âOn ne va quand mĂȘme pas pleurer pour des connards. N'est-ce pas ?â
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let's talk about Bridgerton tea, my ask is open

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@chloewantstowrite
âOn ne va quand mĂȘme pas pleurer pour des connards. N'est-ce pas ?â
â
"Pendant tout ce temps, j'ai Ă©cris des lignes et des lignes sur l'amour sans mĂȘme me rendre compte que je n'en comprenais pas un mot."
Ca fait longtemps que je n'ai plus écris ici. Le manque de temps, l'envie de passer à autre chose, la vie.
La vie oui. Pendant longtemps elle a semblé rentrer dans l'ordre. Depuis ma derniÚre visite ici beaucoup de choses ont changées.
Mes Ă©tudes d'abord. Six annĂ©es entiĂšres de galĂšre entre la fac, les petits boulots et les mĂ©moires de fin d'annĂ©e. Le travail ensuite. Le dur labeur d'un emploi alimentaire oĂč on doit se lever tĂŽt le matin et rentrer tard le soir pour quelques euros Ă la fin du mois. La vie Ă©tudiantes, les amis, les gens qui rentrent dans ta vie pour quelques mois et qui repartent aussitĂŽt.
L'amour. J'ai rencontrĂ© Chris il y a bientĂŽt cinq ans de ça. Je n'ai jamais parlĂ© de lui ici. En tout cas pas comme de ceux dont j'ai dĂ©jĂ Ă©voquĂ© l'existance. Chris c'est la personne dont j'ai eu besoin au moment oĂč je ne demandais rien d'autre que d'ĂȘtre seule. Je l'ai rencontrĂ© par hasard, chez des amis communs, autour de mojitos et d'une raclette. Et la vie Ă suivi son cours, tout s'est enchaĂźnĂ©. D'abord le dĂ©but de notre couple, l'amour fou, la fusion, les rires . Puis les premiĂšres tensions, les disputes. Nos caractĂšres trop semblables pour matcher. La vie a suivi son cours. J'ai terminĂ© mes Ă©tudes et nous avons emmĂ©nagĂ© ensemble aussitĂŽt. Notre premier appartement ensemble. Mon premier appartement Ă moi Ă©galement. Avant ça je n'avais eu le droit qu'Ă des citĂ©s Ă©tudiantes oĂč je partageais ma douche et ma cuisine avec une cinquantaine d'autres personnes.
Les débuts de la cohabitations ont été trÚs compliqués. Apprendre à s'apprivoiser au quotidien. Connaitre les qualités, mais aussi des défauts de l'autre. Le bordélisme, la maniaquerie, les goûts différents en maniÚre de déco, de musique, de films à regarder. Les habitudes de l'autres, pour l'un lÚve tÎt, pour l'autre couche tard. Les sorties, les soirées, les balades en bord de mer. Il nous a fallu du temps pour nous apprivoiser.
Quand nous avions trouvĂ© notre rythme, la vie a continuĂ© son cours. Le manque d'argent s'est fait ressentir. J'avais arpentĂ© tous les couloir de mon appartement en long et en travers lors d'une longue pĂ©riode de chĂŽmage. Une opportunitĂ© en or. Celle qui n'arrive que trĂšs rarement. AprĂšs deux entretien d'embauche, des Ă©toiles dans les yeux et une longue conversation, j'Ă©tais prĂȘte Ă faire mes valises. Et il m'a suivie dans cette aventure.
Nous nous sommes retrouvés dans cette nouvelle ville, qu'aucun de nous ne connaissait. J'ai adoré mon nouveau travail dÚs le début. Le sien, un peu moins. Mais chemin se faisant, une nouvelle routine a fini par s'installer.
Et puis le confinement. COVID et angoisse. En pĂ©riode d'essai Ă l'Ă©poque, j'aurais pu ĂȘtre la premiĂšre Ă sauter et retrouver ma vie d'Ă l'Ă©poque. Mais tout s'est bien terminĂ© et quatre mois plus tard j'ai repris le chemin du boulot. La vie a continuĂ© son cours. Les projets aussi.
Malgré les tensions, nous nous sommes toujours accrochés avec Chris. Moi plus que lui, trÚs certainement. Mais ça je ne l'ai appris que bien plus tard, lorsque l'on m'a parlé pour la premiÚre fois de dépendance affective. Ca vient de l'enfance parait-il. Et mon enfance, il y en aurait des choses à dire.
Des rendez-vous à la banque et une signature plus tard, nous voilà propriétaires d'un bel appartement des années soixante-dix. Là encore des tensions. Le choix des matériaux, des couleurs. L'envie d'apprendre, ne pas y arriver, réessayer. La rénovation fut bien plus dure que ce que j'avais imaginé. Et si c'était à refaire, je le referais trÚs certainement, mais seule.
Ce fut la premiÚre fois depuis longtemps que j'eus un vrai projet sur lequel travailler. Et je me suis prise de passion pour la rénovation et la soif de travailler de mes mains.
Mais les tensions ont continuĂ©es. Encore et encore, jusqu'Ă en devenir plus fortes. Il y a eu des mots, il y a eu des gestes. Le genre de choses qui ne peut pas s'effacer et qui reste gravĂ©s dans la tĂȘte. La confiance s'est perdue. Mais mon coeur a continuĂ© de s'accrocher. Par amour, je ne sais pas. SĂ»rement plutĂŽt par peur.
Peur de tout abandonner. Peur d'ĂȘtre abandonnĂ©e. Peur d'ĂȘtre seule. Peur de perdre tout ce que j'ai. Peur de tout recommencer. De refaire sa vie, de refaire confiance. Peur de tout.
Alors je suis restĂ©e une fois de plus. Et peu Ă peu une idĂ©e Ă fait de plus en plus de place dans mon esprit. J'Ă©tais malheureuse. Je vivais non plus pour moi, mais pour les autres, par peur d'ĂȘtre déçue.
