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(en vrai j’ai disparu par ici)
je m’en vais.
depuis quelques mois, j’écris ici comme dans un journal. je laisse mon moleskine de côté et mon carnet de voyage depuis des mois désespérément vide. je consigne des détails, j’écris des bouts de textes sans jamais les finir. je n’avance plus dans rien. ces derniers jours, je suis revenue à mes premières passions. je passe des heures à découper, à coller, j’écris avec des feutres de toutes les couleurs et il y a un mélange de masking tapes et de tampons étalés partout sur mon tapis. je tourne les pages - elles me ressemblent et je me sens enfin complète, enfin moi-même à nouveau. alors je m’en vais. je m’en vais aussi parce que ça ne me ressemble plus. j’ai changé. je ne suis plus blanc fantôme, petite vague minuscule. je ne suis plus transparente. j’ai hésité longtemps à tout supprimer, table rase du passé, mais j’ai bien trop peur d’oublier. ici demeurent des vestiges, ruines d’une amitié, souvenirs d’une époque, restes figés d’un temps qui n’est plus, instants légers et doux, petits bonheurs. je ne veux rien oublier. je recommencerai peut-être - sans doute - ailleurs, différemment j’espère.
j’ai envie de vacances de noël, de feu dans la cheminée, de films de mon enfance, de neige qui efface les idées noires, de chocolat chaud à la fleur d’orangée, de gâteaux à la cannelle, de légèreté et de magie. j’ai envie de fleurs sauvages dans mes cheveux, de champs à perte de vue, de courir dans les herbes hautes, de m’allonger au soleil et d’oublier le temps qui passe. j’ai envie de longues balades en forêt, des feuilles orangées rougeâtres et jaunes comme elles le sont si bien en nouvelle angleterre ou dans les souvenirs de la rue de mon enfance, de jupe qui vole et de grosses chaussettes, de bougies qui sentent bon et de thé bien chaud en fin d’après-midi quand il commence à faire gris. j’ai envie d’escapades au bord de la mer, de promener en short et en espadrilles, des longues nuits sur la plage, de regarder le soleil tomber sur les montagnes, et de me sentir libre. j’ai envie de retrouver les états-unis, les routes sans fin, l’immensité, l’immensité tout simplement et comment ne pas se sentir libre quand il y a tant à explorer, quand il suffit de saisir la route et de s’enfuir. j’ai envie de berlin, du street art partout, de l’effervescence culturelle, des rues grises mais de cette impression que rien n’est figé. j’ai envie de prague qui est magique, vraiment, je ne sais même pas comment le dire, tout y est magique et mystérieux, et si beau. j’ai envie de l’europe de l’est, de m’enfuir quelque part que je ne connais pas, de découvrir quelque chose pour la première fois, d’aventures. j’ai envie de grands hôtels dans lesquels se perdre, d’hôtels presque déserts, peuplés de résidents étranges, avec une symétrie et un décor dignes d’un film de wes anderson. j’ai envie d’écosse, des landes frappées par le vent, de village minuscule au bord de la mer, des étoiles partout, d’une jolie solitude, d’un endroit où penser, où écrire, où guérir, où s’apaiser. je me perds dans toutes mes envies, toutes mes contradictions. je veux tant de choses, et pourtant, j’attends.
06/10
demain je voulais mettre ma petite jupe à fleurs aux couleurs d’automne mais elle sent la cigarette et l’alcool, ça me rend un peu triste. aujourd’hui j’ai passé la journée dans mon lit, j’ai regardé des dessins animés, un film et j’ai lu deux livres alors je me sens quand même un peu productive. j’ai très envie d’aller racheter des bougies mais je suis un peu pauvre et je pars en pologne bientôt. c’est nul d’y aller sans la fille-papillon mais une comète va m’héberger et je pense que ce sera très beau.
la fille-papillon n’a plus le moindre papier d’identité, on est censées partir en pologne dans dix jours, et je ne suis que tristesse. (j’ai acheté beaucoup trop de livres pour me consoler donc maintenant je suis pauvre en plus d’être triste, mais la fille à la caisse était aussi beaucoup trop mignonne et j’ai un livre qui s’appelle de l’influence de david bowie sur la destinée des jeunes filles)
(j’ai des week-ends de quatre jours et très envie d’aller voir la mer)
souvenirs (vestiges?)
ce soir, je suis beaucoup nostalgique. je regarde des photos d’il y a trois ans, ça me paraît si loin. je reconnais la princesse aux cheveux longs mais elle est devenue une presque inconnue. la funambule en équilibre entre la vie, invisible pour ne déranger personne, tremblante à l’idée de respirer n’est plus. je suis devenue une autre. (sur les autres photos, celles que j’ai dénichées dans une autre époque, maman est si belle quand elle sourit, papa est léger, ils ont l’air tellement heureux et j’en veux un peu au temps qui passe) (il y en a une de mon père que j’adore, il est à l’intérieur d’une voiture rouge, accoudé à la fenêtre, une cigarette allumée entre les doigts, prêt à partir) (et celle où, à l’arrière-plan, ma grand-mère, déjà maigre, pas encore morte, fume d’un air ailleurs, devant un mur de briques)
j'ai esquissé mes futurs tatouages sur mes bras. je ne sais pas dessiner mais je sais compter et ça fait beaucoup.
