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Listes des personnages
Les Dossiers Altmann
3 - Le feu vert
Lausanne, lendemain de la visite à Vevey.
La brigade criminelle s’éveillait lentement.
Dans son bureau, la divisionnaire Sandra Sanchez relisait ses notes prises chez Daniel Altmann. Le carnet était ouvert à la page où elle avait écrit, presque machinalement :
Aucune plainte Alexia Hoffer
Mutation décidée avant confirmation des rumeurs
Pression BDS / affaire Parisod
Préférence Altmann pour Martin
Martin savait-il des choses avant les rapports ?
Elle referma le carnet et se leva.
Le problème, pensa-t-elle, était que chaque réponse obtenue ouvrait une question supplémentaire.
Si Altmann disait vrai, alors Rémy Delorme n’avait pas été muté pour protéger Alexia Hoffer. Mais pourquoi Delorme en était-il persuadé au point d’éviter encore aujourd’hui tout contact avec elle ?
Sandra s’approcha du tableau blanc où étaient affichés les noms liés à l’enquête interne.
Altmann. Hoffer. Delorme. Vautrin. Martin.
Le nom de François Martin semblait désormais rayonner au centre de la toile.
Elle prit un feutre noir et traça un cercle autour de Martin.
- Qu’est-ce que tu cachais exactement ? murmura-t-elle.
Un signal sonore interrompit sa réflexion.
Nouveau courriel - Rémy Delorme.
Sandra retourna à son bureau et ouvrit le message.
L’objet indiquait :
Demande d’autorisation d’investigations complémentaires - Affaire Mara X.
Le message était concis, professionnel, presque froid. Delorme y résumait les développements récents de l’affaire : l’audition d’Aline X., fille de Mara, les éléments évoquant Lilou F., la plateforme HER, ainsi que la mention d’un certain Alex Li et d’une ancienne affaire liée à la Fleur de Lys. Il précisait avoir transmis une note de synthèse au parquet et sollicitait l’autorisation de poursuivre les investigations, notamment par de nouvelles auditions de Lilou F. et d’Alex Li.
Police cantonale vaudoise - Brigade Criminelle Commissaire divisionnaire Sandra Sanchez Lausanne, le 5 août 2026
À l’attention de l’inspecteur principal Rémy Delorme Brigade Criminelle
Objet : Affaire Mara X. - Autorisation d’investigations complémentaires
Inspecteur,
J’ai pris connaissance de votre note de synthèse relative à l’affaire Mara X., transmise au Ministère public d’arrondissement du Nord vaudois ainsi qu’à la Brigade Criminelle.
Les éléments recueillis lors de l’audition d’Aline X., notamment ceux concernant Lilou F., Alex Li et la chronologie des faits, justifient la poursuite des investigations. J’ai également pris acte de la validation donnée par le procureur Étienne Corbaz pour les auditions complémentaires envisagées.
En conséquence, je vous confirme mon accord pour la poursuite de l’enquête, dans le cadre fixé par le Ministère public.
Je vous remercie de me tenir informée sans délai de tout élément nouveau susceptible d’avoir une incidence sur la procédure.
Par ailleurs, et sur un autre plan, je souhaite vous informer que je mène actuellement une enquête interne portant sur les circonstances de votre précédente mutation de la Brigade Criminelle vers la Brigade de Délinquance Sérielle.
Cette démarche n’est dirigée contre aucun collaborateur. Elle vise à établir de manière objective les faits et le contexte institutionnel de la période 2023-2024. Après avoir recueilli plusieurs éléments auprès d’anciens responsables hiérarchiques et de membres de la brigade, il m’apparaît indispensable d’entendre également votre version des événements.
Je sollicite donc votre collaboration dans le cadre de cette enquête interne. Je vous propose un entretien confidentiel le vendredi 7 août 2026 à 08h30 dans mon bureau à Lausanne.
Je tiens à préciser que cet entretien n’a pas pour objet une procédure disciplinaire, mais la recherche de la vérité sur des décisions administratives passées dont les motifs demeurent aujourd’hui partiellement obscurs.
Je vous remercie par avance de votre disponibilité et de votre coopération.
Veuillez agréer, Inspecteur, l’expression de ma considération distinguée.
Sandra Sanchez Commissaire divisionnaire - Brigade Criminelle
Les Dossiers Altmann
2 Le retraité de Vevey
Vevey, trois jours plus tard.
Le lac Léman était d’un calme trompeur. Depuis la terrasse du café où elle avait garé sa voiture banalisée, la divisionnaire Sandra Sanchez apercevait les montagnes noyées dans une brume légère. L’adresse de Daniel Altmann se trouvait à quelques rues de là, dans une villa discrète sur les hauteurs de Vevey. Sanchez n’aimait pas interroger les retraités. Ils avaient le temps de choisir leurs mots. La porte s’ouvrit avant même qu’elle ne sonne.
- Divisionnaire Sanchez, dit l’homme avec un sourire fatigué. J’imagine que vous ne venez pas pour le café.
Daniel Altmann avait vieilli, mais son regard restait celui d’un chef habitué à jauger ses interlocuteurs.
- Cela dépend de ce que vous accepterez de me raconter, répondit Sandra.
Il l’invita à entrer.
Le salon était tapissé de livres et de dossiers anciens. Une odeur de tabac froid flottait encore malgré la fenêtre entrouverte.
- Vous enquêtez sur Delorme, n’est-ce pas ? demanda Altmann en servant deux cafés.
Sandra ne répondit pas immédiatement.
- Pourquoi pensez-vous cela ?
Le retraité eut un léger rire.
- Parce que personne ne vient voir un ancien divisionnaire pour parler de la météo.
Il posa la tasse devant elle.
- Alors, allons droit au but.
Sandra sortit une copie de la note retrouvée dans les archives.
« Delorme : profil adapté BDS. Renfort prioritaire. »
- C’est votre écriture ?
- Oui.
- Vous confirmez donc avoir soutenu sa mutation ?
Altmann s’assit lentement.
- Absolument.
Le silence qui suivit pesa plus lourd que la réponse elle-même.
- Pour quelles raisons ?
Le retraité croisa les mains.
- À l’automne 2023, la Brigade Criminelle était sous pression. L’affaire de la Cathédrale absorbait des ressources considérables. Parallèlement, la BDS était débordée par les cambriolages d’Isabelle Parisod. Gabriel Vautrin réclamait un enquêteur expérimenté depuis des mois.
- Et vous avez choisi Delorme.
- J’ai considéré qu’il était le meilleur profil pour la BDS.
Sandra le fixa.
- Et François Martin ?
Altmann détourna brièvement les yeux vers la fenêtre.
- Martin était un pari.
- Un pari ?
- L’affaire de la Cathédrale ne ressemblait à rien de ce que nous avions connu. Symboles religieux, mises en scène, références ésotériques… J’avais besoin d’un regard différent.
- Vous l’avez recruté personnellement.
- Oui.
Il but une gorgée de café.
- Et je ne l’ai jamais regretté.
Sandra sortit alors un second document.
- Pourtant, au même moment, des rumeurs circulaient sur Delorme.
