Ils m’ont tous dit que tu reviendrais.
Qu’un jour, au détour d’une nuit trop longue, tu serais pris de regrets. Qu’au milieu d’un silence trop lourd, tu sentirais enfin le vide que tu as laissé derrière toi. Ils m’ont dit qu’on ne perdait pas un homme comme moi sans en garder une cicatrice, sans être hanté au moins une fois par ce qu’on a détruit. Ils m’ont dit que tu reviendrais, parce que les hommes reviennent toujours quand ils réalisent qu’ils ont laissé partir quelque chose de rare.
Mais moi, je te connaissais.
Je te connaissais assez pour savoir que tu ne te retournerais jamais. Assez pour savoir que tu préférerais t’étouffer avec tes remords plutôt que d’abîmer ton orgueil. Tu n’es pas de ceux qui reviennent. Tu es de ceux qui s’enterrent dans leur fierté et appellent ça de la dignité. Je te connaissais assez pour comprendre que le silence n’a jamais été une punition pour toi. Le silence, c’est ton arme. Ton choix. Alors j’ai finis par arrêter d’espérer. J’ai arrêté d’attendre ce message qui aurait dit que tu pensais encore à nous, que tu avais encore faim de moi, que tu regrettais, ne serait-ce qu’un peu. J’ai arrêté d’imaginer ton nom apparaître sur mon écran comme un miracle tardif. Parce qu’un miracle, toi, tu n’en as jamais été capable.
Et pourtant, toi aussi, tu me connaissais.
Tu savais que j’étais celui qui revient. Celui qui ravale sa fierté. Celui qui s’excuse même quand il a saigné. Celui qui tend la main, encore, même quand on la laisse tomber. Tu avais confiance en ça. Confiance dans le fait que ce serait toujours moi qui craquerais, toujours moi qui supplierais d’être aimé, d’être choisi, d’être gardé. Tu étais tranquille dans l’idée que mon amour finirait par me ramener à toi, comme une condamnation. Mais cette fois, non. Cette fois, c’est fini. Je ne t’écrirai plus. Je ne reviendrai plus. Je ne demanderai plus. Je ne serai plus cet homme qui s’accroche à quelqu’un qui le regarde partir sans même vaciller. Nous parlons enfin la même langue. Le silence.
Et c’est presque tragique, il aura fallu qu’on s’abîme pendant des mois, qu’on s’épuise à se chercher, qu’on se fasse mal à force de ne pas savoir s’aimer, pour finalement arriver à se comprendre parfaitement. Nous n’étions pas faits pour les mots. Nous étions faits pour l’absence. Et maintenant, je te laisse ce que tu as toujours su offrir mieux que tout le reste. Le vide. Et moi, je pars avec ce que tu n’as jamais su me donner. Le choix.














