je voulais exprimer à quel point j'ai si souvent eu l'impression lorsque j'étais petite de passer pour une princesse capricieuse trop sensible qui ferait exprès de l'être pour embêter les autres. Parce que j'allais moins vite, par exemple, que j'étais fatiguée plus vite, par contre, que j'avais trop de difficultés à suivre le même rythme que les autres la plupart du temps. J'aurais eu besoin d'un temps différent, d'explications différentes, de douceur pour dire "tu n'es pas à avoir honte de ça", d'aménagements particuliers, pas pour m'exclure mais pour mieux me comprendre : pour m'aider. J'ai tellement cru que j'étais nulle et bête, "petite nature", on disait. Tout ça parce que je ne savais pas faire pareil que la majorité. Et de ne pas avoir eu d'aide, d'empathie dans mes galères, pire d'avoir dû ravaler chaque fois ma terreur, mon incompréhension, mon insécurité, pour ne pas déranger, ne pas exister trop, c'est toujours un bagage pénible à porter qui n'a pas quitté mes épaules aujourd'hui. La différence, c'est la conscience que je m'efforce de mettre sur cette idée : je suis trop sensible pour la plupart des choses dans ce monde parce que ce monde s'est petit à petit effondré dans une violence qu'on banalise (demandons aux animaux) et ce qu'il faudra pour l'adoucir, pour le rendre plus sensible, eh bien oui, c'est forcément : de la sensibilité. Disséminée par poignées à toutes sortes d'endroits, même là où ça semble vain, mais qu'enfin on puisse trouver des nouvelles façons de vivre. Je veux des nouvelles façons de vivre qui soient résolument douces. Aujourd'hui c'était essuyer ses larmes avec des pétales de dahlia parce que quitte à faner, autant s'entraider.