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@filmadapter
ArchiKino
âCinĂ©-gĂ©niqueâ est devenu âArchikinoâ :
https://archikino.wordpress.com/
Une carte postale pour le spectateur
Ă©loge de lââEstablishing shotâ
Dans le cinĂ©ma classique, la âscĂšne dâouvertureâ (âestablishing shotâ) permet dâexpliquer au spectateur en un seul plan large oĂč est situĂ©e lâintrigue : le dĂ©sert, la campagne, la plage, oĂč le plus souvent : la ville (ci-dessus New York City).
Pour ĂȘtre certain que le spectateur comprenne le message et reconnaisse le lieu, le nom de la ville est souvent inscrit en grandes lettres.Â
Ces vues acquiĂšrent donc lâallure dâune carte postale : une Invitation Ă voyager ; un rappel aux voyages dĂ©jĂ faits.Â
Pour le grand retour de Alfred Hitchcock en 1972 dans sa ville natale, aprĂšs des dĂ©cennies dâactivitĂ©s Ă Hollywood, la scĂšne dâouverture de âFrenzyâ reproduit une vĂ©ritable carte postale avec nom et blason de la ville.
et ce long travelling aĂ©rien se poursuit jusquâĂ devenir un grand plan touristique de lâemblĂ©matique Tower Bridge. Â
Cette introduction majestueuse de Londres le long de la Tamise se termine - shocking ! - avec un cadavre qui flotte dans lâeau. AprĂšs tout, nous sommes dans un film dâAlfred Hitchcock !
â36 heures avant le dĂ©barquementâ introduit Ă©galement une ville par une âvraieâ carte postale (pas si vraie que ça puisque le directeur artistique amĂ©ricain a fait une erreur dâorthographe : âSudacoesâ au lieu de âSaudacoesâ).Â
La vue somptueuse depuis le sommet du parque Eduardo VII renforce le contraste entre dĂ©cor idyllique (visible) et activitĂ©s sombres et brutales (cachĂ©es) des espions qui contaminent la ville dans ce film.Â
(merci Ă http://lisboacinema.blogspot.com pour les deux derniĂšres images)
THE DAY THE EARTH STOOD STILL (Le jour oĂč la terre sâarrĂȘta) 1951 Robert Wise
CITY BENEATH THE SEA (La cité sous la mer) 1953 Budd Boetticher
GODZILLA vs DESTROYAH 1995Â (Takao Okawara)
FRENZY 1972 Alfred Hitchcock
36 HOURS (36 heures avant le débarquement) 1965 George Seaton
Sting Ă Newcastle
âStormy Mondayâ est un polar feutrĂ© qui retourne, 17 ans aprĂšs la visite de Carter (Michael Caine in âGet Carterâ), Ă Newcastle-upon-Tyne.
La ville au Nord de lâAngleterre est Ă nouveau au coeur dâune intrigue de manipulation immobiliĂšre qui vise Ă enrichir des promoteurs peu scrupuleux,
tout en prĂ©tendant amĂ©liorer lâimage de la citĂ©, marquĂ©e par le dĂ©clin des chantiers navals et des innombrables friches industrielles.Â
âStormy Mondayâ plonge le spectateur dans une ambiance ânĂ©o-noirâ avec des compositions chics et soignĂ©e, typique des annĂ©es 80,
qui nâhĂ©site pas Ă sâinspirer de lâesthĂ©tique des tableaux dâEdward Hopper.
MalgrĂ© ses efforts de dĂ©corations et de manifestations pour accueillir un groupe de promoteurs amĂ©ricains, lâimage de la ville reste dĂ©senchantĂ©e et triste.
La municipalitĂ© dĂ©roule le tapis rouge pour lâinfluent promoteur amĂ©ricain Francis Cosmo (Tommy Lee Jones, crapuleux Ă souhait)
qui semble ĂȘtre le dernier espoir pour redonner un nouveau Ă©lan Ă lâĂ©conomie de la ville Ă travers dâun projet immobilier ambitieux.
Mais câest sans compter avec Stephen Finney, gĂ©rant dâun petit club de jazz, qui lutte contre la gentrification de son quartier. Le bassiste et chanteur Sting, tout en retenu et en âcoolnessâ, excelle dans ce rĂŽle, sorte de rĂ©incarnation de Rick Blaine (Humphrey Bogart dans âCasablancaâ).
