C’est presque rageant, en fait.
Vous vous souvenez de Ianthe ? Mon post de la semaine dernière ?
Eh bien j’avais passé des jours sur Ianthe, sans plus savoir de quel côté la rémouler pour arriver à en obtenir quelque chose. Elle a changé trois fois d’attitude et quatre fois de tenue, et j’ai perdu le compte pour son nez, ça n’allait jamais.
Nicole m’a pris 2 heures. Allez, mettons 3, le temps de rajouter un petit fond. Elle n’est pas parfaite, mais j’en suis assez satisfaite pour considérer le dessin comme terminé.
—------------ Petit aparté sur le perfectionnisme, car le sujet s’y prête —-----------
C’est à travers des dessins comme “Nicole”, que j’ai commencé à me soigner de mon perfectionnisme : en me collant sur le mur de mon bureau et dans la tête des petits mantras du type “Finit, pas parfait.” et “Le mieux est l'ennemi du bien.” Comme ça, et en m'astreignant à ce rythme de poster un dessin par semaine.
J’ai déjà parlé une ou deux fois de ce fameux “perfectionnisme”, que je considère comme étant un des pires problèmes en art et même dans la vie en général. Mais la question est : savez-vous vraiment ce que ce mot veut dire ?
Le perfectionnisme est un terme aujourd’hui bien galvaudé par les gens qui prétendent s’en servir pour dépeindre un faux défaut. Seulement quand on en souffre réellement, on sait qu’il ne s’agit pas d’une simple “quête de perfection”, mais d’une bête noire à abattre à tout prix.
Dans ma lutte contre ce perfectionnisme, qui me bouffe depuis toujours, voici aujourd’hui ce que j’ai appris :
Un perfectionniste ne cherche pas à atteindre la perfection, un perfectionniste cherche à fuir l’échec. Il ne s’agit pas d’une volonté de bien faire, il s’agit de la peur de mal faire. De la peur d'échouer.
Cette nuance, c’est le bâton dans les roues dans la vie du perfectionniste. C’est ce qui va l’empêcher de prendre des risques. De rater, certes, mais aussi de réussir.
Le perfectionnisme ne vient jamais seul. Il s’accompagne généralement d’un chapelet de névroses diverses, et marche souvent main dans la main avec le fameux syndrome de l’imposteur.
“Je ne suis pas assez bien.” “Ce n’est pas assez.” “Je dois faire mieux.” “Je ne suis pas à la hauteur. “
Le perfectionniste n’est pas heureux. La perfection n’existe pas et cette quête insensée est une bride qui l’empêche de progresser.
Car aussi paradoxal que ça puisse paraître, on apprend jamais autant et si bien qu’en faisant des erreurs. Et tout aussi paradoxalement, il faut plus de confiance en soi pour échouer que pour réussir.
Or, la confiance en soi, c’est justement ce qui fait défaut au perfectionniste. Le perfectionniste a l’impression qu’on l’observe et qu’on juge tout ce qu’il fait, que sa valeur personnelle serait entachée si jamais il faisait un faux pas.
Voilà la lutte du perfectionniste. Et pas de celui qu’on retrouve miraculeusement un peu partout quand il est question de trouver “un-petit-défaut-qui-cache-en-fait-une-qualité”.
Ça n’est pas une qualité, c’est un frein, un mot qui cache de grands complexes et des peurs parfois tétanisantes pour la personne qui en souffre.
🤔Alors que faire si vous vous trouvez dans ce cas ? Si vos projets prennent du retard ou ne voient même jamais le jour, à cause de cette peur de décevoir ou de perdre de la valeur, qui vous pousse à vous cacher dans une quête illusoire et chronophage de perfection ?
La réponse est : apprendre à tomber.
Je pourrais digresser encore longtemps sur le sujet, mais s’il y a une chose de garantie dans la vie, c’est qu’il y aura toujours un moment où vous allez échouer. Vous tromper. Tomber.
Que faire quand on tombe ?
✅Le plus dur : balayer la boue et panser vos blessures. Non, tomber ne fait pas de vous un imbécile et n’impacte pas votre valeur en tant qu’être humain. Si vous êtes persuadés que oui, demandez-vous pourquoi vous en êtes si sûr. Vous vous rendrez probablement compte que cette idée ne vient pas de vous, mais des autres. De cette impression d’être jugé, évalué et comparé. Vous allez devoir apprendre à vous défaire de cette croyance et à vous juger vous-même en vous servant de vous-même comme gabarit. N’acceptez pas d’écouter les critiques si elles ne sont pas constructives.
✅Comprendre pourquoi vous êtes tombé, en toute objectivité. Sortez de vous-même et observez les mécanismes de votre échec comme si vous étiez quelqu’un d’autre. Ici, je me suis planté. Là, il y a une erreur. Prenez des notes mentales objectives : sans y mêler d’émotions.
✅Remontez en selle avec ce nouveau savoir.
Et gardez ceci en tête : cette démarche sera toujours plus facile pour quelqu’un qui a déjà expérimenté la bienveillance des autres que pour quelqu’un qui a grandi et vécu dans un environnement psychologiquement difficile.
Être capable de tomber, de se défaire de l’émotion négative qui va avec la chute pour pouvoir étudier objectivement les raisons de la chute et les moyens à mettre en œuvre pour éviter la prochaine. C’est le degré de confiance en soi qu’il faut pour pouvoir échouer positivement.
Vous pouvez le faire. C’est un long processus, mais il n’y a pas d’âge pour se sortir des ornières. C’est votre vie, après tout, vos buts et vos objectifs. Et vos erreurs sont le socle de votre apprentissage, pour peu que vous sachiez en tirer les leçons qu’il vous faut pour progresser.
Je suis prolixe ces temps ci dites donc ! 😅