Compte rendu du séjour bitoliens des lycéens Normands
Voyage de recherche mémoriel et archéologique sur les traces des Poilus d’Orient en Macédoine par les élèves du LP Jean Mermoz de Vire et leurs professeurs.
Compte rendu quotidien
Lundi 18 avril
Départ de Vire en bus à 3h du matin. Arrivée vers 6h à Beauvais.
L’avion se pose à l’aéroport Alexandre le Grand de Skopje vers midi trente.
Transfer en bus avec accueil par des élèves macédoniens jusqu’au lycée Tito de Bitola vers 15 heure. Accueil dans les familles.
Mardi 19 avril
Journée passée à Bitola au sud de la Macédoine en proie à des mouvements de protestation pro et anti gouvernementaux. Aucune incidence sur la sécurité de l'équipe.
Nous avons ce matin du mardi été invité par Iljo Trajkovski, notre collègue professeur d'Histoire, à découvrir le lycée Josip Broz Tito. Ce grand édifice ottoman de la fin du XIXè siècle a conservé sa dénomination de l'époque communiste. Les élèves normands et macédoniens ont été accueillis par madame la consule de France à Bitola. Le programme de la semaine a été explicité avec les dernières consignes pour se protéger d'une chaleur et d'un soleil agressifs.
L'après midi a été consacré à une visite du vieux marché, de deux églises orthodoxes richement décorées par des fresques byzantines et une iconostase merveilleusement sculptée sur plusieurs niveaux. La grande mosquée de Bitola rénovée récemment a également été visitée et commentée par des élèves attentifs. Enfin, les élèves ont été reçus dans les locaux de l'Alliance française où la directrice a présenté son travail de promotion de la francophonie.
Parallèlement une réunion de travail d'Eric Allart avec un archéologue du musée de Bitola et Ivana Dimitrovska, directrice de la coopération Normandie Macédoine a donné l'occasion de mettre en place les éléments d'un partenariat institutionnalisé pour de futures prospection et fouilles sur des sites et structures encore à déterminer.
Demain mercredi, premier contact avec le terrain dans le village de Batch, à proximité d'un ancien terrain d'aviation français et à Brod, village stratégique où nous irons interroger les habitants.
Il est 19h, le soleil tombe lentement sur le korso, la grande artère piétonne de Bitola où se retrouvent le soir élégants et élégantes de tous âges et de toutes conditions sociales.
Mercredi 20 avril
Une chute appréciable de 10° a rendu le travail de terrain supportable par un vent bienvenu.
Départ du lycée à 9h, premier arrêt de quelques minutes sur le terrain de l'ancien aérodrome de Batch. C'est avec inquiétude que nous avons constaté l'avancée menaçante du crassier de la centrale thermique Rek sur les terres agricoles, jusqu'à mettre en péril les premières maisons du village limitrophe de Brod.
Rencontres fructueuses avec les habitants, en particulier le jeune Vasco, étudiant de 4ème année qui nous a fait don d'un article sur la XIè armée allemande qu'il reste à traduire du macédonien. Vasco nous a guidé dans son village et nous a permis de repérer l'emplacement d'une source utilisée en 1916-1918 par l'armée française. Nous en avions connaissance sur une photo ancienne.
Les élèves dispersés en petits groupes binationaux ont passé deux heures à discuter avec les habitants.
Ils ont notamment photographié un bouton d'uniforme bulgare présenté par l'un d'eux, une douille de cartouche française peut-être issue d'un lance fusée. De nombreux segments de rails Decauville, bricolés, soudés ont été réutilisés dans des portails et des clôtures.
A Brod, l'après-midi nous avons identifié deux tranchées bulgares en contrebas de l'église. Un élève a trouvé une ogive tirée de cartouche française. D'autres des barbelés militaires. Le village a poursuivi sa déprise démographique. Une quinzaine d'habitants résiduels âgés subsistent au milieu des ruines.
Nous avons en sus du programme établi exploré le village de Skotcivir, au pied du massif de la Chuka. Une église orthodoxe magnifiquement ornées de fresques antérieures à 1871, possède encore une vie de St Georges publiée en 1906. Les tombes civiles sont cernées de tombes de soldats serbes. celles des officiers entourées de barbelés et barres de torsion.
Sur la route du retour le site d'implantation de l'hôpital militaire mobile tenu par la princesse russe Narischkine, abondamment photographié en 1918, a été précisément localisé en comparant nos archives avec les lignes de crêtes
Les élèves sont épanouis. Colorés par le soleil tout comme leurs professeurs.