La confrontation entre les deux hommes aux valeurs opposĂ©es laisse facilement oublierÂ
la romance entre les deux personnages principaux du film (MĂ©lanie Griffith et Sean Bean), censĂ©es ĂȘtre le centre de lâintrigue.
Le dĂ©nouement renforce lâimpression de mĂ©lancolie ambiante : Le club est sauvĂ© (dans un premier temps), mais aux prix de dommages collatĂ©rales assez lourd.
STORMY MONDAY (Un lundi trouble) 1988 Mike Figgis
âLes rues sont des cimetiĂšres, les bĂątiments des pierres tombales.â
ANNA LUCASTA 1958 Arnold Laven
36 vues de la tour Eiffel (9/36)
Avant de dĂ©peindre la cĂŽte dâAzur dans un flamboyant Technicolor (cadrĂ© par le français Georges PĂ©rinal), le debut de âBonjour Tristesseâ commence avec un impressionnant panoramique sur Paris, tournĂ© en noir et blanc, oĂč la tour Eiffel est Ă peine perceptible.
BONJOUR TRISTESSE (1958) Otto Preminger
Home is where the office is (3)
Est-ce un hasard si câest si souvent le travail dâun journaliste qui est reprĂ©sentĂ© dans les open space du cinĂ©ma ? Sans doute pas.
Lâinfatigable investigateur Carlo Giordina (James Franciscus) passe mĂȘme ses nuits au bureau uniformĂ©ment vert-de-gris pour rĂ©soudre lâĂ©nigme du âChat Ă neuf queuesâ.Â
Et le monde extĂ©rieur ne semble plus exister pour les reporters Bernstein & Woodward (Robert Redford et Dustin Hoffman), cloitrĂ© dans lâimmense open space bordĂ©lique du âWashington Postâ, afin de mettre la lumiĂšre sur lâaffaire Watergate.Â
Pakula parvient toutefois Ă rendre ce dĂ©cor - Ă priori si ordinaire - captivant par des travelling subtiles qui soulignant lâĂ©trangetĂ© de lâespace par la profondeur quasi infini dâune trame de milliers de luminaires carrĂ©s et identiques.
Sorte dâinversement des projets des architectes italiens âSuperstudioâ (1971), qui prĂŽnent des espaces infinis sur des trames bien rĂ©glĂ©es.Â
Quand David Fincher tente dâĂ©voquer les annĂ©es 70 et les locaux du journal âSan Francisco Chronicleâ, oĂč le dessinateur Rob Graysmith (Jake Gyllenhaal) doit dĂ©chiffrer les signes du Zodiac- Killer, on retrouve les mĂȘmes teintes beigeasses et tristes et la mĂȘme prĂ©dominance des luminaires tramĂ©es ...
IL GATTO ANOVE CODE (Chat Ă neuf queues) 1971 Dario Argento
ALL THE PRESIDENTâS MEN (Les hommes du prĂ©sident) 1976 Alan J. Pakula
ZODIAC 2007 David Fincher
Jean-Paul Belmondo Ă Brasilia
Tout en refusant de tourner le premier Tintin avec des vrais personnages en 1961, Philippe De Broca sâinspire fortement des aventures rocambolesques du jeune reporter quand il imagine trois ans plus tard avec Jean-Paul Rappeneau, Ariane Mnouchkine et Daniel Boulanger le scĂ©nario de âLâhomme de Rioâ.
Des aventures âtintinesquesâ attendent en effet le soldat de 2. classe Adrien Dufourquet (interprĂ©tĂ© avec dĂ©termination et panache par Jean-Paul Belmondo). Au lieu de passer une semaine de permission dans les bras de sa fiancĂ©e (la dĂ©licieuse et inoubliable Françoise Dorleac),
il est obligĂ© de traverser dâabord Paris jusqu'Ă lâaĂ©roport dâOrly
puis dâescalader des façades Ă Rio de JaneiroÂ
pour finalement arriver Ă Brasilia dans une course-poursuite sans rĂ©pit pour arracher sa bien-aimĂ©e des mains dâune bande de malfrats.Â
Avant dâarriver Ă la capitale, Belmondo et DorlĂ©ac croisent entre PetrĂłpolis et XerĂ©m sur la BR-040 ce Ă©tonnant restaurant - poste dâobservation,
aujourdâhui en ruine et construit - probablement - par l'ingĂ©nieur Jorge Staico dĂ©but 1960.
