, par courrier, téléphone, Facebook, Messenger ou mail mais on ne m’a encore jamais fait de clin d’œil de la sorte en mettant sur mon chemin un livre dont l’auteur est un membre de ma famille.
Un peu de généalogie
Jean-Claude, Paul DEQUIDT est mon arrière-petit-cousin. Nos grands-parents respectifs, Rémi DEQUIDT pour Paul et Cyr DEQUIDT pour moi étaient des cousins germains. Ils sont nés à un mois d’intervalle : Rémi le 6 novembre 1883 à Wormhout et Cyr le 8 décembre de la même année à Winnezeele. De plus, Charles DEQUIDT, le père de Rémi était le parrain de Cyr. Ils se sont aussi mariés la même année, en 1911, à quelques jours d’intervalle et ont repris tous les deux une ferme à Wormhout.
A ce propos, mon père m’a raconté une anecdote concernant la ferme de son père Cyr DEQUIDT. Il a fallu l’intervention de Charles DEQUIDT, parrain de Cyr et père de Rémi pour que Cyr trouve une ferme à louer et puisse ainsi se marier et s’installer avec son épouse Irma DENAES. Il a exercé un « odieux » chantage auprès de Julie LEURS, la future belle-mère de Rémi, en lui laissant entendre qu’il ne donnerait son accord au mariage de son fils Rémi avec Agnès LEURS qu’à la condition qu’elle cède sa ferme à Cyr. Ce qui fut fait.
Rémi s’est marié avec Agnès le 24 juillet 1911 à Wormhout et avait sa ferme sur l’Oude Straete tandis que Cyr a été uni à Irma le 29 juillet 1911 à Cassel et sa ferme se trouvait sur le chemin de Zermezeele.
Le livre-agenda de l’année 2019
Il est indiqué qu’il s’agit du vingt-et-unième agenda, j’en déduis qu’il existe depuis 1998. Je n’avais jamais vu ni eu connaissance de l’existence de ces agendas jusqu’à maintenant. Ils sont très certainement réservés à la clientèle de Paul DEQUIDT et il a sans doute un bon client à Châtillon.
En feuilletant cet agenda, j’y découvre de belles vues de Bruges, ville que j’ai beaucoup appréciée. Par contre, j’ignorais l’existence de la statue en bronze de « Marieke », vous savez bien, celle que chantait Jacques BREL. De même, je n’ai jamais assisté à la procession du Saint Sang qui a lieu chaque année le jeudi de l’Ascension, depuis au moins l’an 1304, sauf évidemment cette année à cause de ce maudit coronavirus.
Paul DEQUIDT nous dévoile ensuite sa 71ème expédition qui a eu lieu au Brésil en juin 2017, où il nous fait découvrir la culture et la récolte du café dans le Minas Gerais.
Plus près de nous, il nous fait redécouvrir les Géants des Flandres grâce aux photos prises lors de la Ronde des Géants qui a eu lieu à Wormhout en juillet 2018. On y retrouve de très anciens géants d’osier comme Tisje-Tasje d’Hazebrouck ou Jean le bûcheron de Steenvoorde mais aussi de plus récents comme Eloi l’agriculteur de Winnezeele ou Hilaire Patate maraîcher de Rosendaël.
La 72ème expédition de Paul DEQUIDT a eu lieu en juillet 2018 aux îles Marquises, situées à 1500 km de Tahiti. Sait-il qu’un autre cousin de son grand-père, Ernest DEQUIDT, a vécu plusieurs années à Tahiti, il y a un peu plus de cent ans maintenant ? Le livre nous fait découvrir de magnifiques photos des îles mais il nous dévoile aussi la famille de Paul, sa fille Cécile et ses quatre enfants.
capture d’écran d’une visite de l’entreprise de Paul Dequidt fait par le Club Rencontre Amicale des Aînés de Wormhout en octobre 2018 où l’on peut voir un autre de mes cousins, Régis Dequidt.(https://www.facebook.com/WormhoutEcho/videos/396533104215002/UzpfSTEwMDAwMzUwNDMyNjIwMDoyODQ4MDYwOTQ1MzIwNjg4/)
Dans les dernières pages de l’agenda, j’apprends que Paul a un blog : http://blog.pauldequidt.com/
et bien sûr un site Internet : www.pauldequidt.com
Il est également l’auteur de livres relatant ses expéditions : Les aventuriers du café perdu 1 et 2.
