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Il commençait bizarrement - à la manière de ces fragments de chaussée romaine qui commencent et finissent sans qu’on sache pourquoi au milieu d’un champ, comme une règle qu’on laisserait tomber sur un échiquier - au cœur même d’une clairière d’herbes, dans l’intervalle formé par deux lisières de forêts qui couraient se rejoindre, et entre lesquelles il s’engageait. Là où le soubassement en était resté intact, il présentait, quoiqu’il fût très étroit, tous les signes d’une construction soigneuse : une maçonnerie compacte de petits blocs anguleux, ou parfois, près du lit des rivières, de galets ronds, pris dans une sorte de béton, sur laquelle on avait aplani et rejointoyé un pavage de grosses dalles plates. L’ensemble figurait à peu près le sommet d’une étroite digue qui eût affleuré au niveau du sol. Sa résonance mate et sans vibration sous les pieds des chevaux était celle d’un mur. Bien que sa largeur atteignît tout juste la voie d’une charrette, et qu’il fût visible que le chemin avait dû être surtout un chemin cavalier, les dalles de la surface gardaient des traces anciennes d’ornières qui mordaient la roche d’une gouttière usée, incrustée maintenant de lichens gris, et ces signes d’un trafic ancien évoquaient de façon vive l’idée d’un courant ininterrompu, d’un éveil de vie qui avait dû, à une époque très reculée, animer la route de bout en bout. L’impression de délabrement extrême qu’elle donnait maintenant n’en était que plus forte. C’était une route fossile : la volonté qui avait sabré de cette estafilade les solitudes pour y faire affluer le sang et la sève était depuis longtemps morte, - et mortes mêmes les conditions qui avaient guidé cette volonté ; il restait une cicatrice blanchâtre et indurée, mangée peu à peu par la terre comme par une chair qui se reforme, dont la direction pourtant creusait encore l’horizon vaguement ; un signe engourdi plutôt qu’une voie - une ligne de vie usée qui végétait encore au travers des friches comme sur une paume. Elle était si ancienne que, depuis sa construction, la configuration même du terrain avait dû changer insensiblement : par endroits, le soubassement de la chaussée dominait maintenant d’assez haut en talus les prairies des vallées, montrait à nu tout un hérissonnage de blocs - ailleurs, le dallage submergé plongeait sur d’assez grandes distances et se perdait sous les terres rapportées. Pourtant on ne la quittait jamais tout à fait de vue, ou plutôt - même submergée sous les éboulis, plongée sous les hautes herbes - comme le cheval tâte encore du sabot le fond empierré du gué, on gardait avec elle une espèce de contact singulier, car la trace d’un chemin d’homme est plus longue à s’effacer de la terre que la marque d’un fer rouge : à une trouée plus claire devant soi dans les buissons, à je ne sais quel alignement soudain plus rigide des arbres dans l’éloignement, quelle suggestion encore vivante de direction, la Route, de loin en loin, désincarnée, continuait à nous faire signe, comme ces anges énigmatiques des chemins de la Bible qui, loin devant, du seul doigt levé faisaient signe de les suivre, sans daigner même se retourner. Elle ressemblait aux rivières des pays de sable qui cessent de couler à la saison chaude et se fragmentent en un chapelet de mares, entre lesquelles un filet d’eau gargouille parfois encore entre les cailloux ; depuis des âges lointains le sang avait cessé d’y battre de bout en bout, mais on devinait à des passages marqués de traces plus fraîches de roues ou de sabots, que le sens une fois perdu et jusqu’à l’idée même du long voyage, le sommeil n’était pas descendu sur elle d’un seul coup : de façon discontinue, et sur des parcours de faible longueur, on avait continué à l’emprunter par endroits, comme un laboureur fait cahoter sa charrette sur un bout de voie romaine qui traverse son champ - mais c’était alors un charroi menu et tout à fait domestique, comme il en chemine dans les venelles des petits bourgs entre les meules et les abreuvoirs - troupeaux de petit bétail qu’on mène pâturer ou vendre, allées et venues de charbonniers ou de bûcherons, colporteurs qui se risquaient jusque-là de la lisière des Marches. Puis, à mesure qu’on s’enfonçait davantage dans les solitudes confuses, même ces petits craquements humains de chemin creux mouraient, et après le grand vide blanc de la journée, dans le chien et loup du crépuscule, c’étaient les bêtes libres qui prenaient là un dernier relais, car cette éclaircie dans les bois leur semblait familière et commode, surtout à celles qui voyagent et vont loin ; souvent on entendait, derrière le proche tournant, le galop d’une harde sur les pierres, ou bien dans l’éloignement, avec des grognements d’aise, on voyait trotter dans le fil du chemin, d’un long trot de route, un sanglier avec sa laie, et toute la file des marcassins : et alors on avançait le cœur battant un peu dans la lumière plus fine : on eût dit que soudain la Route ensauvagée, crépue d’herbe, avec ses pavés sombrés dans les orties, les épines noires, les prunelliers, mêlait les temps plutôt qu’elle ne traversait les pays, et que peut-être elle allait déboucher, dans le clair-obscur de hallier qui sentait le poil mouillé et l’herbe fraîche, sur une de ces clairières où les bêtes parlaient aux hommes.