Demain jeudi, nous allons à Makovo, sur les tranchées russes, françaises, allemandes et bulgares surplombant un village reculé, étirées entre des pitons abrupts.-
Jeudi 21 avril
Invités mercredi soir à assister au spectacle de danse et de musique traditionnelles "Tanec Skopje", ballet national de renommée internationale, nous avons pu nous régaler de chants et danses virtuoses, dans les différents costumes régionaux macédoniens colorés et chatoyants. Elèves et professeurs en sont sortis ravis.
Sous un soleil caniculaire dans une nature préservée où abondent papillons, tortues en rut, chenilles processionnaires, grillons émeraudes surdimensionnés et chiens de berger en vadrouille, au milieu des effluves aromatiques balkaniques les élèves ont exploré de façon systématique le village de Makovo réduit à 20 habitants pour cause d'exode rural.
Quelques témoignages ont été recueillis. Une couverture photo dense des objets militaires réutilisés par les civils a été complétée. Des chiots de berger ont ravis les élèves.
Les tranchées russes du 3 è régiment d'infanterie ont été reconnues sous un épais couvert forestier. Leur localisation correspond aux cartes anciennes reportées sur système d'information géographique numérique préparées avant la phase de terrain. La densité des abris sous roches et bunkers est proprement stupéfiante. De quoi alimenter des années de travail futures.
Après le pique nique sur une dalle de schiste, toute l'équipe est partie à l'ascension du "Piton des Italiens" position française du 37è régiment d'infanterie coloniale (sénégalais) située au sommet d'un pic de 902 m. Ce site a été l'objet de violents et meurtriers combats avec la XIè armée allemande en mai 1917.
Au retour, arrêt du bus au cimetière militaire français de Bitola, et visite franco macédonienne aux milliers de tombes de nos soldats d'Orient.
Vendredi 22 Avril
De bon matin, accompagnés par Kostadin Popovski, commandant de la brigade de sapeurs pompiers de Bitola et notre collègue Iljo Trajkovski avec ses élèves macédoniens, nous avons suivi la carte des opérations des 9-11 mai 1917 dans le saillant Archenard, au contact des lignes bulgares.
Sur un plateau aride, sans relief contraignant, nous nous sommes divisés en deux groupes après l'identification d'un chaos granitique, documenté par les photographies de l'armée d'Orient réalisées pendant l'assaut ainsi que par les cartes militaires, sous la dénomination de "Rocher du Renard". Le site a été photographié exactement sous le même angle.
Pour le premier groupe, relevé en plan d'un nid de mitrailleuses français et découverte du premier site attesté de positions "marmitées", c'est à dire cratérisées par une intense préparation d'artillerie bulgare visant le 54è régiment d'infanterie coloniale le 10 août 1917.
L'autre groupe est arrivé sur les lignes bulgares, très bien conservées, des tranchées discontinues garnies à intervalles réguliers de bunkers en béton armé renforcés par des blocs de quartz. L'un d'entre eux présentant une inscription bulgare datée de 1917, une autre première pour notre travail d'inventaire des sites du front d'Orient.
Ensuite, les deux équipes à nouveau réunies ont parcouru à pied le trajet des renforts montant en première ligne à travers le ravin de la Makovska jusqu'au village de repli de Rapech où le bus nous attendait pour le retour.
De retour à Bitola, les enseignants revigorés par une douche bienvenue ont répondu à l'invitation de madame l'ambassadrice Laurence Auer à la cérémonie de remise d'insignes de chevalier de l'ordre des palmes académiques à leur ami Iljo Trajkovski en présence de sa famille et de ses collègues du lycée Josip Broz Tito.
Samedi 23 avril
A 7h 30, nous avons pris un bus. Sur une route bien fatiguée, nous avons parcouru 70 km en plus de deux heures.
Visite du monastère orthodoxe de Saint Naum, dédicacé à un disciple de Saint Méthode au XIè siècle. Sublimes fresques byzantines, graffiti de croisés, dans un parc rafraîchi par des sources où s'époumonent des paons en rut.
En face de la rive, à une portée de flèche, Pogradec, première ville de l'autre coté de la frontière albanaise.
Visite d'un village lacustre néolithique reconstitué sur le lac au pied d'un camp militaire romain.
Enfin, repas à Ohrid et visite libre laissée à l'initiative des élèves.
Dimanche 24 avril.
Visite de la cité antique d’Heraklea, la capitale de Philippe, le père d’Alexandre. La pluie nocturne a colorisé les mosaïques incroyablement bien conservées. Colonnes, théâtre, grands édifices, trésors d’architecture antiques.
En milieu de journée, retour à pied au centre de Bitola et visite du riche musée de la ville. Fin du dimanche laissée libre.
Lundi 25 avril
A deux heures du matin, adieux et embarquement dans le bus à destination de l’aéroport.










