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Première Partie : la création de l'oeuvre
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Yo Lexa ! Avec ton dernier projet, tu as l'honneur d'ouvrir le bal des entrevues sur les Pépites de Roby. Parle nous un peu de l'intention artistique qui a fait naître Pronostic Vital
Avec Pronostic Vital, je voulais retrouver un aspect assez crade, vieux, du style de Wu-Tang, Jay Dee. En privilégiant le texte, les scratches, l'ambiance intimiste, old-school, ça se ressent également dans la production. En comparaison avec mon album précédent, HipHopCondriaque, le mastering s'est fait presque à l'arrache, on a voulu construire une esthétique assez authentique, sans fioritures. Tu retrouves un esprit calme, intimiste. D'ailleurs, on a fait une petite tournée dans l'Est , avec Thomas (alias Ben l'Oncle Rap, entrevue très prochaine), puis son set bougeait plus que le mien. Pour créer une bonne alchimie, on a contrebalancé la tranquille atmosphère de Pronostic Vital avec Ben, et sa signature beaucoup plus énergique.
Quelques dates entre Metz, Nancy & Thionville, puis plusieurs dans le Nord de la France avec Lille notamment. Parle nous de la promotion de Pronostic Vital
C'était une non-promotion en fait. On avait fait beaucoup de démarches avec HipHopCondriaque, en contactant pas mal de webzines, de personnes plus ou moins influentes, mais ça n'a pas forcément eu les résultats escomptés. Du coup sur Pronostic Vital, j'ai abandonné cet aspect. J'ai balancé la promo presque une semaine avant.
Une promo digne de Jay-Z ou J.Cole !
Ouais les gens me disaient « Tu veux faire une Beyoncé ? », mais bon moi, je suis personne . Déjà si j'annonce mon album, la moitié de la terre s'en fout, ça devient un peu compliqué. Plus sérieusement, je voulais pas matraquer les gens outre-mesure, parce qu'il y avait déjà les 16du16 qui sortent tous les mois et s'occupent de cette actualité.
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Effectivement, tu as cette chaîne Youtube, ce tournoi participatif, les 16du16 où tu inclus ton beatmaker et des internautes à la création de morceaux. Comment est née cette idée ?
C'est parti d'un délire, à l'époque de HipHopCondriaque. Avec mon pote Mathias, fin de soirée on se dit que le concept serait marrant. Sortir un 16, le 16 du mois ... C'est super contraignant en fait. Lui a des contraintes sur ses beats, le temps de sortir sa prod, il se passe souvent une semaine. Il me l'envoie, j'écris, j'enregistre, se passe une autre semaine, après on voit si on a le temps de sortir le clip derrière. Cela demande beaucoup de travail, ça nous met la pression. C'est vrai que j'ai aussi la facilité de choisir les contraintes. Souvent, on t'impose de faire des conneries, de la parodie. Dès qu'une contrainte peut être bénéfique pour la musicalité, le morceau, alors je vais partir vers ça,ce qui va faciliter l'aspect humoristique.
Les internautes, ton public comme participants indirects, la démarche est louable. Parlons des collaborateurs directs alors. Qui as tu choisi pour t'entourer sur l'élaboration de Pronostic Vital ?
J'ai rencontré des gars de Nancy à la base, qui m'ont contacté suite aux freestyles de l'Examen d'entrée, lâchés entre Pronostic Vital & HipHopCondriaque. Ils ont bien kiffé ce que je faisais, ils m'ont envoyé 2-3 prods. Je n'aime pas trop mélanger, j'aime bien rentrer dans l'univers d'un seul beatmaker et tout le travail de Pronostic Vital a été donc produit par les nancéiens de Fratello Beatz. Une prod après l'autre, j'ai construit mon projet autour de leurs seules compositions, qui amenaient cet univers rétro que je cherchais. Au niveau du mix c'est toujours la même équipe : Soul Karma. Mastering, visuel etcaetera... Pour en revenir à l'ambiance old-school je peux te parler de Spéléologie. J'avais beaucoup de morceaux dans cette ambiance qui n'étaient jamais sorti sur aucun projet. Avec les très bons retours de l'audimat, j'ai enfin décidé de franchir le pas. Je me suis vraiment pris la tête sur cette prod', pour faire un morceau à la hauteur, sans tomber dans le cliché Ma vie c'est d'la merde . Je l'ai vraiment saigné, ça reste l'un des mes meilleurs beats et l'un de mes meilleurs textes. D'ailleurs c'est le premier morceau que j'ai clippé pour Pronostic Vital. Il va sortir dans quelques semaines.