Enfin, en parcourant son blog, je découvre qu’il a été « géantifié » ainsi que son épouse disparue. Le 8 septembre dernier, à Herzeele, ont été baptisés Paul le Torréfacteur Aventurier et Mania l’Ethiopienne. Un autre DEQUIDT est représenté par un géant, il s’agit de Jan Patate mais on ne sait pas si ce Jean DEQUIDT est notre cousin.
De Wormhout à Paris via Rouen et Le Havre, ou le destin d’Emma
Mon père, Michel DEQUIDT, né en mai 1914 à Wormhout, n’a véritablement connu son père que lorsque celui-ci est rentré du front en 1919, c’est-à-dire à un peu moins de cinq ans.
De la guerre 1914-1918, Michel a vu le passage des trains chargés de vivres et de munitions qui empruntaient la voie du petit train des Flandres en direction de la Belgique afin de ravitailler le front. Ces trains s’arrêtaient bien souvent, non loin de la ferme, afin de puiser de l’eau dans la Becque pour alimenter la locomotive.
le petit train des Flandres reliant Herzeele à Saint-Omer.
Il a également partagé la nourriture de soldats anglais qui cantonnaient dans les dépendances de la ferme. Il avait tellement sympathisé avec eux que, du haut de son jeune âge, il prit la décision de les suivre lorsqu’ils eurent l’ordre de lever le camp. Heureusement, l’ouvrier de la ferme, René MONTUWY, le rattrapa in extremis et le ramena à sa mère.
A cette époque, René MONTUWY devait avoir quarante-six ans et il était à la tête d’une famille d’au moins huit enfants dont l’aîné était mort au combat durant la bataille de Champagne, en 1915. Il avait une bonne expérience des enfants et savait intéresser et occuper le petit Michel qui passait son temps en dehors de la maison. Plus tard, il lui apprendra à capturer des anguilles.
René MONTUWY s’était marié à Eudoxie VANDENBERGHE, en 1892. Le couple vivait au Rietveld, un écart de Wormhout proche de Zermezeele et de Ledringhem.
Malgré ses enfants à élever, Eudoxie venait faire la lessive chez les DEQUIDT. Ce n’était pas une mince affaire que de faire la lessive au début du XX° siècle. Il fallait faire bouillir le linge dans la lessiveuse, puis attraper chaque pièce de linge avec un bâton dans l’eau chaude, la savonner et la brosser vigoureusement sur une planche de bois. Ensuite, après plusieurs rinçages, on étalait le linge sur l’herbe afin qu’il soit plus blanc.
Eudoxie parlait souvent de sa sœur qui travaillait à Paris, à tel point que mon père me l’a répété. Eudoxie devait sans doute s’imaginer que la vie était plus gaie et plus facile dans la capitale. Je ne sais pas, si une fois partie, cette sœur prénommée Emma, qui avait dix ans de moins qu’Eudoxie, est revenue rendre visite à sa famille en Flandre.
tableau réalisé avec l’aide de Paul-Antoine Salvetti
Eudoxie et son mari René ont marié cinq filles entre 1922 et 1932. Parmi les témoins de ces mariages, je n’ai pas trouvé trace d’Emma VANDENBERGHE ni de Gaston Paul Gabriel Corneille MONTHAYE. Par contre, j’ai pu noter dans les actes qu’Eudoxie et René ne savaient pas écrire. Pouvaient-ils lire les éventuels courriers d’Emma ou se les faisaient-ils lire par leur entourage ?
