L'INDEX ECCLESIASTIQUE : RETOUR SUR UNE ADMINISTRATION DE L'EGLISE
Qui ne connaît pas l'expression "mettre à l'index" ?
Cette expression, qui signifie écarter, exclure ou condamner quelqu'un ou quelque chose, est issue du domaine religieux et fait directement référence à l'interdiction pendant plusieurs siècles par l'Eglise Catholique de certains ouvrages qu'elle jugeait impurs, hérétiques ou issus de la sorcellerie. En 1563, le Saint Siège décrète au Concile de Trente que la lecture de certains livres doit être interdite.
Cette interdiction concerne les livres classés comme hérétiques, obscènes et de sorcellerie. Les auteurs mais également les lecteurs de ces ouvrages doivent être fuis par tous les autres individus si ceux-ci désirent assurer le salut de leur âme. En pleine période de l’Inquisition, ces textes considérés comme blasphématoires ont été répertoriés dans un catalogue baptisé Index librorum prohibitorum en latin, soit le Registre des livres interdits.
Durant le Concile de Trente sera créée la Congrégation de l'Index par le Pape Pie IV, c'est une institution de l'Eglise qui sera chargée d'examiner les livres et de tenir à jour l'Index en y insérant les livres interdits. Le pape Sixte V l'a confirmée dans sa Constitution Apostolique Immensa æterni Dei, introduisant en 1588 15 congrégations permanentes pour gouverner l'Église et les États pontificaux. Cette Congrégation de l'Index sera abolie en 1916 par le Pape Benoît XV.
En examinant les archives vaticanes, il est facile de s'apercevoir que la création de l'Index a été faite sur la demande de l'Inquisition elle-même.
A l'intérieur de l'Index, il était possible d'y trouver des scientifiques et des philosophes connus tels que ceux des Lumières : Montaigne, Diderot, Rousseau, Descartes, Montesquieu, Sterne, Voltaire, mais également des écrivains, Balzac, Larousse (pour son Dictionnaire, pendant le XIXème siècle, André Gide (pour l'ensemble de son œuvre, en 1952 et pour sa défense de la pédophilie).
Ce qui était étonnant dans l'Index, c'est que presque tous les philosophes occidentaux ont été inclus ce registre des livres interdits, même ceux qui croyaient en Dieu, tels que Descartes, Kant, Berkeley, Malebranche, Lamennais et Gioberti. Quant aux philosophes athées tels que d'Holbach, le marquis de Sade, Schopenhauer et Nietzsche sont ipso facto et par la nature même de leurs auteurs interdites. Le naturaliste italien Buffon y échappa grâce à ses rétractations. Avec une certaine surprise, les théories du naturaliste Darwin ne furent jamais mis à l’Index.
La mise à l’index la plus célèbre dans l’histoire de l’Église est probablement celle des écrits de Copernic (1473-1543) sur l'héliocentrisme (5 mars 1616). La condamnation de Galilée intervint dans ce contexte, même si l'on n'est pas tout à fait sûr, aujourd'hui, que la raison réelle et complète de la condamnation était bien celle-là. Les ouvrages de Copernic et celui de Galilée ont été rayés de l'Index, partiellement en 1757, et définitivement en 1835. Leurs ouvrages sont désormais conservés avec le plus grand soin dans les Archives du Vatican, au sein de la Bibliothèque du Vatican.
L'Index sera aboli par le Pape Paul VI, l'expression s'appliquant depuis surtout au domaine ouvrier où l'on met à l'index les patrons qui ne respectent pas les conventions de salaires. L'Index garde une certaine valeur morale cependant malgré son abolition.