La Balance des Dragons //Chapitre 13: La lance de Kaïa
Auteur: Douce Plume
Univers:
Dark Fantasy (inspiré du MMORPG TERA RISING -accessible même si on ne connait pas Tera)
Résumé :
Jeune alchimiste Elfe pleine d’avenir, Eveanna se voit confier une mission des plus importante par son maitre, Hustod. Malheureusement l’aventure ne va pas se dérouler comme prévu. Elle devra fuir tout ce qu’elle connait, entrainée malgré elle par un archer pervers alcoolique et une ex- Lancière devenue marchande de chaussures. Pourra-t-elle révéler son potentiel de sorcière ou la folie des dragons affectera-t-elle la magie toute entière ?
Mises en garde : mention d’alcoolisme
>>MASTERLIST<<
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Chapitre 13: La lance de Kaïa
Maison de la Dame au Dragon, Ile des Brumes.
Eveanna sirotait son thé brulant par petites gorgées en réfléchissant à toute vitesse. Une fois son estomac apaisé, son cerveau s’était remis en marche et elle contemplait maintenant l’ampleur de la catastrophe. Elle était dans le pétrin. Lorsqu’elle aurait fini de boire, Yrlyg commencerait à lui poser des questions et il lui fallait décider maintenant de ce qu’elle allait lui dire ou pas.
La petite rousse n’avait pas cessé de la regarder. Elle était assise en face d’elle, la tête posée entre les mains et la fixait sans bouger. On pouvait sentir la curiosité dévorante dans ses yeux. A peine la tasse posée, l’ Elin demanda :
- « Alors raconte-moi :comment se fait-il que tu cherches à passer tes diplômes d’alchimiste hors d’ Allemantheia ? Tu as fait exploser leur laboratoire ? Tu as empoisonné un patient? Je veux tout savoir ! »
Le cœur de l’Elfe se serra en pensant à ce qui s’était passé. La tristesse remplaçant un instant l’angoisse de sa situation. Allemantheia lui manquait et elle avait peur de ce qui l’attendait maintenant. Cependant, quand elle était enfant, sa grande sœur lui répétait sans cesse l’importance de l’honnêteté . Eveanna prit une grande inspiration et décida de tout raconter.
- « En fait, non, je n’ai rien fait exploser. J’ai déçu mon Maitre, Sir Hustod. »
L’Elfe baissa la tête, rongée par la culpabilité. Elle poursuivit, honteuse.
- « J’ai voulu aller trop vite en lui ramenant ce qu’il m’avait demandé, et je me suis présentée devant lui dans un état lamentable. Il m’a licenciée sur le champ et j’ai dû quitter mon poste d’apprentie et ma maison. Je réfléchissais à mon avenir dans une petite taverne quand Aledaran a décidé que je devais payer à sa place…
- Je connais la suite, Ale m’a raconté. Vous avez volé un pégase, essuyé une tempête et affronté les Gulas. Bien entendu il a volontairement oublié tous les passages où il a essayé de te peloter.
- En gros, c’est ça, oui. », répondit l’Elfe en faisant la moue.
Elle resta silencieuse alors qu’ Yrlyg la regardait, perplexe. La Dame reprit :
- « Il y a des choses que je ne comprends pas. Tu es mauvaise alchimiste ?
- Pas du tout. J’avais une année d’avance par rapport aux autres étudiants. On me laissait même faire des recherches sur du matériel rare.
- Mais dans ce cas, pourquoi te renvoyer ? Hustod ne pouvait-il pas juste te réprimander ?
- Je te l’ai dit, je l’ai déçu. Se présenter devant lui couverte de sang était impardonnable. On ne traite pas son maitre ainsi même si on a réussi l’impossible.
- Comment ça couverte de sang ? Depuis quand demande-ton aux apprentis de ramasser des plantes qui saignent ?
- Oh non !Il ne s’agissait pas de plantes ! Il voulait des écailles de Dracoloth. Ceux de Scythera Fae."
Yrlyg ouvrit grands les yeux et faillit tomber de sa chaise.
- « Des écailles de Dracoloth ?!"
L’ Elin s‘agita et finit par descendre brusquement pour faire les cent pas dans la cuisine en réfléchissant tout haut :
- « Je trouve ça vraiment étrange qu’un Virtuose Alchimiste ait besoin d’écailles de Dracoloth. Non seulement il s’agit d’une espèce dangereuse mais en plus les études Draconiques ont été interdites après la fin de la grande guerre Argonne."
Elle continuait à faire le tour de la cuisine en poursuivant son raisonnement, ses bottines blanches claquants sur le sol carrelé.
- « C’est peut-être une question d’argent. Les écailles peuvent se revendre très cher si on a le bon acheteur. Mais dans ce cas il aurait pu demander à un chasseur, pas à toi. » Elle s’arrêta et soupira. « Si seulement je pouvais savoir à quoi ressemble une de ces écailles...»
