la lune brille en plein jour et j’ai l’cœur lourd, une goutte d’eau résonne dans l’appartement à me faire exploser les tympans
j’ai une main en enfer, l’autre tendue vers le ciel, j’me démène à garder la tête sur terre, aveuglé par trop de rêves
y’a des corps en vie sous la pluie, encore en fuite j’évite le centre-ville et ses sourires vils
la grêle se mêle aux rayons du soleil, j’ai d’la fièvre, j’traîne mes poèmes sous ses paupières, elle est frêle
assis sur l’amertume d’un souvenir, il a pris quelques rides, sûr que je m’enrhume ici, que je m’enfume de nostalgie, une cigarette aux coins des lèvres d’une triste mine
elle se soigne des hivers sans moi, je passe des nuits sans toit, le bout des doigts gelés, je les mords parfois
ont l’goût de son regard et par hasard, je m’y égare, tard et vague à l’âme, j’divague de bar en bar ; la foule me rend fou car, soûl, j’ai cru voir un instant son visage
j’entends le grincement du dernier verre avant de finir à terre, le matin est naissant, le béton larmoyant et ma pommette en sang
en équilibre depuis des années sur le fil de ma vie rasoir, dans le miroir se reflètent mes tares
après tout, je narre les fous et elle se marre de mes histoires
mes regrets lacets aux pieds avec autour du cou, ses griffes acérées
je m’élance en silence, je tremble et ça lance, je pense qu’en silence, elle tremble et ça lance
elle danse avec mes sens, j’avance à contre sens
il y a longtemps j’ai contemplé dans ses yeux l’orage s’étendre et me glacer le sang
me hantent à présent les mots bleus, ils sont obsédants
et ses chants, bien souvent, m’esquintent la voix, enrayée dans le froid, je renifle mes émotions sur un banc
l’hiver s’éventre lentement, j’regarde les gens s’attendre ou se tendre la manche
ma plume s’hérisse et gris, j’écris comment l’amour m’a refilé sa maladie
fiévreux de ressentir quelque chose réellement, j’ai filé en faisant trop de bruit