Perdue dans mes pensĂ©es, j'avançais Ă pas lents dans la forĂȘt derriĂšre chez moi. Enfin, elle n'avait de forĂȘt que le nom. Mais j'imagine que l'on peut parler de forĂȘt quand un grand nombre d'arbre se trouve dans un mĂȘme pĂ©rimĂštre, aussi espacĂ©s qu'ils soient.
  Toujours est-il que j'Ă©tais totalement perdue dans mes pensĂ©es lorsque j'entendis un bruit. Le craquement d'une branche qui casse. Je suis en pleine "forĂȘt", c'est pas surprenant avec toute la faune locale qui vit ici. Non, ce qui est surprenant c'est que ce soit si proche. Je m'approche aussi silencieusement que possible de l'origine du bruit. J'Ă©carte avec prĂ©caution quelques fougĂšres hautes et ce que je trouve derriĂšre me laisse bouche bĂ©e.
  Au delà de quelques buissons, à cÎté d'un arbre, un jeune cheval semblait endormi. Sa robe baie était parsemée de taches plus clair qui ressortaient à la lumiÚre du soleil. Ses crins flottaient doucement dans la brise qui soufflait. C'était surprenant de voir un cheval se reposer à un endroit aussi exposé. Mais le spectacle vaut le détour.
  Je reste de longues minutes Ă l'observer. Sans m'en rendre compte, je calque ma respiration sur la sienne. Je me sens comme dans un ocĂ©an de coton, sur le point de m'endormir Ă mon tour. C'est en laissant ma main tomber le long de mon corps que je sens un relief dans ma poche. Mon tĂ©lĂ©phone ! Il faut absolument que je prenne en photo ce cheval ! Maman ne va pas me croire ! Elle qui Ă©tudie les chevaux mystĂ©rieux de Mistfall depuis des annĂ©es dĂ©jĂ , cherchant Ă comprendre comment ils peuvent ĂȘtre aussi insaisissables, mĂȘme acculĂ©s, sans aucune issue.
  Je lance l'application appareil photo de mon tĂ©lĂ©phone. Malheureusement, lorsque j'appuie sur le bouton pour immortaliser l'instant, un petit bruit me signale que je n'ai pas coupĂ© le son de mon mobile. InĂ©vitablement, le cheval redresse la tĂȘte, aux aguets. Je prends le risque de prendre une deuxiĂšme photo, sachant pertinemment qu'il allait s'enfuir d'une seconde Ă l'autre. Grand bien m'en fasse, c'est ce qu'il se passa Ă peine la deuxiĂšme photo prise.
  Je reste un long moment immobile, Ă observer l'endroit, oĂč c'Ă©tait tenu plus tĂŽt, l'Ă©quidĂ© mystĂ©rieux. Mon portable Ă©tait toujours allumĂ© dans ma main. C'est une voix au loin qui me sort de mes pensĂ©es. Celle d'un des rangers de la zone qui semble discutait avec quelqu'un. Je me secoue un peu et rejoins le chemin aussi calmement que possible.
   - Ah, te voilĂ Neith ! Fit la ranger sur son cheval. Tu vois Ania, je t'avais bien dit que ta fille Ă©tait partie en forĂȘt.
   - Que faisais-tu Neith ? Questionna la femme qui accompagnait la ranger. Cela fait un moment que je te cherche.
   Un immense sourire apparu, malgré moi, sur mes lÚvres.
   - Je faisais connaissance avec l'une des légendes de Mistfall. Répondis-je doucement.
   Je vis ma mĂšre et la ranger Ă©carquiller les yeux, semblant avoir peur de comprendre ce que je venais de dire. J'ignorai l'avalanche de questions qui me tomba sur le dos et laissai le vent soulever mes cheveux de la mĂȘme maniĂšre que la criniĂšre et la queue du cheval de Mistfall plus tĂŽt. Je me sentais bĂȘtement... heureuse.