La vie a suivi son cours. Il y a eu des cris, il y a eu des pleurs. L'envie de rester couchĂ©e du matin au soir. De rester cloĂźtrĂ©e dans le noir. De ne plus rien faire Ă part rester lĂ et attendre. Attendre en se disant que peut ĂȘtre un jour ça irait mieux.
Je me suis perdue ces derniers mois. Je n'ai plus ressenti de plaisir Ă faire quoi que ce soit, Ă ĂȘtre oĂč que ce soit, avec quelque personne que ce soit.
Et puis un jour, j'ai franchi une limite. Une limite que je n'aurais jamais osé dépasser en temps normal. Mais j'avais si mal qu'une voix m'a poussé à le faire.
J'ai parlé avec ce gars pendant des jours entiers avant de me rendre chez lui. Ca n'était pas exceptionnel, mais la personne l'était.
Sauf que cette personne n'avait pas les mĂȘmes idĂ©es que moi. Encore cette putain de dĂ©pendance affective. Je me suis prise pour un mec qui ne pensais qu'Ă me baiser. Au fond de moi je le savais bien. Je savais Ă©galement le mal que je pouvais faire autour de moi. A Chris le premier.
Mais mon cerveau s'est déconnecté. Il m'a envoyé un dernier message pour me dire "Ok, vas y. Lùche prise et fait ta connerie. On verra plus tard."
Je ne regrette pas ce que j'ai fais. C'est horrible Ă dire. Mais j'ai tellement mal au coeur ces derniers mois que ma tĂȘte Ă eu besoin de s'en aller un temps pour oublier cette douleur.
Je sais qu'il se fout de ma gueule. Qu'il ne me rappellera jamais. Qu'aucun avenir n'est possible. Et trĂšs franchement, j'aimerais pouvoir graver cette idĂ©e dans ma tĂȘte, mais ça ne veut pas.
Chris ne veut pas d'enfants. Il ne veut pas racheter quelque chose d'autre avec moi.
Moi je veux des enfants. Pas tout de suite. Plus tard, c'est sĂ»r et certain. Mais sans projets d'enfants, sans projets de maison, des tensions perpĂ©tuelles et l'envie de claquer la porte tous les week-end, oĂč se trouve l'avenir. OĂč est ma vie dans tout ça. OĂč est ma vie paisible qui devrait suivre son cours ?
Tout a commencé à se casser la gueule au boulot aussi. D'abord par des décisions de la direction, en apparence sans importance. Puis par une extension, un déménagement, de nouveaux projets en cours.
Ils ont essayĂ© de nous la mettre Ă l'envers. Avec le sourire en plus de ça. Et sans avoir les couilles de nous regarder dans les yeux et d'ĂȘtre honnĂȘtes avec nous. Ce fut la goutte d'eau pour ma collĂšgue.
Aujourd'hui elle a donné sa démission. PremiÚre étape vers ma dégringolade.
Elle qui a une vie si parfait. Un homme parfait, qui l'aime et ne se pose aucunes question. Un appartement neuf. Un bébé. Un SUV. Un nouveau travail doublement payé.
Et moi ? Un couple en perdition. Un appartement oĂč rĂšgne la poussiĂšre et le chaos. Des mensonges, des larmes. Le bonheur qui s'efface.
La vie suit-elle encore son cours pour moi ?
Je vais te dire quelque chose que ne va sĂ»rement pas te plaire. Et je sais ce que tu pensera, tu penses d'ailleurs la mĂȘme chose qu'Ă l'Ă©poque, mais peu importe. Tu te rappelles de ce gars d'il y a trois ans ? On va l'appeller Johnathan. Ce n'est pas son vrai prĂ©nom, seule la premiĂšre lettre l'est, mais je sais que toi tu sais de qui je veux parler.
Johnathan a toujours été un peu spécial pour moi. J'ai passé des semaines et des mois à l'époque à me convaincre qu'on était tout l'opposé l'un de l'autre. Et c'était le cas. J'ai passé des semaines à me convaincre de le détester, car il n'est jamais vraiment rentré dans les cases dans lesquelles toi et les autres voulaient le mettre. Au fond lui il s'en fichait, et puis moi aussi.
Et puis un jour, sans rien comprendre, on a fini par s'embrasser, et par sortir ensemble. Et dĂ©jĂ Ă ce moment, j'avais laissĂ© la seule promesse que je m'Ă©tais faite: celle de le dĂ©tester. Et puis je sais aussi que tu ne sera pas d'accord avec ce que je vais te dire, mais Johnathan et moi ça a toujours Ă©tĂ© bien plus que ça. Il y a eu quelque chose d'inexplicable entre nous et personne n'a pu le comprendre alors. Pas mĂȘme nous.
On n'est pas restĂ© ensemble bien longtemps. On s'est sĂ©parĂ©s au bout de trois mois sur quiproquo qui n'avait mĂȘme pas lieu d'ĂȘtre. Et on ne s'est plus jamais reparlĂ©s. Aussi simple que ça.
Un an et demi aprĂšs notre sĂ©paration, on a tout de mĂȘme fini par se recroiser Ă la mĂȘme soirĂ©e. Celle de son meilleur ami. Et tu vois Ă l'Ă©poque encore, j'avais tellement de colĂšre contre lui et contre moi en gĂ©nĂ©ral que tout ce que j'avais en tĂȘte c'Ă©tait de lui faire le plus de mal possible. Conneries de vengeance encore une fois.
Je me suis faite son meilleur ami. Enfin dans un sens, il n'Ă©tait pas tout blanc non plus, car lui savait tout ce que moi j'ai dĂ©couvert plus tard. Johnathan a fait une sĂ©rieuse dĂ©pression quelques mois aprĂšs notre sĂ©paration. C'Ă©tait pendant l'un de nos nombreux appels trop brouillĂ©s d'alcools et de ressentis qu'il m'a avouĂ© tout cela. Ce genre de dĂ©pression oĂč la justice te paraĂźt bien impuissante, mais lĂ oĂč la premiĂšre fille peut bien s'avĂ©rer utile Ă tout te faire oublier. Mais passons.