Puis, ils dĂ©couvrent un Brasilia flamboyant neuf et Ă peine terminĂ© - encore vide de ses futurs habitants.Â
InitiĂ©e Ă partir de 1956 par Juscelino Kubitschek qui promet Ă son peuple â50 ans de progrĂšs en 5 ansâ (!), Brasilia a Ă©tĂ© créée de toutes piĂšces au milieu de nul part et inaugurĂ© en 1960.Â
2.500.000 habitants y vivent aujourdâhui.Â
Les formes sculpturales des bĂątiments modernes et Ă©purĂ©s, crĂ©es par Oscar Niemeyer et Luigo Costa, forment un terrain de jeu idĂ©al pour les cours-poursuites. A vĂ©lo (devant la cour suprĂȘme) ...
A pied (sous lâautoroute avec au fond les tours jumelles du congrĂšs Ă gauche et la cathĂ©drale Ă droite) ...
En voiture (en arriĂšre-plan les bidonvilles qui ont servi dâhabitat âprovisoireâ pour les ouvriers de cette ville du future) ...
et en avion (entre les immeubles administratifs).
Adolfo Celi (lâinoubliable adversaire de 007 dans âOpĂ©ration Tonnerreâ de Terence Young), interprĂšte le fascinant personnage Mario De Castro -
promoteur, urbaniste, architecte - qui clame avoir construit la ville tout seul (ou presque). Â
La simplicitĂ© et modestie apparente de ce crĂ©ateur dâun nouveau monde impressionne :
Ah, que câest beau, le mĂ©tier dâarchitecte !
LâHOMME DE RIO 1964 Philippe de Broca
OĂč est lâarchitecte (5)
Résumée des épisodes précédentes :
Dans âFemmes entre ellesâ, lâarchitecte brille par son absence. Mais que fait lâarchitecte quand il est prĂ©sent au cinĂ©ma ?Â
Lâarchitecte est un personnage quâon croise moins souvent dans un film quâun policier, un docteur ou encore un prĂȘtre. Et quand le scĂ©nario intĂšgre un architecte, il nâaccomplit que trĂšs rarement son boulot et il ne parle que rarement dâarchitecture.
Alors, que font les architectes au cinéma ?
Force est de constater que lâarchitecte au cinĂ©ma est souvent en crise. Crise professionnelle, existentielle ou sentimentale - il est souvent dĂ©passĂ© par les Ă©vĂšnements qui lâentourent.
Comme, par exemple, par lâenthousiasme dĂ©bordant dâun couple de clients, trop imaginatifs et dĂ©terminĂ©s, conduisant lâarchitecte au dĂ©sespoir (MR BLANDINGS BUILD HIS DREAM HOUSE) .
Si lâarchitecte (Reginald Denny) jette au bout dâun moment lâĂ©ponge et laisse les clients (Myrna Loy et Cary Grant) gĂ©rer seul la conception et le chantier,
ses confrĂšres Adam Sandler (dans « Click ») et Michael Keaton (dans « Mes doubles, ma femme, et moi ») trouvent des astuces peu ordinaires pour sâen sortir : une tĂ©lĂ©commande magique pour Adam Sandler qui permet de mettre la vie en « pause » si besoin ou de lâaccĂ©lĂ©rer
et le dĂ©doublement pour Michael Keaton, qui envoie ses clones sur le chantier et sâoccuper de sa femme tandis quâil dessine des nouveaux projets au bureau. Ces deux comĂ©dies Ă connotation « fantastique » poussent le bouchon assez loin (et pas toujours en finesse) pour montrer que lâarchitecture nâest pas un mĂ©tier facile.
