Voici le trailer de la futur vidĂ©o que je vais monter, lâautre versant du rĂ©cit de se voyage !
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Voici le trailer de la futur vidĂ©o que je vais monter, lâautre versant du rĂ©cit de se voyage !
Chapitre 1 / Départs
J'ai acheté un stylo et un carnet dans une boutique a deux pas de l'auberge de jeunesse. Nous voilà en Irlande, à Dublin, qui nous a accueillie ce matin, avec sa bruine et ses briques rouges. Ce début de voyage est un peu bizarre.
La veille, nous étions chez S. pour partir tous ensemble. Mais la soirée était étrange. Elles sont restées entre elles, pendant que je faisais la cuisine, tout seul. Elles parlaient de choses auxquelles il m'était bien difficile de participer, et avec le recule, maintenant, je me dis qu'inconsciemment ou non, cela avait bien un but excluant.
J'ai bien sentit que L. avait un truc contre moi depuis que j'ai lu, en cherchant des dessins sur son bureau, un morceau de journal intime. Ăa lui a fait beaucoup de peine, et je me suis senti vraiment mal. Maintenant, je peux dire adieu Ă la moindre intimitĂ© de ses pensĂ©es.
De toute façon, notre relation Ă©tait dĂ©jĂ grippĂ©e, mais je ne pensais pas qu'elle pouvait ĂȘtre aussi imbuvable. Elle est froide, et ses quelques accĂšs chaleureux sonnent creux sur cette trame de non-dits, et de bashing mal assumĂ©.
Il faudra bien que je lui en parle.
Je n'ai pas envie, j'ai envie qu'elle brise la glace pour une fois. Mais je sais que, comme d'habitude, ce sera à moi de le faire. Tu m'étonnes. Je suis en Irlande et je dois régler des querelles pourries, ça m'emmerde.
Autrement, nous nous sommes rĂ©veillĂ©s sur les coups de cinq heures du matin, et L. m'a proposĂ©e un chocolat chaud. Ca m'a beaucoup surpris. Je suis sorti de mon lit par paliers, en m'emmitouflant dans la couette Ă chaque fois que je mettais une couche de vĂȘtement. Enfin prĂȘt, j'ai dĂ©gustĂ© le bon chocolat chaud et j'ai fait rĂ©chauffer quelques crĂȘpes que j'avais fait la veille en faisant fondre des carrĂ©s de chocolat dedans. S. m'inquiĂšte. Elle ne mange presque rien, a mal quand elle mange, et elle dort trop peu. Elle dit qu'elle ira voir un mĂ©decin, mais je ne la crois pas. Elle ne se rend pas compte que c'est les autres qui payeront sa mauvaise santĂ©. Elle ironise en disant qu'elle ne tiendra pas jusqu'Ă 30 ans. Mais c'est sans doute le moins pire. La mort est moins terrible que l'infirmitĂ© des vieillards.
Bref, nous mangeons, et nous prenons la direction du bus qui nous mÚnera à la navette. Je tenais à remercier la RATP pour nous avoir donné des informations bidons. Nous tournons en rond en cherchant plus ou moins la meilleure solution pour arriver en temps et en heure à la gare routiÚre. Le métro mettrait trop de temps, les autres bus ne disent rien qui vaille ... Nous jouons la sécurité en hélant un taxi.
Nous arrivons sain et sauf, malgrĂ© une glissade de S. en descendant de la voiture. Elle est tombĂ© assise, elle n'a rien, elle a peut ĂȘtre eu juste un peu peur.
J'ai Ă©crit ensuite, que mon histoire ne se terminait pas bien, mais bien sĂ»r, la fin d'une histoire dĂ©pend simplement du moment oĂč on arrĂȘte de la raconter. J'Ă©tais loin de me douter de ce qui allait se passer, trĂšs loin, car j'imaginais des choses mauvaises, mais pas aussi pires qu'elles l'ont Ă©tĂ©s, et je n'imaginais pas toutes les choses merveilleuses que j'allais vivre, et qui m'ont montrĂ© Ă nouveau que l'ĂȘtre humain est merveilleux.
AprĂšs notre arrivĂ©e Ă Dublin, nous avons errĂ© au hasard. Enfin plutĂŽt, tiens c'est beau, allons-y. Mais la dĂ©chirure s'est maintenue, comme si de rien Ă©tait. La mĂȘme rengaine que la veille et ce matin. En suivant l'esthĂ©tique de la ville, nous avons atterrit Ă la Chester Beatty Library, oĂč la fatigue et mes maux/mots de tĂȘtes gagnaient du terrain, au mĂȘme titre que mon agacement.
Juste avant de partir, j'ai chopé une genre de crÚve, un truc suffisant pour rendre tout plus irritant que ça ne l'est, et je pense que ça a plutÎt participé à mon état d'esprit.
LĂ -bas, les filles ont commencĂ©es Ă dessiner dans leur coin, aprĂšs que nous ayons admirĂ© des livres de tous les Ăąges, et de grandes cultures Ă travers le monde. Des civilisations babyloniennes dont il restait quelques tessons d'argiles, aux immenses rouleaux venus du Japon, aux livres massifs reliĂ©s de cuir des peuples arabes, des papyrus de l'antiquitĂ© egyptienne, aux livres europĂ©ens du 19 Ăšme siĂšcle. Il y avait mĂȘme une armure, et un sabre japonais. Dans ma tĂȘte, je me suis dit, si demain ça part en Walking Dead, je vais ici, j'aurais au moins une certaine classe avant de mourir.
Je me suis assoupi dans un trĂšs confortable canapĂ© de cuir, sur des dizaines de coussins. Je ne me souviens pas de quoi j'ai rĂȘvĂ©, mais je me souviens qu'au rĂ©veil, je ne me sentais pas trĂšs bien. Comme une frustration qui faisait Ă©cho.
J'ai attendu ce qui m'a semblé une éternité que les filles aient terminées de dessiner. Colorier en fait, des petites cartes données par le musée, pour les laisser avec un petit mot. Puis nous sommes redescendus, et j'ai pensé que nous allions retourner explorer la ville, mais L. c'est assise, sans rien dire sur un banc au rez-de-chaussé.
"Qu'est ce que tu fais ? - Je vais dessiner."
Je dĂ©cide d'aller faire un tour dans le jardin, regarder quelles plantes il y a par ici. Je me ballade, je regarde, je touche, je sent, j'analyse ce que je connais, et ne connais pas. Il y a pas mal de plantes similaires que celles en France. Ici, les cerisiers sont dĂ©jĂ en fleur. Le soleil, lĂ©gĂšrement bordĂ©s de nuages, fait danser ses rayons Ă travers les pĂ©tales roses pĂąles, qui s'agitent avec le vent. Je contemple un moment le monde danser. Puis je m'Ă©loigne et je regarde d'autres plantes. Il y a cette plante, quand je la voie, je sais immĂ©diatement que je l'ai vu plusieurs fois, et qu'elle sent quelque chose. Bingo. Au moment mĂȘme oĂč je m'en saisit, une vieille dame me demande si je sais ce que c'est. Cette plante, mĂȘme en français, m'Ă©chappe Ă tous les coups, alors en anglais, n'en parlons pas.
J'ai trouvĂ© un laurier sauce, et sur le coup, j'avais dans l'idĂ©e de peut ĂȘtre cuisiner avec pendant le voyage, histoire de montrer que les plantes, c'est cool. Je ne l'ai jamais fait.
Quand je reviens, les filles sont au café de cet étrange musée, totalement ouvert et gratuit (le musée, pas le café). S. prend nos commandes et L. dessine. Je veux commencer à filmer, mais L. me dit qu'elle ne veut pas du tout. "Que les mains". Encore un truc qui stimule ma signalétique interne de : tu vois, ça sent pas bon. Nous échangeons des trucs vagues, des trucs de personnes qui n'ont rien envie de se dire, des trucs pour pas parler des choses intéressantes, des vrais problÚmes. Je me sens lassé.
Depuis quelques jours, nous avons cette discussion récurrente avec S. sur le fait de voyager seul ou pas. Je sais qu'elle aimerais expérimenter la voyage seul, alors, je propose pour lui faire plaisir que nous décidions qu'un jour, nous faisions tous une journée seul, pour se raconter le soir tout ce qui nous est arrivé.
L'idée est bienvenue, suivie d'une autre, la leur :
"On a pensĂ© a faire une journĂ©e que toutes les deux aussi, pour dessiner". Ăa ne m'Ă©tonne mĂȘme plus. Accroche toi Martin, ce n'est qu'un tout petit dĂ©but, tu verras.
AprĂšs quelques temps, nous partons poser nos affaires Ă l'auberge de jeunesse. Les filles font la sieste, j'Ă©cris dans mon carnet minuscule ce qui m'est arrivĂ©. Je mâĂ©nerve, les Ă©motions commencent Ă prendre le pas, il va falloir qu'on parle, il va falloir qu'on parle, oĂč je vais exploser.
Les filles se lĂšvent. Nous cherchons un bar dans un des guides que les filles ont empruntĂ© Ă une bibliothĂšque en France. Direction Temple Bar, la zone mythique oĂč sont regroupĂ©s une bonne floppĂ©e de pubs. L'un d'entre eux nous arrĂȘte, un de ceux que L. avait trouvĂ© dans le guide, Palace Bar. Autour d'un dĂ©licieux cidre nous parlons pour la premiĂšre fois normalement, Ă trois, tous ensemble, de choses intĂ©ressantes. Je me dis, que peut ĂȘtre, nous allons pouvoir discuter de ce dĂ©but de voyage plus sereinement, et dans la bonne humeur. Ce n'est peut ĂȘtre pas perdu, aprĂšs tout.
Nous changeons de bar, nous cherchons la musique, et nous tombons quasiment directement sur un pub oĂč joue un guitariste, il interprĂšte Redemption Song de Bob Marley. A mesure que l'alcool coule, les filles parlent anglais ensemble, elles rient, sans moi. Le guitariste laisse sa place Ă un duo guitariste/violon. Je n'attendais que ça. La musique est magnifique. Un rĂȘve se rĂ©alise, des larmes de joies coulent, et comme personne ne m'entend, je ris, et je pleure en mĂȘme temps. Toutes les Ă©motions se mĂ©langent en mĂȘme temps, j'ai des frissons partout, j'oublie tout, plus rien ne compte.
Je vais voir les filles, et dans mon euphorie, je leur demande de faire un cùlin tous ensemble, je veux faire la paix, je veux juste les prendre dans mes bras et partager toute la joie que je ressens, condensée dans ce petit moment de vie si intense.
"Non merci".
Elles rigolent, elle se chuchotent des choses à l'oreille, se serrent la mains, rigolent encore. La scÚne est suréaliste. Au départ, pour contrÎler toutes les émotions négatives qui sont en train de monter violemment à mon cerveau, je leur fait des doigts d'honneur en souriant, j'essaie de prendre ce moment absurde et cette totale défaite à la rigolade.
Je me retourne, je m'assied, embarrassé et humilié. La musique est vide, tout est vide. Je n'arrive plus à ressentir la moindre joie. Je commande un whisky. Tout s'embrouille. L'alcool me brûle la gorge, me brûle cerveau. Donnez moi l'ivresse je ne veux plus réfléchir, je veux entendre encore cette mélodie, comme si c'était la plus belle chose au monde.
Mais Ă la place, je gamberge, je rumine, l'alcool me fait fulminer encore plus fort, toute ma colĂšre monte, encore et encore.
Je veux partir d'ici et mettre tout au clair, voila, c'est maintenant, il faut qu'on parle oĂč sinon je vais craquer. Je dis aux filles que je les attends dehors. "Ok".
J'attend. Rien. L'attente est interminable.
Je rentre dans le pub. Elles sont toujours lĂ , elle rient. Je boue, j'ai envie de tout casser. "Vous venez pas ?"
"On attend la fin de la chanson"
Dehors, je repense à ce qui s'est passé un peu plus tÎt. L. s'est absentée un moment, et j'ai demandé à S.
"Pourquoi avoir refusé le cùlin ? - On est pas cùlin, c'est pour ça."
C'est faux, et je le sais. Pour lui en avoir fait, des cĂąlins. Je brĂ»le. Ma tĂȘte est en feu, tout s'accumule, la digue va bientĂŽt exploser.
