instantannés d’une scène le 18 juin 2017 ESADMM, Marseille, DNAP Guilhem Chabas
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instantannés d’une scène le 18 juin 2017 ESADMM, Marseille, DNAP Guilhem Chabas
I always get a bit of tender thinking of you especially imagining you in Mexico, is it warm there ?
“Le Vieux Guitariste Aveugle”, 1903, Pablo Picasso
“Domination of Black”, in Harmonium, 1916, Wallace Stevens
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Anonyme, Guilhem Chabas Eve Moissard
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Martin Grimaldi et Guilhem Chabas
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Naomi Monderer et Guilhem Chabas Naomi Monderer
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Guilhem Chabas, Pauline Perazio Pauline Perazio, Guilhem Chabas Guilhem Chabas
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Guilhem Chabas et Sarah Fastre
vues d’exposition, 1000X (cur. Guilhem Chabas) ESADMM, Marseille, janvier 2017
Naomi Monderer, Anonyme, Guilhem Chabas Naomi Monderer
monemvasia
retrouvé dans la mer, saisi en Allemagne en 1998, rendu à la Grèce en 2002, restauré dans l’atelier des métaux du Musée national archéologique, coulée selon la technique de la fonte en creux à la cire perdue sur négatif (méthode indirecte), recours à de l’eau du robinet, à de l’eau déminéralisée et à des moyens mécaniques, utilisé des résines, pour protéger le bronze du vernis acrylique, pour les compléments une résine époxy et pour la restauration esthétique des poudres destinées aux peintures d’icônes, fabriqué une structure intérieure en laiton, un alliage de bronze au plomb, c’est-à-dire un alliage de cuivre avec de l’étain et une grande teneur en plomb.
Éphèbe
et Sarah Fastré
Mer à peine audible. Pas de Henry sur les galets. Mer. Un peu plus fort. Mer. Plus fort. Ses pas sur les galets. Ses pas sur les galets. Mer. Un peu plus fort. Mer. Plus fort. Bruit des galets qui s’éboulent. Mer. Mer Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Bruit de sabots au pas sur des pavés. Mer. Bruit de sabots au pas sur des pavés. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus long. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Bruit de gouttes qui tombent, de plus en plus fort, brusquement coupé. Bruit de gouttes qui tombent, de plus en plus fort, brusquement coupé. Bruit coupé. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Porte claquée. Mer. Porte claquée. Mer. Mer. Mer. Mer. Hurlements d’Addie. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Bruit de sabots au pas sur des pavés. Bruit de sabots au pas sur des pavés. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Leçon de piano. Sabots au pas. Leçon d’équitation. Mer. Mer. Bruit de galets. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Bruit de pas sur les galets. Mer un peu plus fort. Mer plus lointaine. Mer brusquement démontée. ADA : Pas ça ! Pas ça ! HENRY : Chérie ! ADA : (plus faiblement) Pas ça ! Pas ça ! HENRY : (exultant) Chérie ! Mer démontée. Cri perçant d’Ada. Mer et cri de plus en plus fort, coupés net. -Un temps- Mer calme. Pas laborieux sur les galets qui cèdent. Mer. Mer. Mer. Mer calme et faible. Mer. Bruit de galets. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Il ramasse des cailloux et les cogne l’un contre l’autre. Choc des deux cailloux. Choc. -« De la pierre ! » et choc- de plus en plus forts, coupés net. Mer. Bruit du caillou qui chute. Bruit du caillou qui chute. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Mer. Plus fort. Mer. Mer. Long. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Bruit de galets. Ses pas sur les galets. Mer. Mer un peu plus fort. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer. Mer.
