Prise, retard et politesse
Cela fait très longtemps que je n'ai pas écrit ici . Ce texte doit être aussi bourré de fautes d'orthographe et je m’en excuse d’avance.
J'aimerais vous compter l'histoire de X. X a pris un train aujourd’hui pour passer le jour de l'an chez sa grand-mère maternelle. Entre chez elle et son lieu de vie habituel , cela fait environ 5h de train. X voyage seule , elle se retrouvera donc avec un.e voisin.e qu’elle ne connaîtra pas. X est un peu misanthrope, elle n’aime pas beaucoup le train mais pour sa grand-mère, elle peut bien faire ça. Elle s'est pris de quoi s’occuper et notamment son ordinateur parce qu’elle a des évènements en JDR textuel à préparer. Du coup, autant utiliser à bon escient ces 5 heures captives entourée d’individualité. Pour ne rien arranger, période de vacances oblige, le TGV est bondé. Une prise est à disposition des deux voyageurs de la rangée, X y branche donc son brave ordinateur.
La première partie du voyage se passe bien . X fait ce qu’elle a à faire , coche une à une les cases de sa todolist tout en faisant des grimaces au bébé de la rangée de devant. Le voisin de X, un quinqua plutôt orienté politiquement à gauche au vu de ses lectures, dort pendant la quasi-totalité du trajets. Il descend au premier arrêt du TGV. X profite de son départ pour s’étaler mais cette place ne reste pas longtemps vide , une dame s'y installe avec son sac et son chien. X remballe donc et retourne à ses écrits. Cette dame, que nous appellerons Cacahuète pour la suite de l’histoire, détonne un peu avec son manteau noir à col fourrure en faux imprimé léopard mais passons.
Brusquement, un chargeur de téléphone arrive pile juste sous le nez de notre protagoniste. X , coupée dans sa phrase aussi bien syntaxique que musicale qu’elle écoutait regarde, interloquée ,Cacahuète qui lui tend son câble . « Branche » lui dit cette dernière. X continue de s’interroger , attend quelque chose qui , à ses yeux , structure l’échange humain . Une politesse élémentaire. Comme X ne réagit pas plus, Cacahuète insiste, elle a une heure de retard a cause de soucis de train , son téléphone est à 3% . Ce qu’elle ne semble pas comprendre, c’est que X s’en contrecarre des raisons. La seule chose qu’elle attend , c’est cette foutue politesse qui ne semble pas venir. X a pris des bonnes résolutions , dont celle d’arrêter d’être une bonne poire et de se laisser rouler dessus au rouleau compresseur en pliant l'échine et en mettant ses principes de côté, c'est qu'il n'est pas courageuse à la base, notre personnage. X finit donc par répondre à la logorrhée de son interlocutrice par un franc, net et calme «Non. »
Là, tout dégénère. Cacahuète s’emballe, hausse le ton , déverse des insultes, se plaint à ses amis , à son chien ( ?) qu’elle encourage à mordre ou autre joyeusetés (dommage, ce n'est pas un Rottweiler mais un bichon maltais ), prend à parti des témoins. Les noms d’oiseaux pleuvent dans un seul sens , ils vont des plus enfantins aux plus orduriers. Cacahuète insiste encore, remet son câble sous le nez de X qui s’accroche à sa sacro-sainte formule de politesse qui n’arrive pas . Elle houspille, harcèle , prend une photo de X ( ??). Le casque ,même non allumé, s’avère être une bonne armure, les membres du salon discord sur lequel X discute de bons alliés pour extérioriser ce qu’elle n'exprimera pas comme ça en public, question de caractère. Elle tremble de colère , tente de se concentrer en vain , baisse la luminosité de son écran. Certes sa batterie est à 100% et elle pourrait laisser sa prise à cacahuète mais elle veut juste trois petits mots qui ne semblent jamais effleurer l'esprit du véhément arachide. À un moment, X tient un petit compteur en se disant que si Cacahuète arrête de l’insulter 5 minutes, elle abandonne. Challenge non réussi
Vu que cela ne fonctionne pas, Cacahuète s’attache à se faire une alliée. Pour la suite , on l'appelera Témoin. Témoin donc, commence à s’en mêler . X trouve que la mayonnaise monte un peu vite et tente de nouer le dialogue pour expliquer ce qui ne va pas là présentement. Cacahuète se paie visiblement sa tronche, X laisse tomber et remet son casque. Témoin et Cacahuète insiste, l’évent ne s’écrit pas tout seul, surtout en tremblant ,sans métaphore, de colère . X cède et branche. Toujours pas de politesse. Décidément, elle, elle est restée à quai.