Je retourne à l'intérieur. Elles ne sont plus là . Je cherche et je les aperçois enfin. Elles pouffent de rire. J'enrage tellement, j'ai la mùchoire serrée, et j'ai le regard le plus dur que je n'ai jamais eu. Elles rigolent, elles me regardent, commentent en anglais comme si je n'étais pas là , elle se font un cùlin, et encore, elles rigolent.
C'est parti.
Je n'ai plus aucun contrĂŽle, je vois en stop motion, tout est noir, mais je ne regarde mĂȘme pas. L'alcool se charge de m'enlever toute dignitĂ©. Je tourne les talons, je me casse, je ne veux plus voir ça. Je suis tellement enragĂ© que je prend mon bonnet et je le jette par terre de toutes mes putains de forces, et je le ramasse dans un geste ridicule. Je m'en vais sans me retourner. Je file une baigne Ă un putain de lampadaire innocent, j'ai mal.
Et je me retrouve dans mon lit. Je regrette tout, je culpabilise Ă mort d'avoir Ă©tĂ© hors de moi. J'ai merdĂ©. Aussi lĂ©gitime pourrait ĂȘtre ma colĂšre, ce que je viens de faire est complĂštement stupide. Je viens de rompre le dialogue.
Chapitre 2 - Les étoiles et le caniveau
Le lendemain matin, les filles dorment. Je ne peux plus dormir. Je décide d'aller faire un tour. Il fait beau. Je filme Dublin. Je marche, je pense, ne veut plus penser, et pense à nouveau.
Cette ville à un charme assez indéfinissable. J'aime cette ville. J'aime les bords de la Lifey, ses rues rouges et grises, cette proximité avec tout. Elle dégage quelque chose d'étrange. Elle ne m'étouffe pas comme Paris le ferait, bien qu'elle recÚle de merveilles, à mes yeux cent fois plus impressionnantes. C'est une ville simple, et belle. Elle a son charme que je n'ai jamais vu dans aucune autre ville.
Je rentre aprĂšs une heure de marche. Il n'y a plus personne. Au fond de moi, je sais que ce sera une journĂ©e solitaire, mais je me dis que, au cas oĂč elles repassent, j'aimerais qu'on parle. Je laisse un mot, j'y explique pourquoi j'ai Ă©tĂ© si en colĂšre et je leur donne rendez-vous au Palace Bar, Ă 19h.
Elles ne le verront jamais, elles ne sont jamais revenues dans la journée. Elles ne se sont jamais demandées s'il ne valait mieux pas qu'on rÚgle ça au plus tÎt.
Donc.
Je pars faire ma vie, dans mon coin. Hors de question de rester immobile, de me morfondre, de désespérer : l'Irlande m'attend. Je traverse la rue qui me mÚne sur O'Connel street, et je demande à l'office de tourisme la plus proche comment me rendre à la mer.
Tout droit, d'oĂč je viens, il y a une gare qui mĂšne Ă la ville du nom de Howth. Me voilĂ en route, je prend un ticket, et j'attends sur le quai au-dessus de la ville. Ici se cĂŽtoient des habitations et de vieux entrepĂŽts en briques, dĂ©labrĂ©s. Ăa n'est pas glauque pour autant, c'est beau.
Il y a des français partout. Le train est moderne et silencieux. Le chemin de fer est bordé de plantes sauvages et de maisons, toujours en brique. Les plus marginales n'en sont faites qu'au trois-quart.
Soudain, aprÚs un mur envahit de ronce, la mer m'apparaßt et disparait presque aussitÎt, derriÚres des habitations. Je reste sur ma faim. Mais quelques interminables secondes aprÚs, la mer reviens, une ßle mystérieuse et verdoyante en toile de fond. Posés là , solitaire et robuste, se trouve une tour orangée, comme un blockhaus de brique.
Puis je vois de grands bateaux sur le rivage, sur ce qui me semble ĂȘtre un chantier naval. Il y a une minuscule plage. AussitĂŽt descendu, je cherche cet endroit. J'emprunte une sorte de sortie de camion et, au bout du compte, je trouve ma plage secrĂšte. Quelque chose en moi se dĂ©tend, c'est beau, je suis ici, Ă ma place, dans ce monde, vaste, et fou.
AprĂšs quelque temps, je retrouve le port, oĂč je regarde les marins lutter pour ranger leurs filets. Les bateaux, eux aussi, sont en lutte, une lutte passive et perdue d'avance, ils se battent contre la rouille. Encore du rouge. Les couleurs sont tellement belles,. J'ai toujours aimĂ© les bateaux et la rouille, l'ocre qui s'Ă©coule sur des couleurs vives, comme une goutte d'encre qui serait figĂ©e dans l'eau.
AprĂšs avoir marchĂ© le long de la jetĂ©e, je suis mon instinct, et je suis une route suivant les falaises, oĂč quelques maisons osent se dresser.
Il bruine, le soleil brille, il y a un arc en ciel, et chaque goutte de pluie est une Ă©tincelle. Je suis sur un petit promontoire qui domine une partie de la ville. Tout est beau, je ne sais plus oĂč regarder.
Puis il ne reste que le soleil, et je quitte ma colline, pour retrouver la route. Au bout, les maisons arrĂȘtent de dĂ©fier la nature, il ne reste plus qu'un chemin, et des falaises, des falaises sauvages oĂč le bĂ©ton n'a pas coulĂ©.
Des français, des français partout.
C'est un endroit merveilleux. Le vent est fort, il fait danser quelques flaques qui me montrent le ciel. Il y a un petit ruisseau qui s'Ă©coule au milieu d'un chemin. Il y a des fleurs jaunes partout, sur des buissons Ă©pineux, les mĂȘmes que j'ai pu voir lors de mes voyages en Bretagne. Quelques souvenirs me reviennent, je marche silencieusement.
Remboursez-moi, Ryanair, c'est quoi se bordel, les mĂȘmes plantes qu'en Bretagne. Oh. Ca se trouve j'Ă©tais Ă Brest, que je n'ai pas reconnu, et je me suis fait entuber Ă fond. Ca expliquerais tous ses figurants payĂ©s au rabais qui parle français partout.
Mais non, je suis bien au pays des lutins.
Je savoure tout ce que je vois. Dans tout ce chaos, c'est un vĂ©ritable soulagement, un instant de paix. Ăa Ă toujours Ă©tĂ© comme ça. La vie n'est pas toujours merveilleuse, mais tant qu'il restera un rayon de soleil, un peu de vent, et de l'herbe, le monde sera beau. Au moins quelques secondes. Quelques secondes gravĂ©es dans ma mĂ©moire, qui me rappelleront toujours que tout n'est pas perdu.
J'ai avancé jusqu'à voir un phare sur lequel les vagues se fracassent, retombent en nuages de petites gouttes. Plus tard, on me dira qu'il s'agit d'un des plus vieux phare d'Europe. Et là , je me suis dit : ça à l'air génial, je veux garder le suspens, et y retourner avec les filles. Belle connerie.
Je suis rentrĂ©, doucement. ArrivĂ© en ville, il a commencĂ© Ă pleuvoir, alors je me suis dĂ©pĂȘchĂ© d'atteindre la gare. Encore des français. Jusqu'Ă ce que, ce qui m'a semblĂ© ĂȘtre des lycĂ©ens, parce qu'en uniformes et adolescents, aient envahit une des stations du parcours en sautant par-essus les murs en pierre de la gare.
J'ai regardé le paysage, dans le vague, et les yeux d'une jolie française. Je suis arrivé à Dublin, et je suis passé à l'auberge de jeunesse. Pas de signe des filles, mon mot n'a pas bougé. Je l'ai mit plus en évidence et je suis parti.
J'ai errĂ© dans la ville. J'ai demandĂ© oĂč il y avait des librairies. Je voulais trouver un livre sur Dublin, et si ça allait mieux, la montrer aux filles qui en cherchaient une. Ce qu'on m'a dit n'Ă©tait pas trĂšs intĂ©ressant. J'ai longĂ© la Lifey, du cĂŽtĂ© oĂč nous n'Ă©tions pas allĂ©, en m'aventurant vers l'Ouest. C'est un pont mĂ©diĂ©val qui surplombait la circulation, qui m'a fait bifurquer.
Je l'ai su plus tard, mais il s'agissait de la Christ Church Cathedral, un bĂątiment trĂšs important dans l'histoire de la ville. AprĂšs ĂȘtre passĂ© en dessous, je suis retournĂ© vers l'Est, le coeur de la ville, et une ruelle a attirĂ©e mon attention. Elle m'a menĂ©e jusqu'Ă une jolie librairie. Sur la vitrine Ă©tait inscrit leur slogan, une citation d'Oscar Wilde :
âWe are all in the gutter, but some of us are looking at the stars.â
Ăa me fait sourire. Merci monsieur Wilde. C'est ça qu'il me fallait.
J'ai trouvé le livre qu'il me fallait, et je suis parti vers Temple Bar pour rejoindre mon lieu de rendez-vous, sans trop y croire.
J'ai attendu en lisant, puis pendant de longs moments, je regardai dans le vide, les gens, ou la pendule. Personne n'est venu, alors je suis parti Ă l'auberge en me disant que peut ĂȘtre les filles n'avaient pas vu le message Ă temps.
Personne, et personne n'est passé.
J'ai changĂ© le mot. J'ai dĂ©chirĂ© l'ancien, je l'ai jetĂ© Ă la poubelle. J'ai Ă©crit : "Si vous voulez parler pour qu'on s'explique, rĂ©veillez-moi oĂč mettez un rendez-vous sur mon lit". et je suis reparti dans la ville nocturne, en quĂȘte de musique.
Je suis rentrĂ© dans un vieux pub, The Merchant Arch, oĂč jouais un guitariste. Il avait une voix anormalement douce pour son visage et son physique. Au bout de deux trois chansons, le barman m'a annoncĂ© qu'un autre groupe allait venir, et qu'ils Ă©taient gĂ©niaux. J'ai attendu. Ils sont arrivĂ©s, guitare, banjo. C'Ă©tait le feu. Incroyable. Le joueur de banjo Ă©tait fou. Entre plusieurs chansons folkloriques, ils ont jouĂ© des classiques comme Sweet Home Alabama (totalement improvisĂ©e, et qui a foutu une ambiance Ă©norme), Three Little Birds, et Save Tonight. Leur façon de les interprĂ©ter valait le dĂ©tour.
La musique me fait un bien fou, peut ĂȘtre plus que l'herbe verte et les falaises. Elle dissous ma peine, me redonne du souffle, le sourire, me transmet de sa vitalitĂ©. Je veux devenir un son, une note et me dissoudre dans une mĂ©lodie.
Mais je me suis dissous dans la Guiness. Je suis parti dans le pub oĂč j'Ă©tais avec les filles le premier soir, en espĂ©rant retomber sur le duo avec le violoniste. Mais pas de violoniste Ă l'horizon, juste un duo guitare banjo qui sonnait creux aprĂšs celui que je venais voir. J'ai prit une ultime biĂšre, et je me suis en allĂ©. J'ai vomi dans une ruelle Ă 10 mĂštres de la sortie. Au final, c'est mon estomac qui s'est dissous.
Je suis rentré. Encore personne, et pas de trace du moindre passage. Je me suis endormie. La porte s'est ouverte, mon coeur un fait un bond. C'était elles. Elles se sont enfermées dans la salle de bain et ont parlé pendant une éternité. J'étais saoul, mal réveillé, j'avais des sortes de délires, tout me sortait par les yeux et attendre à été un cauchemar. J'avais l'impression que mon coeur passait dans un hachoir à viande.
Et enfin.
S. a déposé un mot
Jâai attendu un peu.
Jâai tĂątonnĂ© dans le noir pour trouver mon portable, pour pouvoir lire.
Résumé :
âOn a rĂ©flĂ©chit et sâest mieux si on fait pas la suite du voyage ensembleâ.
Chapitre 3 / La journée du Phénix
PUTAIN DE MERDE !
Pas de discussion ? Juste ça ? Genre, casses-toi, point ?
Hein ?