MR BLANDINGS BUILD HIS DREAM HOUSE (âUn Million clĂ© en mainâ) 1948 H. C. Potter
CLICK (âTĂ©lĂ©commandez votre vieâ) 2006 Frank Coraci
MULTIPLICITY (âMes doubles, ma femme et moiâ) 1996 Harold Ramis
36 vues de la tour Eiffel (6, 7 et 8/36)
Est-ce vraiment nĂ©cessaire dâĂ©crire en grandes lettres le nom de la ville quand on voit distinctement son monument le plus cĂ©lĂšbre ? Est-ce quâil y a vraiment un spectateur qui ne connait pas la tour Eiffel, ni dans quelle ville elle a Ă©tĂ© construite ?Â
Ne suffit-tâil pas de montrer une vue de lâensemble, la fameuse âligne de cielâ (skyline) de Paris avec la tour Eiffel et (ici) en prime lâArc de Triomphe pour situer lâintrigue ?
Visiblement non. Mieux vaut ĂȘtre clair pour ne pas irriter le spectateur : lâaction se passe Ă Paris - compris ? !Â
Cette dĂ©marche peut se comprendre pour un public autre que français (surtout quand le film est produit par amĂ©ricain).Â
Il arrive toutefois que le procĂ©dĂ© soit tournĂ© en dĂ©rision : Quand Michel Hazanavicius ressuscite lâespion OSS 117 sous forme de parodie, il pose dĂ©libĂ©rĂ©ment lâinscription âParisâ sur une vue carte postale de la tour Eiffel. La vue en elle-mĂȘme nâest pas diffĂ©rente des autres : aucune exagĂ©ration oĂč grossiĂšretĂ© pour appuyer lâeffet souhaitĂ©. Pourtant, en regardant le film lâabsurditĂ© du procĂ©dĂ© saute aux yeux et fait sourire.Â
DANGER MAN épisode 2 TIME TO KILL 1960 Ralph Smart
THE QUEENâS GAMBIT Ă©pisode 6 (Le jeu de la dame) 2020 Frank Scott
OSS 117 - LE CAIRE, NID DâESPIONS 2006Â Michel Hazanavicius
Joaquin Phoenix Ă Gotham City
DĂ©rivĂ© de lâunivers âBatmanâ des DC Comics, le âJokerâ de Todd Phillips est par son approche trĂšs sombre plus proche du âportrait dâun serial killerâ Ă la maniĂšre de John McNaughtonâs âHenryâ et dâAbel Ferraraâs âDriller Killerâ ou des âjusticiersâ de John Flynn (âRolling Thunderâł) et Martin Scorsese (âTaxi Driverâ).Â
La reconstitution de New York - pardon, Gotham City, des annĂ©es 70 est remarquable - la premiĂšre sĂ©quence de poursuite Ă pied fait penser Ă un film de Sydney Lumet (âSerpicoâ / âDog Day Afternoonâ) ou dâAlan J. Pakula (âKluteâ / âThe Parallax Viewâ).
Ce nâest dĂ©finitivement pas New York, puisquâil nây pas les tours jumelles du World Trade Center.
LâĂ©lĂ©ment architectural le plus remarquable est un escalier que lâinfortunĂ© Arthur Fleck (le toujours impressionnant Joaquim Phoenix) doit monter chaque soir pour arriver Ă son appartement.Â
Le film montre Ă plusieurs reprises la lente ascension dâun escalier qui semble sans fin, et souligne ainsi les dĂ©ceptions et humiliations de notre protagoniste.Â
Lâescalier comme fardeau et symbole de dĂ©sespoir se trouve dĂ©jĂ dans les films muets. Dans âDer mĂŒde Todâ de Fritz Lang, un lâescalier monumental est lieu de drame
mais aussi le chemin inĂ©vitable qui mĂȘne vers la mort (symbolique et littĂ©rale).Â
Mais dans âJokerâ ce mĂȘme escalier va acquĂ©rir une symbolique trĂšs diffĂ©rente quand Fleck devient le âJokerâ. Rempli dâassurance, grĂące aux meurtres atroces quâil a commis, on le voit pour la premier fois descendre lâescalier. Lâescalier dâoppression et devenu un escalier de reprĂ©sentation.
Le Joker ne marche pas, il saute, il danse, il jubile (sur une chanson de Garry Glitter). Il est heureux : tout semble désormais possible !
