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L’humanité a atteint ses limites, mais elle ne le sait pas… encore
Alors que le monde bruisse des sirènes du post-humanisme voire du transhumanisme, d’intelligence artificielle et d’homme augmenté, de progrès technologiques nous menant tout droit à l’immortalité, il est une voix qui nous dit tout le contraire. Non, l’homme a atteint ses limites biologiques, physiologiques, environnementales. Il a atteint un plafond dans tous les domaines : l’espérance de vie est au taquet, les records olympiques se font de plus en plus rares et laborieux, la croissance économique des sociétés marque un pas qui semble durable, les innovations technologiques, contrairement aux apparences, aussi. Cette voix est celle du Professeur Jean-François Toussaint ; il faudra retenir son nom car il est de la lignée des Copernic, Darwin ou Freud : il est en train d’infliger sa quatrième blessure narcissique à l’humanité.
Jean-François Toussaint nous accueille dans son laboratoire de l’IRMES situé en plein cœur du magnifique campus de l’INSEP, l’Institut national du sport, qui forme plus de la moitié de nos champions olympiques dans ses installations du bois de Vincennes. Chaleureux et souriant, il a la carrure d’un joueur de basket de la NBA ; il fut en fait international de volley et porta les couleurs de l’équipe de France. Ce médecin cardiologue formé à Harvard enseigne la physiologie à l’Université Paris Descartes. Il dirige l’IRMES, l’institut de Recherche bioMédicale et d'Épidémiologie du Sport qu’il a créé en 2006 ; il dirige aussi le Groupe Adaptation et Prospective du Haut Conseil de la santé publique dont il oriente les analyses vers les grands enjeux de santé et la prévention des risques émergents.
Il a signé plus d’une centaine d’ouvrages et de publications, et fait partie de cette nouvelle génération de scientifiques qui savent décompartimenter sans complexe les disciplines pour avoir un regard transversal encore plus perspicace. Bref, c’est quelqu’un qui, quand il parle, semble parfaitement savoir ce qu’il dit. Et ce qu’il nous dit va à l’encontre de toutes les idées reçues. Son discours nous ébranle et nous alerte, provoquant immanquablement le déni, la contestation puis, devant l’accumulation des preuves, très vite, la prise de conscience que nous devons changer. Que l’humanité doit prendre très au sérieux ce que nous dit ce scientifique.
Chaque jour, une information nouvelle vient compléter la litanie des contraintes économiques, climatiques ou sanitaires qui assaillent l’humanité. Face à elles, notre premier intérêt est de reconnaître les performances de nos capacités d’adaptation et de résilience, ce mot tellement à la mode qu’il ne veut plus rien dire. Or ce que l’on ne claironne pas, c’est que, simultanément, nous avons atteint nos limites. Pour le Professeur Toussaint, « La recherche constante d’optimisation et l’évolution séculaire de nos capacités d’espèce n’ont fait que nous conduire aujourd’hui, à nos maxima ». Ces limites sont aujourd’hui mesurées de plus en plus précisément sur un très grand nombre d’indicateurs, dans des domaines aussi variés que le sport, l’économie, la démographie ou la santé publique. Ces limites, qu’elles soient biologiques ou sociétales, ont toutes un rapport avec les grandes régulations qui animent le monde. Avec les grandes lois de la matière, mais aussi celles du vivant.
Notre entretien avec Jean-François Toussaint commence par un rappel de ce qu’est le vivant et quelles sont ces lois universelles qui régulent la physique de la matière, le métabolisme cellulaire, la physiologie des individus, les interactions entre espèces et leur évolution dans le temps. Étapes nécessaires avant d’aller plus loin.
Les grandes lois qui cadrent le vivant
Premier rappel à bien garder à l’esprit : « Le vivant est extrait des opérations de la matière inerte et subit donc les lois de la physique et de la chimie ». La vie est apparue sur notre planète il y a 3.8 milliards d’années, soit assez rapidement après la formation géologique de la Terre : moins de 700 millions d’années. Avant, ce n’était pas possible, les conditions n’étaient pas encore réunies. Dès cet instant, la course à la complexité va s’accélérer, dans des directions infinies et de plus en plus créatives, voire farfelues. Mais aussi de moins en moins prévisibles. Dans ce jaillissement de complexité, avec des formes et des règles du vivant de plus en plus diversifiées, il est une constante : comme la matière inerte, les règles du vivant doivent respecter des règles physico-chimiques fondamentales. Ce sont des cadres qui définissent des invariants qui vont traverser la totalité de ce qui existe dans notre univers connu.
La magie des fractales
Parmi ces grands invariants, Le professeur Toussaint aime citer les formes d’organisations fractales, chères à Benoît Mandelbrot. Dans une fractale, chaque élément de la fractale contient la clé de la construction toute entière et ce, à toutes les échelles. Les exemples dans la nature sont connus depuis longtemps : de l’architecture du chou à la forme des branches des arbres, de nos ramifications pulmonaires à la forme des éclairs un soir d’orage. Ces formes sont fractales et organisées de façon à rechercher l’optimisation maximale.
Ces grandes lois se retrouvent à toutes les échelles, à tous les ordres de grandeurs : du plus petit (10^-35m) au plus grand (10^30). De l’infime particule élémentaire à l’amas galactique. Et dans toutes ces échelles, il y a toujours deux valeurs associées : l’énergie et l’entropie qui possèdent, quel que soit l’ordre de grandeur, le même type de relation. Le Directeur de l’IRMES nous donne un exemple : « Que l’on parle des enzymes (qui sont des éléments du vivant) et par exemple, de la vitesse à laquelle ils fonctionnent et la façon dont l’énergie circule dans les grands amas galactiques, les lois de distribution sont identiques. Ce sont des lois logarithmiques qui vont, à un moment donné, inscrire des limites ».
Nos pulsations cardiaques sont comptées
Un autre invariant parlera plus aux esprits réfractaires aux mathématiques. C’est celui de la relation entre le nombre de pulsations cardiaques et la durée de vie. « Dans l’immense classe des mammifères, de la petite souris dont le cœur bat à 600 pulsations par minute, jusqu’à la baleine dont le cœur bat à 10/15 pulsations, mais qui ont deux espérances de vie opposées (2 ans pour la souris et 90 ans pour certaines baleines) les deux animaux vont avoir le même nombre de battements à la fin de leur vie. On a donc pour ce groupe entier, en l’occurrence celui des mammifères, un rapport pulsations cardiaques/durée de vie, qui est une constante. 1.5 milliards de battements dans une vie, 3 milliards pour certaines exceptions, mais pas plus. »
Peut-on s’écarter de cette loi, de cette constante qui semble absolue ? Jean-François Toussaint est formel : « L’homme s’est très peu écarté de cette loi. Il s’en est écarté un petit peu depuis une dizaine de générations, par le biais de sa technologie et de son développement avec l’augmentation de l’espérance de vie. Mais la question est celle de l’élasticité de cet écart et donc de l’énergie qu’il faut continuer à produire pour se maintenir à distance de cette règle commune qui nous relie à tout le reste du vivant ». Le problème revient ici encore à une question d’énergie : pour s’écarter d’une telle loi, la dépense énergétique doit être si grande qu’elle compromet la viabilité de l’exercice. Et quand on dit « dépense énergétique », on pense bien sûr aussi à « coût » au sens économique du terme.
Combien de temps pour recharger les batteries ?
Un autre invariant ? En voici un au nom barbare : BMR pour loi scalaire du métabolisme de repos. Cela ne dit rien aux néophytes mais pourtant cette loi est assez simple à comprendre. Elle consiste à mesurer ce qu’un élément peut métaboliser comme énergie au repos. C’est en quelque sorte le temps de recharge de nos batteries. Eh bien cette loi, formulée par une équation mathématique, est constante quelle que soit son échelle : « Cette loi relie le métabolisme de repos de l’animal entier, l’éléphant comme l’homme, jusqu’à ses composantes cellulaires, et même en descendant jusqu’aux éléments subcellulaires comme par exemple, la mitochondrie à l’intérieur d’une cellule, voire même les éléments de la mitochondrie comme par exemple les enzymes respiratoires… et à chaque fois, on se rend compte que le taux métabolique, c’est-à-dire ce que cet élément peut métaboliser comme énergie, est toujours directement relié à sa masse.» Impossible donc d’échapper à cette constante.
Du vol des étourneaux à la formation de l’embryon
Voulez-vous un autre exemple ? Celui-ci commence par une image que nous avons tous au moins une fois dans notre vie admirée : celle des magnifiques nuages d’étourneaux qui animent certains ciels d’été. Leur formation et leur dynamique semble obéir à une loi mystérieuse. Il s’agit en fait d’hydrodynamique. Les travaux de chercheurs français dirigés par Vincent Fleury du CNRS sont en train de révéler ce qui pourrait être une nouvelle loi fondamentale.
Cette recherche porte sur l’enroulement hydrodynamique, comme celle des étourneaux, mais cette fois-ci, dans le cadre de la formation embryonnaire. À ce stade, le génome va créer très tôt des compartiments qui vont se spécialiser (en placenta, en crête neurale, etc.) formant des pôles ayant des densités différentes. Jean-François Toussaint nous explique le processus en œuvre : « Ces étapes se font comme un origami, en fonction des différences de densité, avec des plans qui respectent parfaitement la différence de poids cellulaire entre ces zones. Il y a donc des repliements, des fonctions qui deviennent mathématiquement très faciles à exprimer et qui vont conditionner l’évolution de toutes ces étapes du vivant ». A la formation de la vie présideraient donc des lois physico-chimiques universelles et pas seulement biologiques.
Ces lois du vivant, dont nous venons de citer quelques-unes, conduisent à fixer des limites. Sous certains aspects, nous avons, selon les recherches du professeur Toussaint et de ses équipes, déjà atteint les limites et sommes face à un plafond infranchissable.
La théorie du plafonnement
Cette théorie est née des travaux menés à l’IRMES qui ont consisté à étudier, sur l’ensemble de l’ère olympique, depuis 1896, l’évolution des records du monde. Ceux-ci sont en effet intéressants car ils sont l’expression, à un moment donné, du maximum physiologique, de vitesse, de détente, de puissance etc. que peut déployer un être humain. Jean-François Toussaint précise : « on a repris toute l’histoire du sport moderne depuis plus de 120 ans et cette étude nous montre que la distribution de ces records suit elle aussi des lois très simples, des lois de croissance. ». Le médecin nous présente quelques courbes parmi les dizaines qu’il a construites avec ses équipes, pour toutes les disciplines sportives. Toutes les courbes, sans aucune exception, présentent la même configuration !
Les records olympiques au taquet
« Cette distribution, commente Jean-François Toussaint, se déroule progressivement dans le cours du XX° siècle avec une accélération et puis un ralentissement dans les dernières décennies, et pour certaines disciplines, des plafonnements depuis trente ans. » Ce que l’on observe c’est effectivement une sorte d’arrêt de la croissance de la courbe ces dernières années. Ce n’est toutefois pas l’information la plus importante. En effet, notre interlocuteur tient à préciser : « En dehors de cela, ce que ces courbes montrent c’est que la moyenne générale est celle de l’atteinte de plafonds par rapport à une asymptote théorique. Nous sommes arrivés à 99 % de nos capacités par rapport à ce que nous étions en 1896. À cette époque nous étions à 66 % de nos capacités, ce qui signifie que le gain a été énorme puisqu’on a rajouté le tiers des capacités qui nous manquaient. Le problème c’est que maintenant, nous n’arrivons pas à aller plus loin. »
En entendant ces paroles, un coup d’œil à la fenêtre du labo nous fait percevoir un stade, des installations ultramodernes, une piste d’athlétisme. En arrivant dans l’allée, on longe une bordure de plaques de ciment portant l’empreinte du pied ou de la main de nos plus grands champions, de Caron à Lavillenie… Une épopée formidable… Et ce professeur Toussaint, qui nous dit avec son sourire désarmant que les records, c’est fini ! Voyant notre surprise, Jean-François Toussaint poursuit : « Il y a encore des sportifs qui peuvent battre des records, Renaud Lavillenie l’a montré en saut à la perche, mais il faut observer qu’au moment où Lavillenie débloque le compteur, seulement d’un centimètre, vingt ans après Sergueï Bubka, ce qui fait 0.05 mm par an de progression, ce qui n’est plus grand-chose ; au même moment, les neuf autres qui participaient au top ten de cette discipline eux, régressaient de dix centimètres ! Donc si on regarde la discipline elle-même, parmi les meilleurs, on observe qu’elle est en pleine régression. »
L’espérance de vie désespérément plate
Et hors du sport, la règle du plafonnement s’applique-t-elle aussi ? peut-on se demander avec un brin d’anxiété. Ici encore, Jean-François Toussaint ne parvient pas à nous rassurer. « À partir de ces constats et de la réflexion que l’on avait en termes de santé publique, nous nous sommes penchés immédiatement sur d’autres records. Notamment le record de l’espérance de vie, 122 ans et quelques mois, qui est détenu par la française Jeanne Calment, mais qui date de quasiment vingt ans. Lorsque l’on observe attentivement ces données, on voit que l’évolution des « super-centenaires », c’est-à-dire des individus qui atteignent plus de 110 ans, arrive progressivement à des plafonds. Nous sommes en train de connaître un ralentissement de la progression de l’espérance de vie, contrairement à tout ce que l’on pensait. Nous sommes en train d’atteindre nos plafonds d’espérance de vie. »
Il y a quinze jours l’INSEE publiait les courbes de l’espérance de vie mises à jour avec l’année 2015. Elles manifestaient une régression par rapport aux années précédentes, dues selon les organismes officiels à la chaleur et au froid (sic !) de l’année 2015. Pour le professeur Toussaint, « Le recul de cette espérance de vie de cinq mois, ce qui est statistiquement énorme par rapport à tout ce que l’on a connu, à part la canicule de 2003, montre que cette période est en train de s’installer. Ce qui signifie que nous sommes en train d’atteindre un plafonnement de l’espérance de vie en France. » Pour le scientifique, nous arriverions à une limite générale dans laquelle les personnes les plus âgées deviennent aussi les plus vulnérables et donc très sensibles aux variations des conditions auxquelles ils sont soumis, comme par exemple la chaleur intense ou le froid, des infections inhabituelles (on parle beaucoup du virus Zika en ce moment, ou de la baisse d’efficacité des antibiotiques). Jean-François Toussaint ajoute : « Ces changements sont importants. Mais sur le plan économique aussi car le recul majeur d’une économie va se traduire immédiatement par une augmentation de la mortalité ».