Le retraité resta immobile.
- Les rumeurs circulent toujours dans un service de police.
- Avez-vous pris en compte celles concernant un prétendu harcèlement visant Alexia Hoffer ?
Cette fois, Altmann soupira.
- Je n’ai jamais vu la moindre plainte.
- Mais ?
Il leva les yeux vers elle.
- Mais lorsqu’une réorganisation est déjà envisagée, certains éléments peuvent rendre une décision plus facile à défendre.
La phrase resta suspendue. Sandra sentit qu’elle venait d’obtenir sa première véritable fissure dans le récit officiel.
- Donc les rumeurs ont servi de justification ?
- Je n’ai pas dit cela.
- Vous l’avez laissé entendre.
Altmann se leva et alla chercher un vieux dossier posé sur une étagère. Il hésita avant de le tendre à Sandra.
La couverture portait une mention manuscrite :
« Cathédrale - Notes personnelles D.A. »
- Je ne peux pas vous laisser l’emporter, dit-il. Mais vous pouvez le consulter ici.
Sandra ouvrit le dossier.
Des pages couvertes d’annotations serrées.
Des croquis de symboles.
Des listes de noms.
Et, à plusieurs reprises, un mot entouré d’un cercle noir :
« MARTIN »
Plus bas, une note attira immédiatement son attention :
« Martin semble savoir certaines choses avant qu’elles n’apparaissent dans les rapports. À surveiller discrètement. »
Sandra releva brusquement la tête.
- Qu’est-ce que cela signifie ?
Altmann récupéra doucement le dossier.
- Que j’étais un vieux policier prudent.
-Vous le soupçonniez ?
- Je ne savais pas quoi penser.
Il referma le dossier d’un geste sec.
- Écoutez-moi bien, Divisionnaire. Delorme n’a pas été sacrifié pour protéger Alexia Hoffer. Je peux vous l’affirmer.
Sandra sentit son cœur accélérer.
- Alors pourquoi a-t-il été sacrifié ?
Le retraité la fixa longuement.
- Parce qu’à ce moment-là, il était le seul déplacement qui permettait de résoudre plusieurs problèmes à la fois.
La phrase résonna dans le salon comme un aveu. Avant que Sandra ne puisse relancer l’entretien, Altmann ajouta d’une voix plus basse :
- Faites attention à ce que vous cherchez. Certaines décisions prises pendant l’affaire de la Cathédrale avaient des conséquences que personne ne mesurait encore.
Il l’accompagna jusqu’à la porte. Au moment de sortir, Sandra se retourna.
- Une dernière question. Delorme sait-il tout cela ?
Daniel Altmann secoua lentement la tête.
- Non. Et je ne suis pas certain que cela lui ferait du bien de l’apprendre.
La porte se referma derrière elle. Dans sa voiture, Sandra resta quelques minutes immobile sous la pluie fine.
Sur son carnet, elle écrivit :
Aucune plainte Alexia Hoffer
Mutation décidée avant confirmation des rumeurs
Pression BDS / affaire Parisod
Préférence Altmann pour Martin
Notes inquiétantes sur François Martin
Puis elle ajouta une dernière ligne :
« Qui savait quoi pendant l’affaire de la Cathédrale ? »
En démarrant le moteur, elle eut l’intuition que la réponse à cette question ne concernait plus seulement Rémy Delorme. Quelqu’un, en 2023, avait volontairement déplacé les pièces de l’échiquier. Et elle venait peut-être de découvrir la première trace de cette main invisible.
A suivre
La Piste de Valère
La nuit commençait à envelopper les rives du lac Léman lorsque la Commissaire Alexia Hoffer reçut un appel urgent de l'institut médico-légal. Penchée sur les rapports de la veille, elle décrocha immédiatement.
- Alexia, c'est Delorme, annonça la voix de l'Inspecteur à l'autre bout du fil, haletante.
- J'ai épluché les archives personnelles du vieux collectionneur Ethelvyn. Ses notes font référence à un lieu précis où le « mécanisme d'orientation » devait être calibré... un vieux site historique valaisan.
- Lequel, Rémy ? demanda Alexia, les yeux rivés sur la grande carte murale où les fils rouges convergeaient désormais vers le sud-est.
- Le site de Valère. Plus précisément, la vieille basilique et ses alentours fortifiés.
Sans perdre une seconde, Alexia rassembla ses affaires.
- Prépare l'équipe d'intervention rapide. On trace vers le Valais. Si elles cherchent à activer cette clé en argent, c'est là-bas que ça se passera.
Pendant ce temps, à des kilomètres de là, le fourgon d'Isabelle et de la Sorcière venait de se garer au pied de la colline surplombant Sion. L'ancienne silhouette des châteaux de Valère et de Tourbillon se découpait majestueusement contre le crépuscule pourpre.
Le vent soufflait fort, balayant les ruelles pavées, menant à la vieille forteresse. Les deux femmes, emmitouflées dans leurs manteaux sombres, progressaient d'un pas sûr à travers les ombres des murailles séculaires. Dans la poche de la Sorcière, la petite clé en argent étincelait faiblement au rythme de leurs pas.
- C'est ici, murmura la Sorcière en s'arrêtant devant une porte dérobée menant aux cryptes de la basilique, là où les anciens registres horlogers indiquaient l'emplacement du réceptacle d'Ethelvyn.
Isabelle jeta un regard inquiet vers le chemin en contrebas, guettant le moindre faisceau de phares.
- J'espère que nous avons assez d'avance. La police n'a pas pu rester aveugle bien longtemps.
- Ne t'inquiète pas, répondit la Sorcière en insérant la clé dans la serrure ancestrale. Le temps est de notre côté... pour l'instant.
À suivre
Les Dossiers Altmann
1 Le carton oublié
Lausanne, été 2026. Brigade Criminelle.
La pluie frappait les vitres du sixième étage de l’Hôtel de Police. Le couloir de la Brigade Criminelle était presque vide ; seuls quelques néons restés allumés projetaient une lumière blafarde sur les portes fermées des bureaux.
La Commissaire divisionnaire Sandra Sanchez n’aimait pas les dossiers incomplets.
Depuis son arrivée à la tête de la Brigade Criminelle en juin 2024, elle avait repris un à un les grands dossiers de la division. Celui de Rémy Delorme revenait sans cesse, comme une écharde impossible à retirer.
Aucune sanction.
Aucune plainte.
Aucune procédure disciplinaire.
Et pourtant, au début de l’année 2024, l’Inspecteur principal avait été muté à la Brigade de Délinquance Sérielle. Sanchez referma lentement le dossier administratif. La dernière signature appartenait à son prédécesseur :
Daniel Altmann - Divisionnaire.
Retraité depuis deux ans. Elle se leva et traversa la pièce jusqu’à une armoire métallique où s’empilaient d’anciens cartons d’archives. L’un d’eux portait une étiquette jaunie:
« Réorganisation BC / BDS – 2023 - 2024 ».