Pour un bref instant, il devient Gene Kelly (âUn AmĂ©ricain Ă Parisâ), Fred Astaire (âTop Heatâ), Yves Montand (âTrois places pour le 26âł) et descend comme eux vers son public. AprĂšs les innombrables montĂ©s fatigants dâun ânobodyâ, la descente dâune nouvelle star.Â
Cette exaltation fĂ©erique est stoppĂ© net par lâapparition de deux flics. Le Joker doit sâenfuir et lâescalier change une nouvelle fois de symbolique et devient un Ă©lĂ©ment essentiel de la poursuite. Les lignes de fuites des gardes-corps et la composition de lâimage en diagonale renforce lâurgence de la situation et du danger immĂ©diat.Â
Comme dans dâinnombrables films dâaction (ci-dessus Ă titre dâexemple âFrench Connectionâ) oĂč lâescalier est utilisĂ© comme Ă©lĂ©ment dramatique et dynamique.Â
La âvraiâ montĂ©e du âJokerâ, situĂ© Ă Highbridge dans le Bronx, New York City, relie les avenues Shakespeare et Anderson, est dĂ©sormais devenue une attraction touristique ...Â
JOKER 2019 Todd Phillips
DER MĂDE TOD (Les trois lumiĂšres) 1921 Fritz Lang
UN AMERICAN IN PARIS 1952 Vincente Minnelli
FRENCH CONNECTION 1971 William Friedkin
36 vues de la tour Eiffel (5/36)
Lors dâun bref sĂ©jour Ă Paris, âDocâ Levy (Roy Scheider) contemple une manifestation dâĂ©cologistes, quelques secondes avant dâĂȘtre assassinĂ©.
MARATHON MAN 1976 (John Schlesinger)
Home is where the office is (2)
Orsen Welles tourne en 1962 âThe Trialâ / âLe ProcĂšsâ dâaprĂšs le livre de Franz Kafka dans la gare dĂ©saffectĂ© dâOrsay avant quâil ne devient un musĂ©e. Il utilise le vaste espace surtout pour filmer le lieu de travail de lâemployĂ© Joseph K.Â
Un immense open space avec 10.000 bureaux et 10.000 machines à écrire Olivetti identiques.
Un lieu qui souligne - comme les autres dĂ©cors du film - lâoppression dâun Ă©tat totalitaire et oĂč le moindre Ă©cart Ă la norme peut sâavĂ©rer fatale.
Orson Welles avait des idĂ©es trĂšs prĂ©cis concernant les dĂ©cors (ci-dessus un dessin de Welles pour âThe Trialâ). Toujours trĂšs dĂ©brouillard malgrĂ© un budget trĂšs limitĂ© il arrive avec lâaide de son chef dĂ©corateur Jean Mandaroux Ă crĂ©er des espaces exceptionnels.Â
Lors de son enquĂȘte Ă âAlphavilleâ lâimbattable agent secret Lemmy Caution (jouĂ© par lâirrĂ©prochable Eddie Constantine) doit Ă©galement faire face a une architecture froide et inhumaine. Â
Ce film de science fiction, tournĂ© en dĂ©cors rĂ©els dans le quartier moderne et tout juste terminĂ© de la DĂ©fense Ă Paris, juxtapose uniformitĂ© et trame rĂ©pĂ©titive des immeubles de bureaux avec un open space oĂč chaque poste de travail se ressemble et se rĂ©pĂšte - exactement comme chez Vidor et Wilder.
Au dĂ©tour dâun travelling qui suit lâagent Lemmy Caution, Godard "balayeâ un open space avec des employĂ©s plutĂŽt ennuyĂ©es, voire apathiques.Â
Pas de dĂ©cor de cinĂ©ma ici (comme câĂ©tait le cas dans les exemples prĂ©cĂ©dents) mais la rĂ©alitĂ© dâun immeuble lambda de la DĂ©fense Ă Paris en 1965. On note toutefois la dĂ©licatesse apportĂ© Ă la fois au plafond courbĂ© et aux choix du mobilier et des chaises.
Jacques Tati, grand admirateur et critique de la modernitĂ©, se paie le luxe de construire en 1968 âTativilleâ, un dĂ©cor immense Ă la taille dâun quartier de ville pour les besoins de son âPlaytimeâ, qui montre avec ironie les dĂ©rives de la modernitĂ© avec un sens esthĂ©tique Ă©poustouflant.Â
Toujours en avance sur son temps, Tati pense les espaces jusquâau bout en prĂ©voyant le cloisonnement partiel de lâopen space, sur lequel tombe Monsieur Hulot (Jacques Tati) Ă©berluĂ©.
