Esprit critique es-tu là ?
Saviez-vous que… Penser que “la nature est bien faîte” relève du créationnisme ? Il n’y a pas vraiment d’équilibre dans la “nature” ? Les abeilles qui font du miel sont très minoritaires ? Les “poissons” n’existent plus ? Côtoyer des frelons n’est pas risqué ? Une pomme dans notre main nous attire plus que la Lune ? Les araignées ne nous piquent (ou mordent) pas la nuit ? Un produit ne peut pas “détoxer” notre corps ? Installer une ruche est une fausse bonne idée pour la biodiversité ? La “nature” est un concept ?
Sinon, cela veut dire que vous n’avez pas assez creusé (= débunké ou démystifié) ces sujets ou que vous vous êtes mal informés, sans utiliser suffisamment de « pensée méthodique ». Ce billet est une occasion d’essayer de nous appuyer davantage sur des informations fiables, en essayant d’utiliser au maximum notre “pensée critique”, en distinguant ce que l’on croit, de ce que l’on sait.
Croire est du côté de nos ressentis, ou intuitions, qui peuvent être justes mais nous trompent très souvent, ce qui les rend non fiables et donc inutilisables sans les vérifier (sérieusement). Savoir est du côté de la science, c’est-à-dire d’une méthode de connaissance, qui permet d’apporter les informations les mieux vérifiées et les plus fiables à ce jour. En particulier lorsqu’il s’agit des “méta-analyses” (voir Aller plus loin). Les savoirs sont agiles, ouverts et souples, ils changent parfois au fur et à mesure des avancées scientifiques. Les croyances, elles, sont figées, fixes, dogmatiques, immuables... Ce qui les rend encore moins fiables, voire suspectes. Par exemple tout ce qui est “traditionnel” et inchangé depuis longtemps n’est pas du tout un gage de fiabilité. Au contraire, une immense partie de vieilles pratiques encore répandues restent des “pseudo-sciences”, c’est-à-dire qu’elles ne respectent pas les critères de la méthode scientifique, tels les principes intangibles de réfutabilité, de non-contradiction et de reproductibilité.
S’appuyer sur des informations fiables est d’autant plus important lorsque l’on reçoit du public, en tant qu’animat.rice.eur, éducat.rice.eur, vulgarisat.rice.eur ou médiat.rice.eur. Nos motivations sont en grande partie la pédagogie et la neutralité des propos (autant que possible). Plus nos informations seront fiables et précises, plus notre devoir de neutralité sera servi. D’autant qu’’une action d’éducation n’est pas un lieu de militantisme ni de prosélytisme, au contraire, elle doit être le cadre d’une saine émancipation citoyenne du public, la plus neutre et objective possible.
Des pistes de méthodes
Voici quelques pistes, surtout lorsqu’il s’agit de sujets délicats et polémiques, comme la consommation, la santé, le nucléaire, le bio, les OGM, les pesticides, la “nature”, la collapsologie, etc. Cela pourra aussi nous servir lors d’un dîner entre amis, haut lieu de débats et d’échanges parfois stériles autour de sujets non maîtrisés que sont, justement, ceux gouvernés par nos croyances.
Tout d’abord, quel que soit le sujet, il est utile de se méfier de son expérience personnelle et de ses ressentis, car ils nous trompent. Ce n’est pas parce que quelque chose nous semble « logique » ou « évidente » qu’elle est juste. Au contraire..? C’est assez contre-intuitif ! Alors il est très utile de se forcer à chercher si l’on a tort, autant que possible. L’erreur est de ne pas se rendre compte que l’on cherche à se convaincre, tant on a envie que notre idée/avis/opinion soit vrai (= biais de confirmation, voir plus loin).
Et pour encore plus de rigueur, plus une idée va dans votre sens, plus il est nécessaire de la challenger, de la démystifier ou discréditer (= debunker).
Par exemple, il est difficile de douter du fait que quelque chose de "naturel”, ne soit pas exempt de tout soupçon. Pourtant, tout ce qui vient de la “nature” n’est pas forcément bon, voire dangereux ou mortel. Et inversement, tout ce que font les humains (= “artificiel”) n’est pas mauvais. Tout simplement. De plus, lorsqu’on nous dit au moins 3 fois quelque chose, la psychologie dit que cela s’imprègne. Si en plus notre culture ambiante (familiale ou sociétale) le dit, comment lutter contre les idées reçues selon lesquelles, par exemple, les “frelons seraient dangereux”, “les abeilles domestiques utiles pour la biodiversité” ou que “les gros boutons avec deux trous seraient ceux d’une araignée la nuit”. C’est très difficile et pourtant c’est faux.