voie romaine, Donon
salpalinja
(ligne verrou) en suède
lieu contraire
Ces dernières années, peu de thèmes ont subi dans le discours une banalisation et une surexploitation comparables à celui de la nature. Justificatif désarmant de toutes les politiques et promesses publicitaires, le monde naturel est lui-même devenu un lieu commun. Comme la banalisation s’accompagne souvent d’un affaiblissement du sens, je vais revenir à deux lieux « de nature » parmi les plus permanents de nos civilisations, la forêt et le jardin, pour interroger les significations qu'on y projette.Â
En fait j'ai juste envie de parler de forêt et de poster ici un travail commis il y a quelques années pour un cours de sémiotique.
Mon hypothèse de travail était celle-ci : "Si intuitivement le monde naturel semble bien être le plus commun et le moins signifiant des lieux par opposition aux espaces de culture, peut-être ces deux endroits tirent-ils au contraire leur force de leur caractère extra-ordinaire" (soit un format typique de Sciences Po, le "vous croyez que... mais je révèle votre erreur", c'est prétentieux, mais c'est pas grave car ce n'est qu'un prétexte).
Pour point de départ, on prend la définition communément admise de ce qu’est une forêt :
Forêt : Vaste étendue de terrain peuplée principalement d'arbres; ensemble de ces arbres.
Métaph. Ensemble touffu, inextricable
Le Petit Robert de la langue française 2011
Au fig. Grande quantité de choses abstraites formant un ensemble complexe ou confus, inextricable.
Le Trésor de la Langue Française
Déjà , il y a une difficulté entre le passage du sens propre au sens figuré de la forêt. Le premier la décrit comme ce qui est produit par la répétition d’un élément, l’arbre, sur un terrain ; comme le résultat de ce processus de multiplication d’un motif de base. Le second introduit l’idée d’un ensemble unique caractérisé par sa complexité, son caractère inextricable, cette « grande quantité de choses abstraites ».
Il semble donc y avoir à l’œuvre un phénomène de brouillage qui sépare l’idée qu’on se fait du lieu – formé d’une somme ou addition d’arbres, une opération arithmétique simple et facile à concevoir – de l’effet produit par le lieu : la confusion. L’illisibilité de l’ensemble contredit, du moins dépasse, la simple somme des éléments qui le composent. La question, c'est donc : qu’est-ce que ce lieu qui ne se laisse pas extriquer ? Qu’est-ce qu’un lieu complexe ?
On pressent par exemple que notre métropole moderne doit être un lieu complexe, car fortement investi de constructions techniques et culturelles, et qu’on trouverait à son opposé des lieux simples : dans la soit disant non-ville des zones périurbaines ou dans les étendues dépeuplées qui tendent du rural vers le désert.
Mais nous voilà dans la forêt, un espace plus rural que l’idée même de campagne, qui fut le type d’espace le plus commun de l’Europe originelle, qui serait le moins construit par l’action humaine, et que ce lieu nous apparaît comme illisible.
La première chose qui vient à l’esprit quand on tente d’appliquer le concept de simplicité et de complexité à la notion d’espace est la question de la localisation. Autrement dit, un lieu qui m’est simple est le lieu où je sais où je suis, où je me repère aisément.
La première difficulté qui découle alors de ce constat, c’est que la forêt n’est pas un type d’espace qui se prête volontiers à la localisation. Comme la définition nous l’apprend, on sait que la forêt est là lorsque les arbres sont là . La forêt n’est donc pas un lieu comme l’enclos est un lieu, ni comme toutes les formes plus élaborées qui fonctionnent sur le mode de l’enclos sont des lieux : les terrains, les salles, les villes fortes, les emplacements autour desquels on tire une ligne qui définit le dedans, et le dehors. La ligne autour de la forêt qui permettrait de nous dire le dedans et le dehors est poreuse. On repère qu’on y entre grâce à l’intensification de la présence d’arbres (elle s’épaissit), et qu’on en sort, grâce à son évanouissement (elle s’éclaircit). Ce phénomène fournit d’ailleurs à Gilles Deleuze l’occasion d’un très beau passage, pendant un cours sur le concept de limite :
La lisière de la forêt c’est une limite. Est-ce que ça veut dire que la forêt se définit par son contour ? C’est une limite de quoi ? Est-ce une limite de la forme de la forêt ? On peut le dire, c’est pas qu’on puisse pas le dire mais c’est un genre de limite qui est mal défini comme limite de la forme de la forêt. C’est une limite de l’action de la forêt, c’est à dire que la forêt qui avait tant de puissance arrive à la limite de sa puissance, elle ne peut plus mordre sur le terrain, elle s’éclaircit. Elle s’éclaircit.