L’économie à bout de souffle
L’économie en effet montre des signes de plafonnement. Nous ne pensions pas que ce domaine typiquement sociétal pouvait être affecté de façon aussi massive par des lois naturelles. Pour Jean-François Toussaint, cela ne fait aucun doute et nos courbes de croissance sont similaires à celles de l’espérance de vie ou de l’évolution des records sportifs. Il affirme en effet : « L’économie est un domaine qui va aussi montrer ce plafonnement. L’augmentation progressive de la croissance des économies d’abord européennes (avec la colonisation au XIX° siècle qui a tiré le parti du développement industriel) plafonne. Les pays européens vont être les premiers à atteindre ces plafonds, avant que l’Amérique du nord ne les suive, puis l’Asie et potentiellement l’Afrique. »
Ainsi ce que l’on observe dans le domaine physiologique, ces tendances lourdes se retrouvent dans d’autres segments de l’activité humaine. Pour le professeur Toussaint, c’est tout à fait logique. Il tire sa certitude du fait que toutes les courbes, provenant de différents types de mesure, obéissent aux mêmes mécanismes et sont influencées par les mêmes facteurs. Il nous donne un exemple : « On voit un recul sur toutes les courbes dans les périodes de la première et deuxième guerre mondiale. Ça parait évident, mais en même temps, ça nous montre que sur ces phases de développement, il y a bien des éléments communs qui agissent, en positif ou en négatif. » Le scientifique veut nous montrer que l’histoire des sociétés en général et de l’économie en particulier s’inscrivent dans l’histoire humaine. Dans la longue histoire qui va du vivant issu de la matière inerte à l’homme inscrit dans des sociétés humaines. Des sociétés qui elles-mêmes ont évolué de la tribu à la ville puis de la ville à des ensembles plus vastes et aujourd’hui à la mondialisation. Mais toute cette histoire présente un point commun qui en relie toutes les phases : celui de la maîtrise énergétique. Jean-François Toussaint tient à nous rappeler que « toute cette histoire nous lie à notre capacité à utiliser l’énergie pour développer des capacités qui décuplent nos capacités physiologiques. C’est donc bien dans l’ensemble de cette construction générale que s’inscrit l’histoire humaine, que s’inscrit l’histoire des sociétés ; l’économie et elles n’ont aucune raison de ne pas respecter ces lois, puisqu’elles en sont issues. »
La technologie peut-elle nous sauver ?
Si ces lois fondamentales nous régissent, l’homme a toujours cherché à s’en affranchir. C’est là le rôle de la technologie. La Technê peut-elle nous sortir de cette voie qui semble inéluctable vers le plafonnement, l’atteinte des limites ? « Oui répond Jean-François Toussaint, cela a toujours été la capacité d’homo habilis. Transformer son quotidien par le biais de sa capacité à prendre un silex pour en faire un biface ; et cela a été toute l’histoire du développement de la technê, avec ses étapes successives. » Il ajoute : « Que la technologie soit encore une hypothèse, oui. C’est la dernière. Puisque sur le plan physiologie, on démontre que nous sommes au plafond. »
Créer du vivant nouveau ?
Un peu d’espoir donc de nous affranchir de ces règles. Il est vrai que les biotechnologies font des progrès remarquables, quelques fois tonitruants. On parle volontiers aujourd’hui de biosynthèse, de modification du vivant, de transhumanisme… Pouvons-nous espérer modifier un jour le vivant pour nous affranchir de ces règles ? Qu’en pense Jean-François Toussaint ?
Manifestement, il cherche à nous ménager : « Oui, dit-il, mais il ajoute aussitôt, à condition qu’on puisse maîtriser l’ensemble, non pas aller à l’encontre. Plutôt respecter ces règles. En effet, le grand problème de la biologie de synthèse notamment c’est bien celui, à un moment donné, de la validation des hypothèses biosynthétiques qui vont être faites. Cela signifie que si vous dites « je crée de la vie ex nihilo », (ce que l’on ne sait pas faire encore), en admettant que vous puissiez le faire, comment allez-vous dire que c’est pérenne ? » En effet, pour les biologistes, la pérennité est une des caractéristiques fondamentales de la vie.Il poursuit :« Ce n’est qu’en les mettant dans les circonstances du vivant actuel que vous pourrez dire que votre création sait s’adapter et qu’elle est supérieure éventuellement aux autres. Ça veut dire que vous allez être obligés de revenir au vivant pour montrer que vous savez en respecter les règles. » Effectivement, l’argument est imparable.
Les machines à la rescousse
Tentons autre chose : pourrait-on confier nos capacités déclinantes à des machines qui leur apporteraient un sang neuf, si l’on ose dire. Ici encore la logique du Professeur Toussaint est difficile à contrarier : « Confier l’humain aux machines ? De quoi a besoin l’ordinateur qui a battu hier ce professionnel de go ? Il a besoin d’énergie. Il va la chercher où ? S’il n’est pas capable de s’adapter au vivant, de se déplacer, de se reproduire, de prendre la lumière solaire, de se débarrasser de toute l’infrastructure qui lui permet de se câbler, … il fait quoi ? Quelle est son autonomie ? La pérennisation c’est de la reproduction ET de l’autonomie. Aucune machine n’est actuellement capable, sur plusieurs générations, de tenir cet objectif-là. »
L’innovation plafonnée
Décidément, la technologie risque de ne pas nous être d’un grand secours. D’autant que Jean-François Toussaint enfonce le clou et nous montre de nouvelles courbes. Il explique : « Nos capacités technologiques sont actuellement dépassées par le vivant qui, lui, est en train de s’adapter à nos contraintes, celles que nous avons générées. Pendant les deux derniers siècles de développement technique, nous avons inversé le rapport. Nous avons amélioré la mortalité infantile par l’invention de médicaments capables de lutter contre les maladies infectieuses. C’est là où l’espérance de vie a fait des bonds prodigieux. Il faut savoir qu’on gagne très peu statistiquement en espérance de vie en guérissant les cancers, ou les maladies cardiovasculaires. Par contre, on gagne énormément quand on évite à un enfant de faire une tuberculose.
Cette fonction dépend de la technique d’organisation des systèmes, de développement des vaccins par exemple ou des médicaments. Et ce que l’on voit, c’est que toute cette évolution technologique dépend de l’économie avant tout. Si l’économie plafonne, le développement pharmacologique plafonne. Que fait alors l’industrie pharmaceutique ? Elle investit dans la survie de son groupe, c’est-à-dire la finance. Et donc elle choisit des niches dont elle sait que seul un certain nombre de personnes seront capables de les entretenir ; pas seulement les malades, mais surtout le groupe qui soutient le malade : leur communauté ou la société. C’est ce que l’on a vu dans les années 2000 où après la sortie des grands blockbusters notamment cardiovasculaires, de très grands champions, notamment américains, se sont retirés de la production et du développement des grandes molécules classiques qui avaient basculé dans le domaine public, pour ne plus investir sur des maladies pour lesquelles il n’y avait plus de marché (par ex. l’artériosclérose). »
Il est vrai que les laboratoires travaillent plus volontiers aujourd’hui sur de la médecine personnalisée, ou sur des anticancéreux à base immunologique sur lesquels on va avoir des anticorps spécifiques. Mais ces traitements sont excessivement coûteux. On aboutit à des formes de thérapies nécessitant des centaines de milliers d’euros par an et par patient. Et là, on atteint une autre limite, inévitablement : celle de la pérennisation d’un système qui va devoir mettre ses moyens financiers à la disposition de tous. Est-ce encore possible au sein d’une société qui n’en a plus les ressources ? « C’est impossible » répond Jean-François Toussaint.
Où va-t-on ?
La théorie du plafonnement est suffisamment inquiétante. Elle appelle toutefois une question immédiatement liée. Après le plafonnement qu’y-a-t-il ? L’effondrement ? Jean-François Toussaint explique que « Dans l’histoire on a de nombreux exemples de civilisation qui se sont effondrées avec toujours les mêmes raisons : agriculture, environnement, énergie, climat, eau… Et finalement, quand on voit actuellement les limites que l’homme a imposé à sa propre planète, c’est toutes celles-là qui posent question. On sait que si on continue à utiliser des énergies fossiles, on basculera dans un système qui thermiquement n’est plus viable. Ce n’est pas seulement un problème de réchauffement, c’est que les équilibres thermiques dont nous dépendons sont stables depuis des millénaires (même s’il y a eu des variations, ces variations ont été lentes) et que, tout d’un coup, nous subissons une augmentation qui est ahurissante et sur laquelle la physiologie de notre propre comportement mais surtout celui de notre environnement risque de ne pas pouvoir s’adapter. Ici, c’est la vitesse du changement qui compte. »
Cela nous amène à penser que toutes les courbes asymptotiques que le professeur Toussaint nous a montrées, arrivent à saturation, et semblent entrer en collision avec un mur qui est celui de toutes les contraintes dont le réchauffement climatique n’est que l’une d’entre elles. Les autres sont celles de la pollution, de l’exploitation des sols, de l’incapacité probablement à associer l’augmentation démographique et la production alimentaire, de la consommation d’eau, etc.
A la question « Où va-t-on ? », Jean-François Toussaint nous fait une réponse de gascon : « On a deux versions possibles dans l’analyse. La première est de dire qu’on est totalement pris dans ces cycles, dans ces règles, dans ces lois et donc se demander ce qui arrive en général après une période de stagnation. Soit on a un ressaut, soit on a un effondrement. Et le seul ressaut auquel on peut s’attendre est le ressaut technologique – dont on voit qu’il est bien peu probable. »
Alors tout ce que l’on nous dit sur le transhumanisme, l’homme augmenté et l’immortalité, tout cela ne serait que des fadaises ? Pour Jean-François Toussaint, il n’y a pas de doute : « Certains nous donnent à cet égard non pas des espoirs mais des utopies. Il y a énormément de fausses dimensions dans ce jeu et surtout d’acteurs si peu scrupuleux de la réalité des choses et qui en font une activité économique, je pense notamment au transhumanisme. Il existe quelques fous qui sont simplement décalés ; de gentils fadas ça va, mais des gens qui font leur business sur la crédulité des autres en leur promettant l’éternité ne sont pas différents des charlatans des siècles précédents. Ceux qui vous disent « nous allons tuer la mort » ou « la mort ne fait pas partie de la vie » c’est qu’ils n’ont simplement pas compris la vie. »
Ce que nous dit Jean-François Toussaint est difficile à entendre. Admettre que l’homme, dans sa toute-puissance a atteint ses limites, et qu’il n’ira vraisemblablement pas plus loin est difficile à concevoir. Notre interlocuteur le concède lui-même : « Nous nous trouvons dans la même situation que celle d’un médecin qui vous annonce un mauvais diagnostic. La première réaction c’est le déni. C’est normal. C’est une réaction physiologique ! » Il poursuit, assez lucidement : « Face à ces réalités, il y aura refus, puis contestation, puis tentative pour, peut-être, trouver une porte de sortie. Je pense qu’on a peut-être, comme pour Alice, une petite porte quelque part ; elle n’est pas grande, on n’y passera pas tous. Mais notre rôle, comme Sisyphe sur son rocher est de continuer encore à la chercher. »
Cette proposition nous en appelle aussitôt une autre, que Jean-François Toussaint avait placée en exergue de l’une de ses leçons au Collège de France. Elle est du grand anthropologue Claude Lévi-Strauss : « En regard des changements à venir, j’ai peur que nous ne soyons pas équipés ».
Gérard Ayache
Article original
Le prix du pétrole est bas ? C’est pourtant sa fin. Qui annonce la fin de la croissance
Et si nous atteignions les limites de la croissance économique ? C’est l’hypothèse défendue ici : les cours très bas du pétrole rendent impossible les investissements nécessaires pour puiser dans les réserves encore disponibles. Le moteur de la croissance, l’énergie fossile, va donc bientôt caler. Entraînant la chute de l’économie.