Le carton était plus lourd qu’il n’y paraissait. Sandra l’ouvrit sur la table de réunion. Des notes internes, des tableaux d’effectifs, des demandes de renforts… et un document attira immédiatement son attention :
BDS - situation critique des effectifs
Affaire : Isabelle Parisod (« La Fantôme du Vol »). Demande urgente d’un enquêteur expérimenté en crimes sériels.
La note était signée :
Gabriel Vautrin, Commissaire principal - BDS
Sandra fronça les sourcils.
- Intéressant…
Elle continua à feuilleter. Plus loin, une annotation manuscrite d’Altmann : « Delorme : profil adapté BDS. Renfort prioritaire. » Aucune mention d’Alexia Hoffer. Aucune mention de harcèlement. Mais une autre chemise, glissée au fond du carton, portait simplement trois lettres au feutre noir :
BC - CONFIDENTIEL.
Sandra hésita avant de l’ouvrir. À l’intérieur, une série de comptes rendus liés à l’enquête sur le Meurtre de la Cathédrale. Le nom de François Martin apparaissait à plusieurs reprises.
Consultation symbolique.
Analyse des inscriptions.
Présence requise sur la scène secondaire.
Puis cette phrase, soulignée deux fois par Altmann : « Martin possède des connaissances atypiques susceptibles d’être déterminantes pour le dossier. » La divisionnaire resta immobile. Elle avait connu François Martin depuis son arrivée à la brigade. Un enquêteur discret, méthodique… mais entouré d’un étrange silence. Et surtout une disparition brutale et mystérieuse lors de cette fusillade contre des membres de la Fleur de Lys en novembre 2025. Plusieurs anciens collègues évitaient d’évoquer sa présence passée à la BC et sa perte.
Un bruit de pas dans le couloir la tira de ses pensées. On frappa à la porte.
- Entrez.
La Commissaire Alexia Hoffer apparut.
- Vous vouliez me voir, Divisionnaire ?
Sandra désigna la chaise en face d’elle.
- Oui. J’examine les circonstances de la mutation de Rémy Delorme.
Le regard d’Alexia se fit plus attentif.
- Je vois.
Sandra poussa vers elle le dossier ouvert.
- Je vais être directe. Avez-vous un jour déposé une plainte contre Delorme ?
Alexia ne répondit pas immédiatement. La pluie semblait soudain plus forte derrière les vitres.
- Non, dit-elle enfin. Jamais.
Sandra observa son visage. Aucune hésitation.
- Avez-vous subi un harcèlement de la part de Rémy Delorme.
-Non
Le silence retomba
- Alors pourquoi a-t-il été muté ?
Alexia secoua lentement la tête.
- C’est précisément ce que j’aimerais comprendre.
Sandra referma le dossier.
- Delorme est persuadé que vous êtes à l’origine de son départ.
Une ombre passa dans les yeux de la Commissaire.
- Il se trompe.
La divisionnaire se leva et se dirigea vers la fenêtre. Au loin, les lumières de Lausanne se reflétaient sur le bitume mouillé.
- Altmann est mort ?
- Non, répondit Alexia. Il vit toujours à Vevey, si mes informations sont exactes.
Sandra resta silencieux Bien. Je vais aller lui parler. Elle se retourna.
- Et une dernière chose, Alexia. Que savez-vous réellement de François Martin ?
La Commissaire soutint son regard. Pour la première fois depuis le début de l’entretien, elle sembla chercher ses mots.
- Pas autant que je l’ai cru pendant longtemps.
La phrase resta suspendue dans l’air. Dans le couloir, un téléphone sonna quelque part dans les bureaux vides Sandra Sanchez comprit alors que son enquête ne portait peut-être pas seulement sur la mutation d’un Inspecteur. Elle venait peut-être d’ouvrir un dossier que Daniel Altmann avait volontairement laissés fermés.
A suivre
Les Confidences du Lac
La lumière du petit matin perçait à peine à travers les brumes persistantes du lac Léman, baignant les rives de Lausanne d'une lueur grise et mélancolique. Au bureau de la Police cantonale vaudoise, l'atmosphère était loin d'être apaisée. Sur le bureau d'Alexia Hoffer, les rapports d'intervention s'empilaient, corroborant l'implacable réalité : aucune empreinte exploitable, aucune caméra n'avait capté les plaques d'immatriculation du véhicule en fuite.
- Elles se sont évaporées, Delorme, lâcha à la Commissaire en jetant son stylo sur le bois.
- Pas la moindre trace depuis leur sortie par l'issue de service.
Rémy Delorme, debout près de la grande carte murale de la Suisse constellée de punaises rouges.
- Le conservateur du musée m'a téléphoné à l'aube, Commissaire. Il est terrifié. Il prétend que cette montre à gousset provenait d'une collection privée acquise au XIXe siècle par un mystérieux horloger genevois, un certain Ethelvyn, dont les notes évoquaient un
« mécanisme d'orientation temporel ».
Alexia haussa un sourcil, sceptique mais intriguée.
- Un mécanisme d'orientation ?
- Vous croyez à ces fables d'alchimiste, Rémy ?
- Je ne crois qu'aux faits, mais avouez que forcer un musée de cette envergure pour une simple montre à gousset, c'est hautement symbolique. Elles ne cherchaient pas de l'argent. Elles cherchaient cette clé en argent avec l'étoile.
Pendant ce temps, à l'abri des regards dans leur atelier, Isabelle et la Sorcière examinaient la petite clé étincelante à la lueur d'une lampe de bureau. La tension des dernières heures s'était dissipée, remplacée par une concentration absolue.
- Les plans de l'ancien observatoire de Valère indiquent que le mécanisme s'active à l'aide d'un réceptacle précis, expliqua la Sorcière en déroulant un vieux parchemin jauni sur l'établi. La clé que nous venons de récupérer n'est que la première étape.
Isabelle, les mains posées sur le bord de la table, regarda sa compagne de route avec gravité.
- La police sait que nous sommes derrière tout ça. Alexia Hoffer ne lâchera pas l'affaire. Si l'observatoire est notre prochaine destination, elles ne tarderont pas à faire le lien avec les anciens sites patrimoniaux de la région.
La Sorcière esquissa un sourire déterminé, saisissant la clé en argent pour la ranger délicatement dans sa sacoche en cuir.
- Qu'elles viennent. Le temps joue désormais en notre faveur, mais nous devons bouger avant la tombée de la nuit.
À suivre
La Fuite de l'Horloger
Le panache de fumée se transforma en un mur opaque, saturant l'air d'un agent lacrymogène puissant. Dans la Salle 7 du Musée cantonal d'Histoire, la visibilité devint nulle en quelques secondes, plongeant les quatre protagonistes dans un chaos sensoriel total.
À terre ! hurla Alexia Hoffer, les yeux brûlants, tâtant le sol pour se repérer. Delorme, couvrez la sortie !
L'inspecteur, toussant violemment, parvint à atteindre l'encadrement de la porte. Mais aveuglé par la fumée, il ne put que sentir le déplacement d'air vif de deux corps qui se faufilaient entre ses bras tendus.
Elles sont passées ! Elles filent vers la sortie principale !
