moi j’aurais voulu connaître chacune de tes cicatrices et leur histoire
j’aurais voulu connaître la substance qui animait tes veines
j’aurais voulu connaître tes contours
et les montagnes que tu gravissais
j’aurais voulu voir en détails chacune de tes fresques intérieures
j’aurais voulu apprendre par cœur ton histoire et m’y ajouter à un moment ou un autre
j’aurais voulu savoir comment tu avais pu briser tes chaînes et les assembler autour de ton cou tel un guerrier d’antan porterait les dents de ses ennemis
j’aurais voulu connaître chaque crevasse
et chaque fissure de ton âme
chacune des flaques qui l’ornaient.
j’aurais voulu être l’ange qui convertit tes démons en sucre d’orge comme tu l’as fait avec moi
j’aurais voulu tenir les branches sauvages de chaque arbre des forêts interdites qui peuplaient ton cœur
pour qu’aucune ne t’effleure le visage
j’aurais voulu que tes yeux brillent d’étoiles
plutôt que d’un feu dévastateur ou encore de larmes
et pour ça j’étais prête à faire de toi mon soleil, mon univers.
je t’aurais emmené sur la Lune
j’aurais disséqué tes miroirs si ton reflet t’avais dégoûté
j’aurais chéri chacune de tes inspirations jusqu’à que je disparaisse avec la mienne je t’aurais sculpté un nouveau cœur -je m’y serais mise corps et âme- si le tien venait à fondre un après-midi d’août
je crois bien que j’aurais embrasé la terre si tu me l’avais demandé
j’y aurais mis feu et calciné cette dernière jusqu’au noyau
je me serais attachée moi-même au bûcher si j’avais pu te sauver la vie en agissant ainsi
j’étais de toutes façons brûlée vive par l’amour ardent que je te portais, tu sais?
j’aurais voulu être celle sur qui tu t’effondrais et tu t’appuyais pour te remettre sur pieds
j’aurais voulu être celle qui ramassait les morceaux
celle qui rendait tout plus beau
celle qui dépoussiérait
tes moindres recoins et chassait l’ombre de tes corridors les plus sordides
celle qui dessinait des fleurs sur tes paumes de mains pour y entretenir ton jardin secret.
j’aurais voulu envelopper ton cœur de verre dans du papier bulle,
et on se serait amusés à l’éclater sans jamais abîmer ce qu’il protégeait
les doigts ensanglantés par un amour tué dans l’œuf.
j’aurais voulu partager chaque moment de mon existence avec ta présence, j’aurais voulu que tu ne t’absentes jamais de ma vie.
je voulais me presser contre tes épaules lorsque celles-ci s’effondreraient sous leur poids et t’aider à l’alléger de la façon dont tu m’as aidée à prendre mon envol.
j’aurais voulu partager tes peurs et tes chutes
tes éclaboussures et tes pertes d’équilibre
j’aurais voulu briser le sablier qui te condamnait en le serrant dans mes mains
Ă en faire blanchir mes jointures
à en ébrécher ma chair pour te prouver à quel point tu m’étais cher
j’aurais pu te donner tout ce que j’avais et même ce que je n’avais pas
je sais à quel point c’est cliché
mais y a-t-il des mots plus justes pour exprimer cela ?
j’aurais voulu connaître l’histoire de chacun des autocollants qui sont collés autour de ton miroir
et de la chaîne rouge et blanche sur le mur près de ton lit
j’aurais voulu passer ma main dans tes cheveux d’hérisson
et faire tourner le ventilateur pour dire qu’il était plus frais que toi
j’aurais voulu un énième câlin
une énième réplique improbable qui m’aurait fait rire jusqu’au petit matin
j’aurais voulu que tu me parles de tes plus belles chute en skate
de la raison qui t’a poussé à vouloir des murs verts
j’aurais voulu que tu me dises à partir de quel nombre ton pourcentage de batterie t’inquiétais
j’aurais voulu qu’on parle des chansons qu’on ne peut écouter que de 3 :02 à 3 :53
j’aurais voulu savoir le titre des tiennes j’aurais voulu que tu me dépeignes tes rêves jusqu’à l’aube et que cela dure pour toujours -même la nuit-
j’aurais voulu qu’on joue sur les mots, quitte à les perdre
j’aurais voulu te raconter la fois où je me suis retrouvée avec du Schweppes Agrumes sur la clavicule
j’aurais voulu te piquer tes pulls à rayures et tes chemises à carreaux
et puis tes bras tant qu’à faire
j’aurais voulu m’imprégner
de la nuit noire uniquement troublée par les étoiles et ceci juste en ta présence
tu aurais sûrement mis une musique pas très romantique et l’on se serait disputés pour choisir entre the night we met et on verra
j’aurais voulu que tu me dises encore une fois que j’avais de drôles de métaphores
j’aurais voulu tes cliques et tes claques autour de moi
et ton absence c’est pire qu’une gifle
ça me tiraille et j’ai mal comme si j’avais fait des abdominaux avec le cœur.