De lourds nuages s’amoncellent (encore) au-dessus de l’économie mondiale. Tandis que des experts de la Banque des règlements internationaux s’inquiètent de l’avenir d’un monde « dans lequel les niveaux d’endettement sont trop élevés, la croissance de la productivité, trop faible, et les risques financiers, trop menaçants », la banque britannique HSBC constate tout simplement : « Nous sommes déjà en récession. »
Nouveaux médecins de Molière, les économistes paraissent plus démunis que jamais. Même le patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, « porte un chapeau trop grand » pour lui, estime le quotidien économique les Échos, « un chapeau qui lui couvre les yeux, mais qui ne l’empêche pas de foncer ». La confiance règne.
Résumé des épisodes précédents :
- la crise de 2008 fut une crise de la dette ;
- les grandes banques centrales y ont remédié grâce… à davantage de dette, notamment en abaissant plus bas que jamais les taux d’intérêts ;
- chacun voit bien qu’il serait grand temps de décider d’une remontée de ces taux d’intérêt, si l’on veut résorber un endettement global parvenu à un niveau saugrenu (210 % du PIB mondial, contre « seulement » 180 % en 2008) ;
- toutefois, les maîtres de la finance redoutent que le retour à des taux d’intérêt normaux provoque une récession planétaire (un resserrement monétaire est qualifié de « principale menace pour l’économie mondiale » dans la version provisoire d’un récent communiqué de la Banque centrale états-unienne). L’alternative à laquelle le capitalisme mondial paraît voué se résume ainsi :
- soit la bulle gigantesque de la dette explose d’elle-même ;
- soit elle explose à cause d’une remontée des taux d’intérêt.
L’économie de croissance peut-elle échapper à cette prise du crabe ? Le diagnostic que je vais résumer (développé auparavant ici) n’est qu’une hypothèse, en même temps qu’une question fatidique :
Et si l’actuel ralentissement de l’économie était en passe de révéler les « limites à la croissance » annoncées dans le rapport du club de Rome de 1972 ?
On a souvent considéré qu’une limite à la croissance devrait se manifester par une hausse sans fin des cours du pétrole et des autres grandes matières premières. Au contraire, les limites de la croissance pourraient être révélées par un prix des matières premières trop bas, c’est-à-dire par une demande globale trop faible pour que reste rentable l’extraction sans cesse plus coûteuse des flux de matières requis par la croissance. Un prix trop bas, autrement dit, pour financer la nécessaire quête de nouvelles sources intactes de pétrole à très grande profondeur au large du Brésil ou sous le pôle Nord, ou bien encore pour financer le déploiement massif des énergies renouvelables.
Exagérations (ou purs mensonges) de Pékin
Marqué par l’effondrement inattendu des cours du pétrole, le ralentissement présent de l’économie (c’est-à-dire en particulier de la croissance chinoise, laquelle assure à elle seule la moitié de la croissance mondiale) amène à reconsidérer ce qu’il se passe vraiment depuis la crise de 2008, au-delà des subterfuges monétaires par lesquels le système financier a pu empêcher sa propre implosion. À mon sens, le symptôme décisif est précisément cet effondrement du prix du pétrole brut, passé depuis l’été 2014 de plus de cent dollars à une cinquantaine de dollars seulement. Avant la révélation, durant l’été 2015, des exagérations (ou des purs mensonges) de Pékin au sujet du rythme de croissance de la Chine, la conjoncture économique mondiale présentait des caractéristiques fort surprenantes. Si, en dépit d’une croissance chinoise que l’on croyait encore être fulminante, les cours du brut étaient capables de chuter autant, cela voulait forcément dire que nous étions en train d’entrer dans une nouvelle ère d’abondance énergétique et matérielle. En particulier, les sombres pronostics d’un déclin imminent, pour cause de limites géologiques, de la production pétrolière mondiale se révélaient nuls et non avenus.
Aux yeux des économistes, tout dès lors redevenait possible, sinon envisageable. Grâce à la fracturation hydraulique et aux hydrocarbures de schiste, ces diables d’États-uniens avaient bel et bien réussi à repousser une fois encore le spectre de l’épuisement de l’or noir. Les « limites à la croissance » et même toute limite au génie technique humain apparaissaient à nouveau comme fumisteries bonnes à effrayer des écolos dépressifs. Preuve était faite que la technologie était capable d’à peu près n’importe quoi. C’est à peine si quelques-uns s’étonnaient de voir les émissions de CO2 de la Chine ralentir malgré la croissance de son économie. Le paradoxe s’expliquait par un boom jugé « miraculeux » des énergies renouvelables. Ce miracle chinois venait opportunément faire pièce, aux yeux des écologistes technolâtres, à un autre « miracle » : celui du boom du gaz et des pétroles de schiste aux États-Unis. Las, les lois physiques sont intransigeantes : la croissance de la Chine était bel et bien exagérée (le ralentissement de ses émissions s’avère probablement dû au fléchissement de sa demande de charbon). Si l’effondrement des cours du brut est un symptôme décisif de l’état réel de l’économie, il n’est pas pour autant isolé. Car outre le pétrole, ce sont les cours de toutes les grandes matières premières industrielles qui ont chuté, signe évident du ralentissement de l’activité industrielle chinoise et mondiale, et non du début d’une nouvelle ère d’abondance.
Les économistes sont des horlogers newtoniens
« Et alors ? entends-je maugréer le lecteur impatienté, ce n’est pas la première fois que les économistes se trompent ! » Prête encore patience, ami lecteur, car il se pourrait qu’il y ait bien mieux dans tout ceci, ou bien pire. Admettons qu’ainsi qu’ils le prétendent, les économistes aient compris ce qu’est la toile de fond qu’ils analysent, mais qu’ils se trompent dans l’interprétation des scènes qu’ils observent sur cette toile. Sur le tableau que les économistes perçoivent, un « cycle économique » finit toujours par en chasser un autre, perpétuellement : dans le cas présent, si les prix des matières premières ont chuté, alors la demande en profitera tôt ou tard pour repartir, et les prix remonteront jusqu’à permettre aux industriels d’investir à nouveau et d’accroître la production. La croissance économique pourra repartir. Une remarque sur cette vision des choses. Si les économistes ont tendance à penser en termes de cycles, c’est que leur « science » est née petite sœur de la science physique, lorsque celle-ci obéissait à une approche « mécaniste », envisageant les phénomènes physiques comme des mécanismes indéfiniment reproductibles. C’était avant l’avènement de la thermodynamique, laquelle, par la découverte de l’entropie, a imposé au temps sa flèche irréversible. La vision dominante de l’économie souffre de ce retard conceptuel congénital. Les économistes sont des horlogers newtoniens s’attardant à concevoir des mouvements perpétuels, lorsque les physiciens bannissent pareilles chimères depuis plus d’un siècle.
Pendant ce temps, les champs de pétrole s’épuisent.
La grave crise dans laquelle l’effondrement des prix du brut plonge l’industrie pétrolière mondiale promet (pas simplement à mes yeux, voir également ici ou encore là) d’avoir de graves conséquences sur le futur de l’économie de croissance toute entière. Les investissements dans les pétroles non-conventionnels et extrêmes (sables bitumineux canadiens, pétroles de schiste aux États-Unis, puits offshore ultra-profonds au Brésil, forages en Arctique), censés suppléer le pétrole conventionnel, sont à peu près à l’arrêt aujourd’hui. Après s’être relevée de ses cendres grâce à la fracturation hydraulique et aux pétroles de schiste, la production américaine d’or noir connaît de nouveau le déclin depuis le mois d’avril. Et si les cours ne remontent pas, le déficit d’investissements finira aussi par avoir un lourd impact sur les grands producteurs de pétrole conventionnel, dont beaucoup – Venezuela, Mexique, Algérie, Norvège, Indonésie, Gabon, etc. – se trouvaient déjà dans l’incapacité de maintenir leurs extractions lorsque le prix du baril planait à plus de cent dollars.
Sous forme de pétrodollars, l’or noir a remplacé le métal jaune
Malgré elle, l’industrie du pétrole (la première du monde) se trouve depuis dix ans engagée dans une course périlleuse sur un tapis roulant très vite en sens inverse. Ce tapis roulant, c’est le déclin dit « naturel » de nombre de régions pétrolifères plus ou moins anciennes. Afin, ne serait-ce que de maintenir la production mondiale de brut, les pétroliers doivent mettre en production l’équivalent de quatre nouvelles Arabie saoudite, soit rien de moins que la moitié de cette production mondiale… tous les dix ans ! Tôt ou tard, cela deviendra impossible, faute de réserves suffisantes techniquement exploitables de façon rentable.
Tel est le fond de la question du « pic pétrolier ». En bref, (1) si les investissements s’arrêtent aujourd’hui, la production chutera demain, et surtout (2) tenter de maintenir cette production deviendra de plus en plus coûteux, nécessairement. Pour quelle raison ? À cause d’un tropisme bien naturel : ce que n’est qu’une fois que l’on a cueilli les plus beaux fruits à portée de main que l’on se résout à risquer chaque année des dizaines de milliards de dollars pour aller forer au-delà du cercle polaire ou jusqu’à dix mille mètres sous la surface des flots, et pour fracturer les roches mères et excaver les sables bitumineux avec une intensité et sur des superficies toujours plus phénoménales.
Rappel : la chute des prix du pétrole, on l’a vu, n’est pas fondamentalement la conséquence du boom des pétroles de schiste, d’ailleurs aujourd’hui interrompu, mais le résultat d’un net fléchissement de la croissance. Un fléchissement (voire une récession) qui fait chuter les cours du brut, mais aussi ceux de la plupart des autres matières premières.
Le danger sur lequel je voudrais attirer l’attention est que l’activité économique globale pourrait d’ores et déjà ne plus être en mesure de générer suffisamment de richesses pour faire face à l’inflation écologiquement inévitable des coûts d’extraction de certaines matières premières essentielles, et du pétrole en tout premier lieu. La question des « limites à la croissance » que remet à l’ordre du jour la décélération de l’économie – que de nombreux économistes qualifient désormais de « stagnation séculaire », et qui remonte en fait aux chocs pétroliers des années soixante-dix – est une question de solvabilité de la demande face à des contraintes physiques et des coûts économiques d’extraction promis à s’élever sans cesse, et peut-être finalement inaccessibles si jamais ils s’accroissent trop rapidement par rapport aux revenus des consommateurs engendrés par la croissance.
Voici trois indices d’une telle éventualité :
- 1. Les majors occidentales du pétrole sont en déclin. Faute d’obtenir des retours suffisants sur leurs investissements, la plupart des grandes compagnies pétrolières occidentales ont décidé simultanément, début 2014, de réduire leurs investissements dans la production six mois avant la chute des cours du brut, alors même que le baril se maintenait depuis quatre ans au plus haut. À l’instar du groupe français Total, depuis le milieu des années 2000, ces pétroliers se sont en effet avérés incapables de maintenir leurs extractions de brut, en dépit d’un accroissement historique de leurs efforts d’investissement rendu possible par une envolée non moins historique du prix du baril. Encore une fois, avant la chute des cours, de la mer du Nord à l’Indonésie, c’est comme si ces firmes avaient déversé toujours davantage d’engrais pour n’obtenir que des récoltes de plus en plus médiocres... - 2. Le pétrole russe est menacé de déclin. Par une dépêche laconique en 2014, toujours avant la chute des cours, le Kremlin mettait en garde contre une imminente chute « attendue » de la production russe d’or noir. Pourtant, à peu près n’importe quel projet pétrolier était alors finançable. La limite n’était pas économique, mais bel et bien naturelle, géologique. Depuis un siècle, les ressources pétrolières russes sont intensément exploitées. Plus vite on vide un verre, plus vite il se vide. Maintenant que la moitié de la valeur du baril s’est évaporée, tarissant l’investissement, de sérieux doutes pèsent sur la capacité de la Russie (un leader mondial du brut dont de nombreux puits atteignent des taux de déclin « naturels » de pas moins de 10 % par an) à empêcher la chute d’une production d’hydrocarbures dont l’Union européenne est le principal client… - 3. Derrière le miracle des gaz et pétroles de schiste, la politique de la FED, la Banque centrale des États-Unis. Last but not least, la plupart des experts s’accordent à considérer que le boom du gaz et des pétroles de schiste n’aurait pas eu lieu sans la politique monétaire plus qu’accommodante mise en place par la FED, en réponse à la crise de 2008. Il se trouve que la chute des cours du baril coïncide aussi bien avec le début de retour à la normale décidé par la Banque à l’automne 2014, qu’avec le coup d’arrêt du boom des hydrocarbures de schiste. Les pétroles de schiste étaient jusqu’alors considérés comme la forme de pétrole non-conventionnel la plus prometteuse (car la moins chère) pour compenser le déclin de nombreuses importantes sources de pétrole conventionnel parvenues « à maturité ». La planche de salut est en fait une planche à billets, et elle s’avérerait pourrie si elle ne pouvait perdurer que dans le contexte de politiques monétaires exceptionnellement généreuses. Dans l’[histoire du pétrole que j’ai écrite, j’inspecte les liens méconnus entre l’amorce décisive du déclin du pétrole conventionnel aux États-Unis en 1970, le choix de Washington de mettre fin en 1971 à l’étalon-or qui a marqué le début d’un règne absolu de « l’argent-dette », et enfin le premier choc pétrolier de 1973. Sous forme de pétrodollars, l’or noir a remplacé le métal jaune comme incarnation ultime et par excellence de la valeur économique. L’or, symbole immémorial de rareté, a été supplanté par un symbole trompeur d’abondance.
