Ébauche de projet de mémoire + ébauche de travail de problématisation
Toujours dans mon truc de déculpabilisation de séchage de cours foireux, je poste cet ébauche, on va dire, de projet de mémoire et de travail de problématisation. J’attends un retour de ma directrice de mémoire donc bon ça va évoluer, ça se trouve que tout sera à refaire.
TRAVAIL DE PROBLEMATISATION
[ça peut peut etre être utile à des gens qui doivent aussi rendre quelque chose, 1/ tu commences d’abord par exposé des thèmes globaux dans lesquels ton sujet peut entrer, c’est vraiment large, moi pour le moment j’ai mis, c’était ce qui me venait en tête
2/ tu exposes ta thèse, moi j’ai mis direct mon projet de mémoire, ça peut prendre cette taille, comme ça peut être un paragraphe, ça dépend d’où tu en es dans tes recherches, etc
3/ tu exposes des questions que tu te poses pour le sujet que tu veux traiter, ce sont pas forcément des questions auxquelles tu as vaguement une réponse. Du coup ces questions vont t’aider à faire tes recherches etc et aussi à formuler une ébauche de plan.
4/ ton ébauche de plan (j’avoue je l’ai pas fait là), tu vas peut être voir que tu peux regrouper certaines questions entre elles, et que tu arriveras à avoir un espèce de squelette (enfin tvoijveudire !)
5/ J’ai ajouté la biblio pour le fun, ça fait pas parti du travail de problématisation de base, et comme ça ça peut aussi donné quelques refs]
C’est une méthode qu’une prof nous a donné en cours de méthode, et de tous les cours de méthode que j’ai eu, je crois que c’était le seul cours utile ... Ça fait parti des quelques cours que j’arrive à réutiliser et je crois que les cours de méthode c’est fait pour ça mais en général c’est pas le cas (tu te retrouves à lire des textes chiants et à devoir faire des fiches de lecture dessus et t’a toujours pas saisi la méthode de la fiche de lecture, alors tu penses que tu dois faire ressemble à un résumé, alors qu’on te dit “non surtout faites pas de résumé”, et au final tu rends rien, t’as pas saisi l’interet du texte qui n’a pas trop avoir avec tes recherches et qui est chiant, tu sais toujours pas comment débuter ton taf de mémoire et faire une fiche de lecture ... et après tu pleures avec ta morve parce que tu penses que t’es une imposture ... alalah ...)
La première fois que j’ai utilisé cette méthode c’était pour mon mémoire de M1 et le travail de problématisation doit être sur le 1er post.
*Thèmes
Histoire des idées politiques
Histoire des mouvements anticoloniaux
Philosophie politique
Tradition radicale Noire
Critique du marxisme
Cartographie des mouvements intellectuels Noirs
Race et Classe
Histoire des mouvements noirs
Parti communiste et question coloniale
Histoire du panafricanisme
Relecture du Marxisme
Histoire des communismes / du parti communiste
Histoire de l’anti-impérialisme
*Thèse
(à partir du projet de recherche que j’ai écrit en juin)
Mon paper de Master 1 portait sur la revue Légitime Défense, une revue surréaliste et marxiste créée par un groupe d’étudiant martiniquais en 1932. Bien que s’affirmant du marxisme léninisme (tout en se revendiquant du surréalisme) et publiée à Paris, elle ne semble pas avoir eu beaucoup d’écho en France, et plus particulièrement dans les milieux marxistes/communistes.
Cette publication, qui appelait à la trahison de la bourgeoisie de couleur et souhaitant en filigrane le soulèvement du prolétariat Noir en Martinique, a pourtant eu une influence outre atlantique (en Martinique mais aussi aux Etats-Unis). Ses acteurs sont à la base du Parti Communiste Martiniquais (se voulant autonome du parti communiste français) et sont considérés comme les instigateur d’un surréalisme Noir (que d’autres appellent “Afro-surréalisme”).
Appelant à une remise en cause du système coloniale mais aussi à une décolonisation culturelle et artistique, Légitime Défense a essuyé des critiques auprès d’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, les deux figures récurrentes de la Négritude : Légitime Défense s’est fourvoyé dans le marxisme pour Senghor, Césaire affinera cette critique en disant que le problème était qu’ils étaient finalement des “communistes français”, leur reprochant d’être assimilationniste. René Ménil, un des contributeurs de la revue répondra à cette critique de manière virulente.
Ceci n’a pourtant pas empêché la revue d’être considéré par les quelques chercheurs en littérature qui se sont penchés dessus comme la première revue de la Négritude. En effet, la question Noire, bien que mêlée continuellement à la question de classe, est bien présente et ressort tout au long de la revue, que ce soit par la prise en exemple des auteurs Afro Américains de la renaissance d’Harlem, l’appel à une solidarité de race, les références afrocentriques ou dans leur analyse de la société martiniquaise.
