Le point sur...le prédicat
Article rédigé par Benoit Wautelet, maitre-assistant en langue française dans la catégorie pédagogique de la HELHa (Braine-le-Comte - Belgique).
Le prĂ©dicat est un concept grammatical (Barth, 35) dont la premiĂšre mention remonte Ă Aristote et qui connait plusieurs dĂ©finitions. En grammaire moderne, le terme âprĂ©dicatâ a pris une signification trĂšs diffĂ©rente de celle quâil a encore actuellement en grammaire logique. Une pause sâimpose pour faire le point sur une notion plus utile quâil nây parait!
PLAN DE LâARTICLE
1. Notions
2. Utilités du prédicat grammatical
3. Balises méthodologiques
4. Foire aux questions
5. Orientations bibliographiques numériques
6. Bibliographie scientifique de lâarticle
1. NOTIONS
Le terme âprĂ©dicatâ en fonction des modes et des grammaires a pris diffĂ©rents sens, câest un mot polysĂ©mique. On doit distinguer le prĂ©dicat logique et le prĂ©dicat grammatical (ou scolaire).
1.1. Le prédicat logique
Initialement, dans la logique dâAristote et dans les grandes lignes, une phrase est analysable en deux parties : le sujet (ce dont on parle) et le prĂ©dicat (ce qui est dit du sujet). Cette dĂ©finition est en autre reprise actuellement dans âLe Bon Usageâ (227) et a lâinconvĂ©nient de se confondre avec lâopposition thĂšme-rhĂšme (aussi appelĂ©e sujet-propos). Grevisse le signale lui-mĂȘme : â(I)l est impossible de donner du sujet et du prĂ©dicat des dĂ©finitions qui satisfassent entiĂšrement.â (Grevisse-Goosse, 227).
1.2. Le prédicat grammatical
AprĂšs quelques dĂ©tours par la linguistique amĂ©ricaine (notamment Noam Chomsky et sa grammaire gĂ©nĂ©rative), le terme âprĂ©dicatâ est repris - Ă partir des annĂ©es 70âČ - en grammaire dite nouvelle et dĂ©signe la fonction du groupe verbal dans la phrase de base (une phrase de base est une phrase composĂ©e dâun seul verbe conjuguĂ© et non transformĂ©e, câest-Ă -dire quâelle est dĂ©clarative affirmative neutre et active). En grammaire nouvelle, toute phrase non transformĂ©e se dĂ©coupe au moins 2 parties : le sujet et le prĂ©dicat, auxquels on peut toujours ajouter une 3 partie, appelĂ©e complĂ©ment de phrase (souvent appelĂ©e â Ă tort, voir plus bas â complĂ©ment circonstanciel).
Les actuels programmes scolaires quĂ©bĂ©cois et français sâancrent nettement dans le courant de la grammaire nouvelle, puisquâils distinguent sujet et prĂ©dicat et citent le complĂ©ment de phrase.
Si les programmes français choisissent (sans le signaler tout Ă fait explicitement) la grammaire nouvelle, force cependant est de constater que la dĂ©finition proposĂ©e dans le programme ainsi que dans les documents dâaccompagnement prĂȘte Ă confusion en mĂȘlant des caractĂ©ristiques du prĂ©dicat logique et du prĂ©dicat scolaire (pour exemple : http://eduscol.education.fr/cid106031/ressources-francais-etude-langue.html#lien1). Câest sans doute lĂ lâorigine de la âquerelle du prĂ©dicatâ qui sâest installĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux et dans les mĂ©dias.
En conclusion, le prĂ©dicat aristotĂ©licien (en grammaire logique) et le prĂ©dicat scolaire (en grammaire nouvelle) sont deux concepts trĂšs diffĂ©rents quâil faut Ă©viter de confondre. La diffĂ©rence fondamentale rĂ©side dans le fait que le prĂ©dicat logique englobe le complĂ©ment de phrase et que le prĂ©dicat grammatical, au contraire, nâenglobe pas le complĂ©ment de phrase.
2. UTILITĂS DU PRĂDICAT GRAMMATICAL
Lâapparition de la mention du terme âprĂ©dicatâ dans les programmes français nâest pas anodin. Le prĂ©dicat possĂšde une rĂ©elle utilitĂ© au niveau de lâanalyse grammaticale, ce nâest pas juste un terme mĂ©talinguistique en plus.
2.1. Combler un manque
Sans le prĂ©dicat, le verbe dĂ©signe Ă la fois une classe de mot et une fonction. Cet Ă©tat de fait est clairement porteur de confusion. DĂ©sormais le verbe dĂ©signe uniquement une classe (au mĂȘme titre que nom, adjectif, etc.) et prĂ©dicat est la fonction - non pas du verbe, comme on lâentend souvent - mais du verbe et de ses Ă©ventuels complĂ©ments (COD, COI, attribut du sujet et complĂ©ment adverbial).
2.2. Créer un marche-pied grammatical
LâĂ©tude du prĂ©dicat en classe complĂšte une dĂ©marche dâanalyse jusque-lĂ incomplĂšte. DĂ©sormais on dĂ©compose la phrase de base en 2 ou 3 parties : sujet-prĂ©dicat(+complĂ©ment de phrase). Ensuite, on peut se lancer dans lâanalyse des fonctions au sein de chacune de ces 3 fonctions de base.
