L'incroyable histoire de William
j'aurais pu appeler cette histoire sauver Willy sauf qu'ici Willy, eh bien il se démerde...
William retrouve le professeur, dans un état "quart" (la moitié d'un état second) et lui annonce que lors de son voyage psychédélique il s'est purement et simplement fait délester de tout son argent ainsi que de ses papiers d'identité, oui, il s'est fait dépouiller.
Le professeur, trop pauvre ou trop radin, n'avait pas de solution à lui proposer, si ce n'est de parcourir les rues de l'île en essayant de s'adresser à des zombies méta amphétaminés pour leur demander la charité.
Les deux hommes découvrirent vite la vacuité de ces îles de débauche, on s'embrasse, on se drogue, on couche ensemble mais on ne dépanne surtout pas un homme en détresse...chacun son trip!
Très souvent, on nous apprend que dans la vie, rien n'est donné et qu'il faut savoir se battre pour gagner ce qui nous revient de droit. Dans le cas de Willy, jamais l'expression n'a résonné aussi fort.
En effet, alors qu'ils noient leur chagrin dans un bar avec leurs derniers bahts, willy et le prof apprennent qu'il est possible de combattre dans le stade de l'île avec l'option d'être payé en alcool ou en bahts.
William y voit sa seule et unique issue et décide sans plus tarder de s'inscrire pour un combat dans cette arène.
Scène 2: William rencontre le promoteur de l'évènement, un Suédois pourri par la vie thaïlandaise, il respire le vice et n'inspire rien si ce n'est le dégoût et la perte de foi en la race humaine.
En bon opportuniste, il décide d'exposer la situation de william pour en faire le main event seulement les choses ne sont pas si simples.
Willy est un poids lourd, comme la Thaïlande en fait peu, le seul challenger s'appelle Tiger, il pèse près de 95 kilos et son hobby, c'est la découpe de touristes aventuriers avec ses tibias. Il ne rejoindra l'île que dans 4 jours, Willy n'a d'autre choix que d'attendre, sans argent ni nourriture!
Scène 3: Willy dort sur un matelas d'éponge depuis trois jours déjà, il ne fait que boire pour supporter les 33 degrés et l'humidité étouffante du lieu et pour se calmer les nerfs, il s'est mit à fumer...comme un pompier.
Le professeur, un brin voyeur, le filme dans ces moments de détresse comme une caméraman de téléréalité. À cet instant, je sens du désespoir, une panique irrationnelle venue du fait qu'il n'y a pas de plan B, il faut assez d'argent pour soudoyer le policier aux frontières, quand on n'a pas de papiers, sans oublier la traversée. Ces frais ne seront couverts qu'en cas de victoire et oui j'oubliais, le perdant n'a que ses yeux pour pleurer, si toutefois ils restent ouverts, et ses dents à compter.
Scène 4: le professeur s'improvise homme de coin, il se procure un dentier prêté pour Willy, deux lattes en guise de banc, achète une bouteille d'eau et coupe les bracelets à la cheville de willy avec ses dents.
Willy ne sait pas faire le whai cru, ce rituel thaï obligatoire, il n'a pas encore commencé le combat qu'il est déjà le vilain du stade.
Face à lui, tiger est là, bedonnant mais laissant apparaître une musculature respectable, ses jambes sont par contres tracées telles des faux prêtes à faucher le destin de Willy.
Avant de combattre la voix de willy tremble, la foule hurle, assoiffée de sang, le prof lance une phrase qui se veut rassurante.
"Com'on William, gagne moi ce combat et on ira se souler et faire la fête juste après!"
Le combat est fou, William frappe dans le vide avec l'énergie du désespoir,tiger percute ses jambes avec une violence inouïe tant et si bien qu'au bout du troisième coup non paré, William boite très bas!
Porté par la foule, Tiger tente des acrobaties, des coups de poings retournés, des feintes en tout genre, deux de ses fantaisies s'écrasent sur la face de Willy, du même côté, son oeil se ferme...
Sonne le gong, le professeur prépare ses planches, William est en nage, pas de glace pour résorber ses hématomes, mais à mon grand étonnement, je ne sens pas le moindre signe d'abandon dans l'oeil de William, il a décidé de rentrer chez lui!
2nd round, William subit les assauts répétés du Tigre, aussi féroce que joueur, la foule crie des "owé" à chaque impact, armant le champion d'un glaive émoussé, celui de la confiance.
Tiger baisse les bras, ces excentricités sur le ring sont devenues monnaie courante, j'imagine les parieurs lancer toutes leur économies sur le champion, avant que le blanc-bec ne rende l'âme.
Contre les cordes William couvre son visage, de son seul oeil il ne fait qu'observer ce qu'on appelle des "haymakers" coups de poings désarticulés qui fondent sur sa garde.
Stop, le temps s'est arrêté, Tiger à le droit baissé, le gauche en retrait, William tord son corps du petit orteil à l'épaule en passant par la colonne vertébrale, c'est un crochet, que dis-je, le coup de patte d'un Lion rugissant, seul animal capable de briser l'échine d'un buffle lancé à pleine vitesse, que William s'apprête à propulser!
Son poing vient traverser la face du Tigre, lui fracassant la mâchoire ainsi que son rictus satisfait, Tiger sur la pente la plus raide qui soit vers le sol va bientôt recevoir un autre coup, celui de mère Gravité mais avant cela William le cueille avec un uppercut, comme pour dire "ne crois pas t'en tirer comme ça"
La foule exulte, William hurle comme un fauve vainqueur, le professeur ne fait plus cas de son téléphone et envahit le ring! ils rentreront bientôt à Phuket mais avant, ils disposent d'un peu plus d'argent à dépenser pour une "dernière" rave party.
Cette histoire est vraie, ce qui la rend vraiment magique et le destin de ce William est pour moi quelque chose de mémorable, même pour un modeste spectateur abordé devant un boui boui.
J'en avais les mains moites, j'espère que ça vous a plu !