Je pouvais pas juste lire ça et me dire : âAh, okâ. Alors je leur ai tout dĂ©ballĂ©. Jâai parlĂ© Ă un mur. Depuis le dĂ©part, jâĂ©tais sur la sellette, depuis longtemps. Comment jâai pu ĂȘtre aussi con ? Bordel de merde.
La seule raison de ma prĂ©sence ici, en Irlande, câest quâelles nâont jamais osĂ© me dire les choses qui fĂąchent. Alors je leur ai fait dire. Tout ce quâelles nâosaient pas dire parce que câest âmĂ©chantâ ou "Ă©goĂŻste". Comme si la rĂ©alitĂ© nâĂ©tait pas dĂ©jĂ âmĂ©chanteâ,"Ă©goĂŻste", et que tout ce que jâai ressenti nâexistait pas dĂ©jĂ . Le mal est fait.
Ce qui mâest reprochĂ© câest la trop grande importance que jâai accordĂ© Ă nos relations, parce que je vois plus loin, je veux construire quelque chose avec elles. Je mâinquiĂšte pour leur bien, je veux leur bien, mais elles, non. Je suis trop impliquĂ©, trop concernĂ©.
Voila le fin mot de lâhistoire : ma façon dâĂȘtre leur met la pression, parce quâelles ne sâimaginent pas un seul instant pouvoir rendre le dixiĂšme de ce que je donne. Parce quâelles en ont rien Ă pĂ©ter, au fond, et quâelles sont justes individualistes. Tout ce quâon a pu partager, pour elles, câest banal, et pas suffisant pour essayer de se prendre la tĂȘte et rĂ©gler le problĂšme.
Quand moi je voyais de lâimportance dans nos Ă©changes, quand je voyais des Ă©tapes importantes se franchir, elles, ne voyaient rien quâune expĂ©rience. Jâai Ă©tĂ© une expĂ©rience, une rencontre. Juste un mec parmi des milliers, dans une foule dâinconnus. Comme une personne qui vous prend en stop et quâon ne revoit jamais. âIl Ă©tait sympa luiâ. On sâest bien marrĂ©, mais si ça doit ĂȘtre sĂ©rieux, oublions ça tout de suite. Une personne qui tiens Ă vous est une personne dangereuse, on se sent obligĂ© de la prendre en compte, et de donner son humanitĂ©. Alors câest mieux de lui dire goodbye, ça Ă©vite les problĂšmes.
Câest incroyable. Je me suis senti comme une merde, une putain de chaussette sale quâon a mĂȘme pas envie de laver, quâon jette Ă la poubelle. Une Ă©norme partie de moi câest volatilisĂ©e, avec une petite pancarte âillusionsâ qui pointait le vide laissĂ© derriĂšre.
Je me suis fait utilisé. Encore une fois je me suis fait baisé par ma naïveté.
Pourquoi est ce que je pense Ă chaque fois que la relation que jâai avec les gens est importante ? Je suis con. Je ne suis rien du tout. Pour qui je me prend ? Je suis un Ă©tranger parmi des Ă©trangers, et tout ce que je fait exister, peut mourir en un instant. Je suis un crĂ©tin dâavoir imaginĂ© avoir le moindre intĂ©rĂȘt dans le vie de ses gens. Câest ce qui est le plus triste, câest que câest de ma faute, je nâai pas Ă©tĂ© vigilant, pas suffisamment, trop optimiste. Aussi dĂ©gueulasse soit cette attitude envers moi, au fond, jâaurais dĂ» me douter que jâĂ©tais insignifiant.
Maintenant, je suis seul en Irlande parce que je suis un gros CON.
Un putain de bisounours débile.
Et je pense Ă la seule personne qui mâaurait rendu au centuple la plus petite des choses que jâaurais faite, et qui dâailleurs, alors mĂȘme que je ne lui apportait rien, me donnait tout ce quâil avait.
DrĂŽle dâironie. La boucle est bouclĂ©e. Je paye mon inconsĂ©quence, et ce que jâai fait Ă autrui.
Je comprend mieux maintenant. Je ne pourrais plus jamais avoir de colÚre pour le passé. Tout est là . Je comprend ton impuissance, ton aversion viscérale pour le mensonge, et je comprend ce que tu voulais construire.
Je me suis retrouvĂ© Ă dire tes mots, parce quâil nây avait que ça Ă dire. Et tu le sais, ça nâa servit Ă rien.
J'avais mal au ventre, la gerbe, mon corps Ă©tait ultra tendu. Jâai fixĂ© le grillage au dessus de mon lit, et quelque part entre deux pensĂ©es vertigineuses, le sommeil Ă eu la bienveillance de venir me chercher.
Je me suis réveillé, la chambre était vide.
Jâai prit ma premiĂšre douche du voyage. Quand je dis douche, faut le dire vite, vu que je passais la moitiĂ© du corps dans la cabine pour ne pas mettre les pieds dans le bac, inondĂ© depuis notre arrivĂ©e.
Notre.
Ah ah.
Il nây a plus de notre qui tienne, je suis tout seul.
Jâai laissĂ© un mot dâadieu, mon super badge du seigneur des anneaux que jâavais achetĂ© pour nous trois. Un symbole, pour moi. Je suis ridicule.
Je suis allĂ© dans un cyber-cafĂ© imprimer les billets dâavion, et je les ai laissĂ© dans la chambre. La derniĂšre chose que je fait pour elles.
Ce qui mâemmerde le plus, câest que je vais les croiser, les entendre. Elles vont rires. Ăa va me donner envie de vomir.
Jâai marchĂ© sans savoir vraiment quoi faire. Jâai vu une office du tourisme, je suis rentrĂ©, et sur une carte gĂ©ante sur le mur, jâai vu âPhoenix Parcâ. Câest le plus grand parc dâEurope.
Jâai prit le tramway. Les tickets ne se compostent pas. En tout cas, jâai pas trouvĂ© comment.
Jâai demandĂ© Ă un vieux monsieur devant moi comment ça fonctionnait les tickets ici. Il mâa dit que câĂ©tait ok, et quâen plus les contrĂŽleurs Ă©taient rares.
Il a compris que jâĂ©tais français et il mâa dit que la police avait Ă©tĂ© forte pour arrĂȘter Amhedi Coulibali. Puis il mâa demandĂ© si je connaissais un ou une chanteuse française, Marie, ou Maurice Chevalier. I Love Paris at Every Moment. Depuis que je suis rentrĂ©, jâai regardĂ© Ă quoi ça pouvait correspondre, et je me dis que mon anglais est vraiment mauvais parce que ça ne ressemble Ă rien.
Il mâa dit quâil admirait les stars dâantan, comme Edith Piaf, qui câĂ©tait hissĂ©es en haut de lâaffiche en partant de rien. Puis il mâa expliquĂ© exactement comment aller au parc.
Il mâa dit quâil y avait la rĂ©sidence du prĂ©sident, qui est une rĂ©plique de la maison blanche. Il mâa dit quâil y avait aussi un mĂ©morial de la guerre de Waterloo. Il a rĂ©pĂ©tĂ© ça une dizaine de fois au moins. A la station quand nous sommes descendus, il mâa redonnĂ© une ultime fois les directions, sous la façade de la gare qui nous a servit dâabris lors dâune averse.
Il est venu voir sa fille Ă Dublin, et maintenant il sâen va retourner dans sa campagne chĂ©rie.
Câest vrai que le mĂ©morial Ă©voque quelque chose de puissant. Maintenant que je me suis renseignĂ©, il sâagit en fait dâun MĂ©morial en lâhonneur d'Arthur Wellesley, qui, comme me lâa racontĂ© mon vieux monsieur dans le tramway, Ă vaincu NapolĂ©on Ă Waterloo.
Et jâai vu cette fausse maison blanche. Elle est kitsch au possible, mais elle avait se truc en plus, classe, que la vĂ©ritable maison blanche nâa pas et nâaura jamais : Ă 100 mĂštres en traversant la route, il y avait un troupeau dâĂ©lans miniatures. Alors bien-sĂ»r, Ă©lans miniatures nâest certainement pas leur vrai nom, mais câest bien à ça quâils ressemblaient.
Oui, un vrai troupeau, de vrais animaux, vivants.
Je nâai pas vraiment compris ce quâils foutaient lĂ . Mais ils avaient lâair dâĂȘtre bien. Quelques-uns se battaient, bois contre bois, dâautres me regardairnt dâun air nonchalant, et dâautres paissaient tranquillement, en me jetant un oeil mĂ©fiant.
Puis il y avait cette énorme croix chrétienne sur une fausse colline. Imposante. Elle était face au soleil, et elle dégageait vraiment quelque chose de fort. Une sorte de démesure qui faisait bonne mesure avec ce ciel drapé de nuages gris, et qui laissait voir de temps à autre la lumiÚre divine.
Ce parc est absurde. DĂ©jĂ tout est kitsch, ensuite il est sĂ©parĂ© par une Ă©norme route, pleins de bosquets qui faisaient semblant de ne pas ĂȘtre plantĂ©s, des prairies, des terrains de foot. Ce parc est gloubiboulga de tout.
Mais il y a quelque chose qui mâa vraiment impressionnĂ©. Il y avait des arbres lĂ -bas, que nous avons en France aussi, les HĂȘtres, qui font des bogues poilues dans lesquels il y a des sortes de pignons, quâon appelle Faines. Et ils en produisaient des quantitĂ©s monumentales. Un seul arbre devait produire vingt fois la quantitĂ© que jâai vu de toute ma vie en France. Jâaurais pu en faire une piscine a boule et nager dedans.
Si un jour je dois faire une récolte, je me paye un aller retour pour Dublin.
Puis je suis parti. Ce parc Ă©tait Ă la fois reposant, nul, et drĂŽle. Je ne me serais jamais attendu à ça. Je n'ai mĂȘme pas parcouru le dixiĂšme du parc Ă mon avis, c'Ă©tait bien trop dĂ©courageant. Et puis j'avais faim. Et soif.
Jâai reprit le tramway direction le centre ville.
Je suis descendu dans une rue assez Ă©troite avec pleins de commerces et jâai fini par reconnaĂźtre oĂč jâĂ©tais. Je recherchĂ© Ă nouveau un cyber cafĂ© et je me suis inscrit sur couchsurfing, un site ou les habitants dâune ville se portent volontaires pour vous hĂ©berger. Jâaurais dĂ» le faire le matin mĂȘme.
Jâai passĂ© du temps Ă remplir mon profil et rĂ©diger un message digne de se nom pour pas ĂȘtre refoulĂ© direct.
En sortant, jâai fait deux pas dans la rue et jâai trouvĂ© un endroit avec une formule dĂ©jeuner pas chĂšre. Un sandwich, un bon cafĂ©, et un cookie. JâĂ©tais bien trop content de manger. Je suis restĂ© lĂ un peu, Ă rĂ©flĂ©chir.
Jâai demandĂ© Ă la vendeuse ce qui valait le coup dâĂȘtre vu et elle a pris le temps de marquer chaque adresse avec une connexion pourrie. Jâai trouvĂ© ça adorable alors je me suis dit que je reviendrais pour lui offrir un attrape-rĂȘve.
Je suis allĂ© voir oĂč câĂ©tait, en tout cas, deux des endroits en question Ă©taient fermĂ©s, et les prix dâentrĂ©es assez Ă©levĂ©s. Alors jâai regardĂ© dans le quartier, et je suis tombĂ© sur un pub qui servait  de la biĂšre artisanale. A lâintĂ©rieur, trois musiciens qui jouaient des airs traditionnels,  à la guitare, au banjo, et Ă lâaccordĂ©on. Je suis rentrĂ©, jâai commandĂ© une biĂšre.
Tout le monde parlait par dessus la musique, qui nâĂ©tait pas amplifiĂ©e, alors je nâentendais pas trĂšs bien. Ils sont partis, mais on mâa dit quâun autre groupe allait arrivĂ©. Alors jâai Ă©crit en attendant. Jâai Ă©crit tout ce qui mâĂ©tait arrivĂ© depuis la premiĂšre journĂ©e.
LĂ bas, jâai dĂ©gustĂ© un excellent burger, et jâai dĂ©couvert une sauce vraiment Ă©tonnante appelĂ©e le Ballymaloe Country Relish, qui est une sorte de ketchup/sauce tomate au vinaigre. Câest trĂšs bon.