Eveanna toussota discrètement pour rappeler sa présence. Malgré les aventures de la veille elle avait elle aussi un peu réfléchi à cette histoire et elle avait pris quelques précautions.
- « J’en ai gardé ! » fit-elle en souriant fièrement.
- « Fait voir ! »
Yrlyg bondissait presque d’impatience. Cela donnait des ailes à l’Elfe mais lui avait aussi fait oublier ses blessures. Elle grimaça en posant un pied à terre. Yrlyg baissa les yeux, constata les dégâts et lui intima de s’assoir avec de grands gestes. Elle se pencha et regarda d’un peu plus près les égratignures. L ’Elin attrapa un des orteils d’ Eveanna ce qui la fit sursauter :
- « On ne peut pas te laisser comme ça, tu risques une infection. Tu trouveras tout ce dont tu as besoin dans les placards. Utilise ce qu’il te faut pour te soigner, moi je vais chercher ton sac !
- Est-ce..
- Et considère ça comme ton premier test ! ».
La petite rousse était déjà partie en sautillant et avait crié sa dernière recommandation du pied de l’escalier. L’Elfe ferma la bouche qu’elle avait gardée grande ouverte et se mit à l’œuvre. Étonnamment les ingrédients et les objets nécessaires semblaient se glisser naturellement sous ses mains. Pour un peu on aurait dit qu’elle avait rangé cette cuisine elle-même.
Yrlyg revint alors qu’Eveanna mettait sur le feu une petite casserole remplie d’herbes pilées, de quelques gouttes d’huile essentielle et tapissée d’un parchemin alchimique. L’ Elin tira une chaise vers elle et s’installa près de son apprentie.
Elle posa doucement le sac sur le plan de travail, l’ouvrit et sortit délicatement une écaille de sa pochette de conservation. Elle la regarda d’un œil aguerri à travers la lumière de la fenêtre. Le morceau de carapace était d’un noir de jais et de la taille de sa main. Il subsistait une légère lueur verte en son centre qui nécessiterait plus d’analyses.
- « C’est du beau travail ! Même la cassure est nette. Avec quoi l’as-tu découpée ?
- Avec la lame de ma grand-mère. Elle est dans mon sac si tu veux la voir » fit Eveanna en touillant doucement sa mixture.
Yrlyg glissa sa main dans le sac et en sortit la lame. Elle fronça les sourcils en touchant la petite marque sur le manche.
- « C’est un tournevis » dit l’Elfe. « Avec les ailes on ne voit pas bien.
- Non. Je ne pense pas que ce soit ça. »
La Dame pressa son doigt sur la gravure et libéra sa magie. Une petite flamme bleue entoura la lame, faisant paniquer son apprentie. Yrlyg lui intima le silence.
- « Laisse- moi faire et finit ton baume. J’ai déjà vu ce genre de marques. Pendant la grande-guerre on gravait les armes et armures avec les emblèmes des guildes combattantes. Cela permettait d’identifier les morts.
- Une guilde ? Ma grand-mère n’a jamais fait partie d’une telle organisation ! Et qui prendrait pour emblème un tournevis ailé ? ça serait ridicule !
- Sauf que ce n’est pas un tournevis… »
Elle souleva son doigt et découvrit un autre dessin : une lance flanquée de deux ailes.Eveanna posa la casserole hors du feu et prit le poignard dans ses mains, le souffle court.
- « C’est impossible ! Ma grand-mère ne m’aurait jamais menti !
- Tout le monde ment. Il va falloir être moins naïve jeune fille. »
Devant l’air dépité de l’Elfe, elle poursuivit :
- « Il s’agit de la Lance de Kaïa. Cette guilde comptait parmi ses rangs les soldats les plus puissants et les plus braves de Tarborea. Elle a été dissoute à la fin de la guerre. Pas étonnant que son fil soit si tranchant. »
Eveanna avait du mal à encaisser la nouvelle. Cela remettait en perspective beaucoup de choses. Mais Yrlyg ne lui laissa pas le loisir de démêler le fil de ses pensées. Elle reprit la lame pour la remettre dans le sac et sortit le disque de combat. Elle l’examina un instant en fronçant les sourcils.
- « Dis-moi, ce disque n’est pas très puissant. Ce n’est pas avec ceci que tu as affronté ton dragon n’est- ce pas ?
- Ben, en fait…heu… »
Voilà qu’elle recommençait à bredouiller mais elle se ressaisit. Après tout elle n’avait pas à avoir honte de ne pas avoir reçu une formation complète en sorcellerie de combat.
- « Si, c’est avec ce disque. Je n’ai pas beaucoup d’expérience au combat. J’ai juste eu de la chance. Si Alvêna n’était pas…
- QUI ?!!! »
Yrlyg avait presque rugit. Elle attrapa la grande blonde par les bras et la secoua presque :
- « Petite, prêtresse, les cheveux blancs, un bâton orné d’un soleil ?