De l'autre côté de la pièce, Isabelle et la Sorcière, protégées par des masques à gaz de fortune sortis de leurs sacs, traversaient la grande galerie d'exposition. Elles suivaient un itinéraire précis, mémorisé lors de leur visite de repérage. Guidées par la Sorcière, elles se dirigèrent sans hésiter vers une issue de service située derrière une fausse tapisserie du XVIIe siècle.
Isabelle déverrouilla la porte de service grâce au boîtier électronique qu'elles avaient utilisé plus tôt. Elles déboulèrent dans l'allée déserte du personnel, à l'arrière du musée. La pluie s'était arrêtée, mais le ciel était toujours sombre et la rue, mouillée. La fraîcheur de l'air nocturne les revigora. Elles ne s'attardèrent pas. Elles coururent vers le parking où les attendait leur fourgon, garé discrètement.
Quelques minutes plus tard, le véhicule démarra en trombe, se mêlant à la circulation clairsemée de Lausanne. Elles avaient réussi.
À l'intérieur du musée, la ventilation finit par évacuer la fumée. Alexia, Delorme et les renforts de police qui venaient d'arriver et constatèrent les dégâts. La vitrine de la Salle 7 était vide. La montre de Vallestier avait disparu.
Elles ont disparu, Commissaire. Il n'y a aucune trace, aucun indice, dit Delorme, le visage sombre.
Alexia se tenait devant la vitrine vide, pensive. Elle examina le verre brisé, et les quelques traces laissées sur le parquet. Elle sentit une présence derrière elle. Un vieil homme, le conservateur du musée, l'observait.
Elles ont volé la montre, Commissaire, dit-il avec un tremblement dans la voix. Elles savaient.
Elles savaient quoi, Monsieur le Conservateur ? demanda Alexia, son regard acéré perçant l'obscurité de la salle.
Elles savaient que ce n'était pas une simple montre. C'était la clé... La clé de quoi ?
Le Conservateur ne répondit pas. Il s'éloigna lentement, le regard perdu dans le vide. Alexia se retourna vers Delorme.
Nos cambrioleuses ne sont pas des voleuses ordinaires, Delorme. Elles cherchent quelque chose de plus grand. Et nous devons savoir quoi.
Pendant ce temps, dans leur atelier caché, Isabelle et la Sorcière examinaient leur butin. La montre Vallestier brillait d'un éclat étrange sous la lumière de leur établi. La Sorcière l'ouvrit avec précaution, dévoilant un mécanisme complexe d'engrenages et de rubis. Au centre du mécanisme, elle découvrit un petit compartiment secret. Elle l'ouvrit avec la pointe de son tournevis.
À l'intérieur, elle trouva une petite clé en argent, ornée d'une étoile.
C'est elle, murmura la Sorcière, les yeux brillants d'une lueur étrange. La clé du temple oublié.
Tu es sûre que c'est la bonne ? demanda Isabelle, la voix pleine d'appréhension.
Oui. J'en suis certaine.
Le voyage commence maintenant.
Isabelle et la Sorcière échangèrent un regard complice. Elles avaient réussi la première étape de leur mission. Mais le plus dur restait à faire.
À suivre
L'Ombre du Corbeau : Entre Procès-Verbaux et Sortilèges
1. Acte 1 - La salle de crise : La fiction du rapport officiel
L’atmosphère est lourde dans le bureau de la Commissaire Alexia Hoffer. Sur le tableau blanc, une photo floue prise par la caméra de surveillance de la salle d'interrogatoire montre une forme sombre en plein vol, juste au-dessus d'une paire de menottes ouvertes.
La Commissaire Divisionnaire Sandra Sanchez fait les cent pas, une tasse de café tiède à la main.
- Alexia, le Procureur veut un rapport d'évasion d'ici ce soir. Si j'écris noir sur blanc qu'une suspecte s'est volatilisée en piaf, le Ministère public nous envoie tous en repos forcé à Cery.
L'équipe cherche la parade bureaucratique. Thomas Favre propose de prétexter une défaillance de la fermeture des menottes couplée à un trou noir des caméras, mais Nick Johnson tique : l'honneur de la brigade en prend un coup.
Finalement, Hoffer tranche pour une version minimale : « Évasion facilitée par un tiers non identifié et bris de scellés ». C’est bancal, mais ça gagne du temps.
2. Acte 2 - La pause-café : Le marché de Sanchez & les doutes de Delorme
Dans le couloir, Sanchez rattrape Alexia Hoffer près de la machine à café. La Commissaire observe la scène d'un œil détaché, son dossier sous le bras.
- Delorme fait du bon boulot sur ce dossier, lance Sanchez sur un ton plus doux. Mon prédécesseur a fait une erreur en le mutant à la BDS. La Criminelle a besoin d’un type comme lui, pragmatique. Son bureau est toujours libre au troisième. Il suffirait d'une signature.
Alexia esquisse un sourire amer.
- Il doit sûrement se rappeler encore le goût de sa mutation forcée deux ans plus tôt. En revanche, à la BDS, personne ne lui demande d'expliquer comment des femmes se changent en corbeaux…
Plus tard, Sarah Da Silva la rejoint sur le balcon. Sandra connaît la rancœur de Delorme, mais elle le pousse à réfléchir : s'il revient, c'est lui qui sera en position de force pour négocier ses dossiers.
3. Acte 3 - L'escapade à l'UNIL : L'expertise ésotérique
Pendant que la hiérarchie gère le scandale, Sarah Da Silva et Thomas Favre filent à l'Université de Lausanne (UNIL) rencontrer un professeur émérite en histoire des religions et folklore alpin. Assis au milieu de grimoires et de dépôts d'archives, l'enseignant écoute leur récit avec un sérieux déconcertant.
- Le corbeau n'est pas qu'un symbole, Messieurs. Dans l'ésotérisme vaudois et rhénan du XIXe siècle, c'est le vecteur des "Passeurs". Mais pour accomplir un tel transfert corporel, il faut un catalyseur. Un ancrage.
Le professeur leur montre des croquis d'artefacts volés au Musée de la Riponne : la Sorcière et Isabelle Parisod ne cherchaient pas de la matière précieuse, mais le Cœur d'Ébène, une relique censée stabiliser les métamorphoses prolongées. Sans cet objet, la Sorcière risquerait de perdre sa forme humaine si elle abuse de son pouvoir.
4. Acte 4 - Le recoupement : La connexion portugaise
De retour à la Riponne, Nick Johnson et Sarah Da Silva révisent minutieusement les objets laissés sur place par les cambrioleuses lors de leur fuite. Sous la doublure d'un sac abandonné par Isabelle Parisod, Da Silva découvre un reçu de carte de recharge téléphonique émis par une petite épicerie (Mercearia) située précisément Rua de São Ciro, à deux pas du Jardin d'Estrela, à Lisbonne.
Saisissant son téléphone, Sarah appelle directement un ancien collègue de la police judiciaire portugaise avec qui elle a collaboré par le passé. En passant outre les lourdeurs diplomatiques de l'Interpol, elle obtient une première confirmation informelle : la planque d'Estrela montre des signes d'activité récente.