Je me suis installĂ© Ă lâĂ©tage, oĂč les nouveaux musiciens allaient sâinstaller, sur une vrai scĂšne. Deux guitaristes sont arrivĂ©s, dont un chanteur. Parmi les morceau dont je me souviens que je connaissait, ils ont jouĂ©s des classiques de Bob Marley, Nirvana et Ben E King, et bien sur, pleins dâautres chansons inconnues.
Le chanteur avait une voix assez incroyable. Rauque et puissante.
Pendant leur concert, jâai continuĂ© Ă Ă©crire frĂ©nĂ©tiquement, en faisant de courtes pauses parfois, pour juste Ă©couter.
Ăcrire mâa fait beaucoup de bien. Jâai pu affronter ce qui mâĂ©tait arrivĂ©, tout mâa paru plus clair, et ma peine Ă commencĂ©e Ă faire moins mal. A la fin du concert, il Ă©tait tard, je suis rentrĂ©.
Jâai retrouvĂ© mon mot dâadieu sur mon lit. âOn doute que tu tâinquiĂštes mais on sera pas la demain soir, pour prĂ©venirâ.
Effectivement, rien Ă foutre.
La suite disait quâelles Ă©taient dâaccord avec cet adieu. Pourquoi prĂ©ciser ? Je me fiche de leur accord, et câest leur volontĂ©, Ă la base, jâai pas vraiment besoins dâun mĂ©mo pour mâen souvenir.
Je me suis rĂ©veillĂ© le lendemain, et jâai regardĂ© si jâavais une rĂ©ponse sur couchsurfing.
âJe suis un peu occupĂ© en ce moment, je ne pourrais pas tâhĂ©berger, mais tu devrais faire un tour Ă cet endroit, tu tây feras des amis.â
Chapitre 4 / Les vikings, la sorciĂšre et les anarchistes
Je suis allĂ© repĂ©rer les lieux, ça nâouvre quâĂ 18h.
Je me suis arrĂȘtĂ© dans un parc pour pouvoir fabriquer des attrape-rĂȘves. Et jâai marchĂ©, sans trop regarder oĂč jâallais. JâĂ©tais dans mes pensĂ©es.
Je suis arrivĂ© dans une rue oĂč il nây avait que des commerces asiatiques, et jâai finalement dĂ©bouchĂ©e sur lâartĂšr principale. Je suis allĂ© jusquâĂ lâIrish National Museum, oĂč sont exposĂ©s les vestiges quâont laissĂ©s les diffĂ©rentes vagues de populations en Irlande.
Ils pensent quâil y a eu une population autochtone pendant la prĂ©histoire, puis les celtes sont arrivĂ©s. Ils ont adoptĂ©s le travail du fer, ont commencĂ©s Ă se rassembler en villages. Ensuite, lâĂle a Ă©tĂ© christianisĂ© par Saint Patrick. Puis Dublin Ă Ă©tĂ© envahit par les vikings qui venaient piller les monastĂšres (mĂȘme si les Irlandais le faisaient dĂ©jĂ ) ou cherchaient Ă avoir leur propres terres pour cultiver.
Les Irlandais et les Vikings se sont battus au cours dâune grande bataille, oĂč le Roi de NorvĂšge Ă Ă©tĂ© dĂ©fait par un hĂ©ro national, Brian Boru, qui y laissa la vie du mĂȘme coup.
Puis les anglo-normands sont arrivĂ©s, et câest Ă partir de lĂ que les conflits avec la couronne dâAngletterre ont plus ou moins commencĂ©s, si jâai bien compris. Et la couronne Ă essayĂ© de forcer la pays Ă se rĂ©former au protestantisme.
Thatâs.
Je viens dâĂ©crire Thatâs totalement inconsciemment. Ce pays me fait perdre mon latin.
Câest ce que jâai apprit aujourdâhui dans ce musĂ©e, et dans un autre, appelĂ© Dublinia. Le premier Ă©tait gratuit, câest important de le souligner, et le second Ă©tait plutĂŽt cher, mais la dame du cafĂ© mâavais recommandĂ© dây aller alors je lui ai fait confiance.
Franchement, enfant jâaurais Ă©tĂ© en admiration dans chaque salle de cet endroit. Ils ont beaucoup misĂ©s sur la mise en scĂšne et lâinteractivitĂ©. Jâai pu porter une cĂŽte de maille, mettre un casque viking, voir les rues de Dublin, envahit par la peste noire, contempler un Viking dĂ©mouler un cake et faire une fouille archĂ©ologique.
La sortie du musĂ©e ramĂšne directement Ă lâintĂ©rieur de ce pont mystĂ©rieux que jâavais vu le deuxiĂšme jour, qui dĂ©tonnait par son architecture trĂšs ancienne en vieilles pierres au dessus du traffic routier. Il mâa conduit jusquâĂ la Christ Church Cathedral, qui fermait malheureusement ses portes. Jâai donc marchĂ© au hasard, et je suis tombĂ© sur une autre cathĂ©drale, trĂšs importante, celle de Saint Patrick.
JâĂ©tais parti pour seulement regarder, peut ĂȘtre mâasseoir un temps pour vraiment admirer, mais la chorale sâest mise Ă rĂ©pĂ©ter. Vous tombez Ă pic. Alors, alors je suis restĂ©, pour Ă©couter. Je suis allĂ© voir Ă lâaccueil et jâai demandĂ© sâils allaient chanter aprĂšs. Dans vingt minutes. Jâai commencĂ© Ă Ă©crire jusquâĂ ce quâune personne de lâĂ©glise demande Ă lâassemblĂ©e de se rapprocher, sur des sortes  de bancs Ă©quipĂ©s de portes, du cĂŽtĂ© du hall.
Accrochez vos ceintures, nous partons au royaume de Dieu.
Au rang devant moi, il y avait cette dame. Elle porte des sortent de chĂąles en laines, rouges et bleus, dont un sur sa tĂȘte, qui couvre Ă moitiĂ© ses cheveux bouclĂ©s.
Elle nâa rien dit, et pourtant, tu sais, tu sens quâelle appartient Ă cette endroit, comme si elle faisait parti des clĂ©s de voĂ»tes.
Elle dessine, et ses affaires sont dispersées sur son banc.
Ce quâelle dessine ⊠ce quâelle dessine est FLIPPANT !
Elle utilise un crayon rouge, et se cantonne Ă nâutiliser que cette couleur. Elle dessine une jeune femme aux cheveux courts, avec les yeux crevĂ©s et des gouttes de sang sous les yeux. Les miens, dâyeux, sâĂ©carquillent, je ne crois pas ce que je vois.
De temps en temps, elle lĂšve la tĂȘte, comme si elle regardait un modĂšle, ou dâinsondables inspirations divines, puis se replonge dans son dessin. Elle appuie ses traits et leur donne un ton Ă©carlate encore plus vigoureux.
Elle a rajoutĂ© une petite maison au dessus de lâĂ©paule de la jeune femme, avec un petit chemin, et de la fumĂ©e sortant de la cheminĂ©e, puis elle a rajoutĂ© un corbeau. Elle a dessinĂ© les deux mains du personnages, misent ensemble comme un bol, avec des doigts en forme de frite, et Ă lâintĂ©rieur, une vache et un chat.
Mon cerveau est hors service.
J'essaie de me concentrer sur autre chose, alors je lis le dĂ©pliant quâon mâa donnĂ©, avec les paroles des chansons de la chorale.
Il y a marquĂ© une phrase dont je ne suis pas certains quâelle veuille dire quâil faut se lever. Je demande derriĂšre moi, si câest bien ça, et quand est ce quâil faut le faire. Un monsieur me rĂ©pond que je ne dois pas m'inquiĂ©ter et juste faire comme tout le monde, tout se passera bien.
âNE PARLEZ PAS ! CE NâEST PAS CE QUâON FAIT ICI !â
Câest la dame de devant. Elle lance un regard noir. PitiĂ©, ne me crevez pas les yeux, on ne dira plus rien. Je lance un sourire gĂȘnĂ© au monsieur, et lâoffice commence.
CâĂ©tait vraiment magnifique, et parfois jâai eu des frissons vraiment puissants. CâĂ©tait apaisant.
Parfois, la dame devant moi lĂšve la main, la paume devant elle, en baissant la tĂȘte. CâĂ©tait bien la seule Ă oser se genre de gestes. CâĂ©tait la personnification de la dĂ©votion.
JâĂ©tais un peu gĂȘnĂ© quand tout le monde rĂ©citait certains passages, jâĂ©tais le seul Ă ne mĂȘme pas ouvrir la bouche. Pendant ses moments jâavais envie de maudire Dieu, câĂ©tait viscĂ©ral, je dĂ©teste cette dĂ©votion, avec ses voix traĂźnantes et vides. Je trouve ça vraiment malsain. Je prĂ©fĂšre la main levĂ©e et la tĂȘte baissĂ©es de cette vieille sorciĂšre.
Qui ne lâĂ©tait pas tant. Au moment oĂč le service sâest terminĂ©, elle sâest retournĂ©e vers moi.
âQuâest ce que vous faites ici ? - Je suis venu Ă©couter, tout simplement. - Oh, dâaccord !â
Son visage sâest illuminĂ© et elle mâa demandĂ© dâoĂč je venais, elle avait flairĂ© mon accent.
âOh vous les français vous avez ce truc, Ă chaque fois vous ĂȘtes si rĂ©ceptifs. Jâadore les français. Merci, merci dâĂȘtre venu. - CâĂ©tait vraiment beau. - Vous devriez venir le matin, il y a les enfants de choeurs, câest sublime. Câest trĂšs court mais ça vaut vraiment le coup.â
Je lâai remerciĂ©e, et elle a continuĂ© Ă me dire que câĂ©tait gĂ©nial que je sois lĂ , et que je serais guidĂ© Ă nouveau ici. Peut ĂȘtre, la prochaine fois que jâirais en Irlande.
Cette personne est passĂ©e de lâattitude la plus agressive qui soit Ă la plus sympathique en cinq seconde. Elle ne mâaurais jamais adressĂ© la parole, elle me serait restĂ© comme une vieille folle qui dessine des vierges aux yeux crevĂ©s. Mais peut ĂȘtre Ă©tait-ce une ruse pour me cuisiner, dans une immense marmite pleine de sang en Ă©bullition.
La nuit est tombĂ©e, et je me suis dis quâil Ă©tait temps de me diriger vers le centre social. Au passage, je regarde si je nâai pas reçu de messages. Non.
Donc me voilĂ entrain de rentrer, un peu penaud, dans ce bĂątiment en me demandant bien ce qui mây attend.
Quand je franchit la porte, je me dirige dans une grande salle oĂč une demi-douzaine de personnes discutent, chacun un peu de son cĂŽtĂ©.
Sur ma gauche, il y a une sorte de piĂšce ouverte par un comptoir, avec en toile de fond une gigantesque plonge remplie de vaisselle. Sur ce comptoir il y a de gros plateaux de cantines en inox avec ce qui semble ĂȘtre un hachi-parmentier.
Je reste plantĂ© lĂ un peu pour savoir Ă qui je vais parler, et je dĂ©cide de mâadresser Ă la personne dans la cuisine, qui me semble ĂȘtre la plus disposĂ©es Ă mâaccueillir. Je lui explique ma situation et il me fait faire le tour du propriĂ©taire.
Dans lâarriĂšre court, il y a un atelier de rĂ©paration de vĂ©lo, beaucoup sâaffairent Ă changer des piĂšces, les mains pleines de cambouis. Tout le monde peut venir ici gratuitement pour trouver des piĂšces, utiliser les outils et demander des conseils pour rĂ©parer son vĂ©lo.
On fait demi-tour et il me dit que je peux utiliser internet et deux ordinateurs comme bon me semble. Il me montre un endroit avec du thĂ© et du cafĂ©, et il me dit quâil y a une bouilloire, lĂ bas, dont je peux me servir totalement gratuitement.