Son meilleur pote savait tout de sa dépression, de sa nouvelle copine et du fait que leur relation ne marchait pas tant que ça. Mais il m'a laissée faire et oui il m'a laissé faire plusieurs fois.
Revenons Ă notre soirĂ©e maintenant. Johnathan Ă©tait lĂ . Il y avait du monde et moi aussi j'Ă©tais trop aveuglĂ©e de colĂšre que je n'ai mĂȘme pas vu ses yeux briller chaque fois qu'il me regardait. J'avais bu trop vite, une sale habitude encore une fois qui m'avait obligĂ©e Ă sortir faire un tour.
Il m'a suivie. Et pour la premiĂšre fois depuis un an et demi, on a de nouveau eu une de ces conversations qu'on avait y a bien longtemps de ça. Et peut ĂȘtre que c'Ă©tait sur le coup de la soirĂ©e, mais ça m'a fait un bien fou de retrouver ces sensations d'avant. On s'est embrassĂ©s. Tu le sais, je te l'ai dĂ©jĂ avouĂ©. Et sur le coup j'ai repensĂ© aux mots de ma soeur qui me disait que âembrasser son ex c'Ă©tait comme de ravaler son vomiâ, mais sur le moment je m'en foutait.
On a fait la course dans les rues, on est montés dans un vieux carrousel immobile, on a reparlé et on a ri comme jamais.
Au moment de rentrer, il a remit sa veste, et la manche de son sweat s'est lĂ©gĂšrement soulevĂ©e. Il a tirĂ© son bras pour pas que je ne voie, mais je l'ai quand mĂȘme forcĂ© Ă me montrer. Sur son bras gauche se trouvait des cicatrices qui n'avaient pas encore blanchies. Et celles-ci prenaient la forme de mon prĂ©nom.
Et bien sĂ»r sur le coup, je n'ai pas su quoi dire. Ce n'est pas le genre de chose qu'on gĂšre tout les jours tu vois. Mais je lui ai tout de mĂȘme fait promettre de ne plus jamais recommencer. Il m'a dit oui, puis on est rentrĂ©s.
J'ai déménagé quelques semaines plus tard, prit mon passeport et partie pour une destination inconnue le temps de quelques mois. Et un jour, sur Instagram une photo est apparue sur mon fil.
Un mouton.
Et je sais que tu va encore rire et trouver ça stupide comme il y a trois ans mais ce mouton c'était tout ce qu'on représentait lui et moi. Il se l'ai fait tatouer sur son bras gauche, pour dissimuler mon prénom en marques blanches.
Et tu vois, jusqu'Ă aujourd'hui je n'avais encore pas compris tout ça. Je rĂ©alise que j'ai Ă©tĂ© la pire des connes avec lui pendant tout ce temps. J'ai ignorĂ© tout ces appels au secours pendant des mois, me jetant sur son meilleur ami comme pour remuer le couteau dans la plaie. Je revois encore sa tĂȘte quand il nous a surpris une fois et comment il s'est enfui en courant. Et je n'ai rien vu. Et maintenant qu'il a fait ce tatouage, je rĂ©alise le mal que je lui ai fait sans le vouloir. Je me revois encore y a deux mois Ă rĂąler parce qu'il n'avait pas rĂ©pondu Ă mon message d'anniversaire. Mais putain je suis vraiment trop conne. Pas Ă©tonnant qu'il ne m'ait pas rĂ©pondu. J'aurais sĂ»rement fait pareil.
Tu ne l'a jamais aimé, comme beaucoup de monde. Et je sais que personne ne comprendra jamais Johnathan autant que moi. Mais ce n'est pas parce que tu as l'air dur et fort à l'extérieur que tu ne meurs pas à l'intérieur. J'ai tué Johnathan.
âJe suis tombĂ©e amoureuse de quelqu'un qui ne m'aimait pas, et j'ai Ă©tĂ© aimĂ©e de quelqu'un dont je ne suis pas tombĂ©e amoureuse. Et je n'arrive pas Ă savoir ce qu'il y a de pire. De briser un cĆur ou bien d'avoir le cĆur brisĂ©.â
â
Tu te rappelles, dis-moi, la premiĂšre fois qu'on s'est rencontrĂ© toi et moi ? Tu venais Ă©tudier lĂ moi-mĂȘme je travaillais. C'Ă©tait ton premier jour et comme d'habitude j'Ă©tais Ă mon bureau, faisant toujours le mĂȘme travail ennuyeux derriĂšre mon Ă©cran d'ordinateur. Je savais que t'allais venir aujourd'hui, c'Ă©tait Ă©crit sur ma liste. AndrĂ©a. Avec un nom comme ça, tu devais bien avoir de jolie boucles blondes qui encadraient son visage fin et faisaient ressortir tes grands yeux bleus pendant que tu te prĂ©senterais Ă moi âBonjour, je suis nouvelle ici, c'est mon premier jour, c'est Ă vous que je dois m'adresser ?