adaptation pour une mise en scène de Cendres de Samuel Beckett (2016) Guilhem Chabas
Boite 3, Bobine 5
Trente neuf ans aujourd’hui, solide comme un pont, à part mon vieux point faible, et intellectuellement, j’ai maintenant tout lieu de le soupçonner, au… …à la crête de la vague — ou peut s’en faut. Célébré la solennelle occasion, comme toutes ces dernières années, tranquillement à la Taverne. Personne. Resté assis devant le feu, les yeux fermés, à séparer le grain de la balle. Jeté quelques notes sur le dos d’une enveloppe. Heureux d’être de retour dans ma turne, dans mes vieilles nippes. Viens de manger, j’ai regret de le dire, trois bananes et ne me suis abstenu d’une quatrième qu’avec peine. Du poison pour un homme dans mon état. A éliminer ! -pause- Le nouvel éclairage au dessus de ma table est une grande amélioration. Avec toute cette obscurité autour de moi je me sens moins seul. -pause- En un sens. -pause- J’aime à me lever pour y aller faire un tour, puis revenir ici à -hésite- moi. -pause- Krapp.
-pause-
Le grain, voyons, je me demande ce que j’entends par là, j’entends… …je suppose que j’entends toutes ces choses qui en vaudront encore la peine quand toute la poussière sera — quand toute ma poussière sera retombée. Je ferme les yeux et je m’efforce de les imaginer.
-pause-
Extraordinaire silence ce soir, je tends l’oreille et n’entends pas un souffle. La vieille Miss McGlome chante toujours à cette heure-ci. Mais pas ce soir. Des chansons du temps où elle était jeune fille, dit-elle. Difficile de l’imaginer jeune fille. Merveilleuse vieille cependant. Du Connaught, j’ai l’impression. -pause- Est-ce que je chanterai quand j’aurai son âge, si jamais j’ai son âge ? Non. -pause- Est-ce que je chantais quand j’étais jeune garçon ? Non. -pause- Est-ce que j’ai jamais chanté ? Non.
-pause-
Viens juste d’écouter une vieille année, des passages au hasard. Je n’ai pas vérifié dans le livre, mais ça doit nous ramener à dix ou douze ans en arrière— au moins. Je crois qu’à ce moment là je vivais encore avec Bianca dans Kedah Street, enfin par à-coups. Bien sorti de ça, ah foutre oui ! C’était sans espoir. -pause- Pas grand’ chose sur elle, à part un hommage à ses yeux. Enthousiaste. Je les ai revus tout à coup. -pause- Incomparables ! -pause- Enfin… -pause- Sinistres ces exhumations, mais je les trouve souvent utiles avant de me lancer dans un nouveau… …retour en arrière. Difficile de croire que j’aie jamais été ce petit crétin. Cette voix ! Jésus ! Et ces aspirations ! -rire bref- Et ces résolutions. -rire bref- Boire moins notamment. Des statistiques. Mille sept cent heures sur les huit mille et quelques précédentes volatilisées rien que dans les débit de boisson. Plus de 20%, disons 40% de sa vie de veille. -pause- Plans pour une vie sexuelle moins… …absorbante. Dernière maladie de son père. Poursuite toujours plus languissante du bonheur. Fiasco des laxatifs. Ricanements sur ce qu’il appelle sa jeunesse et action de grâces qu’elle soit finie. -pause- Fausse note là. -pause- Ombre de l’opus… magnum. Et pour finir un -rire bref- jappement à l’adresse de la providence. -rire prolongé- Que reste-t-il de toute cette misère ? Une fille dans un vieux manteau vert sur un quai de gare ? Non ?