Ce qui montre que ce n’est pas un contour, c’est que vous ne pouvez même pas assigner le moment précis où ce n’est plus la forêt. Est ce que vous étiez déjà dans les sous bois, comment vous êtes passé de la forêt au sous bois et du sous bois au taillis, tout ça j’ai pas besoin de me forcer beaucoup pour dire : Il y avait tendance, et cette fois la limite n’est pas séparable, une espèce de tension vers la limite.
C’est une limite dynamique qui s’oppose à la limite contour. La chose n’a pas d’autre limite que la limite de sa puissance ou de son action. La chose est donc puissance et pas forme. La forêt ne se définit pas par une forme, elle se définit par une puissance : puissance de faire pousser des arbres jusqu’au moment où elle ne peut plus. D’où la seule question que j’ai à poser à la forêt ce n’est pas : quelle est ta figure et quels sont les contours ? La seule question que j’ai à poser à la forêt c’est : quelle est ta puissance ? C’est à dire : jusqu’où iras-tu ?
Gilles Deleuze, cours sur Spinoza du 17 février 1981, Vincennes
Elle est vraiment super cette citation. Donc, parce qu’elle résiste à notre système de localisation qui repose sur un quadrillage de lignes (de latitude, de longitude, de relief, de rues, du cadastre…), la forêt déstabilise notre capacité à appréhender le lieu. D’une part cet endroit ne se définit pas par sa forme ; d’autre part il se définit difficilement par son contenu, puisque ce contenu n’est qu’une répétition sans fin de l’arbre. Etre dans la forêt, c’est donc une expérience de la défamiliarisation, du contraire d’être quelque part.
Le pas est facile à franchir entre « ne pas savoir où on est » et « être perdu ». Les récits traditionnels donnent de multiples exemples de la façon dont la forêt est investie par des programmes narratifs qui gravitent autour de la perte : toutes les forêts des contes sont là pour qu’on s’y égare. Et parce qu’elles déstabilisent l’ordre et le savoir normal, elles sont le cadre idéal de la rencontre avec l’altérité : le monstre, le loup, le cerf blanc de la Table Ronde.
Les récits médiévaux utilisent souvent ce lieu, puisqu’ils se déploient selon une dynamique circulaire (de cycles et de circulations) et que leurs héros passent la majeure partie de leur temps à tourner en rond. Pour prendre un exemple, lorsqu’Yvain, le Chevalier au Lion, pénètre dans la forêt, il y perd du même coup son chemin et sa raison – on pourrait dire : à la fois sa « raison géographique » et sa raison mentale. Ce doit être un lieu profondément perturbant pour entraîner une confusion des modes de l’identité telle qu’Yvain y oublie qui il est (il perd en effet son nom) pour retourner à la vie des bêtes.
La forêt est donc un lieu de l’errance, qu’on pourrait définir comme un mode particulier du mouvement : la circulation du fou, soit la circulation « insensée », celle qui fait erreur sur le sens des signes que donne l’espace et en tire une lecture erronée.
Pour autant, ce constat ne permet pas d’établir que la forêt soit un espace tout à fait illisible. Certaines personnes savent s’y repérer. Les forestiers, les chasseurs, les braconniers, les bûcherons… y naviguent en basant leur parcours sur signes valables. Ces sujets interprètes portent un savoir particulier. Ils peuvent voir, dans cette apparente répétition homogène d’arbres, des petites déchirures qu’ils traduisent en sens : la branche cassée qui signe le passage d’une bête, la marque sur le tronc qui indique le chemin du pèlerin. Pour celui qui ne détient pas cette compétence d’interprétation, tous les arbres sont les mêmes et, de fait, il passera vingt fois devant le même sans s’en rendre compte.
Si on examine ces signes avec un peu d’attention, il en ressort que beaucoup partagent la particularité de parler d’un mouvement. Le plus commun que tous les enfants doivent connaître consiste à repérer le côté du tronc sur lequel pousse la mousse pour retrouver le Nord. Mais le Nord ne dit pas où je suis : il flèche une direction. Il en va de même des indices animaux : la trace, le fouissement, la trouée, la brisée, la couchée, la passée de la grande bête, gardent imprimé dans leur nom son mouvement. L’animal lui-même se rencontre rarement autrement que sur le mode du décampement, du détalé, de l’envol, de la fuite.