Subterfuges monétaires
La crise de 2008, dite crise des subprimes, a coïncidé avec l’atteinte du record absolu des cours du brut, et avec le plafonnement jugé depuis irrémédiable de la production mondiale de pétrole conventionnel (laquelle constitue 80 % de la production totale de carburants liquides). Malgré cela, rares sont ceux qui comme moi envisagent la possibilité que cette crise de 2008 ait pu être directement, non seulement un choc pétrolier, mais aussi et surtout la première crise économique de l’histoire engendrée par une limite écologique globale.
Les subterfuges monétaires mis en place en réponse à la crise de 2008 auraient dès lors servi à masquer l’avènement des premières limites à la croissance. Jusqu’à l’automne 2014 (c’est-à-dire jusqu’au début de la fin de la politique d’« assouplissement quantitatif » de la FED et jusqu’à la chute concomitante des cours du baril), ces subterfuges auraient permis au prix du pétrole de se maintenir au niveau très élevé nécessaire au financement du développement très coûteux de nouvelles sources de carburant, indispensable afin de compenser le déclin de quelques-unes des plus grandes zones traditionnelles de production de pétrole « facile ». Un niveau de prix insoutenable pour les consommateurs (comme ce fut le cas lors de la crise de 2008) en l’absence de ces subterfuges. Si cette hypothèse est juste, l’issue est sombre : ce serait celle d’une grave déflation par la dette. Certes, ces subterfuges peuvent encore durer, lorsque l’idée même de valeur économique telle qu’elle est incarnée par l’argent-dette est devenue pour le moins énigmatique (que signifie encore cette valeur une fois que sont apparus des taux d’intérêt négatifs ?) Mais le gonflement perpétuel de la dette que les tours de passe-passe monétaires encouragent risque d’atteindre un jour ou l’autre le point de rupture. Si cela se produit, la croissance mondiale ralentira fortement, les cours des matières premières chuteront encore davantage, la valeur des capitaux industriels s’effondrera en même temps que leurs productions. En particulier, il risque fort de devenir impossible d’empêcher le « déclin naturel » de la source d’énergie la plus nécessaire à nos sociétés thermo-industrielles. Et si je me trompe, il me reste encore une chose à écrire : ceux qui croient l’écologie capable de transformer la politique doivent se pencher sur le lien consubstantiel qui unit production d’énergie et croissance de l’économie. Ne serait-ce que parce qu’une déflation par la dette, et tôt ou tard le déclin de la production de pétrole, rendraient très incertain le déploiement massif des produits industriels sophistiqués globaux qui constituent l’appareillage de transformation des sources renouvelables d’énergie. Il est douteux que quelque chose comme une « croissance verte » survive à la sortie de gré ou de force des énergies fossiles.
Or noir. La grande histoire du pétrole, de Matthieu Auzanneau, La Découverte, 718 pages, 26 €.
Article original
Un an déjà !
Ce 22 novembre, j’ai eu la chance d’être invité au startup Week end de Toulon, deuxième saison, pour animer une failcon (ou conférence sur l’échec en bon français) en ouverture des festivités du vendredi soir. Quoi de mieux que de remonter sur la scène d’un startup Weekend pour fêter une année hors du commun ? Bilan sur ces 365 journées riches en apprentissages et rencontres.
Fin 2014, lorsque je suis monté sur l’estrade pour présenter le pitch final de notre projet GURU (un projet visant à exploiter les ressources inutilisées des ordinateurs pour alléger la charge des datacenters et ainsi réaliser des économies de CO²), j’avais certes le trac, mais au fond de moi brûlait une ambition folle, celle de porter un projet unique, véritablement révolutionnaire, à la croisée des chemins entre l’univers passionnant de la high-tech et celui des préoccupations environnementales si prégnantes aujourd’hui et chères à mon cœur de père de famille. Le tout matiné de cet état d’esprit dynamique de startup, celui de la génération Y, porteuse d’une énergie incroyable et d’espoirs de changements au travers de communautés globales, inspirantes et inspirées... bref, cela ne pouvait qu’être le merveilleux tremplin vers le succès... ou pas !
Nous avions réussi un joli coup de poker en embarquant dans notre team un des mentors, et pas des moindres, puisqu’il s’agissait d’un investisseur californien ne cachant pas ses ambitions de créer un accélérateur dans la région. Très intéressé par le potentiel de notre projet, tant que par notre équipe, nous lui avons donc “sauté dessus” pour qu’il enregistre la voix off de notre vidéo de présentation que voici...
La classe, non ? C’est donc gonflé par la confiance en moi, l’orgueil et la certitude de tirer mon épingle du jeu que je suis monté sur scène pour pitcher le projet GURU. Je ne crois pas trop m’avancer en prétendant que ce projet a globalement reçu un bon - voire un excellent accueil chez nos amis startupers, vous savez, ceux de la génération Y, qui loin d’avoir peur du changement l’appellent même de leur vœux... Oui mais alors de l’autre côté, l’accueil a été loin, très loin d’être le même... l’avis du jury nous a fait l’effet d’une véritable douche froide !
“Et la sécurité dans tout ça ?”
Durant le WE nous devions arbitrer entre une solution orientée BIG DATA et une alternative orientée streaming. Quand on est une startup, on se doit de faire les choses les plus simples pour tester son marché, c’est ce qu’on appelle le MVP (pour Minimum Viable Product autrement dit le produit viable à minima). Pour cette fois, nous avons opté pour le Big Data, un marché considérable, en croissance ou encore beaucoup de choses restent à défricher. Ce potentiel nous a paru à la hauteur de nos ambitions disruptives... et puis côté calcul distribué il y a avait des précédents... de quoi rassurer, pensions nous.
Le jury était essentiellement composé de banquiers et de comptables, non que j’ai une aversion particulière pour ces métiers d’un temps pour moi révolu (en fait si, mais passons). Le principal argument qu’on nous a opposé était celui-de la sécurité. Comment expliquer à ces messieurs qu’à ses débuts l’internet était un espace de liberté, et que les différentes règles et couches successives de protocoles s’y sont agrégées avec le temps ? Pas de SSH ni de HTTPS aux débuts de l’internet... Comment leur faire comprendre qu’en 54 H nous avions donné le meilleur de nous même et que notre CTO, alors architecte applicatif dans le secteur bancaire était plus que quiconque l’homme de la situation ? Bref c’est avec un goût amer que nous sommes rentrés chez nous ce dimanche soir... un goût amer, mais pas suffisamment fort pour masquer la saveur délicieuse de ce moment unique, d’une intensité rare... en fait sortir vivant d’un startup Weekend, c’est un peu comme changer de niveau dans un jeu vidéo.
“Vous n’avez aucune crédibilité”
Une fois la déception passée nous sommes rentrés dans le vrai monde, celui des concours, des dossiers à remplir, de la recherche de financements... en tout nous en avons rempli 18 en une année, soit 1 et demi par mois. Problème ces dossiers ont tous un formalisme subtilement différent, rendant impossible le bon vieux copier-coller... que de temps perdu ! Très peu ont débouché sur du concret, et quand c’était le cas, nous n’avions droit qu’à quelques miettes (mieux que rien, mais pas super pour autant). ET puis il y a les passages devant les jurys, les commissions... à chaque fois j’avais l’impression de me retrouver devant le même profil de décideurs... des gens pour qui l’idée même de changer le monde est l’expression d’un dangereux esprit rebelle... le monde ils l’ont arpenté, ils ont joui de ses injustices, et ne craignent rien tant que ceux qui viennent leur vendre autre chose que du status quo... oui, je sais, je suis pas content. Mais je suis légitime, c’est moi qui porte le projet et qui avec mes associés assume la prise de risque. Pas eux !
Parmi les arguments que l’on a entendu, certains méritent de figurer dans notre best of, et avec le recul, c’est avec une certaine délectation que nous les partageons :
Vous n’avez aucune crédibilité
Vous vous attaquez à une chaîne de valeur déjà en place
Il n’y a pas de marché
Il y a trop de concurrents
Il n’y a pas de marché ET il y a trop de concurrents (LOL)
Ca existe déjà
Ca ne marche pas
C’est compliqué
Y’a un truc qui me chiffonne... mais je sais pas quoi !
Nous avons eu des dizaines d’occasions de nous casser les dents, de nous heurter à l’incompréhension des jurys, des structures d’accompagnement et d’aide à l’innovation... aujourd’hui nous n’en voulons pas aux personnes, c’est plutôt le système que nous avons dans le viseur. Un système qui au lieu d’encourager les initiatives telles que la notre, en prenant le risque de les soutenir, préfère mettre en avant des projets plus consensuels, moins disruptifs... bref, du déjà-vu.
Et encore, je pourrais longuement m’étendre sur le fait qu’en cette année de COP21, la promesse d’une solution capable -uniquement en déployant quelques lignes de code- d’économiser entre 40% et 60% du CO² émis par internet (soit 1% du CO² mondial... une broutille), ne soit pas immédiatement portée au pinacle, tant par les politiques, que par les médias aurait tout d’un paradoxe...WTF ?
Heureusement nous avons trouvé la force de nous relever après chacun de ces échecs, et faisons de notre mieux pour en tirer les leçons. Au bout d’un an, nous avons des partenariats institutionnels (Technopôle de l’environnement, Provence Promotion), sommes accélérés par P Factory et avons le soutient matériel d’un acteur majeur : Jaguar Networks. Bref, nous ne sommes plus seuls... et peut-être qu’à force de persévérance nous finirons par gagner ?
La présentation sur slideshare
La conférence en intégralité + les questions du public :
Pénurie des ressources : un tabou pour l’industrie
Croissance verte, troisième révolution industrielle… nos dirigeants politiques et économiques se bercent d’illusions. Nos tablettes, nos data centers, nos imprimantes 3D et nos panneaux solaires, grands consommateurs de ressources rares, se heurteront tôt ou tard à la pénurie.
En ces temps incertains, où les dégâts écologiques sont tels que la perspective d’un véritable effondrement environnemental devient crédible, où les mauvaises nouvelles se succèdent sans discontinuer, il est parfois bon de se remonter le moral. Une bonne manière de le faire est de se laisser bercer par les annonces de nouvelles découvertes et de solutions techniques miraculeuses qui nous promettent régulièrement des lendemains technologiques meilleurs.
À en croire journalistes, chercheurs, entrepreneurs ou prospectivistes, nous serions à la veille d’une rupture majeure, et heureuse : même si, jusqu’à présent, nous n’avons fait que saccager la planète[1], à chacun de nos problèmes correspondrait une solution technique, et nous aurions parfaitement les moyens de poursuivre un croissance « verte » à base d’énergie « propre » et d’économie circulaire, respectueuse des écosystèmes, rebaptisés récemment « éco-anthropo-systèmes[2] », puisque nous sommes désormais partout ou presque. Mieux, l’économie, de destructrice, deviendrait réparatrice et protectrice, grâce aux biotechnologies qui dépollueraient les sols avec des bactéries modifiées, ou aux objets connectés et aux big data qui collecteraient les informations sur les espaces naturels en danger.
La religion du progrès technique a ses augures, et Jeremy Rifkin est l’un des plus talentueux d’entre eux. Sa thèse sur le déploiement massif à venir des énergies renouvelables, dont l’intermittence (donc les besoins de stockage associés) serait notamment gérée par l’hydrogène[3], a séduit jusqu’aux écologistes et convaincu de nombreux décideurs. Il a ainsi popularisé la notion de troisième révolution industrielle[4], prodiguant même ses coûteux conseils aux instances européennes, à des États, à des collectivités comme San Antonio au Texas, Rome, ou le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais, visant à la mise en place de master plans pour en favoriser l’émergence locale.
Rifkin n’a pas froid aux yeux, ne s’embarrasse pas du mélange des genres, il a le sens de la formule et assène ses vérités sans sourciller, c’est ce qui fait son succès. Dans son nouvel opus[5], il ne prédit rien moins que la fin du capitalisme ou presque, pour cause de gratuité universelle des communications, de l’énergie et des objets. À force de gains de productivité, les coûts finiraient par tendre vers zéro et le système se prendrait ainsi à son propre piège.
La future économie serait basée sur trois révolutions technologiques : celle, désormais bien ancrée, des communications, celle d’un internet de l’énergie – grâce au déploiement massif des énergies renouvelables et aux smart grids, ces réseaux de transport d’énergie « intelligents » qui équilibreront à tout instant demande variable et offre intermittente – et celle d’un internet des objets, à la fois connectés et produits à volonté dans des « fab labs » par des imprimantes 3D.