On monte Ă lâĂ©tage, oĂč il me montre leur librairie et leur archives de zines, qui sont des sortes de revues auto-Ă©ditĂ©es, souvent politiques. Il y aussi un âfree-shopâ, tu prends ce que tu veux et tu laisses ce que tu veux. La seule chose qui mâest demandĂ©, au travers de divers affichages, câest de tout laisser en Ă©tat.
En redescendant il mâa montrĂ© une salle de projection, oĂč ils passent des films de temps Ă autres, ou sâen servent pour faire des rĂ©unions.
Puis il est retournĂ© en cuisine. JâĂ©tais au mĂȘme endroit quâau dĂ©but. Je me suis fait un cafĂ©, et sur ça, Adam est arrivĂ©. Lui aussi, est venu se faire un cafĂ©, il mâa demandĂ© si lâeau Ă©tait bouillante, et il mâa dit âMoi, câest Adam au faitâ. Câest bizarre comme cette phrase toute simple donne envie dâengager la conversation. Comme un mur qui sâabat doucement. Sâil ne lâavait pas dite, je ne sais pas si jâaurais tout de suite discutĂ© avec lui.
On a parlĂ© longtemps. Je lui ai longuement parlĂ© de ce que je faisais en France comme travail, et toutes les raisons qui mâont menĂ©es Ă faire mon mĂ©tier. Il a eu le droit Ă lâhistorique qui commence par des voyages hasardeux, et qui finissent par la crĂ©ation dâune association de revalorisation des savoirs faire. Lui il est Ă©tudiant en gĂ©nĂ©tique, il aime ça, mais il ne sait pas vraiment ce quâil veut faire. Il veut voyager, et ce dont je parle rĂ©sonne dans sa propre vision du monde.
Je lui parle de cet endroit en Angleterre, oĂč jâai atterrit il y a quelques annĂ©es, une immense permaculture, qui tient un site internet ultra documentĂ© sur lâutilisation des plantes. Il me dit quâil va y aller, il cherchait un prĂ©texte pour partir sur les routes pendant ses vacances. Je venais de lui en donner un en or.
Avant quâil ne parte, je lui ai apprit Ă faire un attrape rĂȘve, il a adorĂ© lâhistoire que je raconte aux enfants dâhabitude, et il sâest rendu compte que câĂ©tait facile, finalement, de tisser une toile dâaraignĂ©e. Je lui ai fait promettre quâen Ă©change de se secret ancestral, il devait Ă son tour enseigner la technique des attrape-rĂȘves Ă au moins une personne. Il mâa dit quâil allait lâapprendre Ă bien plus de personnes que ça !
Puis il est parti pour de bon. Jâallais mâen aller aussi, mais au dernier moment je me suis dit que je devais faire un truc, jâai oubliĂ© quoi. Mais ça mâa retenu 5 minutes de plus, ce qui mâa amenĂ© Ă discuter avec un malaisien qui faisait ses Ă©tudes pour apprendre la cuisine française Ă Dublin.
La cuisine française à Dublin.
Puis le fameux hĂąchi-parmentier que jâavais vu plus tĂŽt mâa donnĂ© envie. Sâen Ă©tait bien un, mais vĂ©gĂ©tarien. CâĂ©tait absolument dĂ©licieux.
Chapitre 5 / La route dâHannah
Nous avons donc commencĂ© Ă discuter. Elle Ă©tudie la sociologie et la philosophie. Je lui ai racontĂ© mon expĂ©rience de la philosophie Ă lâuniversitĂ©, qui a durĂ©e tout au plus une semaine, avant de quitter dĂ©finitivement les bancs de la fac.
Elle se marre, parce que les raisons qui mâont fait partir de la Sorbonne sont les mĂȘmes que celles qui aujourdâhui lui font attendre avec impatience la fin de sa licence. Je ne sais pas comment elle Ă fait pour tenir aussi longtemps.
Plus tard, elle aimerait voyager partout en van, faire le tour du monde. Pour elle, tout est Ă voir, elle veut voir le monde entier. Je crois me souvenir quâelle avait parlĂ© de lâInde comme Ă©tant un des endroits quâelles voudraient voir le plus.
Elle se dĂ©finit comme fĂ©ministe, et je crois que câest une des choses qui lui tient le plus Ă coeur. Elle aussi je lui ai apprit Ă faire un attrape-rĂȘve. A la base câest parce que jâen ai pas fait dâavance pour pouvoir les offrir, mais comme la personne est lĂ , pourquoi ne pas lui donner la possibilitĂ© de pouvoir le faire autant quâelle le veut.
Jâaime parler avec elle, parce quâelle sourit tout le temps, et chaque fois quâelle parle de quelque chose ses yeux scintillent.
Puis Max et ZoĂ© sont arrivĂ©s, deux français totalement bilingues. Leur maman est française et leur papa est amĂ©ricain, ils ont passĂ© un bout de leur vie pas trĂšs loin dâoĂč jâhabite, en Ile de France.
Ils se sont expatriĂ©s en Irlande, et depuis ils participent Ă la vie locale avec cet endroit, dont ils sont de grands contributeurs et coordinateurs. Dans cet endroit sans vraies rĂšgles, jâai dĂ©cidĂ© dâen imposer une seule et unique, ZoĂ©, qui joue du violon, doit mâen jouer avant que je mâen aille.
Elle mâindique sur une carte lâendroit oĂč se trouve un pub qui fait jouer de la musique traditionnelle tous les soirs, lui ayant dit Ă quel point jâaimais ça. Je ne suis pas sĂ»r que jâaurais le temps.
On a parlĂ© un peu français, ça mâa un peu soulagĂ©, mais nous avons arrĂȘtĂ© trĂšs vite parce que personne ne comprenait. Jâai fait un peu la vaisselle avec Hannah et elle mâa dit quâelle voulait bien mâhĂ©berger chez elle ce soir.
JâĂ©tais aux anges.
On est finalement partit, et jâai dit aux autres que je reviendrais.
Une fois chez elle, je lui ai fait Ă©couter du Georges Brassens. Ma mission civilisatrice Ă©tait faite, et je mâen suis aller vers un autre foyer afin de continuer l'Ă©vangĂ©lisation de cette terre impie.
Bien sĂ»r que non, je suis restĂ©, et nous avons parlĂ© longtemps, de notre vision de la relation quâon a aux autres. Elle mâa racontĂ© que ses derniers temps, elle avait changĂ© beaucoup de choses dans sa vie, et quâelle se retrouvait un peu seule. Elle avait un groupe âdâamisâ dont elle a dĂ©cidĂ© de sâĂ©loigner parce que ses personnes Ă©taient de fervents hypocrites, qui se voyaient pour faire la fĂȘte, mais passaient leur temps Ă mĂ©dire des autres quand ils nâĂ©taient plus lĂ . Elle ne pouvait rien partager avec eux, encore moins sa vision du monde, ce qui la rĂ©volte et la passionne.
Elle est partie se coucher, en me disant quâon irait demain matin faire les courses, pour quâon puisse manger correctement. Je suis restĂ© un peu Ă©veillĂ© pour Ă©crire. Puis jâai sourit en imaginant ou jâĂ©tais, et la vĂ©ritable gĂ©nĂ©rositĂ© dont faisait preuve Hannah en mâhĂ©bergeant. Je suis chez une inconnue, qui mâoffre son toit et la chaleur de son foyer, et quand je suis dans cette situation, je suis toujours Ă©merveillĂ© par cet acte dâhumanitĂ© simple et magnifique. Le monde nâest pas si sombre quâil en Ă lâair, il faut parfois simplement regarder au bon endroit pour se rendre compte de sa beautĂ©, et de la beautĂ© de lâĂȘtre humain.
Je me suis rĂ©veillĂ© tard, jâavais besoins de rĂ©cupĂ©rer un peu dâĂ©nergie. Elle aussi, visiblement. Nous sommes allĂ© faire les courses, jâai achetĂ© de quoi faire des crĂȘpes, et du sirop dâĂ©rable bon marchĂ©.
Jâai fait la cuisine, et elle mâa indiquĂ© une ballade que je pourrais faire, dans les endroits qui lâont marquĂ©es elle. Dont un endroit, une colline depuis laquelle on voit Dublin, oĂč dans sa jeunesse elle Ă passĂ©e quelques soirĂ©es arrosĂ©es.
Nous sommes partis en direction de son universitĂ©, nous nous sommes donnĂ©s rendez-vous Ă Soemra Spraoi, et jâai rejoins la station de train la plus proche, pour commencer mon pĂ©riple, celui quâelle mâavait concoctĂ© plus tĂŽt.
Jâai prit le train en direction de Bray. Je me suis arrĂȘtĂ© Ă une station pour continuer Ă pied, le long de la jetĂ©e de Dun Laoghaire (prononcer Done Leery), jusquâĂ une ville appellĂ©e Sandy Cove. Il fait beau, la jetĂ©e est mignonne. Depuis que je suis arrivĂ©, jâai beaucoup de chance de nâavoir eu que quelques averses passagĂšres et beaucoup de soleil.
Jâai continuĂ© mon chemin, en direction de la station de Sandy Cove, mais je me suis perdu. Quand jâai demandĂ© de lâaide Ă une passante, elle mâa dit que jâĂ©tais Ă mi-chemin entre deux gares, et que si je rejoignait la suivante, il y avait des magnifiques paysages Ă voir. Donc je nâai pas fait demi tour et jâai suivi son conseil.
Jâai dĂ» tourner au mauvais endroit, parce quâil nây a pas eu grand chose Ă voir pendant longtemps. Toute la cĂŽtĂ© mâĂ©tait inaccessible par diffĂ©rents bĂątiments, dont une Ă©cole, visiblement religieuse et rĂ©servĂ©e au filles. CâĂ©tait la sortie des cours.
Je cherche un accĂšs Ă la mer, jâessaie de prendre sur ma gauche Ă chaque fois que je peux, mais je tombe dans des impasses. Au bout dâun moment jâai traversĂ© une zone pavillonnaire dont le chemin mâa paru prometteur, mais toute une partie du littorale avait Ă©tĂ© privatisĂ©, ce qui mâempĂȘchait de progresser dans le bon sens. Il y avait de grandes barriĂšres en fer, Ă©rigĂ©es de piques, et derriĂšre, câĂ©tait le jardins de quelquâun. Le bord de mer.
Mais une fois sorti de cet endroit bizarre, jâarrive finalement au niveau dâune petite prairie au bord de lâeau, protĂ©gĂ©e par quelques rochers qui la tenait en hauteur. Je reste lĂ un instant, Ă profiter de ce petit moment privilĂ©giĂ©.
En avançant je me rend compte que ça grimpe de plus en plus, et ce que je vois est de plus en plus Ă©blouissant. Sur le chemin, il y a des maisons partout en contrebas. Je suis Ă Vico Lane, et ici il nây a que des personnes trĂšs riches qui peuvent se permettre dây habiter.
Je grimpe, tout est magnifique, je demande plusieurs fois ma route pour ĂȘtre sĂ»r de trouver Killeney Hill, la fameuse colline quâHannah mâa recommandĂ©e de voir. Au dĂ©tour de la route, il y a une petite entrĂ©e avec des escaliers, jây suis.
La montĂ©e est assez abrupte, mais je ne sais pas encore que je ferais pire dans la suite de mon voyage. Chaque cĂŽtĂ© de lâescalier de pierre est entourĂ© de forĂȘt. Je me sens un peu comme Ă la maison.
Jâavance doucement vers le sommet, le chemin alterne avec des zones boisĂ©es, des murs de pierres irrĂ©guliers et le bord de la falaise.
Au moment ou j'atteins le sommet, le soleil joue avec les nuages, mais la clartĂ© domine. Dâun cĂŽtĂ© on voit tout Dublin, comme promis, de lâautre, on voit les montagnes et les falaises au loin, et le train qui passe par les rails longeant la mer. La ligne de train la plus classe du monde.
Je reste jusquâĂ ce que le soleil commence Ă se coucher.
Et câest lĂ que jâai rencontrĂ© Patrick, jâai demandĂ© la route pour la gare Ă ce gars, avec un parka bleu et un bonnet vissĂ© sur la tĂȘte. Il descendait en mĂȘme temps que moi, alors on a commencĂ© Ă discuter. Il mâa racontĂ© un peu sa vie.