Que dire d’Emma ? En vérité, je ne sais pas grand-chose d’elle. Son acte de naissance, en date du 11 juin 1879 à Wormhout, ne nous est d’aucune aide car il ne comporte aucune mention marginale de mariage ou de décès. La seule information que j’ai d’elle c’est qu’elle est décédée à Rosny-sous-Bois le 9 juin 1953.
photo d’Emma, aimablement transmise par Bernadette Vandenberghe, petite-nièce d’Emma.
C’est surtout l’acte de décès de son fils Paul VANDENBERGHE qui me donne quelques explications ou plutôt qui me pose beaucoup de questions. Sur cet acte, il est indiqué que Paul est le fils adoptif d’Emma VANDENBERGHE et de Gaston Paul Gabriel Corneille MONTHAYE. J’ai longuement cherché pour savoir qui est ce Monsieur MONTHAYE.
Gaston MONTHAYE est le dernier d’une famille de neuf enfants (dont trois nés sans vie, une fille décédée à six ans et un fils mort à vingt-six ans) et le seul fils encore en vie après le décès de son frère aîné en 1884. Son père qui était marchand de levure est décédé en 1886 alors que Gaston avait quinze ans. Sur sa fiche matricule, il est indiqué qu’il était représentant de commerce. Il est parti le 12 novembre 1892 pour le 110° RI mais il a été réformé le 13 avril 1893 pour surdité mais aussi parce que fils unique d’une veuve.
Il avait, auparavant, fait un voyage au Congo et organisé aussitôt une entreprise, selon ses dires. La société des factoreries de N’ Djolé a été créée en 1894. Son agent au Congo, Ferdinand CHERADAME, était le propriétaire du terrain et du magasin. Il mourut le 7 juillet 1898, à l’âge de trente-et-un ans en laissant un testament dans lequel il cédait le tout à Gaston MONTHAYE. Cette concession disposait d’un terrain de 4200 km2 et avait un capital de 600 000 F en 1899.
On retrouve donc Gaston MONTHAYE au Havre où il épouse Elisa VERRIELE dont le père était maître-boulanger au Havre après avoir quitté Bergues. Il faut signaler que celui-ci était originaire de Rexpoëde tout comme les parents de Gaston. Sa mère, ses sœurs et leurs maris étaient présents au Havre pour le mariage célébré le 14 mai 1895.
Gaston MONTHAYE avait de remarquables qualités d’organisation : « C’est à cette organisation que j’ai dû de réussir là où bien des maisons disposant cependant de capitaux très importants ont échoué». Néanmoins son affaire périclita. La société MONTHAYE affiche en 1904 un déficit de 13 000 F. Pourtant les arrivages sur le port du Havre pour le compte de MONTHAYE sont réguliers. Il s’agit le plus souvent d’ivoire. La concession MONTHAYE est dissoute en 1911.
Sur la fiche matricule de Gaston MONTHAYE, je peux lire qu’il a été appelé durant la première guerre mondiale, le 7 février 1916, pour rejoindre le 129° RI. Il avait, alors, pas loin de quarante-cinq ans. Mais le 4 septembre 1917, il était détaché dans ses foyers pour travaux agricoles. Je constate, également, qu’il a changé de domicile au début de 1915 pour s’installer à Epouville, non loin du Havre. Il y avait sans doute une exploitation agricole. Mais qu’y cultivait-il ? Combien de temps y est-il resté ?
Beaucoup plus tard, à partir de 1941 et sans doute avant, je retrouve Gaston MONTHAYE à Rosny-sous-Bois. Son épouse, Elisa, y est décédée et a été inhumée dans le cimetière communal le 31 janvier 1941. A cette époque, Gaston écrit plusieurs livres : « L’énigme et le but de la vie » publié chez Hachette en 1946, « Pour l’humanité à l’heure du danger ! (lettre à un étudiant)» et « Athéisme ! Communisme ! Existentialisme ! », tous deux édités par la librairie Mercure.