Ce constat amène à formuler l’hypothèse interprétative suivante : la forêt est fondamentalement un espace de circulation. Circulation de la vie animale d’abord ; à sa poursuite, circulation des chasseurs dont la traque, la piste, est un mouvement qui déchiffre, reproduit et tente de rejoindre celui de la bête chassée. Circulation de l’errant, de l’enfant ou du chevalier perdu. Circulation furtive pour le braconnier, circulation de puissance pour le seigneur qui possède le droit de chasse, c’est-à -dire le droit de mouvement dans cet espace forestier. Dans les récits traditionnels encore, la figure du voleur et du brigand – qui incarne le mouvement de dérobade, soutirant l’objet à son lieu et à son propriétaire – est une figure de forêt.
La forêt agirait alors comme un lieu perturbant dans la mesure où on y est pris dans un système de flux ininterrompus : c’est un lieu comme liquide à l’intérieur. On s’y trouve rarement ; généralement, on y pénètre, ou on cherche à en sortir. Il déstabilise donc tout ce qui tient de la présence et de l’identité, et favorise les transformations, ce qui en fait un espace adéquat aux récits d’initiation. Alors qu’on pense généralement les lieux de passage (métro, hall) comme assez neutres, dans la forêt le passage même devient l’enjeu et l’épreuve – avec tous ses pendants symboliques comme le passage à l’âge adulte.
Par voie de conséquence, on pourrait penser que ce lieu de rupture se rapproche bien d’un concept que Michel Foucault a développé brièvement lors d’une conférence, l’hétérotopie :
Mais ce qui m’intéresse, ce sont, parmi tous ces emplacements, certains d’entre eux qui ont la curieuse propriété d’être en rapport avec tous les autres emplacements mais sur un mode tel qu’ils suspendent, neutralisent ou inversent, l’ensemble des rapports qui se trouvent, par eux, désignés, reflétés ou réfléchis. Ces espaces, en quelque sorte, qui sont en liaison avec tous les autres, qui contredisent pourtant tous les autres emplacements, sont de deux grands types.
Le premier type est celui, bien connu, de l’utopie.
Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai par opposition aux utopies, les hétérotopies.
Michel Foucault, « Des espaces autres », conférence du 17 mars 1967
Cette hétérotopie est un endroit effectif qui prend son sens par rapport aux autres endroits en s’y opposant, parce qu’il les retourne ou les annule. Cette notion est remarquablement proche d’un élément de sémiotique tensive, qui tire de la sémiotique structurale le postulat que le sens se construit dans la différence. On pourrait effectivement dire que la forêt fonctionne en introduisant un événement logiquement impensable qui inverse l’état normal : « bien que je suive le chemin, je suis perdu » ; « bien que je sois pris, je suis libre ».
Ces concessions forment les deux grands programmes narratifs qui ont été tour à tour projetés sur la forêt et vont nous permettre de vérifier l’idée de la circulation. Le premier, celui de l’errance, a déjà été évoqué. Le second, « bien que je sois pris, je suis libre », est un résumé exact du principe de « Waldgänger », soit «  celui qui va aux bois ». Cette notion de droit médiéval nordique désigne le condamné à mort dans son village qui se voit offrir la possibilité de partir vivre en forêt. Là -bas, il est libre. Mais simultanément, il reste un condamné : un habitant qui le rencontre dans les bois le tuera, car sa peine est toujours en vigueur pour le reste de la société – qu’incarnera l’habitant. Cette superposition de deux états de droit contraires et mutuellement exclusifs est rendue possible par l’espace hétérotopique de la forêt.
Le Waldgänger a ensuite été théorisé par Ernst Jünger dans son Traité du rebelle sous le terme du « recours aux forêts », que nous appellerions plus couramment« prendre le maquis ». L’entrée en forêt concrétise souvent cet acte politique très précis de l’entrée en résistance ou en clandestinité, de mise en position d’échapper à la saisie. Dans cet espace qui résiste au quadrillage légal, le souverain perd de fait la possibilité de saisir le corps du rebelle, du résistant, du brigand, du prisonnier évadé (Jean-Pierre Treiber) et bien sûr de l’anarchiste, dont un exemple récent nous a été donné par le groupe du Comité Invisible qui s’est placé dans la lignée du résistant Georges Guingouin en prenant le maquis à Tarnac. Le passeur de la Seconde Guerre mondiale et le contrebandier savoyard ont en commun d’utiliser la forêt pour traverser sans dommages une ligne qu’elle annule : la frontière, la ligne de l’Etat souverain, qui perd dans les bois son pouvoir.