Bilan de la situation
Sur le plan administratif : Le rapport est camouflé, la crise immédiate est évitée.
Sur le plan humain : Delorme hésite toujours, mais l'adrénaline de l'enquête le rapproche de la brigade.
Sur le plan occulte : L'équipe sait désormais ce que cherche la Sorcière et pourquoi elle a besoin de Parisod.
Sur le plan tactique : L'adresse à Lisbonne est confirmée, et le feu vert officiel des autorités portugaises ne devrait plus tarder.
L'Ombre de la Salle 7
La pluie avait cessé, laissant place à une lourde humidité qui enveloppait les façades néoclassiques du Musée cantonal d'Histoire. À l'intérieur, l'atmosphère était feutrée, presque irréelle. Les lustres en cristal répandaient une lumière chaude sur les parquets cirés et les vitrines blindées abritant la collection Vallestier.
Mêlés aux quelques collectionneurs et mécènes triés sur le volet, Alexia Hoffer et Rémy Delorme surveillaient les moindres recoins de la grande galerie. Conformément aux ordres, aucun uniforme ne trahissait la présence policière, mais la tension se lisait dans le regard acéré de la Commissaire.
Ils sont là, murmura soudain Delorme, posté près d'une haute colonne en marbre.
À l'autre bout de la salle, deux silhouettes venaient de franchir les portes de l'exposition. Dissimulées sous des manteaux sombres, Isabelle Parisod et la Sorcière avançaient avec une assurance déconcertante. Leurs regards parcouraient les dispositifs de sécurité avant de se fixer droit devant, vers l'arche menant au secteur restreint.
Salle 7, chuchota Isabelle presque pour elle-même.
La Sorcière hocha imperceptiblement la tête. Alors que les gardes du musée tournaient le dos pour saluer un dignitaire local, les deux femmes glissèrent avec une fluidité remarquable derrière une tenture de velours rouge, contournant les faisceaux infrarouges invisibles grâce à un petit boîtier électronique de fabrication artisanale.
Quelques secondes plus tard, Alexia et Delorme déboulaient à leur tour dans l'allée.
Elles ont activé le protocole de contournement sur le flanc ouest, signala Delorme, la main frôlant son oreillette discrète.
On les tient. Qu'elles entrent dans la Salle 7, le piège va se refermer, rétorqua Alexia, le pas décisif.
En pénétrant dans la Salle 7, baignée dans une pénombre volontaire pour préserver les mécanismes horlogers anciens, les deux enquêtrices de l'ombre s'arrêtèrent net devant une vitrine centrale. Sous un globe de verre teinté reposait une montre de gousse en or ciselé, gravée d'engrenages complexes qui semblaient tourner d'eux-mêmes, malgré l'absence de remontoir.
La Sorcière s'approcha lentement, les yeux brillants d'une lueur étrange. Elle sortit un petit tournevis de précision de sa poche, prête à desceller le verre.
C'est terminé, sortez de l'ombre ! tonna la voix d'Alexia en surgissant à l'entrée de la salle, le badge officiel brandi, tandis que Delorme verrouillait l'issue derrière elles, arme en main.
Isabelle sursauta, mais la Sorcière, étrangement calme, ne retira pas ses mains de la vitrine. Elle esquissa un sourire énigmatique dans le reflet du verre.
Vous croyez nous avoir encerclées, Commissaire... mais vous ne comprenez pas ce que nous cherchons à libérer.
Avant qu'Alexia ne puisse esquisser un geste, un grincement métallique assourdissant résonna au plafond de la salle. Le système de ventilation venait de s'ouvrir, laissant s'échapper une épaisse fumée dense qui plongea instantanément la pièce dans l'obscurité la plus totale.
À suivre
Les Ombres du Musée
La pluie tombait sans discontinuer sur Lausanne. Les pavés luisaient sous les lampadaires tandis que les dernières voitures traversaient lentement les rues du centre-ville
Au troisième étage de la Police cantonale vaudoise, le bureau de la Commissaire Alexia Hoffer était encore éclairé
Sur le mur, une grande carte de la Suisse était recouverte de photographies, de notes manuscrites et de fils rouges reliant plusieurs villes : Lausanne, Genève, Neuchâtel, Berne...
Face à elle, l'inspecteur Rémy Delorme parcourait le dossier .
Elles frappent toujours avec plusieurs coups d'avance, remarqua-t-il !
Alexia hocha la tête
Oui... mais elles commettent aussi une erreur
Delorme releva les yeux
Elles choisissent toujours les mêmes catégories d'objets
Alexia posa plusieurs photographies sur la table
Des montres anciennes
Des bijoux
Des reliquaires
Des mécanismes du XIXe siècle
Ce ne sont pas les objets les plus chers, expliqua-t-elle. Ce sont les plus rares... et ceux qui possèdent tous une histoire particulière
Delorme réfléchit quelques instants
Tu penses qu'elles suivent une liste ?
Je pense surtout qu'elles savent quelque chose que nous ignorons
Un silence s'installa
Puis Alexia prit un nouveau dossier
Le Musée cantonal d'Histoire ouvre samedi une exposition privée
Delorme parcourut rapidement le programme
Collection Horlogère Vallestier...
Alexia acquiesça
Cinquante pièces inédites, Tu crois qu'elles viendront ?
Si notre théorie est juste... elles sont déjà en train de préparer leur entrée
Pendant ce temps...
À quelques kilomètres de là...
Dans leur atelier caché, Isabelle Parisod referma doucement un vieux livre relié de cuir.
La Sorcière travaillait sur une table encombrée de composants électroniques
Les policiers ont compris, dit-elle calmement
Isabelle leva les yeux
Alexia ?
Oui.
Et Delorme
La Sorcière sourit
De nouveau dans la partie...mais très observateur
Isabelle s'approcha de la grande carte de Lausanne. Un petit cercle rouge entourait le Musée cantonal
Ils vont renforcer la sécurité. C'est normal.
Tu veux quand même y aller ?
La Sorcière prit une profonde inspiration
Nous n'avons pas le choix
Isabelle la regarda longuement
Tu es certaine que cette montre vaut tous ces risques ?
La Sorcière resta silencieuse quelques secondes
Ce n'est pas la montre qui m'intéresse...
Elle posa une vieille photographie sur la table.
Au dos figurait une seule inscription
Salle 7
Le lendemain matin. Salle de briefing. Alexia
s'adressa aux enquêteurs
Aucun uniforme visible dans le musée !
Quelques policiers hochèrent la tête. Nous voulons les arrêter, pas les faire fuir
Elle désigna Delorme
Rémy sera à l'intérieur avec moi, puis elle continua. Les équipes extérieures couvriront toutes les sorties, personne n'intervient sans mon ordre
Delorme consulta les plans
Et si elles ne viennent pas ?
Alexia esquissa un léger sourire
Elles viendront. La question n'est plus si... mais comment
Au même instant... Dans leur atelier, Isabelle enfila une veste sombre. La Sorcière rangea un petit carnet dans la poche intérieure de son manteau
Tout est prêt ? demanda Isabelle, la Sorcière éteignit la lumière de l'atelier
Non...