La thèse séduit et chacun peut y trouver son compte : les pourfendeurs d’un fordisme exploiteur, car tout le monde deviendra producteur-consommateur, et l’économie du partage et de la collaboration règnera en maître ; les hédonistes, qui n’y verront aucune remise en cause de la consommation effrénée ou de l’hyper mobilité de nos sociétés modernes (et même bien au contraire, puisque tout y sera gratuit) ; les industriels de tous bords, alléchés par de nouveaux marchés de fabrication, d’installation et de maintenance de tous les nouveaux équipements high tech qui seront nécessaires ; les écologistes naïfs espérant une solution technique aux désordres du monde (énergie propre et abondante, imprimantes 3D pour fabriquer les pièces de rechange et lutter contre l’obsolescence programmée des méchants industriels…).
Quel futur radieux ! Las, Rifkin possède un penchant courant chez bien des économistes : à aucun moment ne l’effleure la question de la disponibilité des ressources physiques, ou de la réalité matérielle de ses réflexions. Et, en assénant ses trois assertions principales (la révolution et la quasi-gratuité dans les communications, l’énergie, les objets), il commet trois erreurs fondamentales.
UN INTERNET SONNANT ET TRÉBUCHANT
Commençons par la gratuité des communications et d’internet, qui fleure bon la « dématérialisation de l’économie », dont on commence à revenir[6]. Le numérique n’a évidemment rien de virtuel : le secteur des télécommunications et de l’informatique a un impact environnemental majeur, par son utilisation de ressources et par sa consommation d’énergie.
L’utilisation de ressources non renouvelables, c’est-à-dire dont le stock à notre disposition, aussi grand soit-il, n’est pas inépuisable, concerne nos terminaux (téléphones, ordinateurs… cf. encadré) mais aussi et surtout des équipements invisibles pour le consommateur final (relais, serveurs, antennes et équipements de transmission, répéteurs et câbles transocéaniques qu’on installe pour accompagner la croissance du trafic, etc.). Le cloud computing (informatique nuage) n’échappe pas à la règle puisqu’il s’appuie sur la transmission rapide des données et leur stockage dans de gigantesques data centers.
Vie et mort d’un ordinateur
Un ordinateur contient des dizaines de métaux différents, pour beaucoup précieux ou rares : cuivre et argent, lithium et cobalt, étain, gallium, indium et germanium, tantale, or, ruthénium, tellure, antimoine, platine, palladium… On trouve aussi des métaux farfelus dans les infrastructures, comme le germanium ou l’erbium (un lanthanide[7]) dans les fibres optiques en verre. Même si la quantité utilisée dans chaque appareil est souvent faible (typiquement quelques dizaines de milligrammes), le secteur représente une part très importante de la consommation mondiale, et donc de la production minière : 6 % du cuivre (y compris infrastructures), 10 % de l’or et du palladium, 20 % de l’argent, 35 % de l’étain et du cobalt, 60 % du tantale, 80 % de l’indium. Dans la plupart des cas, ces ressources sont très mal récupérées en fin de vie. Au niveau mondial, une grande partie des déchets électriques et électroniques, dont la quantité est en augmentation rapide (42 millions de tonnes en 2014) n’est pas traitée dans des filières spécifiques et termine en incinération ou en décharge. Même quand ils sont triés, une partie importante des déchets est exportée comme matériel d’occasion (pour circonvenir à la convention de Bâle) et termine dans les circuits « informels » de recyclage, au Ghana, en Inde ou en Chine (cf. la ville de Giuyu), provoquant la pollution irréversible des sols et des nappes phréatiques. Il est d’ailleurs impossible d’atteindre un recyclage efficace à 100 %. Il y a toujours des pertes de rendement, des limites énergétiques, techniques (cas du tantale), ou économiques (cas du lithium, trop cher à recycler actuellement, par rapport au prix de la ressource primaire), et les métaux sont trop mélangés, ou trop dispersés, en quantités infimes dans des produits trop complexes. On se contente souvent de récupérer quelques métaux « rentables », comme l’or, l’argent et les platinoïdes. De nombreux métaux high tech sont recyclés à moins de 1 %. Tant que nos objets électroniques seront aussi complexes (voir par exemple la liste type des équipements et des fonctionnalités d’un smartphone, qui va des deux caméras au gyroscope à trois axes, en passant par le thermomètre, l’hygromètre, le baromètre et l’accéléromètre), leur recyclage en fin de vie sera un cauchemar et nous continuerons à gaspiller de précieuses matières premières. Sans parler bien sûr de la durée de vie trop courte (obsolescence, technique ou marketing obligent) et de la multiplication des équipements.
L’autre problème majeur est la consommation électrique, nécessaire pour faire fonctionner les terminaux, mais aussi tout le système, équipements de transmission et centres de données. Ces derniers dégagent tellement de chaleur qu’ils doivent en outre être climatisés ou placés à proximité de sources froides, comme en Finlande. L’électricité totale consommée par le secteur n’est pas simple à estimer et les chiffres varient quelque peu – notamment selon le périmètre retenu (prise en compte des terminaux utilisateurs ou non, par exemple) – mais les sources s’accordent autour de 10 % de toute l’électricité mondiale actuellement, et le chiffre est en forte progression[8].
Les centres de données dégagent tellement de chaleur qu’ils doivent être climatisés.
Bien sûr, des progrès techniques pour réduire la consommation énergétique sont et vont être faits[9]. Mais tous ces gains sont annihilés par un fabuleux « effet rebond » : le volume des données échangées et stockées explose. En moyenne, 17 000 giga-octets de données ont été échangés par seconde sur internet en 2012, un chiffre multiplié par huit en cinq ans, et qui devrait être encore multiplié par 3 d’ici 2017. La quantité stockée se chiffre en zetta-octets (milliers de milliards de giga-octets). Et l’avènement du big data, c’est-à-dire la massification et la multiplication des données brutes captées et conservées à des fins d’analyse et d’exploitation futures, promet de faire là aussi bondir les chiffres.
Enfin, internet n’est pas gratuit. S’il en donne certes l’illusion, avec les programmes open source, l’information, l’enseignement (développement des « mooc »[10]), les sites collaboratifs, les plateformes de messagerie et de stockage… il faut en réalité bien payer les équipements installés, les factures d’électricité, les salaires du personnel de nettoyage ou de surveillance des data centers. Ceci de façon visible (par les redevances d’accès au réseau, encaissées par les opérateurs de télécommunications), ou de façon invisible, grâce à la publicité et au profiling : si vous ne payez pas un service, vous n’êtes pas le consommateur, mais le produit vendu. Nous payons donc bien internet, et au prix fort, mais sans nous en rendre compte, à travers le prix des produits de consommation qui contiennent une part croissante de budget publicitaire.
LE FANTASME DE L’ÉNERGIE ABONDANTE
Poursuivant sur sa lancée, Rifkin annonce la gratuité future de l’énergie : les gains de productivité et les effets d’échelle dans la fabrication de panneaux solaires et autres renouvelables vont faire tendre leurs coûts vers zéro, permettant leur déploiement massif et leur interconnexion par les smart grids dans un « très jeune » internet de l’énergie. Et donc pourquoi ne serait-il pas « gratuit » lui aussi ?
Le coût des panneaux solaires a effectivement baissé de manière importante ces dernières années, et il devrait continuer de le faire, avec le développement des volumes produits et installés. Les mauvaises langues expliqueront une partie significative de la baisse simplement par le fait que la production s’est déplacée, assez tardivement, des pays occidentaux vers la Chine (où il faudra bien continuer à payer, au moins un peu, les ouvriers des usines). Mais surtout, hélas, projeter la tendance des fabuleux gains de productivité et de chute des prix des équipements informatiques est très cavalier. Les courants forts ne sont pas les courants faibles, on ne transporte pas les électrons comme les photons, on ne stocke pas l’énergie aussi aisément que des octets, bref, il n’y a pas de « loi de Moore[11] » dans le domaine énergétique.
Certes, la Terre reçoit chaque jour une quantité d’énergie solaire plusieurs milliers de fois plus grande que nos modestes ( !) besoins. Mais pour produire, stocker, transporter l’électricité, même « verte », il faut des métaux en quantité : platine des piles à hydrogène, néodyme dopé au dysprosium pour les génératrices d’éoliennes de forte puissance ou des voitures électriques, gallium, sélénium et indium, ou cadmium et tellure des panneaux solaires à haut rendement... et métaux rares de l’électronique pour les futures smart grids.
Or nous allons connaître des contraintes sur l’offre minière. Nous avons commencé, très logiquement, par exploiter les gisements les plus riches, les plus concentrés, les plus simples à extraire, si bien que la qualité et l’accessibilité des ressources se dégradent, à l’exception peut-être du fer et de l’aluminium, qui composent respectivement 5 % et 8 % de la croûte terrestre. Les nouvelles mines, qui remplacent celles qui s’épuisent ou accompagnent la croissance de la demande, ont des teneurs en minerai plus faibles ou bien sont moins accessibles et plus difficiles à exploiter.
Si les mines sont plus profondes ou moins concentrées, il est nécessaire de dépenser plus d’énergie, et même plus de métaux pour l’ensemble du système de production. Il faut remuer toujours plus de « stériles » (plus de 2 milliards de tonnes rien que pour le cuivre, avec une production minière mondiale de 18 millions de tonnes à moins de 1 % de concentration), ou bien la profondeur engendre des contraintes, de température en particulier, qui nécessitent des opérations plus complexes (refroidissement, mécanisation, robotisation…). Huit à dix pour cent de l’énergie primaire mondiale, essentiellement fossile, sont déjà consacrés à extraire et réduire les minerais en métaux.
Le cercle vicieux entre besoins en énergie et besoins en métaux rend irréalistes tous les scénarios d’abondance énergétique.
Ce cercle vicieux entre besoins en énergie et besoins en métaux, qui se renforcent mutuellement, rend irréalistes tous les scénarios d’abondance énergétique. Tout dépendra in fine des technologies retenues, plus ou moins consommatrices de ressources métalliques plus ou moins disponibles (et même les panneaux au silicium les plus courants ne contiennent pas que du silicium), mais il est fort probable que le déploiement massif d’énergies renouvelables, de voitures électriques ou de batteries de stockage (n’en déplaise à Elon Musk[12]) se heurte à une limite sur les ressources minières ou, à tout le moins, à une augmentation prohibitive du coût des ressources minières.
Et penser qu’un recyclage efficace permettrait de passer outre cette contrainte est illusoire. Il y a d’importantes limites physiques, techniques et économiques à une économie parfaitement circulaire : les usages dispersifs (95 % du titane est ainsi utilisé comme colorant dans les peintures, les plastiques, les cosmétiques…) ; la complexité des produits qui ne permet pas de séparer d’un point de vue métallurgique toutes les ressources mélangées ; la dégradation de l’usage après recyclage (des ressources précieuses se retrouvent piégées dans des alliages de bas de gamme)[13]…
L’IMPRIMANTE 3D ET LA YAOURTIÈRE
Reste à parler du potentiel des imprimantes 3D, grâce auxquelles, selon Rifkin, les enfants imprimeront leurs jouets à l’école au lieu de les acheter. Leur principe est de fabriquer les objets couche par couche. Pour cela, une poudre de polymère thermoplastique (polyamide, polypropylène…) ou de métal (aluminium, acier inox, titane…) est portée à température de fusion et déposée par l’imprimante sur la couche précédente. Il s’agit d’une technologie additive, effectivement « révolutionnaire » par rapport à l’usinage soustractif : perçage, filetage, découpage… sans parler de la toute première industrie, la taille du silex. À n’en pas douter, des applications intéressantes en perspective. Mais de là à en faire « la machine à vapeur du XXIe siècle », ou à clamer, comme Rifkin, la disparition de la production classique et la gratuité future de nos objets de consommation, il y a un pas ! Bien peu d’objets sont en fait éligibles à cette technologie.
Les imprimantes 3D ne peuvent remplacer les usines de matières premières, hauts fourneaux sidérurgiques, cimenteries, verreries, ou raffineries (mêmes « bio »), et même les matières recyclées, verres ou métaux, nécessitent un outil industriel, ne serait-ce qu’un four… Elles ne peuvent fabriquer que des objets mono-matériau, et non ceux issus d’assemblages, qui nécessitent un montage (à la main souvent, dans des manufactures). On peut imprimer des pièces aéronautiques complexes, une carrosserie de voiture, des chaussures en résine, et peut-être des « maisons » (à base de panneaux en fibre de nylon, voire en ciment) ; mais pas un piano ni un téléphone portable.
On peut imprimer des pièces aéronautiques complexes, mais pas un piano ni un téléphone portable.
Ajoutons que dans les imprimantes « à encre métallique », le métal est porté à température de fusion par laser ou faisceau d’électrons, une technologie coûteuse et énergivore, inimaginable chez les particuliers. Les imprimantes 3D « grand public » à la résine ne fabriqueront ni clou, ni vis. Enfin, seules les matières premières qui supportent la fusion peuvent être utilisées : les étoffes continueront à être tissées et cousues ; le métal ne convient que s’il n’a pas à subir de traitement thermique ou de trempe, le verre s’il n’est pas filmé, etc.
Comment Rifkin fabriquera-t-il gratuitement les bobinages en cuivre des moteurs électriques de ses Google cars, le silicium de ses panneaux solaires, le ciment et le ferraillage des ponts, ses chaussures en cuir, ou la peinture et le carrelage de sa salle de bains ?