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Le spleen à la française, on tombe vite dans la caricature comme tu le dis. Rimes faciles, instrus qui se ressemblent, flows violents . Mais la bonne école est en train de revenir depuis pas mal d'années. Et je trouve que tu as réussi a t'inscrire dedans, avec ce projet vraiment propre. Ce sont vraiment des morceaux que l'on peut écouter avec facilité
Oui, je trouvais que le rap français partait trop dans : la technique pour la technique. Multi-syllabiques, celui qui fait le plus de flow, au détriment des vers. J'avais besoin de revenir à ce qui caractérise le rap français : l'émotion, le texte … C'est une démarche que j'avais déjà entamé sans attendre cet ordre de retour aux sources, ce phénomène réenclenché depuis quelques temps.
Pour un résultat convaincant en effet. Et les featurings ? Quidam & Yo.K, c'est aussi ton entourage ou des MC's rencontrés en chemin ?
Yo.K (prononcer à l'américaine) c'est un membre de Soul Karma . Il buzze bien, avec son projet Optimum. c'est un rappeur de Paris pas mal côté dans sa région. On devait faire un feat, depuis pas mal de temps et il est finalement sur mon projet. On prépare d'ailleurs un album en commun, avec les six MC's de Soul Karma, un genre de Wu-Tang. Quidam, c'est un Lillois que j'ai rencontré en arrivant dans sa ville. Son univers se prêtait bien à l'univers de Pronostic Vital, je voulais vraiment le mettre sur l'album. On a fait un morceau que les gens nous reprochent trop old-school. Mais c'est ce qu'on voulait , cet univers naïf, du passe-passe, des phases assez spontanées mais réfléchies. On a beaucoup parlé du thème de l'écriture. Combien de rappeurs se sont déjà posés des soirs entiers pour essayer de sortir quelque chose de leurs têtes ? Avec trois 16 mesures, tu remplis la moitié d'un album de R'n'B ou de rock, sans critiquer évidemment, j'aime beaucoup ces deux genres. L'écriture demande beaucoup de temps et de travail, je voulais lui dédier un morceau.
Tu nous parles d'un retour aux sources, et Hara-Kiri alors ? On ressent grandement l'influence trap 2014 dans le flow.
Quand tu écoutes Pronostic Vital, le morceau qui bouge le plus c'est Hara-Kiri. Je me suis senti obligé de le faire. Pourquoi ? Peut-être parce que c'est la mode, que je me suis laissé attirer par les sirènes de la tendance. J'avais besoin de faire du flow, car dans le rap il y a aussi cette compétition malsaine. Il y a aussi ces bruits de sabre, l'ambiance me rappelant beaucoup l'excellent Liquid Swords de GZA, et ça se greffait parfaitement avec l'univers de l'album. C'est bien de montrer tes faiblesses, comme sur Purgatoire mais aussi de faire des démonstrations de force, montrer sa présence au micro.
Il y a aussi Léyo, qui est clairement plus intimiste ...
On en revient à ce constat, tout se lie de HipHopCondriaque à Pronostic Vital. Il y a le rapport entre les morceaux Kenza / Ivresse & Tristesse, puis j'avais fait le morceau Feuille de Sopalin, mais entre temps ma femme et moi on a eu un enfant . Cela a changé ma vision. Du message cynique, à l'aspect sale, d'il y a deux ans, je suis en fait devenu papa. Je m'étais juré de pas tomber dedans. Tu es papa, tu fais un morceau, mais au final c'est plus fort que toi, parce que tu écris forcément sur ce qui te rend joyeux ou triste. Sans tomber dans la niaiserie. Peut être que je me trompe et que les gens l'écoutent en le voyant trop fleur bleue, mais quand t'écoutes bien le deuxième couplet c'est un prétexte. Je parle à mon enfant pour traiter des problèmes dans le monde, dans les rapports humains. J'aime pas le rap inconscient ou engagé, mais je crois que c'est le morceau, dans mon œuvre, qui se rapproche le plus de cette démarche. Pronostic Vital c'est sombre et le deuxième couplet de Léyo c'est une lueur d'espoir. Mainstream oui, mélodique oui, mais il avait clairement sa place sur le projet, je suis pas objectif, car malgré le retour négatif de mon entourage quant à sa place, il reste un de mes morceaux préférés.