Elle regarda une dernière fois la photographie marquée Salle 7
Le plus difficile commence maintenant
Les deux femmes quittèrent silencieusement la bâtisse Au loin, les cloches de la Cathédrale de Lausanne sonnèrent neuf heures. Cette fois, les chasseurs et les proies allaient se retrouver dans le même bâtiment... sans savoir que quelqu'un d'autre observait déjà leurs moindres mouvements.
À suivre
COURRIER DE RELANCE
DIRECTION DE LA POLICE JUDICIAIRE
Brigade Criminelle
À l’attention de l’Inspecteur Rémy Delorme
Objet : Relance – Proposition de réintégration et invitation à entretien
Réf : LR/BC-SS-2026-Hoffer
Inspecteur Delorme,
Par courrier en date du 24 juin, je vous faisais part de ma décision de vous proposer officiellement de réintégrer la Brigade Criminelle au sein de l’équipe de la Commissaire Alexia Hoffer, et vous invitais à vous entretenir avec moi à ce sujet.
À ce jour, le secrétariat de la Commissaire Hoffer m'informe qu'aucune réponse de votre part ne nous est parvenue.
La réorganisation de nos effectifs et les nécessités opérationnelles des enquêtes en cours - notamment les développements liés aux dossiers anciens que vous connaissez particulièrement bien - exigent que nous fixions rapidement la structure de nos équipes.
Votre expertise est attendue sur le terrain, et j'aimerais savoir précisément ce qu'il en est de vos dispositions vis-à-vis de cette proposition.
Je vous demande donc de bien vouloir prendre contact avec mon secrétariat dès réception du présent message afin de me faire part de votre décision et, le cas échéant, de convenir d’une date pour notre entretien.
Dans l’attente de votre retour rapide, je vous prie d’agréer, Inspecteur, l’expression de mes salutations distinguées.
Commissaire Divisionnaire Sandra Sanchez
Direction de la Brigade Criminelle
Au commissariat – Le point de situation
Le lendemain matin, l'effervescence habituelle de la Brigade Criminelle semblait un peu plus électrique. Dans l’open space, Alexia Hoffer avait réuni son équipe restreinte : Nick Johnson, Sarah Da Silva et Thomas Favre. Ils étaient regroupés autour d’un bureau encombré de rapports sur l’affaire Parisod. Alexia prit la parole, le regard déterminé.
« Écoutez-moi bien. J'ai eu une discussion décisive hier soir avec la Commissaire Divisionnaire Sanchez. Elle a pris une décision importante concernant nos effectifs. »
Nick, qui consultait une pièce sur sa tablette, releva la tête, intrigué.
« Des renforts, patronne ? »
« Exactement, Nick. Sandra Sanchez a décidé de procéder à la réintégration officielle de l'Inspecteur Rémy Delorme au sein de notre unité », annonça Alexia.
Un silence surpris s'installa. C’est Sarah qui brisa la glace, un sourire en coin.
« Delorme ? Honnêtement, ça ne nous fera pas de mal. Il a un flair particulier sur ce dossier. »
Thomas Favre acquiesça vigoureusement.
« C’est vrai. Il connaît les rouages de l'affaire Patrick R. mieux que personne. Si la Divisionnaire valide, c'est le signal qu'on change de braquet. »
Alexia hocha la tête, confirmant leurs ressentis.
« Sanchez est convaincue de ses capacités et elle estime que nous avons besoin de quelqu'un qui maîtrise l'historique de cette enquête. Elle va envoyer la convocation dans la journée. »
« Il était temps qu'on corrige cette injustice de mutation », ajouta Nick, satisfait.
« Préparez le terrain », conclut Alexia. « Si Delorme accepte, il sera pleinement intégré à l'équipe. On va avoir besoin de toute notre cohésion pour faire bouger les lignes sur Isabelle Parisod. »
Convocation officielle
DIRECTION DE LA POLICE JUDICIAIRE
Brigade Criminelle
À l’attention de l’Inspecteur Rémy Delorme
Objet : Proposition de réintégration au sein de la Brigade Criminelle
Inspecteur Delorme,
Depuis votre détachement à la BDS, j’ai suivi avec attention la qualité de votre travail, particulièrement votre implication dans l’affaire Isabelle Parisod. Votre expertise sur les dossiers anciens, et notamment vos investigations initiales sur l’affaire Patrick R., s’est avérée être un atout précieux pour nos services.
Je vous contacte aujourd’hui car j’ai décidé de renforcer l’équipe de la Commissaire Alexia Hoffer. Dans le cadre de la réorganisation actuelle de nos effectifs, il me semble indispensable de solidifier notre unité autour de compétences solides, éprouvées et dotées d’une vision globale des enjeux criminels auxquels nous faisons face.
Je n'ignore rien des conditions, pour le moins discutables, de votre mutation sous la précédente administration. Ces décisions ont, selon mon analyse, privé la Brigade Criminelle d’un élément de premier ordre sans justification probante. Je suis convaincue que vos capacités sont un atout majeur pour mener à bien les enquêtes en cours, et je souhaiterais, par la présente, vous proposer officiellement de réintégrer nos rangs au sein de l'équipe de la Commissaire Hoffer, composée des lieutenants Johnson, Da Silva et Favre.
Cette proposition n’est pas seulement une nécessité opérationnelle ; c’est le témoignage de ma confiance en votre professionnalisme et en votre détermination.
Je vous invite à venir vous entretenir avec moi dès réception de ce courrier afin d’échanger sur vos aspirations et sur les modalités de cette réintégration, que j'espère voir se concrétiser très prochainement.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Inspecteur, l’expression de mes salutations distinguées.
Commissaire Divisionnaire Sandra Sanchez
Direction de la Brigade Criminelle
Chapitre 5 et Fin
Alexia soutint le regard de Marc sans ciller, le dos calé contre les étagères métalliques des archives. Elle n’allait pas fuir. Lentement, elle glissa sa main sous sa veste civile, frôlant la crosse de son arme de service.
« La poussière ne me dérange pas, Marc », répliqua-t-elle d'une voix de glace.
« Ce qui me dérange, ce sont les flics qui vendent leur insigne pour des comptes au Luxembourg. »
Le visage du vétéran se figea. Un sourire carnassier étira ses lèvres.
« Tu es douée, petite. Mais tu as été trop gourmande. »
Soudain, la porte des archives s'ouvrit à la volée. Ce n'était pas Lucas. Deux hommes en civil, des colosses aux visages fermés, entrèrent l'arme au poing. Les hommes de main de Maître Arnault. Marc recula d'un pas en sortant son propre pistolet.
« Fin de service pour toi, Alexia. »
Le premier tir rasa l'oreille d'Alexia, faisant exploser un dossier suspendu dans une pluie de confettis. Propulsée par l'adrénaline, elle plongea derrière une rangée d'étagères métalliques.
En glissant sur le sol en béton, Alexia dégaina son arme et tira deux fois. Le premier homme de main s'effondra, touché à l'épaule, lâchant son arme dans un bruit métallique fracassant.