- Oui c’est elle! En fait elle m’a sauvée. Le dragon allait me dévorer mais elle l’a abattu puis m’a guérie.
- Est-ce qu’elle a dit quelque chose de particulier?
- Non… heu… pas vraiment. On a discuté du combat. Elle m’a dit que j’étais courageuse et qu’elle voulait aller prévenir le village voisin pour récupérer la viande restante. A part ça…
- Es-tu sûre ? »
L’Elfe se concentra mais ne savait pas ce que cherchait sa nouvelle Maitresse. Même si son comportement lui faisait peur, elle ne voulait pas la décevoir. Elle fouilla donc son esprit et en repêcha le seul élément qui lui semblait intéressant :
- « Elle a regardé la marque sur le poignard et elle a dit qu’elle lui rappelait quelque chose.Mais elle n’arrivait pas à dire quoi. »
Yrlyg lâcha doucement les bras de son apprentie et marmonna pour elle-même, de la tristesse dans la voix :
- « Alors elle ne se souvient toujours pas… »
Eveanna allait demander des explications mais l’ Elin se saisit de la casserole pour mettre le nez dedans.
- « Pas mal. Bonne texture.Tu as utilisé juste la bonne quantité d’ingrédients. Ce Hustod ne sait pas ce qu’il a perdu !Tu vas te soigner et quand tes pieds iront mieux tu pourras aller me chercher Aledaran. Il va probablement se perdre entre deux tavernes de Port Coupe-Gorge.
- Et en attendant, que fait-on ?
- Ton premier cours d’Alchimie évidemment ! »
A priori l’heure des questions n’avait pas encore sonnée.
Une fois les pieds tartinés de baume, Eveanna s’était confortablement installée pour écouter les explications d’ Yrlyg. Il s’avéra que la Dame au Dragon était un puits de connaissance inextinguible et une oratrice remarquable. Passionnées par leurs expériences, les deux alchimistes sautèrent l’heure du déjeuner et c’est en fin d’après-midi qu’elles réalisèrent à quel point le temps avait filé.
Après avoir rapidement prit leur diner, elles s’aperçurent que, conformément aux prévisions d’ Yrlyg, Ale n’était toujours pas rentré.
- « Tu vas devoir aller le chercher maintenant. Il doit probablement tester toutes les tavernes du port.
Eveanna n’aimait pas se montrer indiscrète mais elle devait savoir à qui elle avait affaire. Elle demanda, un peu hésitante :
- « Ça fait longtemps qu’il..heu…. »
Yrlyg répondit sans trace de gêne, hochant doucement la tête :
- « Qu’il est alcoolique ? Oui, depuis la fin de la grande guerre, il y a quinze ans. J’ai bien peur que ce qu’il a traversé ne l’ait marqué pour toujours.
- Ce qu’il a traversé ? Tu veux dire qu’il a participé aux combats ?
- Je préfère ne pas en parler moi-même. Il te racontera s’il le souhaite. Pour le moment j’ai besoin de lui ici et de chaussures pour mon apprentie. »
L’elfe frotta doucement la pellicule blanche sous ses pieds puis s’assura de pouvoir marcher normalement. Parfait. Et le paquet contenait des chaussures. Encore mieux. Mais une inquiétude était toujours présente dans son esprit et ne la laissait pas en paix :
- « Comment vais-je faire pour atteindre le port ? Je suis toujours pieds-nus…
- Ne t’en fais pas pour ça, je vais te donner un parchemin de havre-sûr.»
La petite rousse fouilla dans un placard et en sortit un rouleau de parchemins usés. Elle en sortit un et fourra le reste dans le sac de voyage de la sorcière.
- « Avec ça tu pourras aller à la ville la plus proche sans avoir à marcher. Garde ton disque avec toi, on ne sait jamais ce qui peut se passer avec Ale.
- Tu crois qu’il pourrait m’attaquer ? »
Il perçait une pointe d’inquiétude dans la voix de l’elfe. Yrlyg la regarda attentivement, s’attardant sur sa chevelure blonde et ses grands yeux bleus.
- « T’attaquer toi ? Je ne pense pas …il résistera peut-être pour revenir, mais il te protégera. Il t’a ramenée non ?
- Il doit en ramener des dizaines je suppose… »
L’ Elin se fit plus grave. Elle se planta devant son apprentie et déclara fermement :
- « Aledaran est quelqu’un de bien. Ne te laisse pas abuser par ses manières. Tu es la seule qu’il ait ramenée. Maintenant attrape ton sac et vas me le chercher !
- Oui Maitresse Yrlyg ! »
Eveanna se redressa et attrapa vivement son sac et le parchemin. Elle le lut à voix haute et disparu en laissant derrière elle un nuage d’étincelles dorées.
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