Une maison bourgeoise pour changer un peu. La Villa des Charmilles. Construite au début du XXe siècle par son premier propriétaire, le sieur Bombard. N'ayant pas plus d'infos, finissons avec un petit extrait littéraire : Un jour, le patron vient me chercher : "Prends ton vélo et file à la villa des Charmilles, il y a un appareil à monter sur place. On t'expliquera là-bas." J'arrive aux Charmilles, je sonne. Une vieille avec une gueule d'envers vaut l'endroit et qui dégage du goulot à en faire la pirouette vient m'ouvrir. -Qu'est-ce-que vous voulez ? -Je viens pour le téléphone. Elle me fait entrer dans un salon de ministre, avec des tapis aussi moelleux que des banquettes de première, des rideaux comme des robes de communiante, des tableaux tout main, des chaises pour derrière de rhinocéros et des coussins, et des fleurs, et des vases, et des statuettes en pagaïe ! Je m'assieds et je vois venir une vieille rombière, tout en dentelles grises et en petits rubans. Une face plissée en quadrillé. Des yeux en boutons de sonnette. Elle me dit : "Il s'agit d'une affaire délicate" et elle m'explique un truc pas ordinaire. Figure-toi que cette Mme Bazaille avait peur d'être enterrée vivante. Pour être parée de ce côté-là, elle avait imaginé une combine à la redresse. Elle voulait faire monter un téléphone dans son cercueil et relier le caveau familial avec le bureau de son fils par une ligne particulière. Une supposition qu'elle se réveille dans sa boite à bonbons. Elle décroche l'appareil et le fils, prévenu, fonce dare-dare au cimetière, et déterre sa bonne maman comme une truffe ! (Henri Troyat, Le ratuset, 1937)