Cette variation aussi rigoureux, absurde et poĂ©tique va trouver son Ă©quivalent bien plus terre-Ă -terre et triste dans de nombreux bureaux âpaysagerâ Ă venir - dans la rĂ©alitĂ©, comme dans le cinĂ©ma. (Ă suivre)
THE TRIAL (Le ProcĂšs) 1962 Orson Welles
ALPHAVILLE (Une étrange aventure de Lemmy Caution) 1965 Jean-Luc Godard
PLAYTIME 1968 Jacques Tati
Metropolis
âMetropolisâ nâest pas le premier film de Science Fiction, mais câest celui qui a le plus dĂ©terminĂ© le "lookâ de la ville du futur chez les cinĂ©astes. Ce classique du genre Ă©tonne toujours par son inventivitĂ© et par sa dĂ©mesure.
La ville est organisĂ© verticalement avec des immeubles sâĂ©levant jusquâĂ 500 m et des passerelles qui aujourdâhui encore, font pĂąlir mĂȘme un Rudy Ricciotti.
Elle parait dâabord comme utopique et agrĂ©able avec des vastes stades et des jardins paradisiaques Ă son sommet. Mais ces endroits sont rĂ©servĂ© Ă une Ă©lite tirĂ© sur le volet. Â
Puis le film montre son versant dystopique avec exploitation des travailleurs pauvres qui se tuent Ă la tache pour la faire fonctionner. Â
Entre les deux : la dynamique dâune ville en mouvement perpĂ©tuel qui se dĂ©veloppe sur des plateaux multiples. Fritz Lang, fils dâarchitecte, a lui-mĂȘme commencĂ© des Ă©tudes dâarchitecture avant de faire des films et la ville quâil crĂ©e Ă lâĂ©cran est le reflet de diffĂ©rents styles de son Ă©poque : la silhouette New-yorkaise, quâil a vu impressionnĂ© en 1922 pour les plans large,
lâavant-garde russe et le Bauhaus pour les plans rapprochĂ©s. Ce mĂ©lange de styles souligne le cĂŽtĂ© cosmopolite de la ville, Ă©galement renforcĂ© par les multiples affiches, Ă©crites dans des langues fantaisistes.
MĂȘme lâexpressionnisme Ă la « Caligari » trouve sa place dans la maison biscornue quâabrite lâinventeur et savant fou Rotwang (Rudolf Klein-Rogge). Lâimportance des poteaux mĂ©talliques Ă©lancĂ©s, qui soutiennent passerelles et autoroutes, souligne le savoir faire de lâingĂ©nieur, omniprĂ©sent dans la citĂ© futuriste.Â
Fritz Lang nâhĂ©site pas Ă caricaturer la condition des ouvriers lobotomisĂ©s dans leurs cages Ă lapins souterrains, sans se douter que cette architecture systĂ©matisĂ©e et impersonnelle deviendra une rĂ©alitĂ© dans certaines banlieues des annĂ©es 60/70.
Grace Ă sa richesse visuelle, âMetropolisâ est devenue le modĂšle-type de la ville du futur. Metropolis est lâEden pour les riches et lâenfer pour les dĂ©munies ; lâutopie et la dystopie en mĂȘme temps.Â
DĂ©partement artistique : Otto Hunte, Erich Kettelhut, Walter Schulze-Mitteldorff, Karl Vollbrecht, Edgar G. Ulmer / DĂ©cors : Willy MĂŒller / Effets combinĂ©s : Eugen SchĂŒfftan
METROPOLIS 1926 Fritz Lang
OĂč est lâarchitecte ? (4)
Christopher Plummer (1929-2021) est lâarchitecte Simon Wyler :
"The light in Barcelona is quite different from the light in Tokyo. And, the light in Tokyo is different from that in Prague. A truly great structure, one that is meant to stand the tests of time never disregards its environment. A serious architect takes that into account."Â
THE LAKE HOUSE (Entre deux rives) 2007 Alejandro Agresti
Home is where the office is (1)
Le tĂ©lĂ©travail nous laisse parfois regretter les joies de nos âopen spaceâ, ces vecteurs indispensables pour former lâesprit dâĂ©quipe, pour libĂ©rer la communication et favoriser les Ă©changes conviviaux. Heureusement quâil reste quelques films pour nous rappeler ces lieux fabuleux.
