Nous y voilà. 8 septembre 2016.
Après des mois d’anticipation me voilà dans l’avion, direction Dublin, pour le début de ma grande aventure.
Quitter la France pour une année d’Erasmus a toujours, j’entends bien toujours été un rêve et un but pour moi. Être acceptée dans l’université Queen’s était assez inespéré, mais c’est pourtant arrivé - les démarches administratives se sont ensuite enchaînées, sans me laisser le temps de réaliser vraiment tout ce que cela signifiait. Avant même d’avoir le temps de souffler, je partais.
Il est impossible de réaliser toutes les implications d’un tel départ avant de le vivre.
Hier encore, tous mes amis sont venus me voir, et à l’issu d’une après-midi comme la centaine d’autre que nous avons partagées, ils m’ont dit au revoir. De vrais au revoir.
Les pleurs, les étreintes, les souhaits, tout me paraissait exagéré et je ne savais trop comment réagir.
J’ai passé quelques années à dire au revoir aux gens avec lesquels je passais mes journées - certains sont partis pour les Etats-Unis, d’autres le Royaume-Uni, d’autres simplement dans des villes à plusieurs heures de train. C’est quelque chose que j’ai l’impression d’avoir toujours fait.
Depuis le bac, je vois mes amis quitter le nid, s’envoler plus ou moins loin, et je dis au revoir.
Je suis celle qui reste, qui accompagne au train, à l’aéroport, qui attend patiemment le retour des expatriés. Celle dont la vie ne change pas tant que ça, qui reste dans le cocon qu’elle a toujours eu, celle qui regroupe les gens lorsqu’ils reviennent.
Mais hier, pour la première fois, c’était à moi qu’on disait au revoir. Pour la première fois, je n’étais pas celle qui restait, mais celle qui partait.
Celle qui laissait tout le monde derrière elle pour une année.
Pour la première fois, je suis celle qui va vivre une aventure à part et laisser tous les autres loin de moi. Mais je ne l’ai réalisé qu’au moment d’embarquer et de saluer mes parents, de les serrer dans mes bras une dernière fois pour au moins trois mois.
Les larmes dans les yeux de ma mère ont été un déclencheur, et j’ai réalisé que je ne partais pas seulement en vacances, pour une semaine ou deux.
Devant moi se déroulent trois mois durant lesquels je ne verrais plus la France, ma famille, mes amis.
La perspective de rentrer à Noël adoucit bien sûr le ressenti de coupure, mais elle est bel et bien présente - je vais vivre à part, une expérience que je ne partagerais avec personne de ma vie actuelle. Chacune des personnes avec qui je m’apprête à vivre sera une nouvelle rencontre. C’est à la fois terrifiant et terriblement exaltant.
Je ne ressens aucune tristesse ou angoisse à l’idée de vivre à l’étranger. Je n’ai pas peur d’être oubliée, remplacée, de manquer des événements - bien sûr, cela va arriver, je vais immanquablement rater de bons moments, comme de mauvais, mais je vivrais mes propres moments de mon côté, et l’aventure qui m’attend vaut la peine de manquer tout ce qu’il peut arriver.
Actuellement dans l’avion, je ressens un mélange de curiosité, de fatigue, mais avant tout, de hâte. Hâte d’atterrir, hâte de récupérer mes bagages, d’arriver à Dublin, de manger, de parler anglais, de rencontrer des gens, de prendre le bus, d’arriver à Belfast, de rencontrer Clémence (ma colocataire) à Europa, de découvrir l’appartement, de m’installer. Hâte aussi de découvrir la ville, l’université, les cours, les profs, les gens, la vie.
Ma vie Irlandaise me tend les bras et se rapproche chaque seconde, cette chose qui paraissait si floue et distante il y a encore seulement quelques jours.
Inutile de vous conter mes (més)aventures de Dublin à Belfast, incluant le fait de se perdre dans l’aéroport de Dublin, de manger un ridicule sandwhich au jambon à 6€ et d’attendre le bus pendant 1h30 dans le vent.
Arrivée à Europa, la station de bus de Belfast, à 17h passé, c’est avec joie que je retrouve Clémence, qui me guide jusqu’à notre appartement.
Notre appartement, au troisième étage, sans ascenseur.
Monter les trois étages les bras chargés de mes 40kg de bagages, une vraie partie de plaisir...
Ceci dit, une fois en haut, les énormes canapés de l’appartement me tendent les bras et j’oublie tout à coup ma journée de voyage pour me jeter avec délectation sur le cuir rouge si accueillant. Ca y est, j’ai trouvé ma place dans l’appartement. Mes valises sont toujours dans le couloir, je n’ai même pas encore visité le reste des pièces, mais j’ai trouvé ma place sur ce merveilleux canapé et je ne suis pas prête de la quitter.
Comme il faut cependant que je m’installe, je finis par me lever, contrainte et forcée, pour regarder les différentes chambres. Un coup d’oeil suffit, je pose mes valises dans la chambre de droite, mesure les meubles pour les bouger, fais tomber le miroir, démonte le bureau sans faire exprès, bouge le lit, trouve un préservatif neuf et une vieille chaussette dessous, change toute la dispo de la chambre, et ça y est : je suis presque chez moi.
Après le repas, je vide mes valises dans l’armoire, accroche mon calendrier à la place du miroir précédemment tombé, pose le cadeau de ma grand-mère sur mon bureau et fais mon lit provisoire. La chambre commence à être plus personnelle.
Le programme de la journée de demain est assez simple : trouver une couette, des draps, oreillers, produits de douche, cintres, et finir d’emménager.
Ma vie Irlandaise peut maintenant commencer !