Dans mon coin, j'essaie de travailler avec des rappeurs de tous horizons artistiques, comment se passe la scène rap à Beauvais ?
Déjà entre Beauvais et Lille c'est pas la même chose. Pour la première , c'est un peu chacun pour soi, à se tirer dans les pattes. Contrairement à Lille. Les gens y sont assez soudés, essaient de se tirer vers le haut. On va s'inviter les uns les autres, sur les projets de chacun, même entre rap ghetto et rap plus cool. Je pense que ce n'est pas propre au rap le truc de se descendrent. Je bosse avec des rockeurs, c'est pareil dans leur milieu. Si on veut élever le rap, il faut s'aider parce que déjà, en tant que mecs qui font du hiphop, les médias ne valorisent pas trop le truc. Si en plus de ça, on se descend, on ne va pas arriver à grand chose... Se battre entre nous pour sortir ? Se battre contre les médias pour avoir une audience ? Ca devient compliqué ...
Tu es plutôt studio, acoustique, scène ?
Je préfère quand même la scène car en studio tu partages seulement avec ton ingé. La scène te permet vraiment de confronter directement ta musique avec les gens. T'es en studio, tu sors ton album, chacun l'écoute de son côté et moi je sais pas ce que les gens pensent. Tandis que sur scène, tu sors ton texte et les gens en face de toi ne font pas de la politesse. Ils ne font pas exprès de lever les bras, tu sais vraiment si ta punchline elle marche. Moi quand je suis sur scène, il y a des rimes dont je suis fier. Quand je vois des sourires, des échanges de regards ou de paroles, des applaudissements, là j'ai atteint mon but, ca marche. Il n'y a que la scène pour tester ça.
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Deuxème Partie : l'intention artistique
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Parle nous un peu de ta manière d'écrire ...
J'aime bien être seul. J'écris en marchant, dans ma tête pour tout retransmettre finalement sur une feuille en rentrant. De préférence le soir, quand tout le monde est couché, c'est le moment où j'arrive à rentrer dans cette démarche d'écriture. Je trouve des idées dans les discussions, mais presque autiste, je m'enferme dans ma bulle pour rédiger. Souvent ça me joue des tours parce que fais des lectures ou je regarde un film. Je vais entendre une phrase, lire quelque chose, et là dans ma tête c'est parti, je ne suis plus attentif à rien, je rentre dans une transe pour composer. Sinon je suis toujours lucide quand j'écris, je peux avoir des idées nouvelles ou une manière différente d'aborder le thème en m'ennivrant, mais généralement j'ai les idées claires. Par contre en enregistrant ou en performant en live, j'aime bien être désinhibé, car des idées, une inspiration en dehors du lucide, du terre à terre peut t'habiter à ce moment là.
Quand tu commandes un beat, tu cherches une émotion particulière ? Que tu cherches à transmettre ou tu pars du simple constat « OK cette prod est triste, cette prod est joyeuse, je vais simplement kicker dessus ? ». Finalement quel est ton rapport avec le son ? C'est ton chevalet , ton support ?
Je donne pas de commandes spéciale au beatmaker. Comme tu l'as fais avec moi, j'aime bien recevoir une palette, bien écouter, sélectionner ce qui me parle, vieux ou ancien morceau … Je peux gratter du joyeux sur quelque chose qui est triste car finalement, je le vois différemment. Quand j'écoute de la musique en général, je vois des couleurs. Chelou hein ? Du vert, du bleu… C'est l'instinct de la couleur qui me guide, plus que la sonorité basique.
C'est un ressenti intéressant ! Moi je vois des formes, des scènes étranges qui se produisent dans mon imaginaire avec un disque ...
Dis toi, qu'à l'époque des premiers Timbaland, ses collaborations avec Missy Elliott c'est de la prod verte. Quand Pharrell retournera plus vers du rouge, du violet … vers l'époque Neptunes ! En ce moment c'est beaucoup de bleu-ciel, du blanc pour le Pharrell de Happy. Jay Dee c'est plus dans le sombre,. Le gris, le noir, le violet.
Jay Dee, tu prépares bien ma transition. Le sampling comment le considères tu ? Comme un hommage, un manque d'originalité ? Une recréation, la mise à jour d'un phénomène ancien ?