(le pigeon mort)
ce matin, il y avait un pigeon les yeux clos sur le trottoir. quand je suis repassée, quelqu’un l’avait poussé d’un coup de balai et il gisait tête à l’envers dans le caniveau. la mort est-elle toujours si laide ?
27/09
cette après-midi je suis allée toute seule au cinéma. j’en suis ressortie dans un silence assourdissant qui pesait très lourd sur mon cœur. je suis si vide que je ne sais même pas si je suis heureuse d’être rentrée. je regarde les chauves-souris répéter inlassablement leur ballet. ne sont-elles jamais fatiguées de tourner en rond dans ma cour ? mais hier, c’était une soirée très douce à boire des bières sur la terrasse de la fille-papillon en écoutant les guitares jusque tard dans la nuit. j’ai traversé les rues endormies avec boucles d’or, le dernier métro est passé sans nous. il y a des tresses dans mes cheveux, je me transforme en fleur sauvage. je ne sais toujours pas où je vais, mais je ne suis pas sûre que ça importe vraiment. ma plante marilou est en train de mourir doucement, et moi je veux vivre gigantesque.
(maintenant que l'été est fini, je regrette de tout mon cœur de ne pas être partie à l'aventure toute seule en europe de l'est - je crois que mes parents seraient morts d'angoisse mais ça aurait été si différent)
Tu à l'air très intéressante, limite à vouloir en apprendre plus sur toi, est-ce toi sur les photos ?
oh c'est adorable ça! je crois qu'il n'y a aucune photo de moi ici (ah si, je colorie), la sirène aux cheveux roux près de la mer est la fille au sourire paillettes.
Ai-je le droit de te poser une question ?
évidemment, j'aime beaucoup les questions moi.
j'ai mis une chemise et je pars à paris à 6h du matin pour assister à un colloque, mais il y a des étoiles sur mes chaussettes, j'ai l'impression d'être une gamine qui joue à l'adulte. ce soir je vais au théâtre voir une pièce que j'aime d'amour depuis des années et ça me rend très heureuse.
(j’ai envie de grandes villes étrangères tellement fort. ma cousine a peut-être l’occasion d’aller passer deux mois à new york et je souris mais intérieurement je crève de jalousie, je rêve d’y retourner, de vivre dans une ville assez grande pour m’y perdre, new york et boston et san francisco et les états unis me manquent immense, je voudrais tellement déménager et partir vivre à l’étranger)
(est-ce que ça fait de moi une personne horrible d’espérer qu’elle ne sera pas prise? je me sens égoïste égoïste égoïste mais c’est moi l’aventurière américaine de la famille et je ne veux le partager avec personne)
je suis une enfant boudeuse dans un aéroport étranger. pourquoi mes vols sont toujours retardés?
il y a tant de choses que je n'ai pas dites, tant de choses que je n'ai pas écrites. je n'ai rien dit du poète, de nos errances à travers londres ni de la façon qu'il avait de presser sa joue contre mon bras quand je lui lisais rimbaud. je n'ai rien dit de la fois où je suis partie à stonehenge sur un coup de tête avec un inconnu ni de la fois où je suis (techniquement) tombée d'un toit (il s'est moqué de moi quand je lui ai dit que j'avais failli mourir (c'est faux)). je n'ai rien dit des rencontres éphémères, de tous les visages que j'ai croisés, tous les sourires, toutes les découvertes. je n'ai rien dit des mots murmures, si doux, que m'a chantés l'homme-paysage sur la plage de brighton. je n'ai rien dit du bar de camden qui retient mon attention depuis quatre ans et où je me suis fait offrir un verre. je n'ai rien dit de la légèreté, de la fatigue, de l'euphorie, de la mélancolie à voyager seule. je n'ai rien dit des vagues et de la mer la nuit avec la fille au sourire paillettes, ni de ses lèvres sur les miennes quand elle me répète que je suis merveilleuse et que personne ne me mérite. je n'ai rien dit de nos pleurs sur la digue, de nos cœurs déchirés, quand elle se libère enfin de la vérité. je n'écris plus que ma détresse, mes angoisses, toulouse qui m'appelle et me repousse en même temps, mon petit frère qui s'en va, les jours lents qui se ressemblent, et l'attente. je ne veux plus écrire en noir et blanc, je veux recommencer à écrire en couleurs, en arc-en-ciel, des mots qui sourient.