L’espace forestier est ainsi investi de cette valeur d’insaisissabilité qui crée dans l’espace une disjonction par rapport à l’ordre normal. Il génère un grand surgissement, une mise en présence troublante des sur-contraires : être quelque part (dans le lieu localisé ou dans la société), pourtant n’être nulle part (perdu, ou libre).
On conçoit que cet espace pose alors problème à l’Etat moderne. Il se prêtait bien à l’expression de la puissance du seigneur médiéval, mais contredit l’Etat bourgeois des marchands, de ces villes qui se sont construites par la route et ses flux d’échanges. L’image de la route qui passe dans la forêt est réminiscente des thèmes de l’embuscade et du traquenard. Ernst Jünger, encore, écrit dans Sur les falaises de marbre la destruction d’une société par les raids des hors-la-loi du Grand Forestier vers les plaines et les villes des agriculteurs, des moines et des marchands.
Si l’enjeu de la forêt est un enjeu de circulation, alors pour réduire la puissance de nuire la forêt, l’Etat moderne doit maîtriser la circulation. Bien sûr, il existe déjà des chemins forestiers ; mais ils sont formés par la répétition des va-et-vient du chasseur et du bûcheron. Ces chemins découlent de l’ancien mode de circulation, ils sont faits par et pour ces anciens sujets interprètes et ne réduisent pas la complexité du lieu pour les non-initiés : ils sont encore un espace pour trébucher, se prendre dans les ronces, perdre la piste.
La canalisation de la forêt sera donc le programme de la modernité. De ce processus de balisage surgira un nouveau type de lieu : le parc. D’après la définition qui débute cette étude, le parc partage avec la forêt d’être une étendue couverte d’arbres ; il s’en différencie par la réduction des passions déroutantes de la forêt, qui, domestiquée, ne produit plus de désorientation mais offre des allées à un nouveau mode de circulation : la promenade, la déambulation.
C’est une forêt à laquelle on a imposé un système de lignes et de balises qui la découpent en zones fonctionnelles. Les promeneurs marchent sur les allées, les arbres bordent les allées. Des espaces sont conçus pour le mouvement, d’autres pour la pause : le banc, le kiosque. Et si des animaux peuvent y rester, il n’est pas question de les inscrire dans un mouvement en relation avec l’homme : ils paissent, ils se déplacent sans doute, mais ne sont pas poursuivis.
Le parc procède donc d’un adoucissement de la circulation, du rabotement des sur-contraires de la forêt vers des sous-contraires mous. Par exemple, si l’expérience de la perte est conservée, elle le sera sous la forme du labyrinthe, qui reproduit l’errance sous une forme sécurisée et balisée dont on est sûr de sortir.
Cette forme particulière de la forêt adoucie est devenue le type même des forêts modernes. Quand on parle de parc, on entend d’abord les grandes allées des promenades bourgeoises du 19ème siècle, mais le principe du parc est plus étendu. Les parcs naturels, forêts périurbaines, et parcs nationaux procèdent du même processus de canalisation où l’on sépare le chemin des randonneurs, fléché de bornes kilométrées, de la réserve biologique. Il participe du même mécanisme du circuit et du parcours : le circuit de randonnée avec ses points de vue panoramiques, le circuit d’accrobranche avec ses tyroliennes, le parcours de santé avec ses obstacles en bois.
Le long de ces circuits, le mouvement est indiqué par un nouveau type de signe. Les panonceaux qui désignent au promeneur une vue photogénique, la présence de telle espèce de faucon, la distance à parcourir… sont autant de signes qui extirpent le savoir des sujets interprètes traditionnels pour le disposer sur des supports extérieurs et inamovibles. Cette action d’extériorisation, typique de la connaissance moderne (qui passe par exemple du rouleau qu’on apprend par cœur vers le codex qu’on consulte à son gré), met certes la pratique de la forêt à la portée de ceux qui ne la connaissent pas, mais est assez débilitante pour les populations qui la connaissaient puisqu’elle leur retire leur compétence distinctive.
Le parc règle donc le problème des flux insaisissables à l’intérieur de la forêt en y traçant des circuits, mais il règle aussi le problème de la limite indéfinissable de la forêt en la détourant par un contour ; on lit ainsi dans le Petit Robert que le parc est une :
Grande étendue boisée et clôturée où l'on garde le gibier pour la chasse
Le Petit Robert de la langue française 2011
Le thème de la chasse établit encore une filiation entre la forêt et le parc, un espace longtemps formé à partir du domaine aristocratique, qui évoque peut-être une sorte de souvenir spatial de l’ancienne puissance des seigneurs, une sorte d’endroit fantôme qui reproduirait les anciennes formes de l’exercice de cette puissance.
A ceci près que cet espace est à présent clôturé. C’est sans doute à partir de cette circonscription du parc par une ligne limite qu’on voit arriver la troisième forme spatiale de notre étude : le jardin, qui étymologiquement signifie le lieu clos.