Marc et le second tueur progressaient en tenaille. Les balles traversaient les étagères, faisant trembler toute la structure. Comprenant qu'elle allait être encerclée, Alexia visa les fixations de la lourde étagère centrale. Elle tira trois balles d'affilée sur les verrous de sécurité. Dans un grincement de métal apocalyptique, des tonnes d'archives et d'acier s'effondrèrent sur le deuxième tueur, le bloquant net sous les décombres.
Marc, réalisant que la situation lui échappait, fit demi-tour et s'enfuira par l'escalier de secours menant au toit du commissariat. Alexia, le souffle court, une coupure sanglante sur la joue, se lança à sa poursuite. Elle déboucha sur le toit alors qu'une pluie battante s'abattait sur la ville.
Les gyrophares des voitures de police en contrebas balayaient la façade de lueurs bleues et rouges. Au bord du parapet, une silhouette l'attendait : ce n'était pas seulement Marc, mais le Commandant du commissariat en personne, un hélicoptère privé approchant déjà au loin dans le ciel noir.
« Le Commandant aussi... » réalisa Alexia, l'arme pointée vers eux.
« C'est pour ça que l'IGPN piétinait. Vous contrôliez tout. »
« Le système est pourri jusqu'à la moelle, Alexia ! » hurla le Commandant pour couvrir le bruit du vent et des pales.
« Rejoins-nous ou meurs avec tes grands principes ! »
Marc épaula son arme, mais Alexia fut plus rapide. Un coup de feu retentit, précis, net. La balle traversa l'épaule de Marc qui lâcha son arme et s'écroula sur le béton détrempé.
Le Commandant, paniqué, tenta de sauter vers l'échelle de l'hélicoptère qui volait en stationnaire au-dessus du toit.
C'est à ce moment que la porte du toit vola en éclats : Lucas déboula, suivi d'une escouade d'intervention de l'IGPN qu'il avait secrètement ramenée en renfort après avoir décodé les derniers messages d'Alexia.
« Ne bougez plus ! Lâchez vos armes ! » hurla Lucas.
Le Commandant, suspendu dans le vide à l'hélicoptère, tenta de sortir un second pistolet de sa veste. Alexia ne lui laissa pas le temps. Elle visa le rotor de l'appareil. Deux tirs d'une précision chirurgicale.
Des étincelles jaillirent du moteur, et l'hélicoptère, devenu incontrôlable, commença à dériver dangereusement loin du bâtiment avant d'aller se poser en catastrophe sur un terrain voisin, encerclé instantanément par les forces de l'ordre. Le Commandant, lâché dans sa chute, atterrit lourdement sur le toit, neutralisé et menotté par Lucas.
Épilogue
Le calme revint peu à peu sous la pluie. Marc et le Commandant furent embarqués à l'arrière des fourgons de l'IGPN, sous les yeux stupéfaits des autres collègues du commissariat qui comprenaient enfin l'origine de la tension.
Lucas s'approcha d'Alexia et lui tendit une couverture de survie sur ses vêtements civils trempés.
« Tu as réussi, Alexia. Tu as nettoyé la baraque. »
Elle regarda les gyrophares se refléter dans les flaques d'eau, un mince sourire aux lèvres malgré la fatigue. Le commissariat allait devoir se reconstruire, mais ce soir, la justice avait repris ses droits.
Elle rangea son arme, prête pour la prochaine enquête.
Fin
Chapitre 4
Alexia fixa le bout de papier pendant de longues minutes, le cœur battant à tout rompre dans le silence de son appartement. Sa première réaction fut de saisir son téléphone pour appeler Lucas. Mais son doigt resta suspendu au-dessus de l'écran.
« Si Lucas panique, il va faire une gaffe au commissariat », se dit-elle. De plus, si sa propre ligne était sur écoute, l'appeler maintenant reviendrait à signer son arrêt de mort professionnel où pire.
Elle glissa le mot dans une petite boîte métallique cachée au fond de son armoire. Elle ne reculerait pas. La menace confirmait une chose : elle touchait au but.
Le lendemain matin, Alexia mit ses vêtements civils les plus neutres, un jean sombre, un col roulé et sa veste habituelle et retourna au commissariat, le visage parfaitement impassible. En franchissant les portes, elle activa mentalement son radar.
Chaque bonjour, chaque poignée de main devint un test. Elle observa Marc. Il était assis à son bureau, triant tranquillement des dossiers, l'air d'un flic fatigué à quelques années de la retraite. Avait-il un regard plus fuyant que d'habitude ? Difficile à dire.
Pour avancer sans éveiller les soupçons de Marc ou de la mystérieuse personne qui l'avait menacée, Alexia changea de stratégie. Elle décida de fouiller le passé de l'avocat d'affaires qu'elle avait vu dans le café.
Profitant de la pause déjeuner où les bureaux se vidaient, Alexia s'installa sur un ordinateur de l'accueil, prétextant un problème technique sur le sien. Elle lança une recherche croisée entre le cabinet de cet avocat, Maître Arnault, et les saisies de l'affaire Vanguard.
C'est là qu'elle tomba sur l'anomalie : Lors de la grande perquisition de l'affaire Vanguard, une clé USB contenant des listes de comptes bancaires offshore avait été saisie.
Dans le rapport officiel signé par Marc, cette clé était notée comme "inexploitable pour cause de corruption de données". Or, le jour exact où Marc avait signé ce rapport, un virement anonyme astronomique avait été effectué sur le compte d'une société-écran basée au Luxembourg.
Alexia prit des notes rapides sur sa main. Marc n'avait pas juste fait fuiter des infos, il avait détruit des preuves cruciales pour blanchir les clients de Maître Arnault.
Plus tard dans l'après-midi, alors qu'elle descendait aux archives au sous-sol pour ranger de vieux dossiers, les néons du couloir vacillèrent. Le sous-sol du commissariat était toujours désert à cette heure-là.
Au détour d'un rayon, elle tomba nez à nez avec Marc. Il tenait une boîte d'archives et s'arrêta net en la voyant. Le silence qui s'installa entre eux fut lourd, presque étouffant.
« Tu travailles tard en ce moment, Alexia », dit Marc d'une voix basse, dénuée de toute chaleur. Il fit un pas vers elle.
« On dit dans les couloirs que tu t'intéresses beaucoup aux vieilles affaires. Parfois, remuer la poussière, ça fait juste tousser les gens. Tu ne penses pas ? »
Alexia sentit le morceau de papier dans sa poche imaginaire lui brûler les doigts. Marc la fixait avec une intensité terrifiante.
L'histoire continue de s'intensifier. Que fait Alexia face à cette confrontation directe dans le sous-sol ?
A suivre
Chapitre 3
L'atmosphère au commissariat devint rapidement suffocante pour Alexia. Obligée de jouer double jeu, elle saluait chaque matin des collègues qu'elle soupçonnait désormais à tour de rôle. Le moindre regard appuyé à la machine à café devenait suspect.
Pour ne pas attirer l'attention de la hiérarchie ou de l'IGPN, Alexia et Lucas durent redoubler de prudence. Leurs points de contact se faisaient désormais en dehors des heures de service, dans des endroits banals de la ville où personne ne s'attendait à voir deux flics comploter.