â. Je n'Ă©tais pas si loin de la vĂ©ritĂ©. A deux dĂ©tails prĂšs. AndrĂ©a, tu n'avais pas les yeux bleus, AndrĂ©a. Tu n'Ă©tais pas non plus nouvelle. Italien, c'est bien ça l'origine de ton prĂ©nom. Si je l'avais su plus tĂŽt, je me serais doutĂ©e que tu n'Ă©tais pas une fille, mais bien un homme. Toujours est-il que tes cheveux Ă©taient blonds, AndrĂ©a, et tes yeux, loin d'ĂȘtre bleus, Ă©taient aussi grands que le sourire que tu m'as adressĂ©. Tu Ă©tudiais lĂ oĂč je travaillais. Rien de bien anormal pour les autres, mais quelque chose de dĂ©licieux pour moi. Tout les matins, tu passais devant mon bureau avec le plus magnifique des sourires avant de disparaĂźtre pour le reste de la journĂ©e. Ca n'allais jamais plus loin. Pas de conversations, juste des jeux de regards entre nous. Puis un jour j'ai demandĂ© Ă ton professeur de t'envoyer venir me voir. T'avais toujours ce mĂȘme sourire, un peu timide, mais trĂšs charmant. Tu ne savais pas qu'on parlait la mĂȘme langue. Et puis j'ai balancĂ© un âPutainâ bien fort en me coupant avec une feuille. C'Ă©tait la premiĂšre fois que l'on parlait rĂ©ellement âJ'avais besoin de ton numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone. C'est pour mon patron. Ne vas pas croire que je flirte avec toiâ. Ce n'Ă©tait pas vrai. SecrĂȘtement, j'avais gardĂ© son numĂ©ro bien prĂ©cieusement, juste au cas oĂč. Il me l'a donnĂ©, sans un mot, juste avec un sourire qui en disait long. AprĂšs cela, on n'a plus jamais reparlĂ©s. Et puis l'heure de dire au revoir Ă la photocopieuse est arrivĂ©s. Les collĂšgues Ă©taient occupĂ©s Ă organiser la fĂȘte de mon dĂ©part pendant que je faisais mes cartons et partait m'amuser dehors.  Tu Ă©tais lĂ ce soir lĂ . AccoudĂ© au bar de la boite de nuit. Plus loin, moi je dansais. Nos regards se sont croisĂ©s. Ange, c'Ă©tait ton nom. C'Ă©tait bien Ă cela que tu ressemblais sous les lumiĂšres des stroboscopes. Un ange aux cheveux blonds et au sourire ravageur. J'avais un peu bu ce soir-lĂ , mais ma vision ne m'avait pourtant pas jouĂ© de tour. Tu Ă©tais bien lĂ . Le soir mĂȘme j'avais glissĂ© ce petit bout de papier dans la poche de ta veste, quand tu ne me regardais pas, cette fois avec mon numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone Ă©crit dessus. C'Ă©tait ma derniĂšre soirĂ©e avant que mon bĂąteau ne parte et je m'Ă©tais dis que c'Ă©tait peut ĂȘtre mieux comme ça. Ma valise Ă©tait prĂȘte, je n'avais plus qu'Ă partir le lendemain. Je n'attendais rien de toi, je t'avais donnĂ© juste une chance, sans trop en espĂ©rer en retour. Pourtant, tu m'as bel et bien rappellĂ©e ce dernier soir. âCoucou, je suis dĂ©solĂ©, je viens juste de trouver ton petit mot. Ca m'a fais trop plaisir.  Qu'est-ce que tu fais ce soir, j'aimerai beaucoup te voir.â Et ça a commencĂ© comme ça. Un taxi plus tard, on s'est retrouvĂ© chez moi, Ă boire des biĂšres et rouler des joints pour les fumer ensemble. De joints en joints, ça a fini en lignes de coke et en cachets jusqu'Ă ce que je me retrouve dans une boite de toxicos Ă danser, une vodka Ă la main, un ballon de protoxyde d'azote dans l'autre. Et on s'est embrassĂ©s, en plein milieu de la foule. Tout tournait autour de nous, mais on s'en foutait. On Ă©tait lĂ , juste nous deux, et c'Ă©tait le principal âOn va chez toi ou chez moi ?â On a fini dans son appartement, Ă poser nos lĂšvres sur les parties de nos corps jamais explorĂ©es auparavant. On Ă©tait trop hauts pour se soucier de quoi que ce soit. Vivre dans le prĂ©sent Ă©tait notre souci principal âJ'arrive pas Ă croire que tu pars demain, pourquoi on ne s'est pas parlĂ©s plus tĂŽt ?â Je n'en savais rien. Je me suis rĂ©veillĂ©e dans son lit quelques heures plus tard, un vide Ă cĂŽtĂ© de moi. Il avait disparu pour aller rouler un autre joint. J'ai pris mes affaires. L'ange dĂ©chu n'est revenu qu'une heure plus tard, trouvant seulement dans son lit qu'un morceaux de papier avec le nom de Gabrielle griffonnĂ© au dos.