Le jardin et la forêt sont souvent opposés l’un à l’autre, notamment dans la rhétorique chrétienne médiévale du locus horridus (le lieu hérissé, puis le lieu d’horreur locus horribilis) contre locus amoenus (le lieu avenant). Le premier serait l’espace brut et brutal, le second l’espace d’accueil par excellence. Si on cherche à inscrire cette tension dans le cadre qui a guidé notre analyse, on aboutit à cette possibilité : la forêt d’un côté est l’espace de la circulation ; de l’autre, le jardin serait l’espace de ce qui ne fuit pas, c'est-à -dire le lieu de toutes les présences, les identités, les staticités. Si d’un côté la forêt permet l’insaisissable, alors de l’autre, le jardin permettrait l’accumulation parfaite.
Retour à la conférence de Michel Foucault :
L’hétérotopie a le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles. […] mais peut être que l’exemple le plus ancien de ces hétérotopies, en forme d’emplacements contradictoires, est le jardin. Il ne faut pas oublier que le jardin, étonnante création maintenant millénaire, avait en Orient des significations très profondes et comme superposées. Le jardin traditionnel des Persans était un espace sacré qui devait réunir à l’intérieur de son rectangle quatre parties représentant les quatre parties du monde […] Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde.
Michel Foucault, « Des espaces autres », conférence du 17 mars 1967
Ainsi, le jardin est clos par rapport au reste du monde avec lequel il s’inscrit en disjonction. Tous les jardins travaillent la dialectique de la limite ou de la frontière : le jardin fermé médiéval (hortus conclusus) est protégé par la muraille du château fort, tandis que le Jardin des Délices (hortus deliciarum) est sans palissade mais pourtant entouré d’une muraille d’air enchantée. Le grand jardin pittoresque anglais s’ouvre sur le paysage alentour, mais en réalité ils’en détache par la dénivellation d’un talus (le « ha-ha ») qui interdit au gibier son entrée et détoure la propriété. Même le jardin public est enclos, prescrit des règles de conduite particulières et des temps d’accès spécifiques.
Il ouvre un espace extraordinaire dans la mesure où, dans le jardin, existent ensemble des choses qui ne peuvent pas exister ensemble. On peut remonter au jardin modèle de tous les jardins : dans le Jardin d’Eden, tout le monde est concentré – toutes les essences, y compris les arbres divins, toutes les espèces, y compris le prédateur et la proie rassemblés dans un agencement contre nature, et tous les temps simultanément, puisqu’il ne connaît pas la succession des saisons – dans un lieu hors du monde.
Le jardin botanique, le potager, la roseraie, le jardin zoologique…sont des lieux où une mise en présence d’éléments (herbes, légumes, roses, animaux) est possible, qui ailleurs est impossible. La formule de l’architecte paysagiste Carmontelle, qui dit à propos de la Folie de Chartres (Parc Monceau) qu’elle devrait être « un jardin extraordinaire où seraient réunis tous les temps et tous les lieux », donne la mesure de la force de compilation et de juxtaposition du jardin, dont chacun forme un petit monde parfait et complet, une « utopie heureuse et universalisante » (M. Foucault). Le jardin est donc un type d’espace qui intensifie immensément le mode de l’être jusqu’à tendre vers sa complétion. Il fait partie de ces hétérotopies qui constituent des espaces illusoirement parfaits en regard de l’imperfection des espaces normaux. La concession du jardin pourrait donc s’exprimer par une impossibilité presque mathématique : « bien que je ne sois qu’un point, je contiens tout le monde ».
Ce monde complet émerge par un processus de composition, c'est-à -dire par la construction d’agencements entre des éléments végétaux ou minéraux auxquels est associé un vocabulaire symbolique qui leur permet de signifier au-delà d’eux-mêmes. Les agencements du jardin français donnent à voir leur artificialité, les jardins anglais produisent l’illusion de la naturalité ; mais dans les deux cas il s’agit de compositions très codifiées, dont la première se fait sur le mode classique de l’équilibre et la seconde sur le mode baroque du foisonnement, qui n’est pas plus « naturel » que les allées géométriques.
Les jardins les plus précisément composés, ceux dont la forme est la plus complètement codée (cloître du moine et jardin du roi), sont le cadre du déploiement des programmes narratifs les plus construits. Alors qu’au bois la société se délite quand se désagrègent ses lignes, les lignes du jardin dessinent le cadre où sont rejouées les scènes clés d’une société – l’amour courtois du lieu aimable, le cheminement vers le paradis du labyrinthe végétal. Celui qui pénètre dans la forêt se heurte à une déstabilisation de son système habituel du sens, où il lui faut détecter avec peine ce qui fait sens valable du faux signe qui entraîne l’errance. Dans le jardin, au contraire, tout est signifiant. On pourrait résumer lourdement en disant que le jardin est un lieu de culture : un espace où les codes culturels s’incarnent via la disposition de ce qu’on y cultive.
