«François Hollande», une série réalité, spin off de la série «SégolÚne Royal»
A force de storytelling et de gestion de leur image à grands renforts de communicants, la campagne d'un candidat ressemble à un film. Ou une série. Ce serait alors le rÎle d'un critique d'en décrypter le ressort...
Comme Angel pour Buffy contre les Vampires, François Hollande est un spin off de la sĂ©rie SĂ©golĂšne Royal. Carton phĂ©nomĂ©nal de lâannĂ©e 2006, le feuilleton produit par les studios de SolfĂ©rino sâĂ©tait plantĂ© lamentablement en 2007: chute de popularitĂ©, chute dans les audiences et abandon dĂ©finitif de la production.
Punch lines un peu obscures («Nous irons vers dâautres victoires» dit un soir de dĂ©faite), allures mystiques (le blanc virginal des costumes), Ă©criture Ă lâarrache et usage mal senti de lâimprovisation des acteurs (les Ă©pisodes Bravitude, Justice chinoise et ColĂšre Saine), lâobjet Ă©tait parfois maladroit, trop soudain et peut-ĂȘtre trop avant-gardiste dans un paysage tĂ©lĂ©visuel encore marquĂ© par la poussiĂšre et le conservatisme des annĂ©es Jacques Chirac.
On nâavait pourtant jamais vu une sĂ©rie girly soulever autant dâenthousiasme et il fallait remonter au show trĂšs 90âs Edith Cresson pour voir un personnage fĂ©minin sâimmiscer aussi prĂšs du pouvoir.
Cette annĂ©e 2007 fut fatale Ă la chaĂźne PS (Productions Socialistes). Il y eĂ»t bien quelques insistances (lâĂ©pisode So-li-da-ri-tĂ©) mais il y eĂ»t surtout de larges confusions: on se souvient notamment du cafouillage destructeur avec lâĂ©mergence du projet Martine fait de la politique en 2008 (le pilote ne donna finalement pas grand chose). RĂ©sultat: bouleversement au sein de la prodâ, conflits en coulisse et formidable panne dâinspiration achevĂšrent de plonger lâinstitution dans un immobilisme pathĂ©tique.
Mais voilĂ , au plus profond de cette crise intĂ©rieure, les producteurs pleins de ressources eurent une idĂ©e de gĂ©nie et, se plongeant dans les archives, ils en ressortirent une sĂ©rie conçue pour lâinternational dont les droits Ă©trangers sâarrachaient mais qui nâavait jamais Ă©tĂ© diffusĂ©e en France: DSK.
Personnage opaque, mutique, sérieux et digne, DSK cartonnait également pour son cÎté Docteur Jekyll et Mr. Hyde, son héros cumulant les plus hautes fonctions administratives le jour et menant une vie plus que légÚre la nuit. Un peu de pouvoir, pas mal de sexe, le succÚs était garanti.
Les studios de SolfĂ©rino tentent alors de lâadapter pour les Ă©crans français (la sĂ©rie Ă©tait alors interdite aux moins de 18 ans aux Etats-Unis) tout en laissant filtrer des teasers trĂšs concis crĂ©ant par lĂ un immense dĂ©sir national. Mais la chaĂźne est maudite. En mai 2011, alors que la sĂ©rie est sur le point dâentrer en tournage de la saison entiĂšre, lâacteur principal pirate le pilote: lâĂ©pisode unique, frustrant, culte et dĂ©finitif Le mystĂšre de la Chambre 2806 (Le coup de lâaspirateur).
Une grande sĂ©rie potentielle venait de mourir, elle ne sera plus diffusĂ©e que sur le web. A ce moment, la chaĂźne est au bord de la faillite, les investisseurs en fuite. Le crĂ©neau horaire est amĂ©nagĂ© depuis trop longtemps, il nây a pas de plan B. Les producteurs, dans un geste de dĂ©sespoir, lancent alors un grand concours national façon Pop Star pour remplir la case manquante de la chaĂźne.
Six projets sont finalement retenus (dont un revival redondant et calamiteux de SégolÚne Royal).
Câest finalement le pilote François Hollande qui lâemporte, assez largement.
Personnage dĂ©calĂ© extrait de SĂ©golĂšne Royal, il sâagit donc dâun dĂ©rivĂ©. SĂ©rie rĂ©tro et vintage (les rĂ©fĂ©rences Ă lâunivers du feuilleton 80âs François Mitterrand), FH avance aussi des arguments contemporains en allant puiser constamment dans les recettes du succĂšs amĂ©ricain (et planĂ©taire) de 2008, Barack Obama.
Mais câest surtout contre la sĂ©rie Nicolas Sarkozy (Union pour une MajoritĂ© Productions) quâelle se construit, la prenant incessamment Ă revers (voir lâĂ©pisode Le Scooter normal du prĂ©sident normal). Câest peut-ĂȘtre lĂ son dĂ©faut majeur: se construire en regardant lâautre, sâefforcer de ne pas ressembler, comme si finalement, François Hollande dĂ©pendait un peu de lâimage transmise par Nicolas Sarkozy.
Certains critiques reprochent au personnage principal une certaine mollesse, une sympathie, une drĂŽlerie trop affichĂ©es quand il sâagit peut-ĂȘtre davantage de souplesse et dâhumanitĂ© (traits qui font dĂ©faut Ă NS). Il manquait dâailleurs une sĂ©rie un peu plus comique Ă lâĂ©cran, la voilĂ peut-ĂȘtre (NS sây est essayĂ© un temps, sâĂ©talant rĂ©guliĂšrement dans un humour confondant de beauferie) et ce, malgrĂ© le sĂ©vĂšre ratage de lâĂ©pisode Le changement câest maintenant avec les mains.
Mais si elle adopte un ton diffĂ©rent, FH, de par sa sobriĂ©tĂ© nouvelle, manque probablement dâun peu de charisme et de radicalitĂ© (dâoĂč la crĂ©ation de Jean-Luc MĂ©lenchon : le poing levĂ©, carton surprise et naissant des studios Front de gauche).
Ce que lâon retient de ces annĂ©es tĂ©lĂ©visuelles obsĂ©dĂ©es par NS, câest finalement un dĂ©goĂ»t, une certaine mĂ©lancolie et un dĂ©sir de changement de la part du public. Il validera peut-ĂȘtre, Ă dĂ©faut de la prometteuse DSK et contre la lourdeur et lâantipathie dĂ©gagĂ©es par NS, cette premiĂšre saison simple, prĂ©cise et modĂ©rĂ©e sans ĂȘtre frugale, dans lâespoir quâelle persĂ©vĂšre dans sa profondeur affichĂ©e.
Thomas Pietrois-Chabassier