Mature ? Mais bien sĂ»r que je le suis. Ăa fait des annĂ©es que je le suis, c'est vous mĂȘme qui m'avez forcĂ©e Ă le devenir. Entre vos conneries, le divorce, les problĂšmes d'argent, la maladie, la mort, la dĂ©pression, j'ai grandi plus vite que je ne l'aurais dĂ». Il est passĂ© oĂč le reste de ma jeunesse, dites-moi ? Depuis 6 ans qu'il a fallu que je m'occupe d'un gamin alcoolique de 45 ans, oui mon pĂšre, que je nettoie ses conneries, que je gĂšre ses accĂšs de colĂšre et sa violence, que je protĂšge ma sĆur et moi-mĂȘme de ses crises et que je l'empĂȘche d'en faire d'autre. Puis qu'aprĂšs je l'entendre dire qu'il n'en peux plus, qu'il ne veut plus tout ça, qu'il prĂ©fĂ©rerait ĂȘtre mort que vivre cet vie lĂ une journĂ©e de plus. Il a fallu que je calme ma mĂšre de sa dĂ©pression et de ses envies de donner des coups de volants trop prĂšs du ravin, que je la supplie de ne pas partir, de ne pas me laisser dans tout ce chaos qu'ils ont créés avant de la voir donner de l'amour Ă un gars qui ne le mĂ©ritait mĂȘme pas pour la voir prĂ©tendre Ă un bonheur qu'elle n'aura probablement plus jamais. Parfois, elle donne l'impression d'avoir plusieurs personnalitĂ©s, j'te jure c'est Ă©puisant. J'Ă©tais lĂ Ă devoir lui dire comment gĂ©rer ses Ă©motions et puis sa vie, mais bordel, c'est pas mon rĂŽle ça ! Et a fallu que je m'occupe de la putain de crise d'ado de la sĆur, la seule qui soit restĂ©e Ă sa place pendant tout ce temps. Cette bombe Ă retardement qui m'a explosĂ©e entre les mains pour exactement devenir ce que ses parents ont fait d'elle. Mais c'Ă©tait pas Ă moi de faire tout ça ! Putain, elle est passĂ©e oĂč ma jeunesse Ă moi ? Qu'est-ce que je deviens moi dans tout ça ? Ăa vous a au moins une fois effleurĂ© l'esprit de venir vous demander comment je vais ?  Ah ça oui je vous entend bien dire âChloĂ© elle est mature, elle a l'habitude maintenant.â Mais vous savez quoi ? Je ne suis pas un robot. Surprise ! Moi aussi j'ai le droit d'avoir des Ă©motions, moi aussi j'ai le droit de craquer parfois. C'est humain. Et puis qu'est-ce que j'y peux moi si je suis jamais lĂ ? Non, je ne veux pas retourner Ă la maison. Et arrĂȘtez de pleurer bordel, vous avez pas besoin de moi. Tout ce que je veux juste, c'est rester loin d'ici, rester loin de vous. Je veux pas vous voir, je veux pas penser Ă vous. Comment ça je suis Ă©goĂŻste ? Je me suis suffisamment occupĂ©e de vous. C'est pas mon rĂŽle de faire ça. C'est vous les parents, moi je ne suis que la fille. Je devrais pas Ă avoir Ă gĂ©rer tout ça pour mon Ăąge. Je devrais ĂȘtre dehors, sortir avec mes amis, faire des rencontres, trouver quelqu'un de bien. Je devrais ĂȘtre en train de profiter de la vie, ne me soucier de rien, boire jusqu'Ă oublier, fumer un p'tit join de temps en temps. Je devrais ĂȘtre en train de faire les conneries que je vous ai empĂȘchĂ© de faire. Profiter de la jeunesse que je n'ai pas eu. Alors je vais partir. Vous m'entendez bien ? Je vais partir loin. Je vais allez faire mes Ă©tudes ailleurs, puis trouver un travail, quitter la rĂ©gion, peut ĂȘtre mĂȘme le pays. Je ferais ma vie et je serais heureuse loin de vous. Et je reprendrais la place que j'ai Ă©tĂ© forcĂ©e de quitter. 20 ans, c'est trop jeune pour ĂȘtre adulte.
Ces derniers mois ne furent que la dĂ©finition parfaite du nĂ©ant. Rien. Il n'avait rien de diffĂ©rent des autres. Il n'a jamais Ă©tĂ© plus gentil ou plus mĂ©chant que les autres. Il ne parlait de moi Ă personne, pas mĂȘme Ă ses amis. Parfois mĂȘme on s'ignorait, on faisait semblant de ne pas se voir. Il ne m'a jamais fait visiter ses galleries d'art, on a jamais Ă©tĂ© prendre de cafĂ© en ville, il ne m'a jamais racontĂ© ses secrets. On n'est jamais sortis de ces 10mÂČ on l'on se retrouvait malgrĂ© nous. Il ne parlait pas beaucoup, ne m'a jamais prit la main en public, ni mĂȘme ne m'a regardĂ© quand ses amis Ă©taient lĂ . On ne parlait pas amour et sentiments entre nous, on Ă©vitait toujours le sujet. Il ne m'a rien donnĂ© de plus que les autres, Ă part un peu de chaleur les nuit d'hiver. A ses yeux, je n'ai jamais Ă©tĂ© la plus parfaite, ni la plus belle. On n'a jamais fait de projets ensembles. Nous deux, on ne s'est jamais aimĂ©s Ă en mourir de chagrin. Je n'ai jamais rencontrĂ© sa mĂšre, ni sa mĂšre. Ouais, on ne s'est jamais aimĂ©s comme on aurait pu s'aimer. Dans 5 ans, j'aurais probablement mĂȘme oubliĂ© son existence. Et puis si on y repense, je dois dire que j'en ai souvent chialĂ© en m'endormant le soir, que j'ai pensĂ© plusieurs fois Ă quitter cet endroit et ne jamais revenir tellement je l'ai dĂ©testĂ© pendant tout ces mois. On a tout gĂąchĂ© avant mĂȘme que quelque chose ne se produise entre nous, et de cette maniĂšre te quitter n'a Ă©tĂ© que plus facile. On est juste une autre histoire d'amour avortĂ©e avant mĂȘme qu'elle n'ait eu le temps de commencer. On ne se retrouvera pas, mais on s'en remettra.
