Homélie pour les obsèques de M. Françis Kerhardy
Tandis que la vie de Francis échappe à nos regards et que sa mort nous désole, l'Évangile ouvre un horizon d'espérance : « Celui qui croit à la vie éternelle, même s'il meure, il vivra » assure Jésus dans l'Evangile que nous venons d'entendre. Pour nous Chrétiens, avec le regard de la foi, la mort n'est pas une fin, c'est une pâque, c'est un passage : on quitte le regard de ses proches pour être plongé dans un élément bien plus infini, plus intense, plus vivant que la vie d'ici-bas. Des parents, des amis, et une foule immense, nous attendent sur la rive où la vie n'a pas de fin, là-bas au paradis. Pensez à tous ceux que Francis a vu partir avant lui, ceux-là le voient venir vers eux, et s'exclament : « Le voilà qui vient parmi nous ». Depuis trois jours c'est comme si j'entendais tata Reine, sa sœur, se réjouir et dire avec joie : « Oh pot, tu es arrivé ! ».
Mais quel chemin faut-il prendre pour atteindre cette autre rive ? Chacun trouve un peu son propre chemin, passant par des beaux moments, des bonnes personnes ; construisant des relations qui donnent de la saveur et de la consistance et de à la vie et traversant aussi des épreuves.
« Celui qui croit en moi, a la vie éternelle, crois-tu cela ? » demande Jésus. Francis était croyant. Il n'en faisait pas étalage. Honnêtement ce n'était pas une grenouille de bénitier mais quand même, il fréquentait l'église où il avait des amis, il aimait nos escapades à Lourdes, et puis, il était impensable pour lui de manquer une célébration d'enterrement, ou une cérémonie d'anciens combattants, sérieux comme on le connait et fier d'être là avec son drapeau. Jusqu'au dernier moment, quand on sollicitait sa mémoire profonde : il connaissait ses prières.
Je n'en dirai pas plus sur sa foi, vous le connaissez, l'homme était peu bavard et plutôt discret sur son ressenti intérieur, mais je voudrais vous indiquer une voie bien supérieure : « J'aurais beau réciter toutes les prières qu'on puisse imaginer, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis rien. ».
Francis était un homme d'action, il avait, comme me disait le Père Éric le Forestier, un cœur d'or et des mains d'or. Son amour, sa générosité, le don de sa personne - ce que j'appelle son être chrétien de fond, sa plus belle humanité - prenait des formes concrètes. Au travail, c'était un bosseur, il ne ménageait pas sa peine, y compris le dimanche. Avec 7 enfants à élever, il fallait bien arrondir les fins de mois. Son courage était sa manière de se donner aux siens avec un cœur large. Mais garde à qui mettait du désordre dans ces affaires et touchait à ses outils.
Beaucoup d'entre vous pourraient témoigner de son sens du service pour les autres. Convoi humanitaire en Pologne et en Roumanie, bricolage à droite et à gauche, animation aux Capucins. Toujours prêt, à peine retraité, le voilà qui se laisse embarquer dans le scoutisme. Vivre dans la nature, camper sous la tente, descendre la Rance en radeaux, à 55 ans, il faut quand même le faire. Les jeunes devaient filer doux, mais au fond, Francis était un tendre, et la complicité était bonne. Bien sûr, à cause des ronflements, il lui fallait une tente à part.
Et puis Francis était un bon vivant, une partie de boule et un petit arrêt chez Dédé … une partie de belote avec des poussées d'Adrénaline et qu'est-ce nous avons ri quand ils nous chantaient les belles-mères.
Au fond, papa avait un savoir-vivre, râleur sur les bords mais empreint d'une belle et grande générosité. Pour moi, son cœur large était sa façon de vivre au diapason de Jésus qui n'était pas venu parmi nous pour être servi mais pour servir et aimer, jusqu'au bout, jusqu'à donner sa vie pour nous !
Jamais malade, depuis quelques années, sa mémoire et son état général ne cessaient de se dégrader. Son placement à l'Ehpad a été un moment douloureux, spécialement pour maman qui s'en était si bien occupé. Moi j'étais loin, je ne vivais pas ces épreuves en direct, mais je veux vous féliciter, vous avez été présents à ses côtés de façon remarquable. Du plus profond du cœur, je crois que nous pouvons remercier ceux et celles qui l'ont accompagné ces derniers temps aux Capucins.
Même après 94 ans de vie, de belle vie, et 70 ans de mariage, la mort est vécue comme un déchirement, mais de grâce, ne soyons pas submergés de tristesse, vivons dans la reconnaissance de ce que papa a été pour nous et pour tant d'autres.
Depuis mercredi, le calvaire est fini, et déjà j'entends Jésus lui dire : « Francis, bon et fidèle serviteur, ce que tu as fait pour tant d'autres, c'est à moi que l'as fait, ce que tu as donné de ta personne avec un cœur large et généreux, c'est à moi que tu l'as donné : entre donc dans la joie de ton maître ! » Et connaissant Francis, je suis convaincu qu'il passera son ciel à nous faire du bien sur la terre.
P. Christophe Kerhardy, sj
Voir aussi l'article Françis s'en est allé …
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