Marcelle, une sœur de Gaston de huit ans son aînée, était venue vivre près de lui, probablement après la mort de son époux en 1921 ou après le décès de sa sœur Estelle en 1927. Marcelle avait épousé, à l’âge de quarante-huit ans, Albert VERGRIETE, un homme deux fois veuf, de soixante-deux ans qui était l’oncle du mari de sa sœur Estelle. Je retrouve les enfants d’Estelle à Nogent sur Marne qui n’est située qu’à cinq kilomètres de Rosny-sous-Bois, à l’occasion de trois mariages célébrés entre 1920 et 1926 et lors du décès, en 1934, de son dernier fils qui avait de sérieux problèmes cardiaques. Marcelle est décédée le 9 janvier 1951 à Rosny-sous-Bois. Gaston a rendu son dernier souffle même pas deux mois plus tard. Il a été inhumé dans la tombe où reposait son épouse, le 3 mars 1951.
Emma VANDENBERGHE s’est éteinte au 87, rue du Général Leclerc à Rosny-sous-Bois, le 9 juin 1953. Elle est toujours restée célibataire bien qu’ayant un fils. Elle a été inhumée dans la tombe de Marcelle MONTHAYE. Cette sépulture a été reprise et les ossements transférés dans l’ossuaire. Seule subsiste encore de nos jours la tombe de Gaston et Elisa. Je n’ai pas trouvé de naissances d’enfants de ce couple, ils n’en ont probablement pas eus.
Paul VANDENBERGHE est né le 31 juillet 1912 à Rouen et non le 31 juillet 1916 comme indiqué sur le site de la Bibliothèque Nationale de France. A-t-il souhaité dissimuler son passé ? Il est le fils naturel d’Emma VANDENBERGHE qui a accouché au 37, place du Vieux Marché à Rouen. A cette adresse, on trouve un restaurant « Les Maraîchers » qui existe précisément depuis 1912. Auparavant, la bâtisse servait de dortoir pour les maraîchers venant des alentours pour vendre leurs produits au marché. Emma est dite cuisinière. Travaillait-elle dans ce restaurant qui venait d’ouvrir ? Ou a-t-elle été éloignée du Havre pendant quelques mois le temps de sa grossesse et de l’accouchement ?
Une photo de Paul Vandenberghe prise au studio Harcourt créé en 1934 où le Tout-Paris vient faire immortaliser son portrait;(http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10510426c/f6.image.r=%22paul%20vandenberghe%22)
Je pense qu’Emma était au service des MONTHAYE lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte et que Gaston est le père biologique de Paul. Bien souvent, une fille-mère comme on disait à l’époque, donnait à son nouveau-né le prénom de l’amant qui l’avait séduite. On trouve une similitude des prénoms Gaston Paul Gabriel d’un côté et Paul Gaston Gabriel de l’autre.
Je ne sais pas quand Emma a repris du service auprès des MONTHAYE mais, le 7 octobre 1925, lorsqu’elle reconnaît l’enfant qui porte son nom, elle est au Havre.
autre photo de Paul prise au studio Harcourt, aimablement transmise par Bernadette Vandenberghe dont le père était le cousin germain de Paul.
Ce n’est que cinq ans après le décès de son épouse que Gaston fait des démarches pour adopter Paul VANDENBERGHE. Un jugement en ce sens a été rendu par la première Chambre du Tribunal civil de la Seine, en date du 10 octobre 1946. Alors pourquoi une adoption et non… une reconnaissance de paternité ? Etait-ce trop difficile d’avouer qu’il était son père, bien des années plus tard ? Voulait-il simplement faire preuve de générosité afin que Paul hérite de ses biens après sa mort ?
dessin publié dans le journal “Le Matin” du 15 juillet 1942
Paul VANDENBERGHE a écrit une pièce de théâtre qui a eu un grand succès dans les années 1938- 1939. Cette comédie avait pour titre « J’ai dix-sept ans » et je pense que c’est aussi pour cela que Paul s’est rajeuni de quatre ans car il avait une apparence très juvénile et interprétait le rôle du jeune Bob DARCOURT. Celui-ci a une profonde admiration pour le romancier Maurice FEURVILLE. Il a l’occasion de rencontrer le romancier qui s’intéresse à lui mais … aussi à sa mère, une jeune veuve. Bob est désespéré, considérant cette liaison comme une trahison mais FEURVILLE plaide tellement bien sa cause que Bob finit par se réjouir du mariage de sa mère et du romancier.