LâintĂ©rĂȘt de King Vidor pour lâarchitecture nâest plus Ă dĂ©montrer. Il suffit de regarder âLe Rebelleâ / âThe Fountainheadâ - magnifique Ă©loge Ă lâarchitecte surpuissant.Â
Mais dĂ©jĂ en 1928, âLa Fouleâ / The Crowdâ) affiche sa fascination et son approche critique par rapport Ă une modernitĂ© inquiĂ©tante qui rĂ©duit les bĂątiments Ă des trames graphiquesÂ
et les humains a des fourmis travailleurs anonymes derriĂšre des bureaux uniformes.
John Sims (James Murray), situĂ© au bureau 137, a beau rĂȘver dâune vie meilleure, ses espĂ©rances de succĂšs promis par le rĂȘve amĂ©ricain se soldent par une succession dâĂ©checs et de dĂ©ceptions.
Ainsi, la monotonie de ses journĂ©es de travail qui se ressemblent et se rĂ©pĂštent sans donner la moindre satisfaction semblent finalement pas le pire de ce qui peut arriver.Â
âDingo en vacancesâ / âTwo weeks vacationâ de Jack Kinney se concentre sur le petit laps de temps des vacances, quand le travailleur peut enfin fuir la monotonie du quotidien. Le court mĂ©trage commence avec ce bureau aussi gĂ©nĂ©rique que typique, oĂč chaque poste se ressemble.
Goofy prĂ©pare ses vacances pendant les heures de travail et comme John Sims, il part pile Ă lâheure pour ne pas gĂącher une seule seconde de son temps libre ...Â
Comme Kinney, King Vidor et plus tard Billy Wilder (dans âLa GarçonniĂšreâ - ci-dessous) ne manquent pas de souligner lâimportance du temps et lâomniprĂ©sence des horloges dans lâopen space.Â
Et comme dans âThe Crowdâ, le monde moderne du travail est introduit dans "La garçonniĂšreâ / âThe Apartmentâ (1959) par la trame rĂ©pĂ©titive des façades Ă©purĂ©es ...Â
qui fait Ă©cho Ă lâuniformitĂ© et Ă lâinfinitĂ© des espaces de bureau intĂ©rieurs.
Le consciencieux C. C. Baxter (Jack Lemmon) est un des 31.259 employés, son bureau n° 861 est au 19. étage.
« Le grand dĂ©cor de bureau de « La GarçonniĂšre » avait lâair aussi grand quâun terrain de football, couvert de 5000 bureaux individuels. Nous lâavons tournĂ© au studio Goldwyn, sur un plateau de taille moyenne. Comment il a fait ? En se servant de la perspective.Â
Des grands figurants assis derriĂšre des bureaux normaux, dâautres plus petit Ă des bureaux plus petits, des nains Ă des bureaux miniatures et et derriĂšre encore des silhouettes dĂ©coupĂ©es et des bureaux jouets. »Â
(Billy Wilder sur le travail du chef décorateur Alexandre Trauner).
Dessin prĂ©paratoire dâAlex Trauner pour âThe Apartmentâ.
THE CROWD 1928 King Vidor
TWO WEEKS VACATION 1952 Jack Kinney
THE APARTMENT 1959 Billy Wilder
36 vues de la tour Eiffel (4/36)
Le travelling arriĂšre cadre dâabord une fenĂȘtre ronde avec lâemblĂ©matique tour en arriĂšre-plan. ManiĂšre simple et efficace de souligner que le sĂ©jour de Sabrina (Audrey Hepburn) a lieu Ă ... Paris.
La camĂ©ra recule dâavantage pour dĂ©voiler un maitre cuisinier en train de montrer comment casser un oeuf.Â
Pour dĂ©voiler finalement lâensemble de la salle de classe dans une composition symĂ©trique, avec la tour toujours visible en arriĂšre-plan.
SABRINA 1954 Billy Wilder