Croiser race et classe semble plus compliqué en France qu’outre Atlantique ou outre Manche. On retrouve, par exemple, les figures de Claude McKay, C.L.R. James ou encore Claudia Jones dont les oeuvres, analyses et militances rendent race et classe inséparables, et viable un marxisme comprenant les analyses en terme de race (et de genre) en son coeur.
L’histoire des mouvements Noirs en France reste réduite à la négritude et aux figures récurrentes d’Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor (Léon Gontran Damas, par ailleurs contributeur à Légitime Défense, reste peu mentionné). La négritude est alors illustrée comme antinomique au marxisme et au communisme. On retient les réticences de Senghor vis à vis de cette idéologie, sa politique de répression à l’encontre de militants marxistes au Sénégal, et pour Césaire sa lettre de démission du Parti Communiste Français.
L’historiographie des mouvements Noirs et du marxisme en France est conflictuelle, à l’image de l’analyse de Philippe Dewitte sur Légitime Défense. Il fait parti des rares chercheurs à comprendre la revue comme marxiste, mais semble peu convaincu par l’articulation avec la question Noire qu’opère la revue, il avoue lui même penser les deux comme contradictoires. Pourtant, Légitime Défense n’est pas le seul groupe Noir, issu des colonies, à se revendiquer du Marxisme et à l’articuler avec la thématique de la race..
La France, et plus particulièrement Paris (on retient aussi la ville de Marseille), à l’entre deux guerre était un vivier pour les mouvements de libération anticoloniaux et de libération Noir. Le marxisme, le marxisme léninisme ou encore le trotskisme, en témoigne Léon Gontran Damas, étaient des outils de lutte mobilisés par ces mouvements. Par ailleurs, Léon Gontran Damas rapporte que Georges Padmore et C.L.R. James, par leur militance et des discussions ont influencé Légitime Défense et vice versa. Comme acteur issu des colonies françaises, on retrouve Lamine Senghor ou encore Tiemoko Garan Kouyaté, qui restent dans un relatif anonymat; les deux militants communistes (ils se distancieront du parti communiste français par la suite) sont les fondateurs de l’Union des travailleurs nègres et du Comité de Défense de la race nègre, les deux sont aussi caractérisés par leur adhésion au marxisme.
Mon travail sur cette revue hybride m’amène donc à m’interroger sur une possible réappropriation et un décentrement du marxisme, voir une relecture sous le prisme de la race et de la colonialité, non pas uniquement par Légitime Défense, mais globalement, par des mouvements et acteurs (post)coloniaux dans l’(ex) empire colonial français, de faire “émerger” les références antérieurs à la revue qui opéraient une démarche similaire, mais aussi s’interroger sur la postérité de cette démarche. Il est possible de réduire le travail de recherche aux acteurs et mouvements Noirs seulement, ceci reste à déterminer. Pour ce faire il serait intéressant de se baser sur le travail de Cedric Robinson, l’auteur de Black Marxism, a black radical tradition. Cédric Robinson dans son ouvrage met en avant les angles morts du marxisme européen dans la compréhension et la théorisation du capitalisme (le rôle de l’esclavage et des conquêtes coloniales sont peu considéré voir ignoré), il opère un décentrement du marxisme de l’Europe vers les territoires colonisés et en mettant en avant des acteurs issus de ces territoires. Le marxisme Noir n’est pas un sous marxisme mise en pratique par des Noir.e.s, il s’agit d’une théorie critique. Pour ce faire il met la lumière sur les travaux de théoriciens et les productions d’auteurs comme W.E.B. DuBois, C.L.R. James ou encore Richard Wright. Tous ont formulés ou mis en pratique une critique du marxisme, d’autres s’en détache, d’autres s’en revendique pleinement. Cette tradition radicale Noire n’est donc pas homogène.
Ainsi à partir du travail de Cedric Robinson il sera question d’opérer une généalogie d’une tradition radicale Noire dans le contexte de l’empire coloniale français.
[Maintenant je sais que je vais concentrer ma recherche sur la période de l’entre deux guerres]
*Questions connexes
Qu’est ce que la “tradition radicale Noire” ?
Le concept de “tradition radicale Noire” s’adapte-t-il au contexte francophone ?
Comment se manifeste-t-il, se visibilise-t-il ?
Quel distinction faire entre tradition radicale Noire et Panafricanisme ?
Quels sont les mouvements Noirs en France à partir de l’entre deux guerre ?
Quels sont les différent.e.s actrices, acteurs de ces mouvements Noirs ? Leurs parcours ?
Quelles sont les productions intellectuelles et artistiques de ces mouvements ?
