Lundi
La lune ce matin, toute belle et lointaine, montrait son dernier quartier. J'aime bien ce haïku de Buson :
La lune passe à l'ouest
l'ombre des fleurs
s'étire à l'est

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Lundi
La lune ce matin, toute belle et lointaine, montrait son dernier quartier. J'aime bien ce haïku de Buson :
La lune passe à l'ouest
l'ombre des fleurs
s'étire à l'est
Vendredi
je viens de recevoir de ma fille mon plus beau cadeau d'anniversaire : "Une heure de ferveur" de Muriel Barbery. C'est un roman magnifique, profond, subtil, qui a pour cadre Kyôto et le monde de l'art. Au fil des pages, j'y retrouve des lieux connus et des ambiances familières, la présence de Kitsune et le frémissement de l'âme japonaise. Blanc comme riz, Kitsune, le renard malicieux aux pouvoirs magiques, est le maître des formes et le messager des dieux. J'espère que ce roman, savouré page à page, ne finira jamais.
Samedi
Il y a combien d’années
Avant l’année prochaine
C’est ce qu’on se disait
En comptant les semaines
On n’a qu’à pas rentrer
Et laisser tout derrière
C’est ce qu’on se disait
Là, devant la mer...
Alain Chamfort, « En regardant la mer » (album "Le désordre des choses").
Vendredi
Paul Valéry évoquant Sète dans « Inspirations méditerranéennes » : Je me félicite d’être né en un point tel que mes premières impressions aient été celles que l’on reçoit face à la mer et au milieu de l’activité des hommes. Il n’est pas de spectacle qui pour moi vaille ce que l’on voit d’une terrasse ou d’un balcon bien placé au-dessus d’un port (…).
Jeudi
Sète, depuis la mer.
Mercredi
Sète, toujours, comme une histoire d'amour que je croyais oubliée. En ce moment - ne me demandez pas pourquoi, je l'ignore - ce plaisant aphorisme (déjà publié ici) de la regrettée Maria Schneider me trotte dans la tête :
Il vaut mieux être belle et rebelle que moche et remoche !
Mardi
La mer d'huile s'est teintée de mauve, de rose, et à 6h10 précise le soleil s'est levé derrière un ferry. L'air était doux, le ciel grenadine. Plus tard, balade au bord de l'étang de Thau, à Balaruc et à Bouzigue, avec déjeuner sur le port d'huîtres d'une fraîcheur délicieuse. Et puis, ce fut l'appel du cimetière marin. Tant de familles et de marins italiens. Délaissant la tombe de Jean Vilar, je suis resté un moment sur un banc, face à celle de Paul Valéry, à tenter de rassembler quelques vers marquants de son plus célèbre poème :
Ce toit tranquille où marchent les colombes
.../... Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
.../... Le vent se lève... il faut tenter de vivre !
L'air immense ouvre et referme mon livre
.../... Envolez-vous, pages tout éblouies !
Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs.
Lundi
Cartes postales de Sète, où mes fenêtres et balcon ouvrent sur le large, sur le dos des goélands, la corniche et le Théâtre de la Mer-Jean Vilar (où Peter Doherty se produira dans quelques jours), le port de plaisance et les phares, les navires en partance et ceux qui s'illuminent des derniers feux du soleil avant de s'endormir paisiblement à l'ancre. Les musées, le mont Saint-Clair, le cimetière marin et Paul Valéry devront attendre un peu. Là, j'avais soif de bleu...
Vendredi
La lune ce soir, et l'impatience de retrouver vite, sans un mot, la lumière poignante d'un lever du soleil sur la Méditerranée.
L'existence n'est peut-être faite que de parenthèses ouvertes, puis fermées avec un peu d'espace inexplicable entre elles. Roland Buti, "Grand National".
Mercredi
Déjeuné avec Didier au pied de la basilique St-Sernin, puis visité avec lui l'expo des photos de Renaud Monfourny, photographe des Inrockuptibles, présentée dans le Petit Hall, sur le campus de l'université Toulouse Capitole. On y découvre de beaux portraits en N&B, format carré, d'artistes tels que Björk, Iggy Pop, Patti Smith, PJ Harvey ou Nico, ainsi que de plasticiens comme David Hockney, Pierre Soulages, Gérard Garouste ou Louise Bourgeois. En flashant le QR code de l'image, on peut écouter les commentaires très personnels de R. Monfourny sur sa photo. Voilà, et ce soir, pour conclure cette belle et longue journée, j'ai fêté sous un tilleul, à la lumière des bougies, les 25 ans de ma petite nièce au prénom d'amoureuse.
Mercredi
Deux haïkus en partage :
Rien d'autre aujourd'hui
que d'aller dans le printemps
rien de plus Buson
Premier lever de soleil
il y a un nuage
comme un nuage dans un tableau Shusai
Lundi
Tu serais mieux tout seul, comme moi. Je n'ai personne qui m'embête. La paix ! Je fais ce que je veux.
_ Je veux être embêté par les autres, ça s'appelle vivre.
Hanif Kureishi, "Le corps".
Dimanche
La lune du matin et, en haut, le ciel d'orage au couchant.
Je sens une fragrance absolument nouvelle, très puissante, qui a envahi la ville entière. C'est un parfum entre la fleur et le fruit que je n'arrive pas à définir précisément et qui produit une atmosphère à la fois épuisante et excitante. Peut-être va-t-il pleuvoir. Sàndor Màrai, "Le premier amour".
Jeudi
La solitude me fait mal. Elle est en même temps ma plus grande passion.
Marine Bourgeois, "Fragments d'un carnet".
Mercredi
Des cieux et moi dessous, la bouche pleine de nuages.
Les choses vivantes sont toujours des souvenirs. Nous sommes tous des souvenirs vivants de choses qui étaient belles. la vie est le souvenir le plus touchant du temps qui a produit ce monde. Pascal Quignard, "Les solidarités mystérieuses".
Dimanche
J'ai cherché longtemps le secret de conduite qui permet de lier le silence, sans quoi la vie est peu de chose, à la présence d'une voix, sans qui la vie n'est rien. Guy Dupré, cité par André Brincourt in "Lecture vagabonde".
Mêmes beautés pâles : en haut, bouquet de pivoines et de lavande de mer commandé du Japon ; ci-dessus, la lune ce soir.
Jeudi
Les nuages sont mes cousins. Et mes maîtres en écriture. (…) Leur vitesse, leur lenteur, leur ombre doucement versée sur terre, leurs colères, leurs franges de cheveux qui résistent au coiffeur, leur nombre jamais écrasant, leur absence comme les yeux du chat dormant, leur gris, leurs pourpres, leurs alliances toujours défaites, toujours refaites, et comme ils parlent de Toi, comme ils murmurent quelque chose de ton cœur à mon cœur (…). Christian Bobin, « Le murmure ».