Déjà le sampling, c'est la base du rap. Les mecs ils avaient pas d'instruments, le seul moyen de faire de la musique, c'était de reprendre les morceaux passant à la radio, pour recréer des rythmes plus afro, afin de pouvoir kicker. C'est donc la base du rap. Mais au hasard quand Puff Daddy, pour son hommage à Biggie, avait repris Police pour I'll Be Missing You, c'est un manque d'inspiration, un remix. Ca n'apporte rien à l'original. Tu reprends toute la ligne de guitare pour kicker. Alors que Primo, à l'origine ... Jay Dee ... c'est autre chose ! Kanye West, pour moi est le maître du sample. Il va prendre un morceau, qu'il a à cœur, prendre deux notes et en refaire un titre encore plus géantissime. C'est de la plus-value. Un échantillon pour recréer un nouveau track ... mais totalement lié ! J'honore ça et je valide totalement.
Cette période de sampling a justement beaucoup sévi . Du début des années 90, A Tribe Called Quest, De La Soul, Public Enemy, j'en passe jusqu'à la fin du siècle… La période dorée du rap pour beaucoup finalement. C'est ton sentiment ?
92-93, j'étais beaucoup trop jeune. C'est une période que j'ai revisité plus tard. Trop de recul pour considérer ça comme une période dorée. Moi c'est 97-98 pour le rap français, 94-96 pour le rap américain. Avec les premiers Method Man, Nas, … Même la période rap commercial. Entendons nous bien : Biggie & 2Pac, le morceau de Looniz, I've got 5 on it, qui passait à la radio, ça m'a marqué. C'était la variété qui était forte. Aux heures de grande écoute tu entendais Da Rockwilder, J'Fais Mon Job à Plein Temps de Busta Flex, de la Fonky Family, sur Skyrock, les morceaux commerciaux de l'époque avec même Still DRE qui tournait en boucle. Même du Gangstarr !
Est ce que la TV est une source d'inspiration pour toi ?
Ouais, carrément. Je compte faire un morceau dessus. La TV ça concentre tout ce qu'il y a de pire dans le monde. Les pires conneries, les gens les plus cons, la guerre, le sang. Tu allumes tes infos , on te parle de mort, de sexe, d'argent, la pub. La télé-réalité, c'est un concentré de bêtise impossible. C'est le reflet de la société. Si tu veux savoir à quoi ressemble une société, tu allumes ton poste, tu regardes le zapping, t'auras une idée globale. A toutes les époques. Des années 50 à maintenant. C'est clairement LA source d'inspiration.
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Troisième Partie : les goûts et les couleurs
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Question difficile mais nécessaire... D'instinct, cite moi 3 albums de référence
Slim Shady LP, par Eminem
The Blackout, de Method Man & Redman. Ce sont les premiers albums que j'ai acheté, j'ai commencé à rapper dessus.
Le troisième m'a influencé, mais je le cite surtout parce qu'il y a eu un avant et un après. College Dropout de Kanye West. Quand il est sorti, le rap a changé. Il a ramené une coolitude qui était perdu depuis A Tribe Called Quest, de manière moderne. Après il ya aussi Blueprint de Jay-Z, Illmatic de Nas, Tical de Method Man …
3 rappeurs de référence ?
Method Man, je pense vraiment que c'est le meilleur rappeur de tous les temps , dans le sens RAP du terme. Tu réunis tout le rap dans la rue. Sans beat, pas de fioriture, un seul mec qui fait du beatbox, c'est lui qui plie tout le monde.
Eminem parce qu'il était blanc, que c'est difficile, qu'il a un flow de malade et qu'il a bousillé le rap avec ses ventes et son style. Le Michael Jackson du rap. Le plus connu et le plus fort, celui qui a le plus travaillé.
Jay-Z est ma référence ultime mais j'ai envie de citer Beanie Sigel parce que son premier album The Truth, avec la période Roc-A-Fella, c'est un de mes albums préférés. Il est pas trop cité, mais par rapport au flow, aux beats, il a pas reçu tout ce qu'il aurait mérité. Sinon niveau rap français Orelsan, j'apprécie énormément, on me compare parfois à lui. dans le style Je ne m'en cache pas, c'est un compliment, puisque c'est quelqu'un qui a apporté un renouveau dans le rap français.