La belle unanimité des politiques, du patronat, des syndicats et des associations, béats et enthousiastes devant la formidable opportunité de ces technologies numériques, fait peine à voir. Les uns y voient des gains de productivité supplémentaires, comme si l’on manquait de bras dans nos pays à chômage chronique. D’autres y espèrent une relocalisation de l’économie, des créations d’emplois et des effets écologiques vertueux, et devront bientôt déchanter.
Quant aux imprimantes 3D « grand public » que quelques gogos auront acheté, elles ont pour l’essentiel vocation à rejoindre, après quelques après-midis ennuyeux, les yaourtières, les machines à pain et les appareils à raclette.
LA BERCEUSE EST DOUCE, MAIS…
Voilà qui rend la prospective de Rifkin bien peu crédible. Dommage, car elle inclut aussi de bonnes idées, comme le partage et la possibilité de réduire la production industrielle en révisant notre rapport à la propriété, avec l’exemple des voitures trop nombreuses ou des jouets qui s’entassent dans les greniers. Mais le message de sobriété est noyé dans un déploiement fanatique d’objets connectés et de big data, dont on commence pourtant à saisir l’effet mortifère sur les besoins en électricité et en ressources.
En se berçant de doux rêves, nous perdons un temps précieux ! Nous n’allons pas, à terme, vers la gratuité et l’abondance, mais vers l’appauvrissement et la pénurie, puisque notre système industriel puise dans un stock limité de ressources, métalliques notamment.
Nous sommes fascinés par les innovations high tech, alors que celles-ci nous éloignent de la possibilité d’un recyclage efficace, et qu’il faudrait au contraire, pour réussir le pari d’une économie vraiment circulaire, se baser essentiellement sur des « basses technologies » : des objets conçus pour durer, sobres en ressources, à base de matériaux plus simples et moins mélangés, moins « fonctionnels » mais plus faciles à réparer et à recycler, avec le moins d’électronique possible... Dans tous les domaines (transports, agriculture, énergies, bâtiment, communications, consommation courante), il existe une foultitude d’idées, d’exemples, de recherches et d’innovations possibles[14].
Il faudra bien en passer par la sobriété.
Et, surtout, il faudra bien en passer par la sobriété, puisqu’il n’y a pas de solution technologique miracle à l’impasse environnementale actuelle pour maintenir notre consommation dispendieuse d’énergie et de matières. Alors de grâce, Monsieur Rifkin, sortez des salles de conférence et visitez l’envers du décor, par exemple une usine ou une exploitation minière.
[1] Et si la situation environnementale semble peut-être s’améliorer ici et là dans quelques pays occidentaux, ils le doivent pour l’essentiel à l’externalisation massive de leur pollution vers les « usines du monde » que sont la Chine et bientôt l’Inde.
[2] Expression entendue à un colloque du CNRS : preuve des velléités de nos scientifiques à gérer (le mieux possible) l’ensemble de la planète à l’aube de cette nouvelle ère de l’Anthropocène, où l’humanité est devenue force géologique.
[3] Jeremy Rifkin, L’économie hydrogène : Après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique, La Découverte, 2002.
[4] Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle : Comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde, Les liens qui libèrent, 2012, 380 p.
[5] Jeremy Rifkin, La nouvelle société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Les Liens qui libèrent, 2014, 510 p.
[6] La consommation de papier en France n’a baissé que de 1,3 % entre 2000 et 2010, on fait mieux pour une « révolution » de la dématérialisation…
[7] Groupe de 17 métaux aussi appelés « terres rares ». Il ne faut pas confondre terres rares et métaux rares : il y a des métaux bien plus rares que les terres rares, dont l’abondance moyenne dans la croûte terrestre n’est pas particulièrement faible.
[8] Soit de l’ordre de 2 000 TWh (milliards de kWh) sur 20 000 TWh. Sans doute plus de 10 % dans les pays de l’OCDE (en 2008, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes – Arcep – l’estimait déjà à 7,3 % en France). L’Agence internationale de l’énergie estime le poids du fonctionnement des seuls centres de données et réseaux à 600 TWh en 2012 (International Energy Agency : More Data, Less Energy, 2014).
[9] Cf. la tendance sur les green IT, qui inclut un vaste champ de réflexions, de l’optimisation des logiciels à la mutualisation intelligente des serveurs grâce au cloud.
[10] Massive open online courses (formations en ligne ouverte à tous).
[11] Lois empiriques, énoncées par Gordon E. Moore, un des trois fondateurs d’Intel, en 1965 et 1975, postulant le doublement de la densité des transistors tous les deux ans environ, permettant de construire des machines électroniques de plus en plus puissantes et de moins en moins coûteuses. Ces lois se sont révélées jusqu’à présent exactes.
[12] Entrepreneur devenu multimillionnaire après la revente à eBay de Paypal, qu’il avait cofondé, il est aujourd’hui propriétaire de Tesla Motors, qui fabrique des véhicules électriques, et se lance, à grand coups de storytelling, dans les batteries pour stockage du photovoltaïque solaire.
[13] Pour plus de détails sur ces sujets, cf. Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, Quel futur pour les métaux, EDP Sciences, 2010, 300 p.
[14] Philippe Bihouix, L’âge des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable, Seuil, 2014, 336 p.
Article original : http://www.revue-projet.com/articles/2015-11-bihouix-penurie-des-ressources-tabou-pour-l-industrie/
COP21 : Orange en campagne pour la réduction du stockage de mail
A l’occasion de la COP 21, Orange lance une campagne de sensibilisation au tri des mails. "Si tous les français supprimaient 50 vieux emails inutiles, c’est comme si on éteignait la Tour Eiffel pendant 42 ans". Une opération de communication qu’il appuie sur des mesures diverses mais qui restera à vérifier après coup.
COP 21 oblige, Orange lance entre le 30 novembre et le 11 décembre une campagne de sensibilisation pour un usage raisonné du mail. Moins de mails, moins d’émission de CO2, dit en substance le message. L’opérateur propose aux internautes un tri sélectif appliqué au mail : supprimer les mails inutiles, obsolètes ou très lourds, vider la corbeille, supprimer les spams, profiter de son temps de transports pour purger sa messagerie… Tels sont les conseils simples destinés au grand public que l’opérateur, pour démontrer sa bonne volonté, a commencé par s’appliquer à lui-même depuis novembre. La libération d’espace de stockage devrait déjà éviter de gonfler la quantité d’équipements dans les datacenters. A vérifier à la fin de l’opération…
LA DIFFICILE MESURE DE L’IMPACT DU NUMÉRIQUE
La question de l’impact des nouvelles technologies sur le réchauffement climatique n’est pas nouvelle, mais elle se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, la complexité du réseau, des infrastructures, des processus qui rend complexe toute mesure crédible. Ensuite, le fait que nombre d’outils numériques contribuent à accompagner la lutte contre le réchauffement climatique (pas de succès massif du covoiturage sans numérique, par exemple).
LE MAIL EN EXEMPLE
Pour commencer, Orange a volontairement choisi de se concentrer uniquement sur le mail. Même si l’outil n’est pas du goût des plus jeunes davantage friands de messageries instantanées, ce dernier est un des services le plus largement utilisé dans les diverses couches de population. Un moyen de sensibiliser un maximum de personnes à un usage raisonné des TIC.
32 KWH POUR STOCKER UN GO DURANT UN AN
En 2011, l’Ademe avait tenté une mesure des émissions de gaz à effet de serre associées aux échanges de mail. Même si l’Agence s’était heurtée aux nombreuses inconnues associées à un tel calcul, elle avait conclu à une implication pour moitié des datacenters dans ces émissions. Orange s’en inspire ainsi que d’une étude McAfee qui évalue à 32,1 kWh l’énergie nécessaire pour stocker 1 Go d’emails pendant un an. A partir de l’observation de ses clients, Orange estime en moyenne à 230 ko le poids d’un mail stocké par un internaute.
50 MAILS SUPPRIMÉS = 2 JOURS D’ÉCLAIRAGE DE PARIS
Après quelques calculs simples, l’opérateur a abouti à un message didactique : "si tous les français supprimaient 50 vieux emails inutiles, c’est comme si on éteignait 2,7 milliards d’ampoules pendant 1h, 310 000 ampoules pendant 1 an, la Tour Eiffel pendant 42 ans…. Ou comme si on privait Nantes d’électricité pendant 2 jours ou Paris d’éclairage public pendant 1 an et demi." CQFD, ou presque.
UN PROTOCOLE DE MAIL ÉPHÉMÈRE EN 2017
Orange a prévu de poursuivre sa démarche après la COP 21, en 2016 et 2017. Par la promotion du tri des mails par date et par expéditeur pour mieux les gérer. Par l’utilisation du cloud pour éviter la démultiplication du stockage de pièces jointes lourdes. Enfin, il travaille aussi avec les éditeurs Open Xchange et Microsoft pour développer un protocole de mail éphémère.
Et comme le propose dans sa grande sagesse l’une des jeunes membres de l’équipe Social media hub d’Orange : "au-delà de 3 mails, on s’appelle". Ce qui évitera aussi quelques querelles…
EMMANUELLE DELSOL
Article original : http://www.usine-digitale.fr/article/cop21-orange-en-campagne-pour-la-reduction-du-stockage-de-mail.N365111
Nouveau record du niveau des gaz à effet de serre en 2014
Les rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont atteint un record en 2014, a annoncé l’Organisation météorologique mondiale (OMM), lundi 9 novembre dans un rapport rendu public à trois semaines de la COP21 à Paris.
Des graphiques publiés par cette agence de l’ONU montrent des niveaux de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, montant progressivement vers le niveau des 400 parties par million, année après année. Chaque année montre un nouveau record depuis la tenue de statistiques fiables à partir de 1984.
Les niveaux de CO2 ont atteint en moyenne 397,7 ppm l’an dernier et ont brièvement franchi les 400 ppm au début de 2014 dans l’hémisphère Nord, puis à nouveau dans le monde au début de 2015. Le directeur de l’OMM Michel Jarraud s’inquiète :
« Chaque année, nous disons que nous n’avons plus de temps, nous devons agir MAINTENANT pour réduire les émissions de gaz et pour qu’il nous reste une chance de contenir à un niveau raisonnable la hausse des températures. […] On ne peut pas voir le CO2, c’est une menace invisible, mais c’est une menace très réelle. […] Cela signifie des températures globales plus élevées, plus de phénomènes météorologiques extrêmes tels que des vagues de chaleur, des inondations, la fonte des glaces et l’élévation du niveau des océans et de leur acidité. »
Augmentation des émissions de méthane
Le méthane, le deuxième gaz durable à effet de serre, a atteint lui aussi un nouveau record de concentration, à 1 833 ppm en 2014, selon le rapport. Avec 60 % des émissions de méthane provoquées par l’activité humaine, notamment l’élevage, riziculture, exploitation des combustibles fossiles, il y a eu une augmentation des concentrations dans l’atmosphère de ce gaz de 254 % depuis les niveaux de l’ère préindustrielle, indique l’OMM. Le protoxyde d’azote, dont l’impact sur le climat sur une période de 100 ans est 298 fois plus important que le CO2 et qui contribue à la destruction de la couche d’ozone qui nous protège de la nocivité des rayons ultraviolets émis par le soleil, a enregistré une concentration de 327,1 parties par milliard l’année dernière, soit 121 % de ses niveaux d’avant l’ère industrielle. Dues à 40 % à l’activité humaine, ces émissions de protoxyde d’azote proviennent essentiellement des engrais et de divers processus industriels.
En 2015, la hausse des températures aura atteint 1° C par rapport à l’ère préindutrielle
L’Institut météorologique britannique a calculé qu’en 2015 la hausse des températures mondiales aura atteint 1 °C par rapport à l’ère préindutrielle (1850-1900).
« Sur la base des données récoltées entre janvier et septembre, le programme HadCRUT, mené conjointement par le Met Office et l’unité de recherche sur le climat de l’université d’East Anglia, montre que les températures moyennes globales en 2015 sont de 1,02 °C supérieures par rapport à l’ère préindustrielle. »
L’accord espéré lors de la COP21 cherche à maintenir la hausse en dessous du seuil des 2 °C. Le Met Office pense que 2016 devrait être une année aussi chaude que 2015. Peter Stott, chargé de la surveillance du climat au centre Hadley de l’Institut météorologique britannique, nuance :
« Cette année marque une importante première, mais cela ne veut pas dire que la température chaque année à partir de maintenant sera d’un degré ou plus supérieure aux niveaux préindustriels, car les variations naturelles joueront toujours un rôle dans la détermination des températures chaque année. »
Source : http://www.lemonde.fr/cop21/article/2015/11/09/nouveau-record-du-niveau-des-gaz-a-effet-de-serre-en-2014_4805803_4527432.html#3CV8KyK60Wr9A6XD.99
Dites bonjour au changement climatique... car il est déjà là !
À l'approche de la conférence internationale sur le climat de Paris - la COP21 - un chiffre revient sans cesse : 2°C. Deux petits degrés d'augmentation des températures globales sur la surface de la Terre à ne pas dépasser d'ici à 2100. Le seul soucis c'est que concrètement, cet horizon des deux degrés est bien plus proche que prévu. Le changement climatique n'est pas un horizon lointain que nous pourrions éviter en bifurquant. Sur les 2°C, nous avons déjà grignoté 0,85°C et aujourd'hui le changement climatique est déjà là.