BriĂšvement rĂ©sumĂ©e la dĂ©marche dâanalyse est la suivante :
1. jâidentifie le verbe (classe) de la phrase de base ;
2. jâidentifie le sujet du verbe (= ce qui se trouve entre âcâestâŠquiâ) ;
3. jâidentifie le complĂ©ment de phrase (=ce que je peux enlever et dĂ©placer) ;
4. jâidentifie le prĂ©dicat de la phrase (= ce qui reste quand jâai enlevĂ© le sujet et le complĂ©ment de phrase).
Ă partir de lĂ , on peut soit analyser les fonctions prĂ©sentes dans le prĂ©dicat (COD, COI, attributâŠ) soit analyser les fonctions dans le groupe nominal.
Comme on le voit, le prĂ©dicat est un marche-pied de lâanalyse grammatical ; il permet la mise en oeuvre dâune dĂ©marche globale dâanalyse qui nâexistait pas auparavant ou qui nâĂ©tait pas Ă©vidente pour tous (on trouvait le verbe, le sujet, etc. mais on en Ă©tait rĂ©duit Ă poser des questions Ă©quivoques pour identifier les fonctions suivantes).
3. Balises méthodologiques
Quelques balises méthodologiques ne sont pas inutiles si vous souhaitez mettre en oeuvre le prédicat grammatical en classe.
3.1. Analyser uniquement des phrases de base
Le prĂ©dicat grammatical de la grammaire nouvelle est un outil dâanalyse de la phrase verbale simple (un seul verbe conjuguĂ©) non transformĂ©e (câest-Ă -dire DĂ©clarative Affirmative Neutre Active, ou DANA). Toutes les phrases proposĂ©es Ă lâanalyse aux Ă©lĂšves doivent respecter ces conditions. Si un Ă©lĂšve souhaite analyser la phrase âJolie, cette voiture!â (phrase non verbale dĂ©clarative â ou exclamative - affirmative emphatique active), on va dâabord la remettre en DANA : âCette voiture est jolie.â
3.2. Veiller à ne pas confondre prédicat logique et prédicat grammatical
Cette confusion est trÚs fréquente et se retrouve parfois dans des documents officiels (voir infra).
3.3. Utiliser le terme âcomplĂ©ment de phraseâ
La grammaire nouvelle ne parle plus de âcomplĂ©ment circonstancielâ mais prĂ©fĂšre le terme âcomplĂ©ment de phraseâ. La raison en est simple : tous les complĂ©ments circonstanciels (qui rĂ©pondent aux questions oĂč?-quand?-comment?-etc.) ne sont pas des complĂ©ments de phrase (dĂ©plaçable-supprimable- non pronominalisable).
Par exemple, dans la phrase âAujourdâhui, je vais Ă Parisâ, âAuourdâhuiâ est un complĂ©ment circonstanciel (il rĂ©pond Ă la question âquand?â) et un complĂ©ment de phrase (il est dĂ©plaçable, supprimable et non pronominalisable) ; par contre, le groupe âĂ Parisâ est un complĂ©ment circonstanciel (il rĂ©pond Ă la question âoĂč?â) mais nâest pas un complĂ©ment de phrase (il nâest pas supprimable, pas dĂ©plaçable et on peut le remplacer par un pronom). Notons que âĂ Parisâ appartient au prĂ©dicat dans cette phrase.
Beaucoup de critiques sont Ă©mises sur la terminologie âcomplĂ©ment de phraseâ. On entend notamment quâil est illogique de signaler quâun groupe appelĂ© âcomplĂ©ment de phraseâ complĂšte une phrase Ă laquelle lui-mĂȘme appartient. La critique est fondĂ©e. Deux Ă©lĂ©ments de rĂ©flexion cependant :
1. Le terme âcomplĂ©ment de phraseâ est Ă comprendre comme Ă©tant le complĂ©ment de la phraseâŠde base. Ce que les programmes belges ont par ailleurs bien compris en appelant cette fonction âcomplĂ©ment circonstanciel de lâensemble Gnsujet+GVâ. Signalons malgrĂ© tout que cette terminologie belge â pourtant intelligente â nâest hĂ©las pas du tout appliquĂ©e dans le quotidien des classes.
2. En grammaire, comme dans dâautres domaines, on a tendance Ă confondre le mot et la chose ; on veut justifier les terminologies. Tout comme un dĂ©terminant ne dĂ©termine pas et comme un possessif nâexprime pas forcĂ©ment un rapport de possession, il faut Ă©viter de justifier aux Ă©lĂšves la terminologie grammaticale. Les termes scolaires, avouons-le, ne vont pas dans ce sens : il aurait Ă©tĂ© intĂ©ressant de crĂ©er des nĂ©ologismes afin de dĂ©signer les concepts grammaticaux, cela aurait Ă©tĂ© beaucoup plus simple!
4. Foires aux questions
Passage en voie de construction â work in progress â patience ! ;)Â
5. Orientations bibliographiques numériques
Si lâon souhaite se renseigner sur la grammaire dite nouvelle, on âgoogleraâ avec bonheur âprĂ©dicat grammaire nouvelleâ.
Si lâon souhaite mettre en place le prĂ©dicat dans sa classe, on consultera avec intĂ©rĂȘt deux articles trĂšs concrets :
ï·http://www.charivarialecole.fr/a125065000/ et http://correspo.ccdmd.qc.ca/index.php/document/des-racines-et-des-ailes/cachez-ce-predicat-que-je-ne-saurais-voir/
ï·6. Bibliographie scientifique de lâarticle
BARTH Britt-Mari, Lâapprentissage de lâabstraction. Retz, CheneliĂšre Education, 2013.
GREVISSE Maurice et GOOSSE André, Le Bon Usage. De Boeck-Duculot, 2011.


