Non, ça ne va pas recommencer ⊠Je sais, c'est vrai qu'il y a tellement de choses Ă dire Ă propos de toi et moi. Mais je vais pas recommencer. Je sais mĂȘme pas comment en parler. C'est peut-ĂȘtre la premiĂšre fois que je fais ça, la premiĂšre fois que je te parle de vive voix alors que d'habitude tout ça, ça se passe dans ma tĂȘte. Il s'est passĂ© plein de choses dans ma tĂȘte toute cette annĂ©e derniĂšre. Tu sais, ça fait huit mois qu'on ne s'est pas vus. Depuis juin dernier en fait. Ca fait huit mois, et on ne dirait pas comment ça, mais c'est super long. En huit mois, il a eu le temps de se passer tellement de choses. Puis depuis la derniĂšre fois que je t'ai vu, j'ai trouvĂ© un travail, j'ai passĂ© des vacances avec mes amis, on a fait des soirĂ©es. J'ai rencontrĂ© (re-rencontrĂ©s pour certains) des gens extraordinaires. Et puis je suis retournĂ©e Ă la fac pour ma derniĂšre annĂ©e. J'suis allĂ©e en cours, j'ai passĂ© mes examens. J'ai pĂ©tĂ© des cĂąbles plusieurs fois, mais j'y suis arrivĂ©e. J'ai travaillĂ© pour atteindre mes objectifs. Et lĂ dans quelques jours je vais partir dans un pays qui m'est complĂštement Ă©tranger. Je vais vivre dans une ville que je ne connais pas du tout, pour travailler, explorer, m'inspirer et rencontrer des gens. Et j'suis morte de peur Ă l'idĂ©e de savoir oĂč est-ce que je vais aller. C'est dĂ©bile. C'est dĂ©bile de stresser alors que je suis venue faire cette licence ⊠la licence que je suis en train de faire pour pouvoir voyager, pour pouvoir dĂ©couvrir le monde. Et lĂ j'suis en train de me dire que je vais partir dans un pays que je ne connais absolument pas, et je suis en train de me mettre dans des Ă©tats pas possibles parce qu'en fait, j'ai peur. J'ai peur et j'suis progressivement en train de rĂ©aliser qu'en fait j'ai pas envie de partir. J'suis en train de rĂ©aliser que toi tu vas revenir dans quelques jours, qu'on va se croiser, qu'on va parler, qu'on va discuter, qu'on va rattraper huit mois de temps perdu. Et puis aprĂšs ça, je vais devoir partir, comme s'il ne s'Ă©tait pratiquement rien passĂ©, comme on ça avait Ă©tĂ© juste le temps d'un cafĂ© qu'on aurait partagĂ©. C'est rien. C'est rien quelques jours, peut ĂȘtre mĂȘme quelques heures, sur huit mois d'absence. Mais en mĂȘme temps ⊠en mĂȘme temps c'est paradoxal parce que j'essaye de me convaincre que j'ai pas envie de te voir, j'essaye de me convaincre que j'ai pas besoin de toi, que je veux pas de toi ici. Parce que voilà ⊠tu m'as fais tellement de mal l'annĂ©e derniĂšre. Je sais mĂȘme pas si un jour tu t'en ai rendu compte. Pourtant je sais que ⊠je sais que je parle pas beaucoup comme ça, mais je pense beaucoup de choses. Peut ĂȘtre que je pense beaucoup trop, que j'agis pas assez, j'en sais rien. Je sais mĂȘme pas si je veux ĂȘtre avec toi encore. Si on m'avait posĂ© la question y a huit mois, j'aurais rĂ©pondu que c'Ă©tait tout ce que je voulais. Que je voulais ĂȘtre avec toi, que je voulais pas que tu partes lĂ bas. Que je voulais pas que tu m'abandonne cette annĂ©e. Mais je savais ⊠enfin je pense, que c'Ă©tait pas rĂ©ciproque. J'crois qu'on s'est jamais aimĂ©s de la mĂȘme maniĂšre de toute façon. J'Ă©tais devenue folle de penser qu'un jour tu pourrais m'aimer comme moi je t'aimais Ă l'Ă©poque. Je dis Ă l'Ă©poque parce que je suis mĂȘme pas sĂ»re que ce soit encore vrai aujourd'hui. J'suis mĂȘme pas sĂ»re que je t'aime toujours comme c'Ă©tait avant. Et toi tu me disais âOn est trop proches pour ĂȘtre seulement amis, mais on l'est pas assez pour ĂȘtre ensemble.â On Ă©tait peut ĂȘtre juste un plan cul, qui sait ? Et moi je veux pas ĂȘtre un plan cul pour toi, je veux pas ĂȘtre cette fille que t'a abandonnĂ©e y a huit mois, sans dire au revoir, pour ensuite revenir, comme une fleur, comme ça du jour au lendemain juste pour pouvoir coucher avec moi, pour pouvoir profiter de moi. J'ai pas envie d'ĂȘtre ton plan cul, c'est pas ça que je veux. Je sais pas comment nos retrouvailles vont se passer, et pourtant depuis que je sais que tu vas bientĂŽt rentrer, j'arrĂȘte pas de justement penser Ă comment nos retrouvailles vont se passer. J'arrĂȘte pas d'essayer de penser, enfin, d'essayer d'imaginer la rĂ©action que je vais avoir face Ă toi. Et puis mĂȘme de la rĂ©action que toi tu vas avoir face Ă moi. Mais bon ⊠je fais que imaginer. Je crois que j'ai pas envie de te revoir. Je pense que je sais que ça va me faire du mal. Mais d'un autre cĂŽtĂ©, j'ose espĂ©rer que quelque part au fond de toi, pendant que tu Ă©tais lĂ bas t'aie pensĂ© Ă moi un petit peu. MĂȘme un tout petit peu. Puis je sais que si ça se trouve, t'es sĂ»rement en train de penser que je suis juste qu'une pauvre fille. T'en as rien a foutre de moi. Et moi ⊠moi je me force Ă croire que t'es juste qu'un connard qui es parti du jour au lendemain sans me dire au revoir, que t'as plus voulu donner de nouvelles. J'suis sĂ»re que t'as mĂȘme pas pensĂ© Ă moi pendant tout ce temps. J'en suis sĂ»re, et ça me rend malade parce que moi j'Ă©tais lĂ , et je devenais folle de penser Ă toi alors que je devais pas, alors que si ça trouve je savais que j'allais pas te revoir. Je sais plus quoi penser. Je sais plus si le fait que tu revienne soit une bonne chose, ou si je devrais juste faire mes valises et partir et penser Ă moi une bonne fois pour toutes. Parce que je te dĂ©teste, mais en mĂȘme temps je veux ĂȘtre avec toi. Et ça me rend dingue.
