Les survivants ou le plus bas niveau du militantisme anti-IVG
Ces derniers temps, les anti-IVG - ou pro-vie, à vous de choisir - font de nouveaux des vagues, notamment sur la scène française avec ces jeunes qui s'autoproclament survivants (les vrai/e/s survivant/e/s ont dû s'arracher des cheveux) parce qu'ils ont eu la chance d'échapper à l'IVG.
Et ces improbables survivants de placarder des autocollants conformes et non-conformes aux abords des plannings familiaux, des locaux de médecine préventive sur divers campus universitaires... Ils pleurent ces frères et sœurs, cousins et autres amis qui ne verront jamais le jour parce qu'ils ont été arrachés à la vie. Quel malheur indicible, n'est-il pas, que cet enfant sur cinq qui ne sera jamais prix Nobel de la paix ou ce brillant génie qui éradiquera le cancer!
Ce qui me fait amèrement rire de la part de ces soi-disant militants pro-vie, c'est qu'il y a une - voire plusieurs - vie qu'ils dénigrent complètement: celle de la personne qui a recours à l'IVG. Pour beaucoup, peu leur importe que la femme qui avorte ait douze ou trente-six ans, qu'elle soit physiquement et mentalement apte à supporter une grossesse, que cette grossesse soit désirée, que cette grossesse mette un terme à des études, une carrière ou mette à mal les finances déjà précaires d'une mère de famille qui a déjà d'autres enfants à charge, que cette grossesse résulte d'un viol ou qu'elle représente un danger physique, mental ou les deux pour la femme.
Non, ce qui compte pour eux, c'est cet embryon qu'ils réclament à corps et à cris, à coup de slogans culpabilisants qui varient du classique "c'est immoral/contre nature" au "c'est peut-être celui ou celle qui vaincra le cancer" en passant par l'immonde "meurtrière".
Et ça me colle la rage au ventre d'entendre ces gens qui se réclament de la protection de la vie humaine se montrer sans cœur, la bouche sertie d'une haine qu'ils crachent partout où ils peuvent. J'ignorais que vouloir protéger la vie consistait à vouloir régir le corps de femmes qui leurs sont totalement inconnues, méprisant au passage non seulement ces femmes mais aussi toutes les personnes qui les entourent - enfants, parents, époux et épouses - dans le seul but d'affirmer la pathétique supériorité de leurs idées. De l'oppression, ni plus ni moins.
Et une fois l'enfant né, où sont-ils ces pro-vie? Nulle part en vue pour aider, cela semble certain. Si l'enfant entre dans le système d'adoption, alors peu importe qu'il soit baladé de famille d'accueil en famille d'accueil, passe son enfance en foyer... Et surtout pas question d'autoriser les couples non hétérosexuels à adopter, seigneur non! mieux vaut que le gamin finisse délinquant plutôt que d'être choyé et aimé comme il se doit par des parents qui ne sont pas un homme et une femme. Si l'enfant reste avec sa mère, peu importe qu'elle ait les moyens ou non de pouvoir l'élever, le nourrir et le loger correctement et qu'elle ne vienne surtout pas réclamer d'aides de l'Etat! doux jésus, quels parasites, il fallait réfléchir avant de faire un gosse... Tout ça sans compter le traumatisme - physique et mental - de devoir mener à terme une grossesse non-désirée, d'être blâmée et insultée à tout bout de champ.
Et les voilà qu'ils s'approprient un terme pour lequel ils n'ont aucune légitimité à réclamer. Des survivants. S'il y a bien une chose qui survit chez ces gens, et de manière plutôt tenace malheureusement, c'est bien la stupidité. Les survivants ont fait face à la guerre, à la maltraitance conjugale et familiale, physique et psychologique, au viol, au trafic humain. En voilà une belle ironie, des oppresseurs qui se disent survivants.
En fin de compte, il n'y a rien de plus hypocrite qu'un militant pro-vie car au fond, ce qu'il prêche, ce n'est rien de moins que son droit à gouverner le corps de la femme comme il l'entend. La protection de la vie n'est qu'un prétexte bidon.
A vous, soi-disant survivants, voici mon message: il s'agit de mon corps, de ma vie. Que vous ayez des croyances et des opinions concernant l'IVG est parfaitement normal. Que vous forciez vos croyances et opinions sur des personnes qui pensent différemment n'est pas normal. S'il ne s'agit pas de votre corps, vous n'avez pas votre mot à dire. L'IVG est un droit, que vous choisissiez de ne pas y recourir, soit, cela ne concerne que vous. Par contre, vouloir interdire ce droit au choix à d'autres cela relève de l'oppression. Une dernière fois pour que vous compreniez bien: si ça n'est pas votre corps, vous n'avez pas votre mot à dire. Lorsque vous aurez compris que vous entravez un droit personnel, que votre vie n'est pas affectée, lorsque vous aurez compris que votre pieu combat ne mène qu'à la ruine... Enfin, sachez que vous n'avez rien de survivants et au lieu de vous plaindre de ce qui aurait pu être, compatissez plutôt pour ceux qui sont et qui souffrent, celles et ceux qui survivent vraiment. Faites un geste pour eux, au moins cela contribuera à rendre le monde meilleur, contrairement à l'égoïsme et le cruel manque d'humanité dont vous faites preuve. Cessez de traiter la femme comme un objet, un réceptacle et de placer un embryon au-dessus de la vie d'une femme. Et peut-être alors ce jour-là pourrez-vous vous déclarer pro-vie.