Idéalement on évitera de supposer sans vérifier. Dès que l’on commence une phrase par “je pense que...”, “je crois que...” ou “à mon avis...” eh bien idéalement on s’arrête net et on creuse le sujet, en se demandant si vraiment on a creusé sérieusement ce sujet. Et en se posant tout simplement la question “qu’en dit le consensus scientifique mondial ?”. Contrairement aux personnes dogmatiques, les scientifiques sont agiles et très créatifs, ils font sans cesse de nouvelles suppositions. Seulement ils les expérimentent toutes avant d’en parler, et proposent même à d’autres scientifiques de les challenger.
Suspendre son avis est un exercice très difficile, notamment parce qu’il oblige à contenir son ego, à ne pas exister (au moins sur ce sujet). Pourtant, avec un peu d’entrainement...
Lors de la préparation d’une animation/médiation, un peu à la manière d’un bon journaliste scientifique, on doit donc chercher, croiser et vérifier de nombreuses sources d’informations. C’est long et fastidieux. Ne jamais prendre pour acquis les premières informations présentes sur Internet “grand public”, surtout si elles vont dans notre sens. Y compris d’une source renommée, comme un quotidien national ou un “spécialiste”. Il est toujours utile de rafraîchir et de vérifier les informations auprès de nombreuses études scientifiques, en particulier si nous ne sommes pas des scientifiques chevronnés. Oui, c’est souvent fastidieux (penser et réfléchir coûtent énergétiquement), mais l’énergie dépensée en vaut le coup !
Voir ici et plus bas Comment trouver des sources fiables ?
Si on a des informations, viennent-elles d’un ou plusieurs scientifiques, d’un particulier lambda, d’un militant, d’un « anti », d’un « pour », etc. ? Méfions-nous du très puissant biais de raisonnement appelé « biais de confirmation », cette tendance universelle, mais trompeuse, qui nous conduit à toujours chercher et valider nos idées/croyances, plutôt qu’à les tester et les vérifier.
Idéalement, pour lutter contre ce biais : lorsqu’une info ou idée va dans notre sens et suit notre intuition, suspectons-la ! Cherchons plus à la dézinguer qu’à l’accepter sans réfléchir. Et si on n’y arrive pas du tout, même après un sérieux travail de recherches, alors elle pourrait être plutôt fiable. Cherchons des infos là où nous ne serions pas allés spontanément. Exemple : si l’on est de gauche, lisons aussi Le Figaro ! Et surtout ne nous contentons pas de taper “jardiner avec la Lune” dans un moteur de recherche, car tous les sites qui vont dans ce sens apparaissent en premier et risque de satisfaire notre biais de raisonnement. En revanche, en tapant “jardiner Lune controverses” (ou science, critique, pensée critique, études scientifiques, etc.) on se rendra vite compte qu’il existe finalement de nombreuses études qui ne prouvent... rien.
Autrement dit, nous avons trop souvent tendance à nous prouver ce que nous croyons, plutôt qu’à savoir si nous avons tort.
La réponse à nos questions est rarement aussi tranchée qu’on le croit, voire parfois à l’opposé. Toujours se poser la question « que dit la science » ? Existe-t-il un consensus scientifique, voire une théorie scientifique sur un sujet ? Et qui dit théorie scientifique, dit validation international, c’est-à-dire ce qu’il y a de plus fiable en attendant de nouvelles découvertes. Ce n’est donc pas “juste une théorie”.
Cela signifie aussi qu’une personne (même célèbre), une seule étude scientifique ou une info qui circule ne vaut quasiment rien. Cela ne veut pas dire qu’elle est fausse, mais seules les méta-analyses* d’un très grand nombre d’études valent vraiment le coup d’être considérées. Le fréquent titre de presse “Selon une étude...” ne vaut très souvent pas grand-chose et tombera souvent aux oubliettes. Il faut un grand nombre d’études pour qu’un sujet devienne réellement bankable !
Suspendre son jugement !
Idéalement, si l’on n’a pas très sérieusement débunké un sujet, on reste sur un “je ne sais pas”, “je n’ai aucun avis”, “on en reparlera une fois le sujet mieux étudié”, etc. Voilà des phrases qui manquent souvent pour la paix des échanges et des relations humaines, mais les plus raisonnables d’entre nous y arrivent et en sont fiers !
Retenons aussi une chose importante : sur Internet et dans les médias, les “croyants” (enfermés dans leurs certitudes/colères/combats) sont davantage présents et prosélytes que les “sachants”.
Croiser les approches
Une autre piste consiste à mélangées et croiser le plus possibles les disciplines : sciences naturelles, histoire, sociologie, psychologie, philosophies, etc. Les sujets environnementaux sont particulièrement concernés par cette transversalité. Seulement nous n’avons pas l’habitude de réfléchir de façon très transversale, alors que la vie, elle, l’est.