Dans quels cadres théoriques et politiques s’inscrivent ces mouvements ?
Quels sont leurs rapports au marxisme ?
Quels sont leur rapport avec le parti communiste ?
Les réactions des autres intellectuelles communistes et le parti communiste ?
Position de ces mouvements dans la cartographie intellectuelle et politique FR ?
Echo à l’international ?
Comment se perpétue cette “tradition radicale Noire” pendant et après la seconde guerre mondiale ?
*Plan
Pour le moment j’arrive juste à visualiser une première partie sur le concept de tradition radicale Noire, exposer ce que c’est, son utilité et ses limites, plus particulièrement dans son usage au contexte impérial colonial français.
Pour les parties suivantes ça reste plus flou de mon côté. Je vais continuer le travail sur les questions connexes au fur et à mesures de mes recherches et peut être que 2 grandes parties en ressortiront.
*Bibliographie
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Saïd Bouamama, Figures de la révolution africaine, Zones, Paris, 2014
Amzat Boucary-Yabara, Africa Unite !, La découverte, Paris, 2014
Babacar Camara, Marxist Theory, Black/African Specificities, and Racism, Lexington Books, 2010
Aimé Césaire, Discourse on colonialism, Monthly Review Press, 2001
Aimé Césaire, Écrits politiques II. 1935-1956, Jean-Michel Placé, Paris, 2016
coll. Légitime Défense, Jean-Michel Placé, Paris, 1979
Philippe Dewitte, Les mouvements Nègres en France. 1919-1939, L’Harmattan, Paris, 1986
Philippe Dewitte, “Le rouge et le nègre” Revue Hommes et migrations. N°1257, Trajectoire d'un intellectuel engagé. Hommage à Philippe Dewitte. septembre-octobre 2005 http://www.hommes-et-migrations.fr/index.php?/numeros/trajectoire-d-un-intellectuel-engage-hommage-a-philippe-dewitte/1203-le-rouge-et-le-negre [visité le 08 juin 2017]
Frantz Fanon, Oeuvres (Peau noire, masques blancs / L'An V de la révolution algérienne / Les damnés de la terre / Pour la révolution africaine), La découverte, Paris, 2011
Brent Hayes Edwards, The Practice of Diaspora: Literature, Translation, and the Rise of Black Internationalism, Harvard University Press, 2006
Marc-Vincent Howlett, “Interview de Léon-Gontran Damas” , Présence Africaine, vol. 187-188, no. 1, 2013
Michael Goebel, Paris, capitale du tiers monde, Comment est née la révolution anticoloniale (1919-1939), La découverte, Paris, 2017
Joseph Gothon Lunion, Au Comité de défense de la race nègre. La Vérité est en marche !, Paris
C.L.R. James, Les jacobins noirs, Amsterdam Editions, Paris, 2008
Robin D.G. Kelley, Franklin Rosemont, Black Brown and Beige, Surrealist Writings from Africa and the Diaspora, University of Texas Press, 2009
Yala Kisukidi, “Vie éthique et pensée de la libération. Lecture critique des usages senghoriens de Marx à partir de fanon”, Actuel Marx, vol. 55, no. 1, 2014
Collectif, La voix des nègres, Paris, 1927
Collectif, Le cri des nègres, Paris
René Ménil, Antilles déjà jadis, précédé de Tracées, Jean-Michel Placé, Paris, 1999
René Ménil, Pour l’identité et l’émancipation du peuple martiniquais, l’Harmattan, Paris 2008
Jacob Moneta, La politique du parti communiste francais dans la question coloniale, 1920-1963, François Maspero, Collection “Livres Rouges”, Paris, 1971
George Padmore, La vie et les luttes des travailleurs nègres. Petite Bibliothèque de l'Internationale syndicale rouge, Paris, 1937
Reiland Rabaka, Africana Critical Theory: Reconstructing The Black Radical Tradition, From W. E. B. Du Bois and C. L. R. James to Frantz Fanon and Amilcar Cabral, Lexington Books, 2010
Matthieu Renault, C.L.R. James, la vie révolutionnaire d’un “Platon Noir”, La découverte, Paris, 2016
Cedric J. Robinson, Black Marxism, The Making of the Black Radical Tradition, University of North Carolina Press, 2000
Lamine Senghor, La violation d'un pays et autres écrits anticolonialistes, L’Harmattan, Paris, 2012
Holger Weiss, Framing a Radical African Atlantic. African American Agency, West African Intellectuals and the International Trade Union Committee of Negro Workers, Brill/Odopi, 2014
Holger Weiss, International Communism and Transnational Solidarity: Radical Networks, Mass Movements and Global Politics, 1919–1939, Brill/Odopi, 2016