CâĂ©tait un ouvrier dans le bĂątiment pendant des annĂ©es, mais maintenant il a perdu son emploi. Il a beaucoup voyagĂ©, parce que sa femme, avec qui il est aujourdâhui divorcĂ©, Ă©tait capitaine de bateau.
Il dit âfuckingâ tout le temps, et ça sonne vraiment bien avec son accent irlandais.
Il me raconte quâil est beaucoup allĂ© Ă Paris, pour y avoir eu une petite amie il y a longtemps. Il mâa dit âBonjourâ, dernier vestige du language perdu de son amour français.
Il me dit que tout est beau, Ă chaque fois quâil le constate, il aime profondĂ©ment cette colline, et jâaime son enthousiasme.
Je lui raconte ma journĂ©e, et quand je lui parle de Done Leery, il me dit que câest de la merde, parce quâil y a trop de monde. Patrick aime le grand air, les grands espaces, et la nature. Il a ses habitudes, il va souvent Ă la montagne de Bray, et il marche jusquâĂ la prochaine ville. Je lui dit que câest lĂ oĂč jâaurais du finir mon itinĂ©raire du jour, mais il me dit que câest trop tard ce soir pour arriver avant la nuit.
Mais, il me dit dâaller Ă Bray quand mĂȘme, parce quâil y a le meilleur Fish and Chips quâil ait jamais mangĂ©.
On est perdu. Il me dit quâil ne connaĂźt pas le chemin de ce cĂŽtĂ©, et que depuis toujours, il fait le tour en passant par lâobĂ©lisque quâon aperçoit au loin.
âJâai demandĂ© mon chemin, et voila ce qui arrive, jâaurais du suivre mon instinct.â
On redemande quand mĂȘme pour ne pas rebrousser chemin, Ă un monsieur qui passait par lĂ . Et nous voila enfin face aux marches qui nous feront redescendre de cette putain de falaise.
Alors, nous retrouvons Vico Lane, et les maisons sont de plus en plus immenses. Il me dit que Bono de U2 habite par lĂ , et que toutes les personnes ici sont multi-millionaires.
Il y a une voiture de sport luxueuse qui passe, une femme au volant. Il me demande si jâai vu, parce quâelle Ă©tait vraiment magnifique. Je lui ai demandĂ© la voiture ou la conductrice, et il mâa dit âLes deux bien sĂ»re !â
Je lui ai demandé comment étaient les femmes en Irlande :
âPareille que partout, elles coĂ»tent beaucoup dâargentâ, ça mâa fait beaucoup rire.
Il me dit quâau coin de la presquâĂźle de Howth, quâon aperçoit dâici, il y a ce phare, dont jâai dĂ©jĂ parlĂ©, un des plus vieux dâEurope.
Pour atteindre la gare nous passons par la plage. On passe quelque temps lĂ , Ă regarder et discuter, puis nous atteignons la gare. Ce fou mâa raccompagnĂ© jusquâĂ la gare, alors je le remercie pour son aide et sa compagnie, et nous nous disons au revoir sur le quai.
Je suis un peu triste parce quâil mâa dit quâil Ă©tait trĂšs seul, au dĂ©tour dâune conversation sur le prix des dĂ©bits dans les pubs de Dublin. Il mâa dit que câĂ©tait moins cher dâacheter au supermarchĂ©, et quâil buvait et fumait seul devant sa tĂ©lĂ© tous les soirs.
Le train sâen va et je vois une derniĂšre fois Patrick au loin.
Jâarrive finalement Ă Bray, oĂč je retrouve le fameux restaurant dont il mâa parlĂ©, et jâai commandĂ© exactement son plat prĂ©fĂ©rĂ©. Du poisson fumĂ© frĂźt et dâĂ©normes frites servit avec du sel et du vinaigre.
Je mange sur le quai, câest bon, et ça remplie bien lâestomac, trop mĂȘme. Le train arrive, tout est sombre, on ne discerne plus Ă la fenĂȘtre que les lumiĂšres de la ville.
Et me voilĂ Ă Dublin.
Jâai perdu mon ticket.
A chaque portique, il y a un type dans une cabine qui surveille pour quâil nây ai pas de fraude. Il nây a personne pour me couvrir, alors j'attends le prochain train, en espĂ©rant mâoffrir une voix royale grĂące Ă la foule.
Le train arrive, 3 personnes descendent.
Bon, tant pis pour la discrĂ©tion, au moins jâaurais la porte ouverte en passant derriĂšres elles. Une femme passe, et je ne suis pas assez rapide, le portique se referme sous mon nez. Jâai lâair con. Le mec dans sa cabine me regarde, menton baissĂ©. Je saute, et je cours.
Hannah me dira que jâai bien fait, parce que ses mecs ne rigolent pas.
Chapitre 6 / Sur la route
Leur problĂšme câest que le centre social loue lâendroit actuellement, et que ça ne leur va pas pour deux raisons. PremiĂšrement câest trĂšs cher, et deuxiĂšmement, ils veulent pouvoir ĂȘtre indĂ©pendant des pressions financiĂšres. Alors leur plan câest dâouvrir un squat dans quelques mois, et de dĂ©mĂ©nager, peut ĂȘtre Ă plusieurs endroit, et continuer leurs actions. Ils doivent aussi trouver un lieu pour stocker leur meuble, et trouver des colocataires pour les aider Ă payer le loyer.
Pour ma part, un squat, je pense que ça va marginaliser leurs actions.  Je leur demande sâils ont pensĂ© Ă se mettre en commun pour acheter un terrain et construire une maison, se brancher aux Ă©nergies alternatives, cultiver leur propre bouffe grĂące Ă la permaculture et ne plus dĂ©pendre de rien, ou de plus grand chose. Mais pour eux, leur combat est ici, dans la ville.
Je pense que les villes sont foutues, mais sâils y croient, pourquoi pas. Eux, ils font quelque chose dâutile pour les autres, ils agissent vraiment. Ce ne sont pas simplement de beaux parleurs. MĂȘme si nous ne sommes pas dâaccord, ils ont la noblesse de se battre pour ce en quoi ils croient, jusquâau bout.
Bien sĂ»r, pendant la rĂ©union, ça parle vite, alors, je ne comprend pas tout. Dans la salle, il y a ZoĂ© et Max que jâai rencontrĂ© la veille. Je pense que ZoĂ© est leur leader inconscient, câest vers elle que se tendent les oreilles, et elle donne le rythme.
Elle a quelque chose quand elle parle, et elle Ă cette flamme dans le regard, ces Ă©tincelles. Les regards font tout. Elle est vraiment belle, dans le sens le plus noble, dans ce quâelle dĂ©gage comme Ă©nergie positive.
A la fin de la rĂ©union, je me rends compte que lâheure Ă laquelle devait mâattendre Hannah est largement passĂ©e. Je vais jeter un coup dâoeil dans les autres piĂšces. Elle est lĂ , elle discute. Elle me dit de ne pas mâinquiĂ©ter en entendant mes excuses, elle nâa pas eu le temps de sâennuyer. La personne avec qui elle parlait sâen va, et nous aussi. Je passe dire au revoir aux autres, et, au cas ou je ne les revoit pas, je voulais leur souhaiter de rĂ©ussir leur projet de squat, parce que ce quâils font me touche, et quâils font du bien autour dâeux. Je dis aussi des bĂȘtises qui font rire ZoĂ©. Je suis heureux dâavoir entendu son rire une derniĂšre fois.
Je nâaurais pas eu droit au violon finalement. Je reviendrais.
Jâai demandĂ© Ă Hannah les 3 valeurs qui pour elle comptent le plus, pendant que je faisais la cuisine.
Elle mâa rĂ©pondu que câĂ©tait :
Tout remettre en question
Lâabsence dâoppression
Et ? Et je me souviens plus de la troisiĂšme !
Elle mâa racontĂ© quâĂ la fin du lycĂ©e, quand la cloche a sonnĂ©e, elle sâest levĂ©e et a dĂ©chirĂ© son cahier de maths, devant toute la classe, en disant que les maths et la prof pouvait bien aller se faire foutre. Elle a Ă©tĂ© renvoyĂ©e symboliquement.
Elle mâa aussi expliquĂ© comment je devais mây prendre pour faire du stop afin dâatteindre le Wicklow Mountains National Park.
Nous avons parlĂ© encore un peu, et elle est allĂ©e se coucher. Ăa fait des jours quâelle traĂźne un devoir, âan essaiâ, Ă rendre en philosophie en Ă©tudiant un auteur qui associe la religion et la raison, et elle doit analyser sa pensĂ©e. Câest une athĂ©e convaincue et ça la barbe, mais câest trĂšs important, elle doit bosser tous les jours. Câest pour Lundi.
Le lendemain matin, je suis parti Ă 8h30. Elle dormait encore. Jâai frappĂ© Ă sa porte pour la prĂ©venir et je me suis dirigĂ© vers le centre ville. Jâai prit un bus en direction de Bray, comme elle me lâavait dit.
Mais je passe un arrĂȘt appelĂ© Bray je ne sais quoi, old road. Alors je dĂ©cide de descendre au suivant. Le chauffeur, qui parle vite, pas fort et avec un putain dâaccent, baragouine un truc qui finit par âpour votre propre sĂ©curitĂ©â.
Jâai plissĂ© les yeux, et comme je nâai pas rĂ©ussi Ă comprendre sa phrase mĂȘme en essayant de me concentrer trĂšs fort, je suis descendu quand mĂȘme. Il a fait une tĂȘte dĂ©sabusĂ©e en lĂąchant un truc du genre âbon comme vous voulezâ.
Bon, il avait peut ĂȘtre pas tout Ă fait tort le bougre. Je suis au bord dâune voix rapide, dans une zone industrielle. Je me suis gourĂ© quelque part.
Jâentre dans une boutique qui vend des poignĂ©es de porte et des serrures. Je leur explique ce que je veux faire, et dĂ©jĂ ils trouvent ça bizarre, mais ils mâaident quand mĂȘme. Ils mâindiquent un endroit sur internet, Kilmacanoge, pour espĂ©rer que quelquâun sâarrĂȘte. Ici, les gens ne sâarrĂȘtent pas. Il faut attendre le bus.
Je les remercie et je fais du stop devant lâarrĂȘt de bus. Jâattends peut ĂȘtre deux minutes et Joe sâarrĂȘte.
Il a son business Ă Bray, il fait de lâĂ©lagage et du jardinage. Il me dit quâil a beaucoup de boulots en ce moment parce que des officiels vont visiter la ville. Il va mĂȘme mettre du faux gazon un peu partout pour faire classe.
Il me demande ce que je fais, animateur nature, et du coup il me parle de son frĂšre. Il vit dans la campagne irlandaise, il est fermier, et il est fou de nature. Il part chasser en forĂȘt, il pratique les anciens rites des dieux celtes, et il fait des cĂąlins aux arbres. Avec un groupe de paĂŻens, il se rĂ©unit aux solstices et ils font de grandes fĂȘtes en lâhonneur de leurs dieux et de la nature.
Il mâa peint un sacrĂ© tableau de son frangin. Nous parlons de choses et dâautres. Joe est dâaccord pour dire que notre gĂ©nĂ©ration perd Ă©normĂ©ment Ă ne plus se voir enseigner de vrais savoirs faire, et nous avons Ă peine le temps de dĂ©velopper que le voyage sâarrĂȘte, il doit me dĂ©poser ici.
Je suis Ă lâendroit oĂč jâaurais dĂ» arriver en bus. Câest un endroit vraiment pourrie pour faire du stop. Joe, tâes un mec bien mais tâes aussi un enfoirĂ©.
Il y a genre milles directions autour dâun rond point, et la seule route dans ma direction est une voix d'accĂ©lĂ©ration pour accĂ©der Ă l'autoroute. Bien sĂ»r, personne ne sâarrĂȘte ici. MĂȘme pas la peine dâenvisager de me mettre plus loin, ce serais encore pire.
Toutes les personne dans leurs voitures me font un signe diffĂ©rent, en pointant dans des directions improbables. Jâai eu le droit vers la gauche, vers le droite, vers le haut, vers le bas, devant et derriĂšre, et je ne comprend toujours par ce quâils voulaient dire. Parce quâen fait ils font tous la mĂȘme chose, peu importe leur signe, ils ne sâarrĂȘtent pas.