-pause-
Quand je regarde en arrière vers l’année écoulée, avec peut-être — je l’espère — quelque chose de mon vieux regard à venir, il y a naturellement la maison du canal ou maman s’éteignait, dans l’automne finissant, après une longue viduité, et le banc près du bief d’où je pouvais voir sa vitre. Je restais là, assis dans le vent cinglant, souhaitant qu’elle en finisse. -pause- Presque personne, quelques habitués seulement, des boniches, des enfants, des vieillards, des chiens. J’ai fini par bien les connaître — oh je veux dire de vue bien sûr ! Je me rappelle surtout une jeune beauté brune, toute blancheur et amidon, une poitrine incomparable, qui poussait un grand landau à capote noire, d’un funèbre ! Chaque fois que je regardais dans sa direction elle avait les yeux sur moi. Et pourtant quand j’ai eu la hardiesse de lui adresser la parole — sans avoir été présenté — elle a menacé d’appeler un agent. Comme si j’en voulais à sa vertu ! -rire- Le visage qu’elle avait ! Les yeux ! Comme des… …chrysolites ! -pause- Enfin… -pause- J’étais là quand le store s’est baissé, un de ces machins marron sale qui s’enroulent, là en train de jeter une balle pour un petit chien blanc, ça s’est trouvé comme ça. J’ai levé la tête, Dieu sait pourquoi, et voilà, ça y était. Une affaire finie, enfin. Je suis resté là quelques instants encore, assis sur le banc, avec la balle dans la main et le chien qui jappait après et la mendiait de la patte. -pause- Instants. -pause- Ses instants à elle., mes instants à moi. -pause- Les instants du chien. -pause- A la fin je la lui ai donné et il l’a prise dans sa gueule, doucement, doucement. Une petite balle de caoutchouc, vieille, noire, pleine, dure. -pause- Je la sentirai dans ma main, jusqu’au jour de ma mort. -pause- J’aurais pu la garder. -pause- Mais je l’ai donné au chien.
-pause-
Enfin.
-pause-
Spirituellement une année on ne peut plus noire et pauvre jusqu’à cette mémorable nuit de mars, au bout de la jetée, dans la rafale, je n’oublierai jamais, où tout m’est devenu clair. La vision, enfin. Voilà j’imagine que j’ai surtout à enregistrer ce soir, en prévision du jour où mon labeur sera… …éteint et où je n’aurais peut être plus aucun souvenir, ni bon ni mauvais, du miracle qui… …du feu qui l’avait embrasé. Ce que soudain j’ai vu alors, c’était que la croyance qui avait guidé toute ma vie, à savoir -grands rochers de granit et l’écume qui jaillissait dans la lumière du phare et l’anémomètre qui tourbillonnait comme une hélice, clair pour moi enfin que l’obscurité que je m’étais toujours acharné à refouler est en réalité mon meilleur- -indestructible association jusqu’au dernier soupir de la tempête et de la nuit avec la lumière de l’entendement et le feu- -le haut du lac, avec la barque, nagé près de la rive, puis poussé la barque au large et laissé aller à la dérive. Elle était couchée sur les planches du fond, les mains sous la tête et les yeux fermés. Soleil flamboyant, un brin de brise, l’eau un peu clapoteuse comme je l’aime. J’ai remarqué une égratignure sur sa cuisse et lui ai demandé comment elle se l’était faite. En cueillant des groseilles à maquereau, m’a-t-elle répondu. J’ai dit encore que ça me semblait sans espoir et pas al peine de continuer et elle a fait oui sans ouvrir les yeux. -pause- Je lui ai demandé de me regarder et après quelques instants -pause- après quelques instants elle l’a fait, mais les yeux comme des fentes à cause du soleil. Je me suis penché sur elle pour qu’ils soient dans l’ombre et ils se sont ouverts. -pause- M’ont laissé entrer. -pause- Nous dérivions parmi les roseaux et la barque s’est coincée. Comme ils se pliaient, avec un soupir, devant la proue ! -pause- Je me suis coulé sur elle, mon visage dans ses seins et ma main sur elle. Nous restions là, couchés, sans remuer. Mais sous nous, tout remuait, et nous remuait, doucement, de haut en bas, et d’un côté à l’autre
-pause-
Passé minuit. Jamais entendu pareil silence. La terre pourrait être inhabitée.
-pause-
Ici je termine cette bande. Boite -pause- trois, bobine -pause- cinq. -pause- Peut-être que mes meilleures années sont passées. Quand il y avait encore une chance de bonheur. Mais je n’en voudrais plus. Plus maintenant que j’ai ce feu en moi. Non je n’en voudrais plus.
Boite 3, bobine 5, projet éditorial et adaptation de La dernière bande de Samuel Beckett (2016) Guilhem Chabas