10 minutes plus tard , Témoin descend et Cacahuète réclame son câble. X est trop pressée de se débarrasser d’elle et lui donne. Elle déménage à côté de l'ancien voisin de témoin qui est un trentenaire brun visiblement séduisant. Elle le draguouille et X s’interroge en voyant le câble débranché non rebranché. Elle se questionne . Soit tous les arguments de Cacahuète était un complet cinéma , soit elle possède le portable qui se recharge le plus vite au monde et X veut le même. Puis elle se renconcentre sur sa rédaction.
À la fin de voyage , tandis que X se rhabille, un autre câble lui arrive sous le nez, de la part d’un homme. Je vous le donne en mille, c’est le compagnon de voyage .de Cacahuète. X ignore et s'en va . C’est toujours non . En attrapant sa valise, une mamie, témoin de la scène elle aussi , lui fait un sourire compatissant.
Il manque sûrement des éléments à cette histoire mais ces oublis ne sont pas intentionnels. Comme vous l'avez compris, je suis X et après une longue soirée (et nuit) de réflexion, ainsi que tellement de « et si » que j’aurai de quoi mettre Paris plusieurs fois en bouteille, certaines questions s'offrent à moi.
• La prise ne m’appartenait pas , son utilisation partagée en faisait une « res publicae » , une chose publique régit par des règles d’utilisation. A mes yeux , la courtoisie en fait partie. Pas aux yeux de Cacahuète visiblement. Est-ce la seule ? Est-ce moi qui suis vieux jeu ?
• Est-ce que Cacahuète avait conscience qu’elle parlait mieux à son adorable bichon qu’à moi, être humain ?
• Tout ça pour ça ? Ai-je eu raison de m'accrocher à ce concept archaïque ? Était-ce stupide ?
• Et si j’avais appelé un contrôleur ou un autre passager a l’aide , quel dénouement ? Est-ce puéril de se dire qu’une figure d’autorité aurait mieux fait ?
• Tout ça pour un téléphone ?
• Et si ça n’avait été moi, physique boudiné, 1m67 mais Jean Patrick 100 kg de muscles. Elle aurait fait la même scène ?
Je ne suis pas parfaite, et ma misanthropie n’arrange rien . Mais d’autant que je me souvienne, j’essaie au maximum de conserver des rapports cordiaux avec mes congénères, même quand j’ai eu une mauvaise journée. Ça ne marche pas toujours et je grogne souvent un peu mais la politesse élémentaire est toujours là. Visiblement, la chose n’est pas évidente pour tous . Par moment , elle me faisait penser à mon frère à insister de la sorte pour espérer me voir céder . Seulement, justement, je suis entraînée. Plusieurs fois , je me suis surpris à revoir en notre arachide les gamins dans mes stages en maternelle qui réclamaient avec insistance sans obtenir pour cause d'absence de mots magiques. C'était la même situation sauf que là pitchoune qui gonflait et chouinait de colère avait non pas 4 ans mais 30.
Cette dame m'a probablement déjà oublié mais moi, tout cela me travaille. J’en ai parlé à des amies canadiennes qui, après m’avoir demande dans quel endroit il avait pu m'arriver un truc pareil ( ou plutôt, je cite « Gods... t’étais où pour être pogner avec des sauvages de même??? (okok mis a part le train» ) m'ont ensuite dit , expérience à l'appui, qu’effectivement, la France , c’était parfois un pays peuplés d’être comme cette dame. Je ne jette la pierre à personne et il y a probablement des mal luné.e.s et des malpoli.e.s dans tous les pays. C'est comme ça .
Une question posée par Témoin tourne et retourne dans mon esprit, elle aussi . « Si vous auriez été dans son cas , qu’est ce que vous aurez fait ?». Et c’est mon plus gros regret. J’aurais dû lui dire. Leur dire. Que l’été dernier, j'avais été dans son cas. Moi, ce n’était pas une heure de retard mais plusieurs et j’étais chargée comme un baudet. Après avoir longuement grogné contre les grèves, la SNCF et tout le tintouin et surtout contre mon pauvre Natel a 2% de batterie et la prise non libre, je me souviens avoir pris sur moi et avoir poliment demander à ma voisine de l'époque s’il était possible de brancher mon câble à la prise un petit quart d'heure le temps de gagner quelques pourcents et de pouvoir ainsi localiser mon père à l’arrivée. Cette voisine m’a sourit et m'a proposé de plutôt brancher mon téléphone sur le port USB de son ordinateur si ça ne me dérangeais pas, comme ça il chargerait jusqu’à la capitale sans soucis. Une différence avec la situation plus haut, une seule.