Cette histoire n’est-elle pas partiellement autobiographique ?
J’ai le sentiment que Paul a parsemé son œuvre de petits cailloux blancs et je me suis laissée guidée par ces indices. FEURVILLE ne ressemble-t-il pas à Gaston ?
Mais le mariage entre Gaston et Emma n’a pas eu lieu.
Dans une autre pièce « Garçons, filles et chiens », co-écrite par Paul VANDENBERGHE et Paul ARMONT, en 1938, le point de départ de l’histoire est l’humiliation subie par une jeune-fille dont la mère est blanchisseuse.
Emma était cuisinière mais elle aurait tout aussi bien pu être blanchisseuse comme sa sœur aînée Eudoxie.
Dans une troisième pièce « Gringalet » il évoque la vie d’un enfant naturel, élevé en cachette par son père. Celui-ci l’introduira dans sa famille légitime, non sans difficultés.
En effet, Gaston MONTHAYE était marié lorsqu’il a conçu son fils Paul. Celui-ci a probablement vécu en nourrice jusqu’à ce que sa mère le reconnaisse lorsqu’il avait treize ans. C’est peut-être à ce moment-là qu’il a été introduit dans la famille MONTHAYE où devait vivre Emma.
journal Comoedia du 22 août 1942 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105162418/f5.image.r=%22paul%20vandenberghe%22)
L’acte de naissance de Paul VANDENBERGHE nous indique qu’il a été marié une première fois à Jacqueline Marie PÉROT qu’il a épousée le 11 août 1942, à Fleury-la-Vallée dans l’Yonne et pour laquelle je n’ai trouvé aucune information. Leur divorce a été prononcé le 24 juillet 1950 par jugement du Tribunal civil de la Seine. Très rapidement, Paul s’est marié en secondes noces avec Suzanne Gertrude Hildegar GROTHE. J’avais vu dans le journal culturel Comoedia qu’elle avait passé un concours de déclamation en 1925 et qu’elle avait été retenue par le jury pour participer à l’épreuve finale à l’issue de laquelle elle sera classée 9° sur 10.
tombe de Paul, Suzanne et Etienne Vandenberghe
un ange...
... et des colombes veillent sur eux.
En me rendant sur la tombe de Paul VANDENBERGHE (1912- 1961), au cimetière parisien de Saint-Ouen, j’ai découvert que son épouse l’avait rejointe en 1996. Il est indiqué sur la pierre tombale Suzanne VANDENBERGHE dite SERGE (1905- 1996). J’avais d’abord pensé au prénom Serge mais je n’ai rien trouvé sur la toile à propos de Serge GROTHE ou de Serge VANDENBERGHE. Mais c’est lorsque j’ai regardé attentivement la distribution des deux films que Paul VANDENBERGHE a coréalisés en 1949 (« On ne triche pas avec la vie » avec Suzanne GABRIELLO et Madeleine ROBINSON)
et en 1956 (« Les mains liées » avec Nadine ALARI et où Paul avait le premier rôle) que j’ai découvert dans la distribution une actrice du nom de Suzanne SERGE. Paul et Suzanne ont donc dû se connaître en 1949.