Je me casse, et je demande Ă la station essence en bas de la route si on peut mâaider.
Tout le monde me raconte des trucs différents.
Décidément cet endroit est vraiment bizarre.
Au bout de la dixiĂšme personne Ă qui je demande, je prend le truc qui me parait le plus intelligent : traverser la voix rapide par un pont et rejoindre des petites routes.
Malheureusement, ça mâa bien lâair dâĂȘtre une belle connerie. Rien dans ma direction non plus.
Je veux au seul endroit qui a le mĂ©rite de ne pas aller Ă lâopposĂ©. La route est dĂ©serte, câest une montĂ©e, entourĂ©e de forĂȘts et de murs de pierres, et de ce que jâen vois, elle nâa pas lâair dâavoir de fin.
Quelques voitures passent, et au bout dâun petit quart dâheure, la voiture dâAlan sâarrĂȘte. Il est ingĂ©nieur dans une grosse sociĂ©tĂ© d'Ă©lectricitĂ© et il rend visite Ă ses parents. Jâai de la chance, son pĂšre est un habituĂ© de lâendroit oĂč je veux me rendre, et il y a une entrĂ©e tout prĂȘt. Moi, je pensais quâil me restait facile une heure, une heure trente de route Ă manger avant dâarriver Ă bon port.
En avançant avec la voiture, je me rend compte Ă quel point il mâa sauvĂ© la vie. On ne croise personne, tout est en montĂ©e, le village le plus proche est Ă plusieurs dizaines de kilomĂštres et câest un vĂ©ritable labyrinthe.
Dâailleurs, mĂȘme lui sây perds. Il appel son pĂšre, ça parle dâune cascade. Ăa me plaĂźt.
âOk, je vais te dĂ©poser aux portes de la Wicklow Way, un peu avant la cascade Powerscourt, et ça te mĂšnera aux parc national.â
SitĂŽt dit, sitĂŽt fait, en deux minutes Alan me laisse Ă lâentrĂ©e dâune grande forĂȘt de conifĂšres qui sâouvre sur un chemin pentu et sinueux.
A SUIVRE
Chapitre 7 / Un monde merveilleux
Il y a un ruisseau qui suit le chemin. Il y a des ruisseaux partout en fait, je le comprendrais plus tard.
Jâavance, et aprĂšs avoir dĂ©passĂ© des murs de pierres moussues au pied des arbres, jâarrive au premier endroit un peu dĂ©gagĂ© qui dĂ©voila la vallĂ©e quâune montagne solitaire domine, au loin.
Il sâest passĂ© quelque chose ici que je nâaime pas. Beaucoup dâarbres sont coupĂ©s et je rencontre parfois des rangĂ©es dâarbres plantĂ©s.
En fait je ne suis pas encore dans le parc national, mais seulement dans une forĂȘt limitrophe, câest pour ça quâils ont pu toucher Ă cet endroit, et faire un peu ce quâils veulent.
Je poursuis ma route, une ascension relativement douce, en suivant un chemin en zig-zag qui me détournent sans cesse de son point d'arrivée que je vois au loin.
Je ne sais pas oĂč je suis, ni oĂč je vais. Je suis simplement les quelques flĂšches jaunes qu'Ă©grainent sur ma route quelques poteaux de bois.
Je monte une bonne pente, et en arrivant au sommet, je vois depuis mon promontoire une vallĂ©e entourĂ©es de falaises, d'oĂč coule une cascade. J'en ai des frissons tellement c'est beau. Je m'arrĂȘte un instant, pour simplement regarder cette merveille inattendue. Il y a des surprises Ă chaque recoin, Ă chaque sommet, la nature m'offre un nouveau cadeau dans un Ă©crin vert. Le long d'un chemin, sur les pierres qui jalonnent la route, le long d'un cours d'eau, sur les hauteurs d'une colline ou d'un pic, dans le vent et dans le ciel. Il y a des trĂ©sors partout, et Ă chaque vois que j'inspire, j'ai l'impression de prendre un peu de ses merveilles en moi.
Ătant donnĂ© que je pensais croiser d'autres villes dans mon pĂ©riple en auto-stop, et que je suis un abrutis, je n'ai ni eau, ni nourriture.
J'ai croisé roches desquelles coulaient des petites gouttes d'eau, qui tombaient en abondance, et je me suis dit qu'au pire, je pourrais me désaltérer dans se genre d'endroit.
Plus haut, aprĂšs avoir parcouru un chemin ou de gros rochers plats avait fait place Ă la terre, j'ai atteint un mur de pierres qui dĂ©valait jusqu'Ă une petite riviĂšres. Tout autour de moi, il y a de petites montagnes couvertes d'herbe grasse. Ce sont des pĂąturages, m'indique un panneau qui me demande de ne pas embĂȘter les moutons. J'aime les moutons. Ils ne sont pas lĂ . J'aurais aimĂ© qu'ils soient lĂ . Mais nous sommes sĂ»rement encore un peu tĂŽt dans l'annĂ©e.
Je dévale jusqu'au pont qui traverse la riviÚre, et je m'éclate la gueule comme une merde.
Sain et sauf, je finis de descendre plus gentiment, et en arrivant au pont, je m'assoie pour profiter de cette vue ahurissante, et pour me remettre de mes Ă©motions. Je pourrais ĂȘtre berger, et finir mes jours ici. Tout simplement.
L'ascension recommence, et une des petites montagne me fait de lâĆil depuis le dĂ©but. Alors je me dis, au fond de moi : toi, je t'aurais, mĂȘme si tu n'es pas sur le chemin des petites flĂšches jaunes.
Pour le moment, il me guide jusqu'Ă elle, Ă travers d'autres murs de pierres qui doivent servir aux bergers. Il y a de magnifiques Ă©tendues touffues en dĂ©gradĂ© de vert, et c'est beau, je n'ai que ses mots en tĂȘte, partout oĂč se posent mes yeux.
Plus loin, je me retrouve à une croisée de chemin, d'un cÎté, la Wiclow Way qui continue, et de l'autre, ma montagne.
Je grimpe.
Je m'arrĂȘte souvent, quelques secondes. Je reprends mon souffle, et j'admire autour de moi l'immensitĂ© de cette Ăźle minuscule qu'est l'Irlande.
J'arrive enfin en haut, le vent est fort, froid, l'eau est gelée ici. Je me saisis d'une stalactite et je mets quelques glaçons dans ma bouche, je bois enfin un peu, et ça fait du bien.
La vu en valait la peine. Je vois à 360°. Je vois la mer et d'énormes ferry passer nonchalamment, je vois la campagne irlandaise et ses pùtures irréguliÚres, de lacs bleutés de toutes les formes au-loin, de minuscules maisons, et d'autres montagnes, partout.
Je me suis assis et j'ai laissé les frissons m'envahir. Le vent, violent mais chantant, me poussait vers la sortie et vers d'autres découvertes. Alors j'ai fini par l'écouter.
Je redescends de l'autre cĂŽtĂ©. Le chemin est irrĂ©gulier, il passe de pentes douces aux pentes abruptes, aux crevasses. Je me dis que faire du vĂ©lo ici doit ĂȘtre absolument gĂ©nial.
J'arrive finalement Ă un nouveau croisement, oĂč sont disposĂ©es d'Ă©normes poutres en bois, deux par deux. Elles sont parsemĂ©es de clous incurvĂ©s et d'une sorte de grillage. SĂ»rement pour que les gens ne glissent pas quand il a plu, j'imagine.
C'est ma Wicklow Way. Elle a bien changé. Elle remonte doucement vers un col.
C'est sans doute le plus bel endroit que j'ai vu de ma vie. Je me suis mis Ă courir pour canaliser mon plaisir au moment oĂč j'ai dĂ©passĂ© une petite pente, qui m'a laissĂ© voir une prairie colorĂ©e Ă perte de vue, scindĂ©e en deux par ce chemin de bois. Chemin qui, j'en ai l'impression, ne s'arrĂȘte jamais.
J'ai croisé deux cyclistes, et mon impression de tout à l'heure s'en est trouvée renforcée. Ils vont bien s'amuser ses enfoirés. Il faut que je fasse ça un jour.
Progressivement, le chemin a commencé à descendre.
Tout Ă©tait incroyable. Je ne savais pas oĂč regarder. Je n'arrĂȘtais pas de faire des tours sur moi-mĂȘme pour tout voir tout le temps.
La descente a commencée à devenir plus irréguliÚres, et les poutres se sont transformées en escalier. En contrebas, il y un lac absolument magnifique avec une petite plage, juste en dessous d'un petit mont pierreux et moussu. La lumiÚre est incroyable, de gros nuages cachent le soleil, mes quelques rayons percent et donnent au tableau une atmosphÚre sacrée.
Je continue Ă avancer, et le chemin me mĂšne Ă la sortie du parc. J'arrive sur une petite route, au milieu de nulle part.
Je commence Ă faire du stop, et je ne sais mĂȘme pas dans quelle direction je vais.
J'ai dĂ» marcher au moins deux heures, c'est dĂ©sert. Quelques voitures passent, mais ne s'arrĂȘtent pas. Pour augmenter mes chances, je change de cĂŽtĂ© pour faire du stop dans les deux directions. MĂȘme si j'ai marchĂ© longtemps, et que c'Ă©tait sans doute le pire endroit pour ĂȘtre pris en auto-stop, ça reste le plus bel endroit oĂč j'en ai fait de ma vie. De chaque cĂŽtĂ©, il y a des Ă©tendues de sauvages comme si j'Ă©tais toujours dans le parc.
Au bout d'un moment, il y a cette voiture rouge qui me dĂ©passe sans ralentir. Je commence Ă fatiguer, et je me demande si je vais ĂȘtre pris avant d'arriver dans une ville.
Mais elle finie par s'arrĂȘter Ă 50 mĂštres. Je cours comme un dingue en espĂ©rant que ça ne soit pas une putain de blague.
Merci Peter, ça n'en était pas une.
AussitÎt rentré dans la voiture, je suis télé-porté de ce merveilleux pays qu'est la Pologne. Ils sont trois à m'accueillir. Le conducteur à des yeux bleus clairs et le regard dur. A ses cÎtés il y a le meilleur ami de Peter, qui est arrivé il y a quelques mois. Peter est le seul à vraiment parler anglais.
Je suis traité comme un Roi. On m'offre un whisky et des cigarettes à volonté, tout en voyant défiler le paysage qui avançait si lentement auparavant. Il y a cinq minutes j'étais perdu sur la route la moins empruntée du monde, et là , je suis refait en buvant un petit verre de sky.
Ils sont tous les trois sans emplois, et ils ont décidé de prendre la voiture pour changer d'air, en passant l'aprÚs-midi sur les routes irlandaises.
"Les gars, il faut qu'on prenne ce type". C'est ce qu'Ă dit Peter Ă ses deux acolytes alors qu'ils passaient sans trop se soucier de mon sort. Et voilĂ qu'un tout nouveau voyage allait alors prendre forme pour tous les quatre, avec cette simple petite phrase.
Peter avait sa propre entreprise, c'était une boßte qui conditionnait des chips irlandaises, mais les temps sont durs et elle a fermée. Il n'a pas retrouvé d'emploi depuis. Cette crise l'a amené à remettre beaucoup de choses en question. Il est devenu plus critique à l'égard de la société, et il a trouvé la foi.
Dans des moments de dépressions trÚs durs pour lui, il s'est mit à lire la bible, sans trop savoir vers quoi se tourner. Je ne lui ai jamais demandé quelles étaient ses 3 valeurs, mais je sais que celle qui lui tient le plus à coeur, c'est la générosité.
Ca fait huit ans qu'il vit en Irlande, aprÚs avoir quelques années en Angleterre. Il me raconte qu'en Pologne, c'est encore plus dur de trouver du travail qu'ici, et quand tu n'en as pas, tu n'as aucune aide de l'état. Ce pays pourtant en crise, est plus vivable que son pays natale.