J'aimais tellement quand tu posais ta tĂȘte sur mes jambes, tes mains dans mes cheveux et lâodeur quâavaient tes fringues que jâen suis devenue accro, je suis devenue folle, jâte promet. Jâaimais tellement le parfum sucrĂ© de ta chambre que jâte rĂ©pĂ©tais toujours que câĂ©tait lĂ que je voulais mourir.Â
On Ă©tait pas trĂšs loin de la fin Ă cette Ă©poque. Jâme souviens encore de tes remarques sur les cernes de deux kilomĂštres de long que je me tapais alors et de ton sourire faible et moqueur que tu nâessayais mĂȘme pas de cacher. Je me rappelle que je restais plantĂ©e debout devant toi pendant que tu observais chaque parcelle de mon corps, pendant que tu te foutais de la couleur de mes cheveux pour la treiziĂšme fois ce jour-ci. Jâaimais tellement dĂ©chiffrer tes expressions quand tu Ă©tais concentrĂ© sur ton travail, quand tu avais ce tic de toujours pincer tes lĂšvres et de marmonner pour toi-mĂȘme. Je buvais tellement tes paroles que je nâĂ©coutais plus le reste du monde. JâapprĂ©ciais chaque dĂ©tail de toi et je rĂȘvais de toi la nuit. Puis je ne cessais de me rĂ©pĂ©tais que jâĂ©tais stupide, que câĂ©tait perdu dâavance, que ça nâen valais pas la peine. Et tu mâappelais le matin, jâaccourais dans tes bras la nuit. Et aujourdâhui encore, jâai gardĂ© ces cicatrices au cĆur, je passe toujours mes doigts dessus quand tu me manques.
Et puis finalement, si je ne t'avais jamais ajoutĂ© sur Facebook, tu n'aurais jamais connu la date de mon anniversaire. Du coup, tu ne me l'aurais jamais souhaitĂ© ce jour-lĂ . On ne se serait jamais parlĂ©s toute la nuit la premiĂšre fois. On se serait simplement peut ĂȘtre croisĂ©s au dĂ©tour d'un couloir, Ă seulement se dire bonjour et se sourire. On aurait continuĂ© notre vie telle qu'on la menait alors, sans trop se connaitre, sans se soucier de savoir ce que pouvais bien faire l'autre. On n'aurait jamais scotchĂ©s des petits mots sur nos portes. Et puis on n'aurait pas feint de se lancer des vannes et d'en rire Ă gorge dĂ©ployĂ©e pour cacher ce que l'on ressentait. On aurait probablement jamais eu ces profondes discutions sans queue ni tĂȘte qui n'amenaient Ă rien d'autre que des rires Ă la fin. On n'aurait jamais partagĂ©s de thĂ©s autour d'un film ou ri de notre repas qu'on aurait laissĂ© brĂ»ler, trop occupĂ©s Ă se chamailler. On n'aurait jamais partagĂ©s cette bouteille de vodka sur le sol de ma chambre et puis je n'aurais jamais posĂ© ma tĂȘte contre ton Ă©paule quand le tournis me prenait. Tu ne m'aurais jamais dessinĂ©e en cachette, ton calepin sur les genoux pendant que je dormais Ă moitiĂ© nue dans ton lit. Je ne t'aurais sĂ»rement jamais aidĂ© Ă terminer tes toiles jusqu'aux derniĂšres heures de la nuit pour qu'on finisse fatiguĂ©s, couverts de peinture, mais tellement heureux. On se serait sĂ»rement passĂ©s de toutes ces disputes qui finissaient toujours par nous rapprocher plus qu'elles nous Ă©loignaient, mĂȘme quand elles me faisaient pleurer. On n'aurait jamais fait semblant pendant tout ce temps et on ne se serait jamais dis âMerde la vie est trop courteâ en cette nuit de fĂ©vrier. On ne serait jamais tombĂ©s amoureux l'un de l'autre. Finalement, on n'aurait peut ĂȘtre jamais remarquĂ©s qu'on Ă©tait voisin pendant tout ce temps. Et on serait passĂ©s Ă cĂŽtĂ© de tellement de choses.
Je crois que j'ai perdu la capacitĂ© d'Ă©crire depuis que tu es parti. Quand j'Ă©crivais, c'Ă©tait comme si je pouvais te voir dans chaque mot. Et je me sentais rĂ©element vivante. Au travers de mes mots, je te donnais tout. Je me livrais Ă toi, dans mes sentiments, mes Ă©crits, mes paroles, mes messages. J'Ă©crivais d'amour Ă tout va. Et puuis je me suis perdue en te regardant partir. Je me suis retrouvĂ©e nulle part, prise entre quatre murs, Ă ne plus savoir parler ni mĂȘme Ă©crire. Tu as laissĂ© se consummer mes mots de papier sur ton passage. Le pire c'est que je ne sais mĂȘme pas pourquoi je pense encore Ă toi ce soir. C'est con mais tu vois, quand tu Ă©tais toujours lĂ , tu Ă©tais devenu cette vieille litanie qu'en vĂ©ritĂ© on ne peux voir que dans les films. Je mangeais toi, je riais toi, j'Ă©coutais toi, je parlais toi, je respirais toi, j'Ă©crivais toi, j'aimais toi. Mais lĂ j'Ă©touffe sans toi. Mais depuis quelques jours, c'est diffĂ©rent. Tu sais, je commence Ă me faire Ă l'idĂ©e que tu ne reviendra probablement jamais. Et puis mĂȘme si tu rentrais Ă la maison, ça ne pourrais plus ĂȘtre comme avant. Ce matin encore, je regardais le plafond de ma chambre de gamine, encore perdue dans mes pensĂ©es. Je ne sais pas combien de temps j'ai bien pu rester lĂ , immobile, Ă rĂ©flĂ©chir mais tu sais, j'ai fini par me dire que si j'en ai autant la respiration coupĂ©e depuis que tu n'es plus lĂ , ce n'est pas Ă cause de toi. Si j'Ă©touffe depuis tout ce temps, c'est parce que je rĂ©alise que je n'avais pas les mots pour combler le vide que tu as laissĂ© derriĂšre toi. Tu Ă©tais ma source d'inspiration et tu as disparu du jour au lendemain, me berçant d'illusions pour remplir mes feuilles. Et ce soir les mots manquent Ă l'appel.