Auparavant, Suzanne avait joué dans beaucoup de pièces de théâtre entre les années 1929 et 1949 et elle avait tourné dans un autre film « Le premier mot d’amour », en 1932. Sa carrière semble s’être arrêtée au début des années 1950, mis à part le film de 1955.
photo de Suzanne Serge parue dans “Le Petit Journal” du 24 novembre 1928 (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k630487k/f6.item.r=%22suzanne%20serge%22.zoom)
A-t-elle choisie de privilégier l’éducation de son ou de ses enfants ? J’ai vu, sur la tombe, qu’un Etienne VANDENBERGHE (1952- 1994) y avait également été enterré. Je suppose qu’il s’agit de leur fils. J’ai vu que la tombe avait été fleurie pour la Toussaint, c’est donc qu’il existe encore de la famille : d’autres enfants de Paul ? l’épouse ou les enfants d’Etienne ? Je ne peux qu’émettre des conjectures.
Il y a eu 649 représentations de la pièce « J’ai dix-sept ans » jusqu’à la mobilisation. Paul VANDENBERGHE ainsi que l’acteur qui interprétait le rôle de FEURVILLE (Guy RAPP) furent mobilisés et faits prisonniers. Alors qu’il était interné au camp du Colombier, près de Rennes, Paul donna une représentation de sa pièce « Garçons, filles et chiens » en novembre 1940.
Au stalag X B, l’ancien séminaire de Schildberg en Pologne, où il était prisonnier, Paul écrira sa nouvelle pièce de théâtre « Gringalet qu’il a lue devant mille prisonniers dans le grenier ».
source: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105162418/f8.image.r=%22paul%20vandenberghe%22
Guy RAPP et Paul VANDENBERGHE seront libérés du stalag en 1942 et reprendront les représentations de « J’ai dix-sept ans » tant à Paris qu’en province. Ainsi, le 1° octobre 1942, ils seront à Vichy où ils ont obtenu un succès considérable. Leurs cachets alimentaient le « Pécule du comédien prisonnier », une œuvre d’entraide fondée par Guy RAPP afin que les comédiens prisonniers de guerre puissent recevoir, à leur libération, une somme d’argent en attendant de retrouver un rôle.
Paul VANDENBERGHE continuera une carrière de scénariste, dialoguiste, réalisateur et acteur jusqu’en 1958 où il eut un rôle dans le film « La moucharde » de Guy LEFRANC dans lequel Pierre VANECK avait le premier rôle. La même année, il avait également écrit le scénario en collaboration avec Edouard MOLINARO les dialogues du film « Le tombeur » de René DELACROIX avec Raymond BUSSIERES, Gaby MORLAY, Denise GREY, Marthe MERCADIER.
Il est possible qu’il soit tombé malade après cette date. Il est décédé le 1° mai 1961 au 106, boulevard du Général Leclerc à Clichy qui n’est autre que l’hôpital Beaujon. Il avait seulement quarante-neuf ans.
Sources :
Je remercie les mairies de Rosny sous Bois et de Rouen pour l’envoi des actes de décès d’Emma et de naissance de Paul.
Archives de Paris en ligne :
http://archives.paris.fr/r/124/-at-civil-de-paris/
Archives du Nord en ligne :
http://www.archivesdepartementales.lenord.fr/?id=etat_civil
Archives de la Seine-Maritime en ligne :
http://www.archivesdepartementales76.net/rechercher/archives-en-ligne/etat-civil-en-ligne/
Gallica : Paris Soir du 15 mai 1942 :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7643818b/f4.item.r=%22le%20p%C3%A9cule%20du%20com%C3%A9dien%20prisonnier%22.zoom
Gallica : Recueil Garçons, filles et chiens :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105104320.r=%22paul%20vandenberghe%22?rk=21459;2
Gallica : Recueil J’ai dix-sept ans :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10510426c.r=%22paul%20vandenberghe%22?rk=42918;4
Gallica : Recueil Gringalet :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105162418.r=%22paul%20vandenberghe%22?rk=64378;0
Le Havre colonial de 1880 à 1960 par Claude Malon :
https://books.google.fr/books?id=LApFoq9fbYgC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q=monthaye&f=false