VIRGINIE
D'où viens-tu ?
Je viens du sud.
Viscéralement et vocalement, je viens de là. Mes mains qui bougent, mon intonation qui chante, mon investissement émotionnel dans chaque conversation, les gros mots un peu plus fréquents que la moyenne... tout dit ma méridionalité. Il me semble toutefois que malgré tous ces attributs sudistes, je transpire la parisianité. J'ai longtemps cru que je n'avais pas changé mais ma famille me trouve désormais snob, c'est bien que je dois être devenue une de ces connes de parisiennes je-sais-tout prétentieuses.
Je viens du sud et pourtant, je ne rêve pas de retourner là-bas pour y être plus heureuse.
Je ne le fuis pas non plus, il est inscrit en moi. Comme quand je demande encore des poches à la caissière ou quand je m'exclame boudu ou quand je trouve que l'automne à Paris, c'est tellement moche comparé à la lumière dorée de la chaleur de septembre au bord de la Garonne.
Je viens du sud, et bizarrement, je n'y reviens pas par tous les chemins.
De quoi as-tu peur ?
J'ai peur de ce que les autres voient de moi -de ce que je leur donne à voir et aussi de ce qu'ils perçoivent malgré moi.
Si je veux être honnête, j'ai peur que les gens s'aperçoivent que je suis une personne plutôt laide malgré l'a priori positif qu'ils ont souvent de moi.
Pourquoi vas-tu te lever demain matin ?
Je vais me lever parce que je suis curieuse de savoir ce que sera après. J'ai des envies et des projets mais je sais bien que demain ne sera pas rempli d'eux. Ça marche jamais d'imaginer "après". C'est chaque fois autre chose que prévu, quelle que soit la dose d'inventivité qu'on a mis dans ses projections.
Je vais me lever aussi parce que faut bien le faire de toute façon, j'ai des obligations sociales à respecter. Mais je suis chanceuse : la plupart du temps je les aime, ces obligations.
Je vais donc me lever pour la joie de voir ces gens merveilleux qui peuplent mon quotidien et ces miracles qui vont remplir mes lendemains d'inattendu.