Tu as pratiqué d'autres disciplines dans le hip-hop ?
J'ai tout fait, sauf du deejaying. J'ai breaké, graffé un peu. Pour avoir fait le tour, je suis bien meilleur dans le rap. La danse c'est très compliqué. Ce sont des artistes-sportifs. Ils apprennent des chorés, ils font des entraînements de fou pour être toujours au top. Un breaker trouvera ça plus facile de tourner sur la tête que d'écrire, mais respect car ils font beaucoup d'efforts.
Si tu avais un format à choisir entre le CD, le vynile, la K-7 ou le mp3 ?
Je vais dire K-7. Parce que c'était le moyen le plus simple, de te faire des compils. Quand une cassette devient obsolète, tu l'effaces et tu en retapes une. Dans mon enfance j'ai tourné avec quatre K7. Qui ont fait cinq ans de ma vie, en musique. J'effaçais, réenregistrais. On se prêtait des Cds, on enregistrait la radio. Tu peux faire ça avec le mp3 aujourd'hui mais tu n'as pas ce charme du baladeur.
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Dans la démarche du hiphop, oui beaucoup d'autobiographies. Doc Gynéco ça m'a marqué, le dernier bouquin d'Olivier Cachin, sur l'évolution du rap français & US. Les livres qui parlent du hip-hop comme mode de vie, ses origines, et ce qu'il est devenu. C'est la curiosité d'une auto-biographie, d'un documentaire qu'i m'intéresse
Tu es sûrement cinéphile ?
Je suis plus film que livres du coup. Très Scorsese, Clint Eastwood.
Match Point de Woody Allen, ça a inspiré ma façon d'aborder les relations amoureuses, dans mes textes et dans la vie. C'est le seul réalisateur qui peut te faire un film sur un couple qui va chercher les gosses à l'école, achète du pain et rend ça intéressant. Tu suis tes voisins dans leurs péripéties, une manière de faire des films, assez simple. Il a un regard pointu et retranscrit bien la réalité.
Les Affranchis de Scorsese, car c'est tout simplement le summum.
L'impasse de Brian de Palma, avec Al Pacino & Sean Penn. De loin son meilleur film, bien devant Scarface
Tu vas au musée, tu t'intéresses à l'art ?
Pas souvent, ma dernière visite au musée, ça remonte. Tout ce qui est art contemporain m'intéresse, sans avoir vraiment de références. Je vais tomber sur des œuvres, je note les noms. Il y avait ce type qui critiquait la société. Il dessinait une scène porno, au lieu d'un pénis, c'était un smartphone, avec Instagram, Facebook … Plein de jeunes filles accroupies, voilà … J'aime beaucoup quand l'art dénonce
Tu écoutes autre chose que du rap. Instinctivement, trois artistes ?
Je suis un gros fan, pas depuis qu'il est mort ... Michael Jackson. Il a exploré tous les genres musicaux, à chaque fois en ramenant quelque chose. Il y a un avant, un après MJ dans le funk, le disco, le rock, … L'artiste absolu.
The Arctic Monkeys, dans le rock. J'aimerais bien kicker leurs prods, y a vraiment un groove dans leur musique (comme Block Party).
Enfin Jacques Brel. Parce qu'au niveau de la punchline c'est le premier rappeur. Il m'influence beaucoup, j'en écoute toujours, dans ma voiture il y a le coffret des 100 chansons. Niveau écriture, la manière d'aborder les thèmes, petites punchlines d'époque, c 'est ce qui se fait de mieux dans la chanson.
Jacques Brel, premier punchlineur, je plussoie. Une punchline de ton cru dont tu es particulièrement fier ? Celle que tu trouves balèze ? Et une punchline venant d'un autre MC ?
Y en a beaucoup, la première qui me vient en tête c'est sur Scripturap : "J'ai des figures de style qui effraieraient Franck Ribéry". Double sens, que j'apprécie beaucoup.
Pour un rappeur autre que moi … Du Lino peut être … Je ne cautionne pas les propos, mais : "L'argent n'a pas d'odeur mais la femme a du flair". La prise de position est pas terrible, mais la formule, la tournure, elle est très forte. Sinon Orelsan : "J'habiterais dans les abysses, j'aurais pas plus de pression". La métaphore est très puissante. Actuellement, elle me correspond le plus. Vu les difficultés qu'un trentenaire, comme moi, doit affronter.
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