"entre 1880 et 2012, la température du globe a déjà augmentée de 0,85°C" : http://is.gd/hUb7FJ
"60% de la hausse des températures depuis 1880 s'est concentrée sur les 40 dernières années" : http://is.gd/cJvTcB
"Depuis 1975, l'Arctique s'est même réchauffé deux fois plus vite que le reste de la planète, avec une hausse de 1°C" : http://is.gd/ 1J0Wwo
"Désormais, chaque année, les records de températures mensuelles sont battus trois fois plus souvent que si le climat était stable" : http://is.gd/4lWoeC
"Notre cher XXIeme siècle compte déjà à lui seul 13 des 14 années les plus chaudes jamais enregistrées" : http://is.gd/OraO8f
"En Australie, depuis 2013, le Bureau Météorologique a même dû ajouter une nouvelle couleur" : http://is.gd/mqq0nz
"depuis les années 1960, les catastrophes naturelles ont plus que triplé" : http://is.gd/K043kD
"entre 1960 et 2013, la production alimentaire de blé a chuté de 2% et celle de maïs de 1,2%" : http://is.gd/lK5vbc
"En France, 61% des prélèvements d'eau douce servent à refroidir nos centrales nucléaires" : http://is.gd/8H4LWZ
"Lors de la canicule de 2003, 17 réacteurs ont été ralenti ou arrêté. Soit 4 GW d'électricité en moins, 3.5% de la capacité totale de production française" : http://is.gd/6xLaBI
"Été 2009, nouveau coup de chaud et cette fois-ci 8 GW de puissance en moins" : http://is.gd/6xLaBI
"Entre 1901 et 2010, le niveau des océans a augmenté de près de 20cm" : http://is.gd/2jeq4v
"Alors que le rythme moyen était de 1.7mm/an depuis les années 1900, entre 1993 et 2010 il a presque doublé, passant à 3.2mm/an" : http://is.gd/2jeq4v
"Admettons que nous stoppions toute émission de gaz à effet de serre dans 3 secondes : 3, 2, 1... Maintenant ! Et bien l'augmentation des températures à la surface du globe ne commencerait à ralentir que dans 10 ans, à minima" : http://is.gd/dlBNmu
"Depuis le milieu des années 1980, dans ce grand poumon qu'est la forêt amazonienne, leur mortalité aurait augmenté d'un tiers" : http://is.gd/vtgvbC + http://is.gd/FOfgFl
"De façon plus générale, entre 1959 et 2012, le taux d'absorption des puits de carbone naturels que sont les océans et les forêts aurait chuté d'un tiers" : http://is.gd/PgUkpE + http://is.gd/okmHzZ
Les abeilles valent 143 milliards d'euros. Trois fois plus que General Motors
Tous les ans, le plancton contribue pour plus de 187,2 milliards d'euros à la richesse mondiale, les abeilles pour plus de 143,3 milliards… selon l'Indice créé par BBC Earth.
En cette veille de COP21, la chaîne BBC Earth s'est demandé combien valait la nature. La question n’est pas si saugrenue. Puisque seuls les chiffres sonnants et trébuchants semblent compter en ce bas monde, pourquoi ne pas estimer la contribution financière des écosystèmes : plantes, animaux, biodiversité ?
Tout en reconnaissant que la nature avait une valeur intrinsèque qui ne pouvait bien sûr pas être réduite à sa contribution monétaire, la bonne vieille institution britannique a eu l’idée originale de créer un "Earth Index" (Indice de la Terre) faisant exister aux yeux des investisseurs cette ressource inestimable.
Pour Neil Nightingale, directeur créatif de BBC Earth (dont le nom de famille veut dire "rossignol" !) , il était en effet important d’accomplir cette démarche pour remettre la nature au cœur du débat économique et mieux apprécier l’impact à long terme des variations de ce capital naturel. Il explique :
Ces chiffres écrits noir sur blanc font écho aux chiffres d’affaires annuels des groupes qui réussissent le mieux au monde - Apple, General Motors, Nestle ou Bank of China -, bien dérisoires en comparaison de l’apport financier des actifs de la nature à l’économie mondiale."
Pour créer cet indice un peu spécial, BBC Earth a travaillé avec le spécialiste de l’environnement Tony Juniper et le Centre de contrôle pour la préservation de la planète, un programme environnemental des Nations Unies. Juniper explique :
Nous avons recensé tous les chiffres et les études disponibles pour pouvoir trouver des chiffres comparables aux listings des compagnies cotées en bourse et nous avons décidé de choisir la valeur financière créée chaque année."
Un travail similaire, publié dans la revue "Nature" en 1997, concluait - déjà - à une valeur totale de la biosphère (pour la plupart non prise en compte par le marché) de 33 trillons (milliards de milliards) de dollars, soit le double du PNB mondial de l'époque ! Pour leurs auteurs,
Le service rendu par les écosystèmes et le capital naturel qui les produit sont indispensables au fonctionnement des systèmes supportant la vie sur la Terre. Ils contribuent en effet directement et indirectement au bien être de l’humanité."
Morceaux choisis de l’Earth Index.
# Récifs coraliens : 8,2 trillons d’euros
La barrière de corail de la Nouvelle-Calédonie. (AFP PHOTO MARC LE CHELARD)
Ils procurent une protection vitale contre les tempêtes et permettent le développement d'une importante industrie du tourisme. En outre, ils capturent et stockent le carbone et servent de nurserie aux jeunes de nombreuses espèces de poissons.
# Abeilles : 143,3 milliards d’euros
Une abeille collecte le pollen sur un tournesol, 18 septembre 2015 à Dresde, en Allemagne. (AFP / DPA / ARNO BURGI)
Les abeilles sont vitales pour la pollinisation des récoltes, dans le monde entier. En Californie, région productrice de 80% des amandes de la planète, les récoltants doivent louer des ruches, qui viennent parfois de loin par avion. Dans le comté de Maoxian, au Sechuan, les fermiers chinois, qui ont perdu leurs abeilles dans les années 80, sont à présent obligés d’effectuer eux-mêmes cette tache !
# Vautours : 2,16 milliards d’euros
Un vautour dans la région de the Magaliesburg, en Afrique du Sud, le 15 septembre 2015. (AFP /MUJAHID SAFODIEN)
Leur déclin brutal en Inde a mis en lumière le service vital qu’ils procuraient en nettoyant et faisant disparaître les carcasses animales. Si elles ne sont pas éliminées, ces charognes pourrissant au soleil présentent un risque sanitaire important pour les populations locales.
# Castors : 675 millions d’euros
Deux castors en Amérique du nord, au Smithsonian National Zoo le 29 août 2012 à Washington D.C. (Allison Shelley / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
Grâce aux barrages qu’il contribue à construire, chaque castor vaudrait 108.500 euros. Car ces infrastructures naturelles réduisent les risques d’inondation, augmentent les capacités de stockage de l'eau et améliorent sa pureté.
Article Original : http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/cop21/20151015.OBS7703/les-abeilles-valent-143-milliards-de-dollars-presqu-autant-qu-apple.html
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La version ß de notre player est en ligne. Son petit truc en plus par rapport aux autres ? La technologie GURU vous permet d’économiser du Co2 !
Les data centers des géants Google, Facebook ou Netflix génèrent une immense quantité de dioxyde de carbone, et inquiètent les ONG environnementales.
10 minutes de vidéo de chats représente 1g de CO2... heureusement GURU vous fera bientôt faire des économies !
Une présentation de Philippe Bihouix, ingénieur spécialiste des métaux, sur la situation actuelle des métaux, leur utilisation,…
A quoi ressemblera le secteur de l’IT dans 10 ans ? Cette conférence technique présentée Philippe Bihouix devant un parterre de scientifiques du CNRS évoque la raréfaction des ressources métalliques nécessaires au bon fonctionnement de nos chers ordinateurs et autres smartphones.
GURU et l’association Mer Terre s’associent !
Nous sommes heureux de vous annoncer que l’association Mer Terre à l’origine (entre autres) de l’opération “calanques propres” est la toute première à rejoindre la liste des projets soutenus par GURU.
Dans le cadre de la mise en place de notre cloud social pour le streaming, chaque contributeur aura la possibilité de reverser une partie des bénéfices réalisés grâce à son ordinateur à une association.
Si vous êtes une association et que vous souhaitez en savoir plus sur le partenariat avec le cloud social et les opportunités de financement, contactez-nous à l’adresse suivante [email protected]
5 habitudes qui feront de vous un excellent communicant !
Que l’on parle management d’équipe ou bien relation client, vos capacités de communicant sont souvent décisives dans vos rapports professionnels.
Ce que vous dites (et la façon dont vous le dites) exprime ce que vous êtes aux yeux de votre auditoire, il est donc essentiel de maîtriser votre communication car elle est le reflet de votre image. Certaines prises de paroles apparaissent comme péremptoires, d’autres sont manifestement maladroites (par exemple dans des situations conflictuelles) et enfin certaines personnes sont tout bonnement incapables d’exprimer leur pensée ou de défendre leurs opinions face à un groupe.
Pourtant, la plupart des conversations se déroule sur un niveau assez simple, il n’y a pas d’enjeux véritables, pas de notons complexes... et c’est bien souvent au détour d’une conversation banale devant la machine à café qu’on finit par trébucher... et dévoiler ses faiblesses.
Voici donc un petit rappel des cinq façons les plus efficaces de démontrer vos capacités à communiquer et à convaincre. A consommer sans modération !
1) Ne dites plus “mais”, dites plutôt “et”
Il vous est très certainement arrivé de dire “J’adore cette idée, mais je pense que nous devons faire les choses différemment”...
Dès que vous prononcez le mot “mais”, vous gommez de l’esprit de votre interlocuteur toute notion positive. Le “mais” à ce pouvoir inouï d’annuler toute proposition antérieur et de centrer l’attention sur les points négatifs de votre discours.
A la place, pourquoi n’utiliseriez-vous pas “et” pour exprimer la même chose ? “J’adore cette idée, et cela m’amène à penser qu’une approche différente serait encore plus efficace”...
Vous voyez une différence ?
Dans son livre Bossypants, Tina Fey révèle une des règles secrètes de l’improvisation théâtrale : Ne jamais dire “non”...mais plutôt “Oui, et...”. Cette règle vise essentiellement à démontrer le respect que l’on porte à son interlocuteur (quand bien même vous ne seriez pas d’accord), elle vous permet de garder l’esprit ouvert, de prolonger le jeu, et vous invite à contribuer à construire la conversation en ajoutant vos idées à celles des autres plutôt qu’en les imposant. Il en va bien évidemment de même au travail.
2) Restez-en aux faits
Il est fréquent d’entendre des déclarations qui ne sont pas solidement étayées par des faits. Des exemples ? “A ce tarif, il va penser qu’on l’escroque”, “Cette stagiaire à un faible pour le CTO”, “Mon patron me déteste !”...
Dans ces cas-là, il est essentiel de s’interroger sur ces affirmations : Est-ce factuel ? Cela a-t-il été confirmé à l’oral ou par écrit ? Est-ce simplement une interprétation ?
Communiquer de façon efficace est un exercice qui est déjà assez difficile en soi. Inutile de rajouter des couches narratives inutiles qui complexifient votre discours. Un bon communiquant s’en tient aux faits.
Gardez à l’esprit que - quel que soit le domaine - les faits peuvent parfois s’avérer assez différents de ce que vous en percevez. La façon dont vous appréhendez une situation peut être biaisée par vos méthodes de travail, des incompréhensions parfois anodines sur des détails ou plus prosaïquement sur des questions d’humeur ! Quoi qu’il en soit, à moins d’être confronté à des faits, épargnez-vous (et épargnez les autres) de vos commentaires et jugements subjectifs et concentrez-vous sur le fond du problème.
3) Inutile d’être sur la défensive
Lorsqu’on demande à un groupe de personnes de citer les principaux problèmes de communication qu’ils rencontrent dans le cadre professionnel, leurs réponses relèvent rarement de la communication à proprement dite, mais concernent davantage la défense de leurs positions.
Prenons l’exemple de deux collaborateurs ayant chacun un point de vue différent sur une même situation. Le premier considère que dans le cadre d’un projet, l’équipe est en sous effectif et qu’ils vont avoir besoin de ressources supplémentaires. Le second pour sa part pense que ce n’est pas impossible et qu’avec des heures supplémentaires, le projet peut être mené à bien.
Qui à raison importe peu, on constate simplement qu’au lieu de faire sens, leur discussion tourne au dialogue de sourds. Le premier considère que le second est borné et n’a pas conscience des obstacles, là où le second lui considère le premier comme pessimiste et trop concentré sur les difficultés. En découle de la frustration, et de l’incompréhension.
Dans ce cas précis, il ne s’agit pas de communication : chacun reste fermement campé sur ses positions.
Les bons communicants posent des questions et s’efforcent de comprendre tous les aspects d’un projet au lieu de se focaliser sur leur point.
Demander quelles parties du projet risque de poser problème, identifier les goulets d’étranglements dans un processus, sont autant de manières constructives d’appréhender le problème et de rentrer en communication.
