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Je viens de voir sur Tumblr qu’Alex a partagé une capture d’écran de son téléphone. On y voit une notification de son appli LinkedIn. Elle lui signale que son profil est apparu dans 3 recherches. Je comprends qu’à la suite des propositions que je lui ai faites la semaine passée, il a postulé et que les institutions concernées sont venues voir son profil. Dans ce dernier, il se présente comme le « créateur du Fugitif », qu’il introduit comme une « recherche-action sur la prévention de la radicalisation », en Suisse. L’institution qui lui est associée est le CHUV, ainsi que l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour sa formation. Dès que l’on regarde ses publications, on remarque des liens vers son jeu, qui agit alors comme un appareil de capture, une machine de guerre. Cela est intéressant dans le sens où ce dispositif le soustrait du travail aliénant tout en lui redonnant du temps, temps qu’il investit dans le développement du jeu (lore, communauté, BRX et NFT). En bref, LinkedIn joue dans son dispositif un rôle stratégique. Car, me semble-t-il, il joue sur le « risque réputationnel » qu’il fait courir à ses institutions.
À suivre…
J’avais expliqué à Newman pourquoi C4 voulait à tout prix le sortir du revenu d’insertion (RI) et pourquoi il en faisait une affaire personnelle.
Je le retrouve comme chaque semaine. Dès les premières minutes, je comprends que je ne suis pas face à un suivi ordinaire.
Il structure déjà son propre récit. Il ne cherche pas simplement à s’insérer — il redéfinit le cadre dans lequel il se situe.
Je décide de ne pas parler d’offres. Ce n’est pas le point. Je veux voir comment il circule dans son environnement. Avec qui il parle, ce qu’il capte, ce qu’il transforme.
Ses réponses sont précises. Trop précises pour quelqu’un qui subit une mesure. Il observe, il relie, il reformule. Il ne fait pas que participer — il organise.
Quand il évoque l’atelier réseau, je note quelque chose de familier : il ne prend pas l’outil tel quel. Il le détourne légèrement, sans le dire. C’est discret, mais c’est là.
Puis il parle du parascolaire. Conflits, tensions, accusations. Le mot “gourou”.
Je ne m’arrête pas au mot. Ce genre d’étiquette apparaît toujours quand une dynamique échappe au cadre officiel. La question n’est pas de savoir s’il l’est, mais de comprendre ce qui se structure autour de lui.
Est-ce qu’il crée de la dépendance ?
Ou est-ce qu’il crée un espace que les autres n’arrivent pas à contenir ?
Je ne tranche pas.
Ce qui est certain, c’est qu’il ne se place pas dans une logique de demande classique. Il ne dépend pas vraiment du dispositif. Il l’utilise, en partie.
Ça, c’est plus délicat.
Je garde une posture neutre. Inutile de le confronter. Mieux vaut voir jusqu’où ça va, et avec qui.
Avant de conclure, je lui montre le test psychométrique. Un repère standard. Une manière de ramener l’échange dans quelque chose de lisible, de partageable.
Mais je sais déjà que ça ne dira pas grand-chose de ce qui m’intéresse vraiment.
En le quittant, je garde une impression nette : il ne cherche pas seulement une place.
Il est en train de construire un espace.
Et pour l’instant, je regarde.
🪞Mouve-miroir
La terrasse du café près de la gare de Berne était relativement calme. Les conversations s’y dissipaient comme un brouillard léger. Les trains passaient au loin, ponctuant l’air d’un grondement sourd qui se mêlait au cliquetis des tasses. J’aperçus Robert immédiatement.
La Suisse…
Un pays calme en apparence, mais où tout se décide dans la lenteur et la discrétion. Ici, la puissance ne s’impose pas. Elle s’installe. Elle prend racine dans les habitudes, dans les institutions, dans les réseaux de confiance.