New-Orleans, la merveille des USA
Au début du 19ème siècle, un homme opulent connu sous le nom de Jacques Saint-Germain s’installa dans une demeure prestigieuse du Quartier Français, à la Nouvelle Orléans. S’imposant très vite comme étant une personnalité respectable et influente, il était connu pour son fin langage, son charme spécial et son goût pour la fête.
Saint-Germain n’attira pas l’attention sur lui jusqu’à ce soir où une jeune femme surgit apeurée au poste de police. Elle affirmait arriver directement de chez le Comte qui était venu la trouver dans un pub de la rue Bourbon. La jeune femme rapporta qu’une fois chez lui, l’homme se serait précipité sur elle alors qu’elle inspectait les instruments exposés sur la cheminée, la détournant précipitamment vers le balcon. Puis, profitant de ce cadre pour lui faire la cour, l’homme se serait penché sur son cou pour la mordre violemment. Effrayée, la jeune femme ne trouva d’autre échappatoire que de sauter du balcon, se cassant plusieurs os au passage.
Jacques fût questionné le soir même, prêtant à la femme des hallucinations qu’il mettait sur le compte de l’alcool. Le lendemain, alors que les policiers se rendirent sur le lieu de l’incident, ils trouvèrent une maison abandonnée par son propriétaire, introuvable. Inspectant les lieux, ils furent troublés par ce qu’ils découvrirent. Les nappes de chaque table étaient parsemées de tâches de sang ; aucune trace de nourriture, pas plus que de vaisselle et couverts ; on trouva seulement des verres à pieds et des bouteilles remplies de ce qui s’avéra être un mélange de vin rouge et de sang.
Depuis, il est déconseillé de rester sous les balcons de cette luxueuse maison car plusieurs témoignages rapportent que l’on peut y croiser un mystérieux passant se présentant sous le nom de Jack, et tenant à la main un verre de vin rouge.
Ainsi sont les histoires que l’on entend à la Nouvelle Orléans. La culture Vaudou et la sorcellerie sont une fierté locale que la touriste que je suis a aimé découvrir. Il faut dire que le cadre de la ville s’y prête bien. Ses rues étroites et son architecture si typique donnent au Vieux carré une ambiance qu’on ne trouve pas ailleurs. L’Amérique classique semble bien loin lorsqu’on lève le nez sur ces balcons en fer forgés débordant de végétation tropicale et auxquels pendent des drapeaux arc-en-ciel.
La devise de la ville, « Let the good times roll » (officiellement traduite en français par « Laissez les bon temps rouler », ils se sont pas foulés pour celle-ci) est prise très au sérieux par certains habitants. On sent bien que quelques uns se donnent du mal à respecter ce dicton, assis devant leur porte sur leur rocking chair ou plus humblement sur les marches en forme de trône (leur trône de pierre, hum…).
Les couleurs du French Quarter enchantent. Ce patchwork culturel reflète parfaitement le melting pot qui a construit les Etats-Unis, même si la ville ne ressemble à aucune autre dans le pays, paraît-il. A l’origine française, puis espagnole, la ville garde les marques de ses anciennes colonies. Les rues Royale et Bourbon volent injustement la vedette aux autres, moins commerciales. S’y côtoient galeries d’art, restaurants et boutiques attrape-touristes (à chaque fois je me fais avoir).
Comment un endroit si mignon peu se transformer, la nuit tombée, en un lieu aussi artificiel ? La rue Bourbon m’a étonnée de par sa versatilité ; paisible et séduisante le jour et beauf la nuit (ne le sommes-nous pas toutes un peu ?).
Mais ne vous y trompez pas, la Nouvelle Orléans a plus d’un tour dans son sac. En s’éloignant on trouve ce qui donne a la ville son plus grand charme, le jazz. A toute heure, Nola offre ses tripes et son âme à qui veut bien l’écouter. Les jazzmen à chaque coin de rue, les bars qui débordent de musique jusque sur le trottoir, les passants qui dansent le verre à la main et le sourire aux lèvres. C’est devant un concert en plein air, en dégustant mes nuggets d’alligator en terrasse (oui oui) que je découvre que Jazz et insouciance vont de pair. Tête en l’air, notre chanteur avait oublié son micro. Un coup de fil pendant le solo de contrebasse, une petite blague, et le musicien continu de pousser la chansonnette a capella. Le micro finira par arriver pour la dernière chanson, mais de toute façon c’était mieux sans.
Au-delà de ce visage attendu de la Nouvelle Orléans, je découvre des quartiers moins connus. Le garden District est vide et huppé ; il abrite un cimetière d’inspiration espagnole et française bien que le quartier fût le premier à accueillir de nouveau les américains protestants qui venaient flamber leurs économies dans le sulfureux centre-ville.
Le Financial District, lui, ressemble davantage à ce que je connais des villes américaines, si ce n’est la présence d’énormes racines qui affirment leur légitimité en perçant les trottoirs comme les crottes de chiens à Paris. Le parc Louis Armstrong est drôlement aménagé, avec tous ces ponts qu’on dirait être en plastique. Je lui ai trouvé plein de charme, avec ses statues de bronze (décidément, les américains en sont fans), ses sculptures abstraites, ses sacs plastiques qui flottent sur l’eau… (Ah non, ça c’est juste cracra).
Enfin, les bords du Mississipi ont une allure tristement industrielle, mais le bateau à roue à aube rouge le rend sympathique, même si je n’y tremperais pas les orteils…
Finalement, la Nouvelle Orléans a beau être si peu américaine (Mais où sont les Starbucks ?), n’est-elle pas justement l’exception qui confirme la règle ? Cette petite touche qui rend son équilibre à ce pays de la démesure. Lorsque les buildings font tourner la tête, si l’hiver est trop froid, quand la fierté nationale devient pesante, c’est à Nola qu’il faut venir se réfugier.