De là découleront des explications sur le point de vue de chacun. Chaque proposition née de la concertation aura un impact infiniment supérieur à une décision imposée de façon arbitraire.
Le dialogue réel consiste à faire preuve d’un maximum d’empathie et à explorer les positions de ses interlocuteurs.
Dans son best-seller Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent, Stephen Covey préconise d’agir de la façon suivante : “Essayez d’abord de comprendre, ensuite essayez de vous faire comprendre !” Nous devrions tous tâcher de comprendre les autres avec autant de détermination que nous n’en aurions à faire accepter notre point de vue.
4) Soyez un stratège du silence
Trop de conversations sont polluées par des intervenants qui se préoccupent uniquement de préparer leur prochaine intervention sans réellement faire preuve d’écoute. Pour y remédier, profitez des moments de silence.
Vous pensez peut-être que les blancs dans une conversation sont des moments de gène ? Détrompez-vous ! Ils sont au contraire l’opportunité pour les intervenants de réfléchir et d’organiser leur pensée, sans devoir se précipiter.
La prochaine fois que vous serez au cœur d’une discussion nécessitant de la concentration (de votre part mais aussi de celle des autres), essayez de jouer avec les temps de pause et les longs silences. Si l’auditoire attend une réponse de votre part, ne vous précipitez pas, au contraire, cela démontre que vous prenez le temps d’absorber et d’estimer les informations qui vous arrivent.
Apprendre à jouer de ces blancs plutôt que de les craindre est un excellent moyen de fluidifier le dialogue.
5) Soyez partie prenante dans le point de vue des autres
Parfois les différences entre les individus peuvent être considérables et biaiser les relations, particulièrement dans des secteurs ou la main d’œuvre provient des quatre coins de la planète. Dans ce cas, il faut s’avoir s’adapter aux différences culturelles, mais aussi aux différents degrés de maîtrise du langage, des concepts... Et ce travail d’adaptation et différent pour chacun de vos interlocuteurs.
C’est un formidable exemple de communication !
Efforcez vous de traiter vos collègues de bureau comme si cette différence culturelle, ou d’éducation était aussi visible que dans le cas d’une personne qui ne parle pas votre langue et qui vient d’un pays aux mœurs totalement étrangères aux vôtres.
Pour que les gens vous comprennent (et que vous les compreniez), il est essentiel de considérer les filtres, les croyances, les hypothèses, les expériences et les influences culturelles qui définissent et structurent leur point de vue. Et c’est précisément la partie la plus difficile car vous ne pouvez pas voir ces choses... du moins pas au premier coup d’œil.
Pour faire simple, ce n’est pas parce que vous dites une chose que les autres l’entendent. Les personnes douées d’un talent en matière de communication prennent le temps de comprendre le parcours de leurs interlocuteurs, qu’il soit influencé par des facteurs culturels, professionnels ou plus personnels. Une fois ces spécificités comprises, il est aisé de dialoguer et plus facile de faire entendre son point de vue.
Ce talent de communiquant est peut être inné, mais et il peut également être cultivé ! Essayez d’utiliser une de ces stratégies cette semaine et vous verrez à quel point elles peuvent améliorer votre capacité de communication. Vos collègues s’en rendront compte également et vous y trouverez davantage de confiance en vous et de satisfaction.
article original : https://www.themuse.com/advice/5-habits-of-truly-amazing-communicators
Petit guide (ordinaire) pour accomplir des choses extraordinaires
1) Soyez déterminés à agir de façon juste
L’intégrité et l’honnêteté sont deux qualités essentielles... sans oublier la créativité bien sûr ! Un jour ou l’autre, nous faisons tous des compromis. Mais vous devez être capable de décider clairement ce sur quoi vous êtes disposé à faire ces compromis et les points sur lesquels vous demeurerez intransigeants. Restez fidèle à vous même ! Si vous vous lancez dans l’aventure entrepreneuriale, il vous faudra suivre vos principes et ne pas dévier. Votre détermination à agir de façon juste et à suivre votre intuition est la clé.
Si vous parvenez à rester fidèle à ces principes, que vous êtes capable de les définir clairement, vous aurez alors une assise ferme et vous serez alors capable de prendre des décisions fortes ayant un maximum d’impact. Pour accomplir quelque chose d’extraordinaire, vous devrez faire preuve d’une force extraordinaire, seule votre intégrité profonde peut vous y aider. Pour rendre cela possible, vous ne devez pas être guidé par des motivations telles que l’argent ou la gloire... l’humain est le facteur le plus important dans le monde qui vous entoure.
2) Prenez soin des autres et aidez-les quand vous le pouvez
Quand vous démontrez que vous vous souciez des gens qui vous entourent (que ce soient des investisseurs, vos clients ou votre communauté), vous créez de la loyauté à votre égard. Les gens voudront activement vous aider et travailler avec vous car votre réputation sera celle d’une personne qui se préoccupe des autres, et ça, ça vaut de l’or !
Mais bien au-delà, vous créerez un réseau de gens qui s’intéressent à ce que vous faites. Quand le moment viendra (et il viendra) où vous aurez besoin d’être soutenu, ils seront là. Il y a beaucoup de gens biens, faites en sorte de les dénicher et de les attirer.
3) Demandez de l’aide quand il le faut
Personne ne peut tout accomplir seul. Ce point est intimement lié avec le précédent, vous devez être capable de déceler le moment où vous ne pouvez plus y arriver seul. Dans ce cas n’hésitez pas à demander de l’aide autour de vous. Il n’y a rien de mal à avouer ses limites, dire que vous ne savez pas ou ne pouvez pas, mais refuser de l’admettre est un véritable problème.
Vous verrez, les gens sont toujours impressionnés par une personne qui leur demande de l’aide. Vous ne vous sentirez jamais faible, au contraire, en acceptant l’aide qui vous est proposée, vous forgerez des connections qui dureront des décennies !
4) Sachez quand vous avez merdé et assumez-le
“Si vous ratez lamentablement quelque chose, ça n’est pas grave. Il y a toujours des problèmes. Les gens font des erreurs. Personne n’est parfait.”
Mais si vous ne le faites pas et n’assumez pas cette responsabilité, cela entrainera une perte totale de respect pour vous. Si vous voulez réellement faire des choses extraordinaires, vous devrez être capable d’assumer vos erreurs, sinon, vous n’en tirerez pas les leçons et ne pourrez jamais vous améliorer.
Être adulte signifie admettre honnêtement les fautes commises et essayer de trouver un moyen de ne plus les commettre. N’agissez pas comme un enfant irritable, à qui l’on accorderait pas sa confiance.
5) Passez moins de temps devant la TV
Vous ne pouvez pas trainer toute le temps. Bien sûr, c’est important de prendre un moment pour se détendre, en fin de journée ou le week-end. Mais méfiez vous de la combinaison fatale : canapé/grignotage/série TV. Non seulement ça n’est pas top niveau hygiène de vie, mais en plus cela ne cadre pas vraiment avec l’image de celui qui accompli des choses extraordinaires, non ?
Une méthode pour ne pas se laisser sombrer : planifiez vos moments pendant lesquels vous allez glander, ne rien faire, rester vautré sur votre canapé. Notez-le dans votre agenda, sur des post-its, prenez rendez-vous avec vous même pour vos sessions de glandouille, improductives, mais tellement sympas ! Le reste du temps, bossez !
6) Cherchez toujours le raccourci... mais ne l’empruntez pas systématiquement
Être conscient qu’il existe des raccourcis est important, car c’est le moyen le plus rapide et le plus simple d’accomplir certaines tâches. C’est donc essentiel. Quand vous menez de front une douzaine de projets, vous pouvez tissez une toile complexe de tâches et de points de repères, tous interdépendants, qui finiront par vous étouffer.
Si vous avez conscience d’un meilleur moyen de faire les choses, un moyen qui réduit votre temps de travail et maintient vos réserves d’énergie... foncez !
Essayez simplement de vous projeter au maximum dans l’avenir, car certains raccourcis vous font gagner un peu de temps maintenant... mais vous en feront perdre beaucoup un peu plus tard. Inutile de vivre à crédit !
7) Ne soyez pas arrogant
Il est parfois tentant d’agir de façon présomptueuse. Quand vous commencez à rencontrer le succès, l’arrogance vous attend souvent au coin de la rue. Vous devez être fier de vos réalisations, l’humilité feinte n’est jamais bonne. Mais il existe une différence notable entre une fierté assumée, et véhiculant des valeurs positives, et le comportement puéril d’une personne qui se vante d’avoir beaucoup d’argent et frime au volant de sa voiture.
Il n’existe pas de façon simple de prévenir ce genre de comportement. Le mieux que vous puissiez faire est de vous entourer de gens qui vous parlent franchement et vous permettront de garder les pieds sur terre, de rester authentique. Le genre d’ami qui vous aide a rester sympa et qui vous donne un petit coup de coude quand vous commencez à saouler les autres.
Ah, un dernier point :
Les gens ne décident pas de devenir extraordinaires. Ils décident d’accomplir des choses extraordinaires.
Edmund Hillary
Les personnes qui bâtissent des empires n’ont jamais démarré leur carrière en se disant “Je vais être à la tête d’une multinationale”.
Les vrais entrepreneurs et les créatifs rêvent d’action !
L’intelligence de l’essaim et sa structure organisationnelle
Les fourmis et les abeilles ne peuvent pas être qualifiées d’espèces les plus intelligentes sur terre, tout du moins d’un point de vue individuel. Pour autant, réunissez-en un million et elles sont capables de migrer sur de longues distances, de concevoir et bâtir des structures qui défient les lois de la gravité et de mettre en place des systèmes sociaux complexes.
Comment y parvienent-elles ? Elle combinent leurs capacités pour former une intelligence collective qui les dépasse. Les scientifiques parlent de “swarm intelligence” ou l’intelligence de l’essaim.
L’intelligence de l’essaim est capable d’exploits bien au delà des capacités de l’individu. Une bonne partie du règne animal est régie par cette intelligence, qu’elle s’exprime en grands ou en petits groupes. Les modalités selon lesquelles cette forme d’intelligence collective fonctionne sont invariables - quelle que soit l’espèce concernée - et sont basées sur trois principes :
La Flexibilité : La capacité du groupe à changer de trajectoire ou à imaginer des solutions nouvelles devant un obstacle.
La robustesse/résilience : Même si un individu échoue, le groupe peut atteindre ses objectifs.
L’auto-organisation horizontale/décentralisée : Il n’y a pas de hiérarchie clairement identifiée dont les effets induiraient un contrôle central ou une supervision.
Dans les faits, il est très rare de trouver une structure hiérarchique verticale régie par une instance de contrôle centralisée dans la nature. Par exemple, si notre corps était organisé selon une logique verticale, toutes les cellules de notre organisme devraient en référer au cerveau avant d’agir. Nous serions littéralement incapables de nous déplacer et de penser simultanément !
Ceci s’applique bien entendu à toute structure ayant besoin de gérer d’importantes quantités d’information tout en restant créative et novatrice. Pourtant, les humains raffolent des structures hiérarchiques verticales et rigides, en particulier dans les entreprises.
D’une manière générale, les organisations hiérarchiques sont structurellement incapables de s’adapter au changement et d’assimiler de nouvelles données. L’information doit parvenir au sommet de la pyramide avant de redescendre. C’est une perte en ligne considérable, ici le temps et l’efficacité sont sacrifiés sur l’autel du contrôle hiérarchique, avec pour incidence directe une baisse du potentiel créatif de la structure et de ses profits.
Les entreprises qui réussissent ont accepté et relevé ce défi. Certaines parmi les plus innovantes comme Google, Microsoft et Dreamworks ont des structures organisationnelles en réseau adeptes du changement perpétuel. Les équipes légères et dynamiques sont dissoutes aussi rapidement qu’elles sont formées, en mode projet.
Ce type de structure n’est pas linéaire, elle s’auto-adapte aux contraintes internes et externes auxquelles elles font face dans une logique de pluri-fonctionnalité. Et vous savez quand elle fonctionne le mieux ? Lorsqu’elle est composée de micro-services. Au lieu d’équipes complètes, elles sont constituées de “hubs”, des petits groupes souples et mobiles, capables de croître et de laisser de la place à de nouveaux talents. De nouveaux “hubs” peuvent être créés sans affecter ceux déjà en place.
Les managers les plus performants élargissent leur “hub”. Chacun dans ce type de groupe sait qu’un tel système leur permettra de s’épanouir. Leur carrière ne sera pas déterminée par leur capacité à gravir la pyramide sociale, mais bien par leur talent !
Ce système fonctionne car il s’inspire directement de la nature. Il n’y a pas de friction dans la circulation de l’information et les circuits décisionnels sont réduits au maximum. Les managers ont davantage une attitude d’entrepreneurs, autonomes et responsables que de chef.
La clé du succès réside peut-être dans la flexibilité de telles structures et l’avènement de réseaux décisionnels décentralisés ?
Article original : http://daily.captaindash.com/blog/2015/08/14/swarm-intelligence-and-organizational-structure/
Loïc Le Meur revient sur son expérience d'entrepreneur, notamment à San Francisco où il vit désormais.
Excellent témoignage de Loïc Le Meur sur les erreurs à éviter quand on se lance, l’entrepreneuriat, la vie à SF, la méditation...