 Par voie de conséquence, on voit que pour « naturels » qu’ils soient, ces deux lieux se construisent l’un et l’autre par une vive mise en tension avec la société. L’épaisseur remarquable de leurs modes de production du sens se constitue sur le mode de l’exception, du sur-contraire et de l’impossible.
La préservation de l’espace naturel ne donc peut pas se faire comme s’il était neutre, puisque nous l’investissons de sens autant que n’importe quel autre. Ainsi la protection de la forêt, si elle prend la forme de sa transformation en zones balisées de loisir, dévaste son sens. La réintroduction de la nature en ville, si elle prend la forme d’avenues vertes et ouvertes, affadit tant le jardin qu’elle détruit sa valeur qui se nichait précisément dans son exceptionnalité. Nos sociétés ont un besoin constant de lieux d’égarement, comme de lieux de complétion : l’espace normal n’est supportable que grâce à ces espaces autres.
la forêt qu'on voit et la forêt qu'on croit
En parcourant un article de Kevin O'Hara (Berkeley) sur les origines d'une théorie forestière, je suis retombée sur l'expression de "green lie" que j'avais entendue une fois avant pendant un exposé dans un contexte assez différent ; retour sur ces deux occurrences et ce qu'elles disent de l'idée de vérité en foresterie.
Il s'agissait d'une présentation d'écologues qui travaillent à restaurer l'habitat de deux oiseaux emblématiques d'Amérique du Nord, Bonasa umbellus, la gélinotte huppée, et Scolopax minor, une bécasse à l'allure et au surnom moins heureux (le "woodcock").
Tous les animaux n'aiment pas vivre dans les mêmes conditions et certains requièrent des combinaisons de structures spatiales uniques. Comme les sylviculteurs manipulent la structure du paysage, ils sont à même de recréer les conditions d'accueil de différentes espèces. Par exemple, près de chez nous, le grand tétras (Tetrao urogallus) hiverne dans les forêts-cathédrales de sapin et d'épicéa et passe l'été dans des endroits riches en arbustes fruitiers. Il élève ses jeunes dans des clairières fleuries pleines d'insectes, et chante dans les trouées en légère pente qui retiennent la neige tard dans la saison. C'est un exemple du type de juxtaposition qu'un forestier doit avoir à l'esprit pour une gestion intelligente de son paysage.
Exemple de structure : la gélinotte utilise des arbres morts pour son appel
Précisons encore que les Américains sont en avance dans cette gestion "d'accueil" de la faune. Pas pour des raisons strictement écologiques - souvent parce que les chasseurs cherchent à maintenir leur gibier, et c'est leur lobby dans le Sud qui fut à l'origine de l'utilisation de l'incendie contrôlé pour le retour de l'adorable colin de Virginie (Colinus virginianus). La grande association historique des ornithologues du pays, la Audubon Society, travaille en collaboration étroite avec les forestiers du Nord Est pour les former à "fabriquer" certains types de forêts pour certaines espèces d'oiseaux et diagnostiquer l'état de santé de la forêt en fonction de leur présence ou de leur absence.
Incendie dirigé dans les Everglades, en Floride
Pour revenir au mensonge vert. La gélinotte, elle, aime particulièrement l'accès à l'eau et la présence de jeunes fourrés de tremble et de bouleau jaune, Populus tremuloides et Betula alleghaniensis, dont elle se nourrit. Ces arbres sont expansifs et légers, grandissent et meurent vite et comptent sur le vent et l'eau pour disperser leurs jeunes ; ils sont mal taillés pour la compétition lente et violente qui rumine au coeur des forêts. Des arbres de rivière, de lisière, de prairie, de conquête, graciles, enfin très charmants.
Pour les faire venir, on amène le soleil et l'espace dans le bois avec des coupes généreuses. C'est à ce moment que l'intervenant, pendant son exposé, a mentionné l'expression qui a retenu mon attention. Parfois, lorsqu'on coupe et que repousse ce fourré dense qui a l'apparence de la structure précise qu'on recherche, c'est un mensonge. Un mensonge car les essences qui reviennent peuvent être très différentes de celles qu'on cherchait. Le hêtre et le charme par exemple, qui forment ce type de fourrés impénétrables, sont des feuillus durs au caractère bien éloigné du tremble et du bouleau. La gélinotte huppée n'en a aucun usage : toutes les jeunes forêts ne se valent pas.
