Quand on est petit, on observe les discussions des adultes. On écoute, on retient des fragments du monde, des bribes de la vie quotidienne, des fractions de société ; quelques tranches de démocratie, des morceaux de haine, des bouts d’amour, et on avale des bouchées d’incompréhension.
Puis on grandit. Et on essaye de faire sens de tous ces éléments. La vie, la Terre, les continents, leurs habitants, la société, la misère, le travail, la nature, l’homme, la femme, et, au cœur de ce tourbillon de nouvelles notions, la Politique.
Cette notion-là, elle est grande, et plus on grandit, plus elle grandit. Elle nous accompagne, tous autant que nous sommes, elle est là, elle reste, elle s’immisce entre nos relations, elle siège silencieusement, toujours présente, au cœur de tout, au cœur de nous. Et elle attend, patiemment, sagement, elle attend qu’on soit prêts, qu’on l’ouvre, cette boite de Pandore modernisée.
Alors, un jour, bien qu’on ne soit pas spécialement grands, qu’on le veuille ou non, on finit par l’ouvrir. Et là, découlent sur nos genoux tous les maux du monde, et de nos yeux toutes les larmes d’humanité autrefois captives de notre naïveté.
Certains ne s’arrêtent jamais de pleurer, ils s’enferment dans cette nouvelle réalité, et le courage acquis pour ouvrir la boite ne leur servira que pour rester vivants, ils s’en serviront comme bouclier contre ce fleuve de problèmes infinis. Ils contemplent et se désolent, accablés par l’incertain futur des Hommes.
D’autres ne versent que quelques gouttes, ceux-ci connaissent la sécheresse intellectuelle, un désert stérile de toute solution à ces maux, un mélange fatal de manque de compassion et de surcroît d’ambition. Ils essayeront en vain de refermer la boite à coup de poings et de billets, pensant détenir là le pansement idéal, pouvant recouvrir toutes les plaies du monde.
Mais moi, quand j’ai grandi, quand à mon tour j’ai renversé l’immense boite politique sur mes genoux, et quand elle s’est répandue sur moi, m’entrainant telle une rivière infernale, au lieu de la refermer, de mettre de l’ordre dans mes pensées, ou de lutter contre le courant, j’ai attendu.
Je voulais comprendre, alors j’ai attendu la fin du torrent dystopique, me laissant sagement engloutir par tant de nouveautés. Et puis, au fin-fond de cette terrible boite, souvent oubliée, j’y ai trouvé, cette compresse idéale, ce compressé d’idéaux qu’est l’Espérance.
Et je sais que je ne suis pas seule, nous sommes des centaines, des milliers, des millions, et nous avançons, regards perçants, et cœurs percés, déterminés à colmater les fissures, les craquelures de nos valeurs, apposant matin et soir ce bandage prodigieux, qui calfeutre nos doutes et renforce nos convictions.