Prenons par exemple le thème des « espèces invasives », comme le frelon “asiatique” (et le loup d’une certaine façon). Voici de bons exemples de sujets transverses et compliqués à aborder sous un seul angle. En tout cas éviter autant que possible de suivre son ressenti, très culturel et généralement très biaisé lorsqu’il s’agit d’actualité “à chaud”.
Un sujet traité à 360° devient très différent et souvent moins tranché qu’on ne le croyait.
Pour une meilleure efficacité !
Qu’elle que soit la forme d’une rencontre avec le public, le fond est important puisque notre démarche est parfois d’intérêt général. De plus, un public qui ne ressent pas une certaine compétence et neutralité dans son interlocuteur, ou de la flexibilité dans ses opinions, sera moins prompt à accueillir ses propos.
Votre public a parfois ses idées reçues et ses croyances, plus ou moins tranchées. Une des clés pour les appréhender au mieux est d’être très bien informé, ouvert et à l’écoute. Si l’on est soi-même retranché dans ses croyances, ses dogmes et certitudes, il est difficile de demander l’inverse à son public, ou d’être à l’écoute et de ne pas se laisser aller à un prosélytisme stérile.
Utiliser des outils d’auto-défense intellectuelle
Enfin, pour trier l’information et garder l’esprit éveillé, on pourra s’aider d’outils intellectuels élaborés notamment par les sceptiques du monde entier, rationnels, penseurs critiques et méthodiques ou autres “zététiciens” (= pédagogues de la pensée méthodique). Ces scientifiques proposent de nombreux outils d’auto-défense intellectuelle pour aiguiser ses raisonnements.
Sans perdre de notre engagement bienveillant vis-à-vis du vivant et de nos attentions vis-à-vis de notre environnement, il est utile d’aiguiser autant que possible notre esprit critique et de rester intellectuellement agiles, comme la science !
Nos animations, nos médiations et nos dîners (!) n’en seront que plus agréables à réaliser et à vivre, pour nous et pour tout le monde !
ALLER PLUS LOIN (pistes)
Aller à la rencontre des spécialistes, et leur poser des questions, ils sont davantage disponibles qu’on ne le croit !
Sur les moteurs de recherches, dans les écrits, multipliez les mots clés, variez-les, surtout à l’inverse de nos intuitions. Attention, pour les sujets pointus, de simples recherches ne suffisent pas toujours. A compléter avec des rencontres, des vidéos, des livres et des publications scientifiques.
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Exemples de matériel vidéos : Treize minutes Les Ernest Espace des sciences (Rennes) UniverscienceTV Collège de France Vidéo de science Science étonnante
Exemples d’émissions de radio : La méthode scientifique Continent sciences La conversation scientifique La tête au carré
Exemples de sources plutôt fiables : Les sites des ministères ont des liens vers les études, méta-analyses et statistiques scientifiques qui les concernent. Statistiques nationales La partie universitaire de Google : https://scholar.google.fr/ CNRS Sécurité sanitaire, alimentation, environnement (Anses) Fréquences radioélectriques (Anfr) Protection des données personnelles (Cnil) Muséum national d’Histoire naturelle Magazines : Pour la science ou La recherche Association française pour l’information scientifique (Afis)
Matériel pédagogique sceptique (esprit critique, zététique, intox, hoax...) : [Livres] Lectures faciles, en priorité les numéros 1, 2, 3 et 22 de la collection Une chandelle dans les ténèbres [Bibliographie] Bibliothèque sceptique (sur Les sceptiques du Quebec) [Livres] Voir images plus bas [Vidéo] C’est quoi l’esprit critique (Raisonnance) ? [Livre] Petit cours d’autodéfense intellectuelle [Livre] Manuel d’autodéfense intellectuelle [Livre] La démocratie des crédules [Livre] Santé, science, doit-on tout gober ? [Blog] Curiologie [Site] Observatoire zététique [Site] Cortex [Podcast] Scepticisme scientifique [Podcast] L’heure du doute par Nichoax Aide à la défense intellectuelle en ligne : [Vidéo] Virginie Bagneux / La zététique : esprit critique, es-tu là ? Petit recueil de 18 moisissures argumentatives pour concours de mauvaise foi Kit de survie de Stopintox [Vidéo] Raison et pensée critique, par Richard Monvoisin [Vidéo] Raison et pensée critique, par Gérald Bronner [Vidéo] La zététique, par Henri Broch [Vidéo] Hygiène mentale [Vidéo] Démocratie, science et crédulité [Vidéo] Pourquoi sommes-nous crédules (par Gérald Bronner) ? [Vidéo] L’appel de la nature ? [Vidéo] Négociation intellectuelle avec le monde (Tronche en biais / Gérald Bronner)
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