Je n'ai jamais eu de vrais problĂšmes pour ma part, mais le voyage m'a permis de vivre certaines situations d'inconfort, que, je pense, pas grand monde dans notre petit monde privilĂ©giĂ© n'a connu. Avoir faim, avoir soif, ĂȘtre perdu, ne pas avoir de toit, devoir se dĂ©brouiller avec rien, je pense que ça devrait ĂȘtre des choses que tout le monde doit vivre une fois, pour comprendre ce que peux vivre une personne dont s'est le quotidien, oĂč quelqu'un auquel ça n'arrive pas si rarement qu'Ă nous.
Je ne sais pas si vous ĂȘtes d'accord avec moi, mais Peter, lui, l'Ă©tait. Alors, dans un Ă©lan de gĂ©nĂ©rositĂ© vraiment touchant, il m'a invitĂ© Ă manger une soupe de poulet polonaise chez lui.
Mais d'abord, nous sommes passés au Lidl faire le plein d'une autre chose chÚre à Peter : l'alcool.
Chapitre 8 / ĐĐŸĐ»ŃŃа
AprĂšs avoir refait le stock dâalcool, on retourne Ă la voiture de Peter. Il me tend son paquet de cigarette pour me proposer dâen griller une.
âTu vois, en Pologne, on propose une cigarette comme ça, on tend tout le paquet, comme pour dire, prend tout, si tu veux. Je nâaime pas comment les irlandais font ici, ils prennent juste une cigarette et ils te la tendent. Ce nâest quâun tout petit dĂ©tail, mais, pour moi ça reflĂšte un certain Ă©tat dâesprit. Câest simple, mais Ă la maniĂšre polonaise, je ne sais pas, on sent que tâes prĂȘt Ă en donner dâavantage quâune cigarette.â
Cinq minutes aprĂšs, nous voila arrivĂ© dans leur maison. Ils sont deux Ă lâhabiter seulement, le conducteur, lui nâest pas dans la collocation.
"Fais comme chez toi ! Ici, tu es chez toi, n'oublie jamais."
Je savais pas vraiment oĂč me mettre, c'est toujours un peu comme ça quand on va chez quelqu'un, surtout quand on ne le connaĂźt pas.
"Tiens, on a des spécialités polonaises, saucisse et fromage, prend un peu de pain irlandais, et fait toi un sandwich en attendant, parce que la soupe ça va prendre des plombes."
Alors je me suis fait des sandwhich, et bordel c'Ă©tait vraiment bon. Je me suis rendu compte que je connaissais rien du tout de la Pologne, rien. Peter me dit qu'ils sont souvent mal vu ici, et on parle de l'islamophobie en France. Ăa fait plusieurs fois qu'on m'en parle, en fait, nous sommes vraiment connu pour ĂȘtre un pays avec une montĂ©e de l'islamophobie.
Mais ce qui se passe en Pologne, pays européen, je serais pas foutus de le savoir. Comme l'Irlande, d'ailleurs.
AprÚs avoir bien mangé, on me propose de fumer de l'herbe d'une maniÚre qui m'est totalement inédite. Ils ont des sortes de tubes en verre qui fini de maniÚre plus évasée, dans laquelle un peu de beuh pure est placée, allumée directement au briquet.
"Tu dois tirer dessus plusieurs fois pour ramener la fumée, et ensuite, tu inhales tout d'un coup, comme si tu voulais que ça aille au fond de tes poumons".
Alors, c'est ce que j'ai fait. Mais je ne sentais rien du tout, du coup je pensais que ça ne marchait pas. Donc j'ai fait ça, beaucoup, et fort.
Plus tard, je me souviendrais d'une des soirĂ©es que j'ai faite il y a trĂšs longtemps, encore adolescent, oĂč j'avais fumĂ© un joint d'herbe totalement pure, et j'avais dĂ©jĂ eu cette rĂ©flexion : on ne sent presque rien. Trop tard.
DerriÚre sa cuisine, il a un petit jardin. Vraiment minuscule. Je fais le tour et je regarde les quelques plantes qu'il y a. Je l'appelle et je lui dis "Tu vois, dans ton jardin, avec cette plante tu peux faire de la lessive, avec celle la plus tard dans l'année tu pourras faire de la confiture, et cet arbre là -bas tu peux l'utiliser en cuisine dans les sauces." Ses yeux s'illuminent de joie.
Il appelle son colocataire, il me fait répéter et il traduit en polonais.
Ce mec est un gosse et je suis profondément heureux de partager ce simple moment avec lui.
Ce qu'il m'a dit aprĂšs m'a beaucoup troublĂ©. Pour Peter, me trouver sur cette route, et lui raconter ma petite escapade dans le parc national, parler des plantes, c'Ă©tait pour lui comme une rĂ©vĂ©lation que tout Ă©tait possible. Je me sentais gĂȘnĂ© parce que je ne venais pas vraiment de grimper l'Everest, mais pour lui, cette rencontre lui montrait qu'il pouvait faire des choses qu'il pensait impossible.
C'est vrai que c'était dingue, toute l'humanité de ce moment partagé avec lui. Nos pensées faisaient écho, et à chaque fois que je parlais des choses importantes pour moi, il avait un grand sourire, il levait son poing pour me checker. Il avait réussi à créer une complicité en quelques heures.
Un moment, il me demande un truc que je ne comprends pas tout de suite, je le fais répéter plusieurs fois. "Tu connais Keny Arkana ?"
Je sens que ça va partir loin. Donc je lui raconte, j'ai beaucoup écouté cette artiste, qui fait du rap français, au collÚge et au lycée. Il me dit qu'il est fan inconditionnel. On met tout de suite une de ses chansons.
J'ai trouvé ça tellement drÎle, on a mit pleins de chansons que je connaissais par coeur pour les avoir écoutées en boucle.
Et d'un coup dans ma tĂȘte je me dis :
"J'ai Ă©tĂ© pris en auto-stop sur une route dĂ©serte dans le trou du cul du monde de l'Irlande par des polonais qui me font un plat traditionnel chez eux, oĂč on Ă©coute du rap français subversif."
J'ai commencĂ© Ă sentir ma tĂȘte tourner, et c'est Ă ce moment-lĂ que je me suis souvenu pour la weed. J'ai signĂ© mon arrĂȘt de mort. Ma tĂȘte tourne, tourne et tourne encore, et je me suis enquillĂ© un nombre incalculable de whisky sans faire attention en suivant ses maudits polonais dans leur consommation.
Mais pour l'instant, ce n'est pas trop. On monte voir son meilleur ami faire de la batterie, il dĂ©bute seulement, il apprend. Il fait son timide. Il me dit que je dois en faire d'abord. Alors j'accepte, parce que je sais que je ne vaus rien et que ça risque de le rassurer pour en jouer aprĂšs. J'esssaie donc tant bien que mal de tenir le rythme de la chanson "Clubbing to death", connue pour ĂȘtre dans Matrix.
AprĂšs avoir fait a peu prĂȘt n'importe quoi, c'est son tour. Il se dĂ©brouille mieux.
Une fois la chanson terminée, nous sommes redescendus avec Peter, et il nous a suivi 3 minutes aprÚs.
Lui aussi, Ă un coeur en or. MĂȘme s'il ne connaĂźt que quelques mots d'anglais et que nous avons peu discutĂ©, ça ne l'a pas empĂȘcher de me donner un paquet de cigarette, un paquet de mouchoir et une bouteille d'eau oxygĂ©nĂ©e. Je n'ai pas compris pourquoi il m'a donnĂ© une bouteille d'eau oxygĂ©nĂ©e, je n'ai pas compris les explications qu'il a essayĂ© de donner.
Peter m'a dit "Ce mec vient juste de t'ouvrir son coeur". Il me dit qu'il croit que je suis Ă la rue et il veut m'aider Ă sa maniĂšre.
Putain de polaks, vous ĂȘtes beaucoup trop gĂ©niaux.
Plusieurs fois dans l'enthousiasme de nos conversations, Peter m'a prit dans ses bras et m'a serré trÚs fort, il a une putain de poigne de viking. C'est bien la premiÚre fois que quelqu'un que je viens à peine de rencontrer me fait ça.
Puis ce qui devait arriver arriva. J'ai dĂ» passer une bonne heure la tĂȘte dans les chiottes Ă rendre tout ce que j'avais bu et mangĂ©, y compris le dĂ©licieux sandwich polonais. Et avant d'arriver aux toilettes, j'ai vomi dans l'Ă©vier de la cuisine. J'avais trop honte. Peter est arrivĂ© et ma dire "Qu'est-ce que tu as fait Ă mon Ă©vier" l'air grave, il a tenu le regard, puis il s'est mit Ă rigoler en voyant ma tĂȘte et il m'a prit dans ses bras. "C'est rien mec, je vais arranger ça."
AprĂšs avoir perdu quelques organes dans cette descente Ă©thylique, Peter, qui n'arrĂȘtait pas de me dire "Tu n'as pas le droit de rester lĂ !", ma finalement prit sur son dos pour me dĂ©poser sur le canapĂ© du salon.
"C'est comme ça qu'on traite nos hÎtes ici."
J'ai eu droit à la fameuse soupe qu'ils ont préparé. Divin. C'était tellement bon, tellement réconfortant, le meilleur repas du monde. Je sentais la chaleur de chaque gorgée remplir mon estomac complÚtement déraillé par mes excÚs de la soirée.
En voyage, je pourrais m'en sortir dans a peu prĂȘt dans n'importe quelle situation, mais ce sont des boissons et un peu de fumĂ©e qui m'ont abattu.
Nous avons échangé nos adresses mails. Je dois lui envoyer du thé Mariage FrÚre, dont je lui ai vanté les mérites, la recette de confiture de pissenlit, et tout ce que je sais sur les plantes. Il doit m'envoyer sa recette de soupe de poulet.
J'ai voulu lui apprendre Ă faire un attrape-rĂȘve, mais il Ă©tait trop sec pour essayer. Il m'a juste regardĂ© lui en fabriquĂ© un, puis je lui ai donnĂ©. Il Ă©tait fascinĂ© par mes gestes, il n'en perdait pas une miette.
Puis il a disparu. Ce gros con est parti se coucher et s'est endormie comme une masse. Il m'avait proposé de rester dormir sur le canapé bien sûr, mais je lui ai dit que je devais rejoindre Hannah. Je le secoue pour essayer de lui dire au revoir de maniÚre plus digne, mais il est complÚtement cuit, il grommelle un truc incompréhensible. Je lui tire ma révérence en le remerciant pour tout ce qu'il a fait pour moi, et je me dirige vers le tramway qu'il m'a vaguement indiqué auparavant.
Je marche dans la rue, la soupe m'a totalement guĂ©rie. Comme si je n'avais jamais fumĂ© ou bu de ma vie. Je demande ma route, pour ĂȘtre sĂ»r. Je trouve enfin la station de tramway. En demandant comment rejoindre Dublin, j'ai discutĂ© un peu avec un gars qui attendait.
Il avait deux sortes de battes et il m'a expliqué que c'était pour jour au Hurley, un de deux sports nationaux irlandais. Il faut jongler avec la batte ou faire tenir la balle en équilibre, et on l'utilise pour mettre un pruneau et marquer. On ne peut attraper la balle que dans certains cas, mais surtout on ne peut pas courir avec. Il m'a dit que c'était un sport trÚs physique et trÚs complet.
Puis le tramway est arrivé.
Je pensais que j'Ă©tais loin de Dublin, mais au bout de 30 minutes j'Ă©tais arrivĂ© vers O'Connel Street, et j'Ă©tais prĂȘt Ă dĂ©barquer Ă Seomra Spraoi.
Dublin Ă l'air si familiĂšre maintenant. Je me ballade comme si je la connaissais par coeur. Je me souviens il y a une semaine qu'on je suis arrivĂ© avec les filles, ce sentiment d'ĂȘtre dans un endroit totalement inconnu, et ne pas savoir par oĂč commencer.
Je ne me sens mĂȘme pas loin de chez moi, en fait, tout me paraĂźt si normal. La seule chose qui me fait bizarre, c'est de parler anglais, et d'entendre parler anglais partout. J'aime cette ville, j'aime ce pays, je veux rester. Il m'est arrivĂ© tellement de choses ici, en une si petite semaine. J'ai l'impression d'ĂȘtre parti depuis un mois.
J'arrive au centre social. C'est bruyant. Je retrouve Hanah, elle discute avec Owen.