J'aurais pu te laisser crever y a 3 trois ans. On Ă©tait tous un peu paumĂ©s Ă l'Ă©poque. On Ă©tait tous un peu en miettes, un peu dĂ©molis, un peu vidĂ©s par toutes ces histoires. On a tous un peu arrĂȘtĂ©s de vivre pendant un moment. Enfin surtout toi. T'Ă©tais prĂȘt Ă partir en laissant tout derriĂšre toi. T'Ă©tais amorphe, du genre qui n'en a plus rien Ă foutre de rien. Tu fumais et buvais sans cesse. Tu rĂ©agissais mĂȘme plus, tu te droguais sans fin, quitte Ă te laisser partir alors que j'Ă©tais en face de toi. Oui j'aurais pu te laisser crever il y a trois ans quand tu implorais mon pardon, tellement honteux que tu ne pouvais mĂȘme plus me regarder dans les yeux. Je n'avais qu'un mot Ă dire. T'façon tu n'avais pensĂ© Ă qu'Ă toi. Jamais tu t'es dis âJe vais me reprendre en main. Pour elles.â Tu serais parti en les laissant sans repĂšres. Tu n'as pas pensĂ© Ă ce que ça aurait pu leur faire. J'aurais pu te laisser crever, mais pour elles je ne me le serais jamais pardonnĂ©.
âOn continue ?â
â
Il est comme le café froid du matin. Dur et amer, mais tellement indispensable. Celui qui se marie le mieux avec cette cigarette à peine entamée de la veille. Il est ce mélange addictif qui à chaque fois me fais frissonner, mais qui Î combien me calme. Son parfum corsé me réveille et me rend tout les jours un peu plus accro. Il est celui que je néglige de boire le matin quand je suis en retard, et celui qui est toujours là , le soir, à m'attendre patiemment. Il est tout ça à la fois, et c'est ce qui le rend si spécial. Il est comme le café froid du matin. Il est comme une dépendance. Une drogue, ma drogue. Celle dont je ne pourrais jamais me défaire.
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Les cendres encore brĂ»lantes avaient Ă peine le temps de frĂŽler le sol, balayĂ©es par la fraĂźche brise d'Ă©tĂ©. Il ne prenait mĂȘme plus la peine de les dĂ©poser de les dĂ©poser petit cendrier Ă sa droite, prĂ©fĂ©rant simplement profiter de ses longues bouffĂ©es de nicotine imprĂ©gant ses poumons tandis qu'il essayait de calmer son anxiĂ©tĂ©. D'un soupir, il jeta son mĂ©got par dessus le balcon. Il venait de fumer sa onziĂšme cigarette. Il ne devrait plus les compter, pourtant il ne pouvait s'en empĂȘcher. Elle allait revenir, du moins c'est ce qu'il s'Ă©tait dit avant que cette fumĂ©e ne vienne embrouiller ses pensĂ©es. Ils s'Ă©taient encore disputĂ©s pour un rien, comme Ă chaque fois qu'il rentrait un peu trop tard. Mais lui prenait toujours Ă a pour un jeu, aimant la façon dont ses joues rougissaient quand elle Ă©tait en colĂšre, son habitude de ranger chaque objet Ă sa place dans l'appartement pour s'occuper l'esprit, ses manies de jouer avec ses doigts quand ne sait plus quoi dire. Il avait remarquĂ© tout cela et l'aimait un peu plus Ă chaque fois. Elle finissait toujours par s'emporter et s'en allait quelques fois comme ce soir. Elle ne lui voulait jamais bein longtemps et revenait toujours deux heures plus tard. DouziĂšme cigarette. D'habitude, elle Ă©tait de retour lorsqu'il fumait sa cinquiĂšme, certaines fois sa septiĂšme, mais cela n'allait jamais plus loin. Il l'avait blessĂ©e s'en mĂȘme s'en rendre compte, trop prit dans cette espĂšce de jeu qui n'amusait que lui. Maintenant, il Ă©tait trop tard, elle Ă©tait partie, le laissant seul sur ce balcon, faisant danser entre ses doigts cigarette sur cigarette, les allumant toutes unes Ă unes. L'anxiĂ©tĂ© le rongeait alors qu'il gardait les yeux rivĂ©s sur la poignĂ©e de la porte plus loin, qui n'avait plus bougĂ©e depuis son dĂ©part. Il Ă©tait inquiet. Ce seul mot rĂ©sumait bien la situation. Allait-elle revenir, ou passerait-elle la nuit chez une quelconque amie ? Reviendrait-elle demain, ou jamais ? Toutes ces interrogations le fit rĂ©aliser qu'il avait Ă©tĂ© trop loin. Et il le savait. Seulement, sa fiertĂ© trop mal placĂ©e l'empĂȘchait d'agir en consĂ©quence, prĂ©fĂ©rant compter les cigarette se consummer au bout de ses doigts. Dix-huitiĂšme. Et mĂȘme si l'inquiĂ©tude lui donnait le sentiment de mourir Ă petit feu, il resterait lĂ Ă attendre que cette poignĂ©e de porte ne se tourne pendant que le cancer ne prenne ces quartiers dans sa gorge. Elle reviendra. Parce que c'est ce qu'elle fait toujours.
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Je suis dĂ©solĂ©e, je n'arrive plus Ă Ă©crire. Vous savez en 6 ans ici, je crois que j'ai mĂ»ri. Avant j'Ă©crivais plus pour exprimer ma colĂšre et mon mal-ĂȘtre. Mais aujourd'hui je ne ressens plus rien de cela. Je ne saurais vous dire si je suis guĂ©rie, mais mon sentiment de tristesse et de rĂ©volte ont disparu, et cela, je dirais qu'il faut le voir comme quelque chose de positif. On grandit, on avance, on fait des choix et Ă©ventuellement, on devient heureux.
Lâheure pour moi de vous dire au revoir Tumblr.