Peuplement de tremble
Seconde occurrence. Je ne savais pas, Kevin O'Hara me l'apprend, qu'historiquement on a parlé de mensonge vert en foresterie pour une affaire qui remonte aux années 1910 et se déroule en Norvège. A cette époque, les forêts boréales sont gérées par petites touches en n'enlevant que les arbres les plus gros. Une méthode qu'on appelle parfois "sélection à l'arbre unique".Â
Jacob Bøckmann Barth, tireur d'élite et forestier de renommée nationale, publie en 1916 un article qui attaque la pratique avec violence. En enlevant les plus grands et les meilleurs sujets, les forestiers laissent derrière eux une forêt qui en apparence est encore abondante, mais en réalité est structurellement appauvrie car n'y restent que des arbres moins vigoureux qui ne grandissent que lentement.
Les forestiers américains appellent cette pratique high grading - littéralement, "prendre la meilleure qualité". C'est peut-être en foresterie ce qui se rapproche le plus du parjure, d'une violation d'un serment tacite qu'on fait en s'engageant dans le métier ; c'est l'acte de modifier pour le pire la structure du paysage de façon pernicieuse et profonde, invisible au reste du monde, en faisant passer la dégradation pour une vertu. La hantise d'un sylviculteur qui respecte sa discipline et sa terre.
Bien sûr, les bûcherons qui démarchent les propriétaires en leur promettant de ne pas prendre les petits arbres pour laisser des jeunes grandir peuvent être convaincus que c'est une approche fondée. Mais souvent, "prendre les gros" veut dire en Nouvelle-Angleterre "prendre le chêne", en Louisiane "prendre le cyprès", en Amazonie "prendre l'acajou", et laisser derrière soi une forêt non seulement privée d'arbres importants mais aussi incapable de les régénérer car le couvert est trop fermé, puisqu'on n'a pris que ce qui nous arrangeait.
Cyprès chauve, une proie du high-grading dans les marais du Sud
Points communs de ces deux utilisations de l'expression, l'idée de valeur qui est typique des paysages gérés. Il est frappant ici que pour les forestiers, tout ce qui pousse ne se vaut pas. Ils discriminent en fonction de ce qu'on demande au paysage. C'est une vision utilitariste, mais on ne lui demande pas des choses affreuses : accueillir des animaux, fournir du bois ou des fruits, protéger de l'avalanche, purifier l'eau souterraine. Les fonctions de bois sacré ou de réserve elle-mêmes ne sont pas des remises en liberté de la forêt mais des buts de gestion. Il y a toujours des buts, sinon il n'y aurait pas de gestion. (C'est le débat qui court encore entre praticiens sur la valeur instrumentale ou intrinsèque de la forêt.)
Incidemment, à la conférence sur sa gélinotte, une heure avant dans une autre pièce se déroulait un autre exposé. L'intervenant expliquait comment revaloriser les taillis "dégradés" de Grèce. Kevin O'Hara était dans l'auditoire et a pris la parole pour mettre en garde contre la tentation de désigner les forêts qui ne nous plaisent pas comme des forêts "dégradées", car si elles existent en l'état c'est qu'elles servent un but - comme une de réserve de bois de feu en période de disette. Le parallèle étymologique entre "degraded" et "high graded" : une forêt dégradée est celle d'où l'on a retiré les éléments de valeur en rabotant un écosystème devenu incomplet.
Une forêt "dégradée" de charme en Hongrie
Donc le mensonge vert c'est falsifier la valeur du paysage, substituer une "fausse forêt" au paysage-objectif : le fourré de bouleau, la sapinière en croissance. C'est une contrefaçon biologique, un leurre, une imposture, une déception dans son sens anglo-saxon. L'équivalent du trucage des comptes pour enjoliver la santé financière d'une entreprise.
Ce thème de la tromperie et de la vérité, cette tension entre "je semble être mais je suis vraiment", parcourt la science forestière depuis très longtemps. Il y a une angoisse inhérente au métier : je fais quelque chose qui change la nature pour au moins un demi-siècle, en m'appuyant sur des connaissances infimes (parce que ces écosystèmes ne sont pas seulement trop complexes pour être compris maintenant, mais trop complexes pour être jamais compris) et je ne vivrai peut-être pas pour savoir si j'ai fait ce qui était juste.
Alors souvent, il m'arrive qu'avant de marquer un arbre, le doute me paralyse pendant de longues minutes pendant que mes collègues continuent de progresser le long de leur ligne de travail. Dans ces cas-là , on ne peut que prendre silencieusement un pari avec le paysage : parier sur la qualité de notre décision, mais avant tout sur la capacité de la terre à résister à nos mauvais choix et à nos entêtements théoriques. Le sylviculteur demande à sa forêt par avance le pardon, au cas où il serait en train, sans le savoir, de construire un mensonge.
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