Souvenirs Pieux
La mort du pape François m’a fait revenir à l’esprit d’anciens souvenirs de pratiques religieuses remontant sans doute aux années soixante.
Je me souviens que lorsque mes parents ont eu une nouvelle voiture, en l’occurrence une 404, ils l’ont faite bénir par le curé. Ils avaient eu auparavant une 4 CV (prononcer 4 chevaux) de couleur beige dont je me souviens encore de l’immatriculation : 22 AJ 62. Sachant que les voitures portant les lettres AA ont commencé à être immatriculées au début de l’année 1951, dans le Pas de Calais, et celles portant les lettres EB en juillet 1954, j’ai estimé que mes parents avaient acheté leur 4 CV à la fin de l’année 1951.
La 4CV de mes parents devait ressembler à celle-ci. Source : https://www.renault4cv.fr/
Une plaque métallique à l’effigie de Saint Christophe et portant le nom de mon père était vissée sur le tableau de bord. Je la possède encore. Saint Christophe protégeait des accidents de la route. Et pourtant le jour où je suis née la voiture a glissé dans le fossé, sans réel dommage. C’était un premier janvier, il y avait de la neige et de la glace sur les routes mais mon père avait voulu prévenir de ma naissance, ses parents qui habitaient à Bavinchove à soixante kilomètres de Coulogne.
plaque fixée sur le tableau de bord de la 4CV de mon père.
Je crois même qu’il est arrivé que le curé bénisse la maison et les étables avant ou après un bon repas, peut-être plutôt avant. Lors de chaque repas, mon père ne manquait jamais de faire une croix sur le pain à l’aide du couteau à pain avant de couper les tranches de pain.
Après la bénédiction du buis, mes parents remplaçaient les rameaux de l’année précédente sur les crucifix mais ils plaçaient aussi des petites branches de buis dans les étables pour protéger les animaux des maladies. Certains mettaient même du buis aux quatre coins de leurs champs mais je ne l’ai jamais vu faire chez mes parents.
J’ai aussi le souvenir du « panier du curé » qui revenait à peu près une fois par mois ou un peu moins. Ce panier était à remplir de nourriture qui était offerte au curé. Ma mère y mettait du beurre, du sucre, du café, un poulet et d’autres choses encore et allait le porter au presbytère.
Je me souviens également de beaux défilés dans la rue des Hauts-Champs et la rue Basse où les façades des maisons étaient décorées de fleurs, où le curé prenait la tête de la procession portant un ostensoir et placé sous un dais et où des enfants jetaient des pétales de fleurs sur le sol. C’était à l’occasion de la Fête-Dieu.
Toutes ces pratiques ont maintenant disparu.
Ma grand-mère maternelle invoquait assez facilement et couramment le Seigneur ou les Saints. Lorsqu’elle ne retrouvait pas un objet ou ne savait plus où elle l’avait mis, elle disait « Saint Antoine de Padoue, priez pour nous ». Lorsqu’il y avait de l’orage, elle racontait aux jeunes enfants que nous étions que le petit Jésus faisait son grand nettoyage dans le ciel, d’où l’eau abondante et le bruit fracassant.
Quand le tonnerre était encore plus fort et menaçait de s’abattre sur la maison, elle brûlait une chandelle bénie pour se protéger de la foudre. Elle avait toujours une bouteille d’eau bénite sous la main pour se prémunir de tous les maux de la terre.
Lors de la semaine sainte, lorsque nous étions en vacances à Wormhout, ma grand-mère maternelle nous emmenait à tous les offices religieux : le jeudi soir avec le lavement des pieds, le vendredi après-midi avec le chemin de croix puis les cloches qui partaient à Rome et ne sonnaient plus et enfin le grand renouveau avec la fête de Pâques. Je me souviens que c’était l’occasion, surtout pour les dames, d’arborer ses nouveaux vêtements de la saison printemps-été, même si le temps ne s’y prêtait pas vraiment. Ne dit-on pas : « En avril, ne te découvre pas d’un fil »
Ces souvenirs, vus avec mes yeux d’enfants, je les observais avec beaucoup d’intérêt et de curiosité.







