Il y a un confort coupable dans le fait de ne pas s’autoriser à tenter de vivre la vie qu’on voudrait vivre.
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Il y a un confort coupable dans le fait de ne pas s’autoriser à tenter de vivre la vie qu’on voudrait vivre.
Tribune publiée dans Mon Monde le 27 avril 2020.
EN FINIR AVEC L’ANAPHORE
Du « Je me souviens » de Pérec au « Moi, Président » de François Hollande, l’anaphore, figure de style consistant à débuter chaque phrase par une répétition, est devenue l’alpha et l’oméga de la production poétique, littéraire et politique. Il est temps que cela cesse. Cet appauvrissement du langage oral et écrit par la réitération est une catastrophe. Ça avachit tout, à commencer par la valeur de la phrase elle-même, en tant que structure linguistique basique. L’éternel retour de ces mots du début aveugle, colle les neurones. Ah ça oui, c’est beau, c’est efficace, c’est puissant, ça tape du poing sur la table ! Mais : pas du tout. Mais alors, pas du tout. Ça cache le vide de la pensée, ça absorbe la réflexion dans le soi-disant génie de la forme. Alors, mes amis, je vous en conjure avec toute la force inutile qui est la mienne : faites un effort, réalisez ce mouvement vers un retour au sujet-verbe-complément, retrouvez l’audace d’oser la phrase, dans toute sa simplicité pour oser la complexité ! Ah écoutez, oui, je m’enflamme, et pour la plus belle des causes, la seule qui vaille à mes yeux : le sens.
Signataire unique : moi.
Je suis revenu à mon collège. Et sur les murs :
Promo sur les poils.
Le mouvement commence là, dans l’angle arrondi poussiéreux de la fenêtre d’un train Intercités.
J’aime quand le soleil redécoupe.
Le nom du vent qui sèche le linge.
Éloge de l'ombre.
J'ai passé ce qu'il restait de notre amour à la machine.
Frôler la vie
Frôler, c'est laisser passer l'air juste ce qu'il faut, c'est jauger sans cesse la distance entre la vie, les autres et soi. C'est dans les interstices s'étonner que l'espace restant compose une nouvelle définition de l'existence, c'est l'écart entre ta peau et la mienne la première fois qu'on s'est croisés, juste frôlés. C'est le fragile et fugace oxygène avant l'amour, c'est l'infinie douceur du souffle chaud d'un chat qui dort. C'est la tendresse non avouée, c'est l'essai d'approcher, c'est l'échec de la confiance, la victoire de la prudence. Frôler, c'est le désir retenu, la main à peine tendu déjà perdue bientôt retrouvée et tout à coup oubliée. C'est la délicatesse amie, c'est la réserve parfois extrême. C'est parfois se sentir en trop, c'est l'aveu qu'il y a les autres autour qui bruissent de vie. C'est l'entrelacs des instants invisibles et pourtant réels. Frôler, c'est attendre l'idoine moment pour appuyer sur la sonnette et patienter suffisamment avant d'entrer, sur l'interrupteur pour mettre l'obscurité là où la lumière voudrait tout bouffer. C'est susurrer, c'est s'assurer du murmure de toutes choses, de l'araignée qui tisse sa toile, de la vipère qui engloutit la musaraigne à bas bruit. C'est se ranger du côté de l'entre-deux, c'est voir le duvet blanc sous les plumes de la tête du vautour couverte de sang. C'est marcher dans des endroits bruyants plein de gens et quand même se sentir seul, c'est marcher dans des bois silencieux et percevoir quand même un bruit, presqu'un vacarme préhistorique venu du fond des êtres. C'est sentir tout tout le temps, c'est entendre l'infinie musique des vivants et celle des absents.
Brûler la vie par les deux roues.
Quelque chose manque.
Prise de tête.
Emoji yeux en l'air
Lire ça et là des reproches sur le style de Michel Houellebecq, la pauvreté de ses champs lexicaux notamment. Tout cela car revient à plusieurs reprises le mot "chatte" (rien à voir avec l'animal). N'en déplaise aux esprits chagrins, mais écrire, c'est aussi appeler une chatte une chatte.
La maîtresse des chiens s'est avancée vers moi et m'a dit tout de go : c'est 5 € la photo, 10 € la vidéo. Sinon, vous supprimez les images, je veux pas que ça se retrouve sur les réseaux sociaux. Et après un long silence d'envoyer à ma face de vieux geek hébété : je rigole. J'étais prêt à payer en plus.
L'empire américain.
Un endroit où j'aime bien pisser.