La croissance exponentielle
Un petit nénuphar pousse sur un lac. Tous les jours, il double de taille. Comme il est tout petit, des savants ont calculé qu’il lui faudrait 100 jours avant de recouvrir l’intégralité du lac. Combien de jours lui faudra-t-il pour recouvrir exactement la moitié de la surface du lac ?
Vous connaissez peut-être ce problème assez simple. Il est souvent présenté de manière assez trompeuse pour vous faire répondre intuitivement que le nénuphar ne recouvrira la moitié du lac qu’à partir du 50ème jour, ce qui est faux. Comme le nénuphar double de taille, c’est bien le 99ème jour qu’il recouvrira la moitié du lac ! Ceux qui répondent “50″ échouent à faire la différence entre une croissance linéaire et une croissance exponentielle. C’est une notion importante, alors on va prendre un peu de temps pour revenir là-dessus. Ce qui m’intéresse, encore une fois, ce ne sont pas les maths, mais la dynamique des courbes, pour qu’on puisse se forger un sens physique des évolutions, presque palpable. Du coup je m’excuse d’avance auprès des rigides matheux que je risque de froisser par mes imprécisions. Je vous fais d’éventuels bisous.
Croissance(s)
On peut croître de plein de manières différentes, mais on peut distinguer deux catégories : les croissances linéaires et les croissances non-linéaires.
Une croissance linéaire provoque un accroissement régulier. Si vous voulez vous la représenter, pensez simplement à une addition. “Tous les jours, le nénuphar grandit de 2cm” suit une croissance linéaire.
Ici, vous avez une croissance linéaire où j’ajoute +0.1 à chaque étape. Comme vous pouvez le voir, les croissances linéaires, une fois tracées, dessinent des lignes droites (c’est pour ça qu’elles sont linéaires, d’ailleurs...). Par opposition, tout ce qui ne dessinera pas une droite rentrera dans la catégorie des croissances non-linéaires. La croissance de type exponentielle n’est qu’une sous-catégorie des croissances non linéaires parmi d’autres.
Ici, vous avez une croissance non-linéaire où j’ajoute à chaque fois 10% de la valeur précédente. Le calcul n’est plus ici une addition mais une multiplication : chaque terme est égal à 1.1x le précédent. L’accroissement est proportionnel à la valeur précédente, et c’est ce qui provoque cet effet d’accélération : à chaque fois, on ajoute plus que la fois d’avant. Ce genre de croissance décrit bien l’évolution d’une population de bactéries qui se diviserait en deux, produisant deux bactéries qui vont elles-aussi se diviser en deux, produisant quatre bactéries qui vont elles-aussi se diviser en deux, etc.
“3% de croissance”, ça veut dire quoi ?
Cette notion de proportionnalité, dans le monde économique, on l’exprime par une croissance en pourcentage. Mais on a du mal à se représenter ce que représente une croissance à 2, 10 ou 20%, en terme de dynamique. Alors il est plutôt intéressant de voir en combien de temps une valeur double. Pour en avoir une idée (approximative), il faut diviser “70″ par le taux de croissance. Ainsi, une variable qui croît de 1% par an doublera en 70 ans. Avec une croissance de 2%, on doublera en 35 ans, et avec 10% on double en seulement 7 ans. C’est pourquoi, vous pouvez voir sur mon graphique précédent qu’il a fallu 7 itérations pour passer de 1 à 2, mais seulement 4 ou 5 nouvelles itérations pour atteindre la valeur 3. Et la valeur 4 est atteinte vers 14 itérations.
Le “mur” exponentiel
Vous savez, parfois on dit qu’on “fonce dans le mur”. Plus qu’une simple métaphore, je voudrais vous montrer qu’ici le mur est bien réel, et qu’il se cache dans la croissance exponentielle. Parce qu’à force de doubler sur le même laps de temps, on atteint très vite et très soudainement d’immenses valeurs. Voilà ce qui se passe lorsque je laisse ma croissance à 10% continuer quelques étapes (ou quelques années) de plus.
À voir ce graphique, on pourrait penser qu’il ne se passe pas grand chose durant les 40 premières années, et pourtant on a bien vu qu’il y avait déjà une variation importante de plus en plus rapide avec la courbe bleue précédente. Mais la variation se retrouve complètement écrasée par la suite : le “mur exponentiel” est si imposant que si l’on s’embarque dessus, sa dynamique est telle qu’une toute petite variation horizontale crée de grandes variations verticales. C’est face à ce genre de situations que nous sommes lorsque le GIEC nous dit qu’en matière de CO2, “chaque année compte“.
Et je vais vous laisser cette fois avec cette incroyable vidéo d’évolution de la population mondiale qui illustre très bien ce que je viens de montrer ici. Je précise toutefois que mon propos n’est pas de prôner une régulation démographique : je ferai un billet spécifiquement sur la question plus tard. Là, je veux juste montrer les différents boom démographiques de l’Histoire humaine et les évolutions exponentielles qui en découlent. Conseil : elle est mieux en plein écran. Bon visionnage !










