Dans ma tête y a du soleil, des sourires et de l’avenir, y a des merveilles qui ne cessent chaque jour de m’éblouir. On y trouve des arbres, des rivières et une faune étonnante, une diversité à couper le souffle, c’est à n’y plus rien comprendre. Mais dans ma tête y aussi des grottes et des fantômes, y a des fossés, de la vase et des vieux royaumes. On y trouve de la noirceur, des doutes et des armées, des traquenards à ne plus savoir où foutre les pieds.
Mais ma tête est un foutu panier à salade, alors vas-y, tourne la manivelle, rends-moi malade. Te gêne pas, de toute façon si c’est pas toi ce sera un autre, quoi qu’il arrive ça tardera pas avant que j’me vautre. Et c’est le bordel, franchement t’as pas idée, j’te jure, y a des tourments qui sont bien partis pour rester. Peu importe le paradigme, c’est pas facile à analyser, mais allez, pour toi, j’veux bien faire un effort, j’vais essayer.
Alors tu vois, y a le Cri de Munch, des pommes et une enfant abandonnée, des chouettes, des souvenirs et des yeux bridés, des tombes, des pastèques et des fêlures, des trucs irréels, des tâches et des ordures. Il y a des chatouilles, des îles, des deltaplanes, de la colère enfouie, des pieuvres et des montagnes, des mystères, des boules de gomme et beaucoup de magie, des personnages de dessins animés, des hommes et la nuit.
Il y a des saules pleureurs, des renards et un peu de paix, des visions d’horreurs, des banquises, de l’art abstrait, des plaies béantes et des questions qui tournent en rond, des spliffs, des silences, des explosions. Il y a des mots flottants qui se tatouent sur les parois, des pansements, des scénarios et des choix, des douleurs qui s’installent et des aventures obstinées, des bateaux de pirates et des p’tits potes par milliers.
Il y a des pyramides, des terriers, des anniversaires morbides, des dilemmes, des mélodies et des coquilles vides, des forêts, des ptérodactyles et des grains de riz, des orang-outans, des voyages lointains et des envies. Il y a des lemmings, des trous et des conseils que j’écoute pas, des caresses et des mains moelleuses comme des pains au chocolat, des robots, des dents qui tombent quand la sérénité prend la fuite, la lune qui me fixe et le bout du monde comme seule limite.
Mais à avoir la tête pleine, mon coeur se sent bien creux, et galère à embrasser la peine qui est coincée au fond de mes yeux. Faudrait qu’j’arrête de marcher seule, que j’ouvre une parenthèse, que j’ravale mon orgueil et que j’escalade cette falaise.
Mais tu vois, toute seule j’pense que j’y arriverai pas. Et pourtant, des mains tendues y en a plein autour de moi. C’est juste que j’ai du mal, du mal à tout lâcher, j’voudrais tout casser alors qu’il faudrait juste m’exprimer. Mais tu vois, toute seule j’pense que j’y arriverai pas. Il me faudrait juste un coup de pouce pour faire le premier pas. C’est juste que j’ai du mal, du mal à les saisir, j’voudrais tout donner alors qu’il faudrait juste m’ouvrir.
Alors j’vais l’suivre, ce gros poisson, ce magicien. Même s’il est parti, je sais qu’il sera là demain, et puis plus tard, et toujours, et peu importe où j’irai, parce que ce qui compte c’est de continuer à avancer. La vie ne s’arrête pas parce qu’on le décide, ne l’oublie pas. Répète-le toi, encore et encore, inscris-le juste là , tu sais, près des tiens, des miens, nos plus beaux soldats, pas dans la tête mais dans le coeur, en plein éclat.