Quelques jours après sa découverte sur les accès aux fichiers, Alexia décida de passer à la vitesse supérieure. Elle ne pouvait pas accuser Marc sur de simples horaires de connexion, il lui fallait du concret.
Un jeudi soir, sous une pluie fine qui rendait le bitume brillant, Alexia attendit la fin de service de Marc. Confortablement installée dans sa voiture banalisée et en civile, elle le suivit à distance raisonnable à travers les rues de la ville. Au lieu de rentrer chez lui, Marc se gara près d'un café branché en périphérie.
Alexia remonta sa capuche et s'approcha de la vitrine du café. Marc y rejoignit un homme d'une cinquantaine d'années, costume sombre et dossier sous le bras. En zoomant avec son téléphone, Alexia prit plusieurs clichés. L'inconnu n'était pas un journaliste.
C'était un avocat d'affaires renommé, connu pour défendre les intérêts de grandes figures du crime organisé local.
Le lendemain, dans un parc désert, Alexia montra les photos à Lucas. Le visage de son coéquipier se décomposa.
« Alexia, si Marc vend des infos à ce type, ce n'est pas juste une fuite pour la presse... C'est de la haute trahison. L'affaire Vanguard a capoté parce que les suspects clés ont été prévenus à temps. »
Lucas semblait terrifié, et Alexia le comprenait. S'attaquer à Marc, c'était s'attaquer à un pilier du commissariat. Si la hiérarchie protégeait Marc pour étouffer le scandale, Alexia et Lucas risquaient de tout perdre.
Le soir même, alors qu'elle rentrait chez elle, Alexia sentit une pointe d'adrénaline en ouvrant sa porte. Sur son tapis d'entrée, un petit morceau de papier plié en quatre avait été glissé par la fente de la boîte aux lettres.
Il n'y avait qu'une seule ligne écrite à la main, en lettres capitales :
« VOUS CREUSEZ TROP PROFOND. ARRÊTEZ. »
La taupe savait. Quelqu'un l'avait repérée, ou son comportement au commissariat avait éveillé les soupçons. Le doute n'était plus permis : l'ennemi était juste à côté d'elle, et la menace venait de frapper à sa porte.
A suivre
Chapitre 2
L'écho de la déclaration de guerre d'Alexia au bureau d'enquête semblait encore flotter dans l'air lourd de la salle de réunion, après que ses collègues l'eurent quittée un à un.
Elle se retrouva seule face au tableau blanc, où les mots "FUITES ?", "VANGUARD" et "IGPN" s'affichaient comme les diagnostics d'un commissariat malade.
Elle s'assit, le cœur battant, et sortit son carnet personnel, qu'elle dissimula immédiatement sous un dossier de routine sur son bureau. Si l'IGPN ou le commandant fouinaient, ils verraient juste une officière de procédure studieuse.
Sa première étape fut Lucas. Plus tard ce soir-là, loin du commissariat, sur un banc de la Place de la Louve, elle l'informa de son plan. Lucas, je ne peux pas laisser ce bureau s'autodétruire.
"Personne, pas même le commandant, ne doit savoir que j'enquête. C'est dangereux pour nous deux. T'es avec moi ?" Il hocha la tête, sans hésitation.
Ils durent apprendre à communiquer en codes. Un ticket de stationnement sur le pare-brise d'Alexia pour un rendez-vous urgent. Un message d'erreur réseau prétexté pour une brève discussion au bureau. L'enquête invisible était lancée.
Ils commencèrent par les fichiers. Alexia avait piraté (à contrecœur, mais par nécessité) l'accès au journal des connexions de la base de données. Elle cherchait des schémas.
Qui avait accédé au dossier Vanguard juste avant la première fuite dans la presse ? La liste des noms était longue, trop longue. Mais un nom apparut plusieurs fois : Marc. Marc, le vétéran, le confident du commandant.
Marc avait accédé au fichier tard dans la nuit, bien après ses heures de service. Et il avait également été vu en conversation discrète avec un homme qu'Alexia identifia comme un journaliste local.
L'étau se resserrait. Alexia commença à suspecter non seulement une fuite, mais une véritable corruption.
Sa plus grande peur était que la taupe ne se rende compte qu'elle était suivie. Et puis un matin, un message de Lucas apparut sur son écran : "La réunion est avancée. À quatorze heures avec le Commandant."
Alexia savait que ce moment serait décisif. La taupe avait-elle paniqué ? Ou le Commandant avait-il été informé ?
A suivre
Le Prix de la Confiance
Le lendemain matin, l’atmosphère dans la salle de réunion du commissariat était électrique. Alexia, debout devant le tableau blanc, observait ses collègues s’installer.
Les regards s'évitaient, les chuchotements s'éteignaient à mesure que les chaises grinçaient sur le linoléum.
La tension qu'elle ressentait depuis des semaines était presque palpable, comme un élastique prêt à rompre.
Elle prit une grande inspiration, posa ses mains à plat sur la table et brisa le silence.
« Merci d’être tous là », commença Alexia d'une voix ferme mais calme.
« Je vais aller droit au but. Depuis quelque temps, l'ambiance ici est devenue irrespirable. On passe plus de temps à se surveiller du coin de l'œil qu'à bosser en équipe. On est des flics, on a besoin de se faire confiance pour assurer nos arrières. Alors aujourd'hui, on crève l'abcès. Qu'est-ce qui se passe ? »
Un silence de plomb accueillit sa tirade. C'est finalement le Lieutenant Lucas, un de ses coéquipiers qui regarda Alexia et soupira en croisant les bras.
« Tu n'es vraiment pas au courant, Alexia ? » demanda-t-il, l'air sombre. "La rumeur d'une enquête interne", puis le Lieutenant Marc prit la parole à son tour, la voix basse.
« Ça vient d'en haut. Une rumeur tourne selon laquelle l'Inspection Générale fouine dans nos dossiers de l'année dernière. Quelqu'un ici aurait balancé des infos confidentielles à la presse sur l'affaire Vanguard.
« Du coup, tout le monde soupçonne tout le monde », enchaîna le Lieutenant Julie. « Le commandant passe son temps à vérifier nos rapports de patrouille et nos connexions au fichier central. On a l'impression d'être fliqués par notre propre hiérarchie. »
Alexia accusa le coup. L'affaire Vanguard avait été un fiasco médiatique, mais elle n'aurait jamais imaginé que le coupable de la fuite puisse être l'un d'entre eux.
Elle regarda les visages fatigués et méfiants autour de la table. Le commissariat était au bord de l'implosion, et cette réunion, loin de tout régler, venait d'ouvrir la boîte de Pandore.
Soit elle parvenait à calmer le jeu et à mener sa propre enquête pour blanchir ses collègues, soit elle laissait la suspicion détruire l'
« Si l'IGPN cherche une taupe », dit Alexia en ancrant son regard dans celui de ses collègues, « on a intérêt à rester soudés et à découvrir la vérité nous-mêmes avant qu'ils ne détruisent ce commissariat. »
A suivre