âJâAccuseâ, par Roman Polanski: Pas dâavant-premiĂšre pour le Champo
Mardi 12 novembre 2019 au soir, Ă lâoccasion de la sortie du dernier film de Roman Polanski, le cinĂ©ma indĂ©pendant Le Champo prĂ©voyait dâorganiser une projection suivi dâun dĂ©bat en prĂ©sence des acteurs Louis Garrel et Jean Dujardin, ainsi que la femme du rĂ©alisateur Emmanuelle Seigner. La sĂ©ance Ă©tait dĂ©jĂ annoncĂ©e comme complĂšte environ une semaine Ă lâavance.
A 19h, plusieurs spectateurs faisaient dĂ©jĂ la queue lorsquâune quarantaine de fĂ©ministes se sont interposĂ©es devant les portes du cinĂ©ma, faisant front entre pancartes, banderoles et slogans: leur revendication Ă©tant celle de devoir condamner Polanski pour ses viols dĂ©jĂ reconnus, plutĂŽt que dâencenser sa dĂ©fense et se rendre complice de sa parole en finançant le film.
âJâaccuse:Polanski violeurâ, âFin de lâomerta dans le monde du cinĂ©maâ, âCinĂ©mas coupables, Public compliceâ peut-on lire sur les cartons quâelles brandissent.
A lâheure oĂč la parole se dĂ©lie, aprĂšs le mouvement MeToo initiĂ© en 2016 mettant en cause notamment le producteur Hervey Weinstein pour viols, ou plus rĂ©cemment le tĂ©moignage de lâactrice AdĂšle Haenel sur celui quâelle a subi de Christophe Ruggia, câest un climat de rĂ©veil, dâalerte et de sensibilisation qui sâeffectue dans la sociĂ©tĂ© ainsi que le monde du cinĂ©ma, et on ne peut -a fortiori quand le rĂ©alisateur lui-mĂȘme se pose en comparaison avec lâaffaire Dreyfus- ignorer le caractĂšre politique du sujet sans y admettre une hypocrisie.
Les cinĂ©mas populaires sont des bastions culturels, avec des enjeux au cĆur de la vie de quartier: difficile de nier leur implication et leur moyen dâimpact sur lâopinion publique. Lorsquâon sait quâune programmation se rĂ©flĂ©chit et que câest la salle qui choisit ce quâelle diffuse plutĂŽt que se le voir imposĂ© par le distributeur ou autre, comment ne pas y voir la prise de position du Champo et de tous les Ă©tablissements jouant JâAccuse ? En prĂ©fĂ©rant invoquer la naĂŻvetĂ© sous prĂ©texte de prĂ©somption dâinnocence (malgrĂ© un jugement rendu et un mandat dâarrĂȘt international, rappelons-le!), ignorant les faits reprochĂ©s, le cinĂ©ma se rend coupable dâentretenir Ă la fois la culture du viol et de faire la faute de prĂ©tendre sĂ©parer lâhomme de lâartiste.
Le cinĂ©ma, autant que tout autre art, est politique, quâil se le revendique ou non. Il est politique par ce quâil cache, montre, dĂ©nonce ou innocente. Dans un monde oĂč on Ă©lit ce quâon diffuse pour rĂ©pondre Ă une dynamique financiĂšre et oĂč produit comme service est capitalisĂ©; dans un milieu oĂč on privilĂ©gie de donner sa chance Ă la mĂȘme Ă©ternelle recette blanche bourgeoise et masculine; comment peut-on affirmer ne pas se rendre complice, comment peut-on croire que le lieu final accordant vitrine et caisse Ă cette logique, nâa pas un rĂŽle Ă jouer dans lâimagerie commune qui façonne les avis sans se soucier de la rĂ©alitĂ©?














